PRÉPARATIFS
JuE voyage de la Grèce et de l'Orient avait été un des rêves de ma jeunesse, et je touchais à ma cinquantième année quand le désir s'en réveilla vivement en moi. Souvent, sur la carte, je franchissais du doigt Fétroit passage de l'Adriatique , mais c'était surtout vers Jérusalem que je me sentais attiré de cœur et d'âme. Que me restait-il à voir et à éprouver à Rome? Je l'habitais depuis plus d'un an; ma curiosité était , sinon épuisée , au moins satisfaite , et je commençais à être fatigué de ce qu'on appelle les Jonctions y elles avaient toutes passé sous mes yeux depuis la mort de Pie YIII et l'avènement de Grégoire XYL Encore récemment, je venais d'assister pour la deuxième fois aux cérémonies de la semaine I. 1
sainte , et ^ au milieu des pompes de Saint-Pieri^ et de la chapelle Sixtine, je pensais à la crèche du Sauveur ^ et je m'agenouillais sur la pierre de son tombeau. Dirais-je que j'avais aussi, pour entreprendre le voyage de Jérusalem, un motif que n'ont pas tons les pèlerins , et que M. Michaud , dans sa correspondance d'Orient, appelle obligeamment des affaires de famille? Je possédais maintenant ce dont j'étais privé depuis vingt années, le loisir, et ce qui m'avait manqué étant plus jeune, l'argent; je me proposai de commencer par la Grèce. Je puisai d'utiles renseignements auprès du chevalier Gell et de M. Dodwell, dont, peu après, les savants et les artistes ont eu à regretter la perte. MM. de Marcellus et Beugnot , qui ont résidé l'un et l'autre à Constantinople, m'aidèrent de leurs bons conseils, et je fus surtout encouragé par le chevalier Prokesch d'Osten ' , dont l'amabilité égale le savoir. Il voulut bien me tracer mon itinéraire. J'allais voyager en père de famille avec deux de mes neveux ; j'emmenais un domestique , unique pour une occasion de ce genre , cuisinier, secrétaire, lecteur, factotum à la lettre, et, avant tout, honnête homme. Mais ce qui avait achevé de me décider, ce fut la rencontre que je fis à Rome d'un Grec, familier avec les principales langues
■ Le surnom d'Osten (Orient) lui a été donné par l'empereur François.
de rOrîent, et ayant déjà servi de guide et de trucheman à plusieurs voyageurs , et notamment au baron de Stakelberg. u Je le crois sûr autant qu'un Grec peut l'être » , me dit M. Beugnot en me l'indiquant. Pour plus de garantie , nous fîmes un traité. Je l'insère ici parce qu'il peut être utile à d'autres voyageurs. Je conserve la rédaction de Démétrius : c'est le nom du Grec en question.