‹ Journal d'un voyage en OrientChapitre 10 sur 51 · EXCURSIONS DANS L'ILE · texte numérisé non relu

EXCURSIONS DANS L'ILE

PALAIS d'uLYSSE.

De retour à la ville nous trayersâmes le port

Valhi dans un batelet que nous amarrâmes pi^ d'un moulin , puis montant la côte à travers laquelle serpente un grand chemin non terminé , nous fûmes reconnaître le port Rethros où Pallas quand elle prend la figure de Menthes, roi des Taphiens, raconte qu'elle est abordée; elle l'indique au bout de l'ile au pied du mont Née couronné d'une épaisse forêt; le site est beau : les lointains surtout sont admirables.

Le 3 , une barque nous mena à Oxoi ; c'est le côté de l'île que j'apercevais du promontoire de Leucade; nous primes terre après une navigation de près de trois heures, et nous fûmes surpris de trouver, dans une baraque au bord de la mer, des chambres propres avec des lits et des divans. Nous étions recommandés au propriétaire qui nous mena obligeamment à Vjéntiquita, qu'il appél^U^la Scuola d'Homère, comme à Naples on décore, sans savoir pourquoi, quelques débris sous le Pausilippe, du nom d'École de Virgile. Le pays est assez cultivé, bien que toujours très-rocailleux, a Je n'emmènerai pas vos chevaux

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f< à Ithaque, dit Télémacpie à Ménélas, il n'y a ni i< pâturages ni plainesoù Ton puisse faire des courses; ce elle n'est propre qu'à nourrir des chèvres^ et pour- (r tant elle m'est plus chère que les contrées où Ton (c élève des cheyaux. » Nous passâmes près d'Oxoi , qui compte environ trois cents maisons, et plus loin, sur des rochers qui dominent le fond de la baie d'Ophalis, nous reconnûmes un tombeau antique en gros blocs inégaux , qui depuis avait été converti en une chapelle, dédiée à saint Athanase; on voit en ce lieu des restes de murs cyclopéens, ainsi que beaucoup de fragments de briques et de vases en terre cuite. Nous côtoyâmes le golfe jusqu'à la chapelle Saint-Michel, à Missarouno, dont le site est remarquable (N** 9); de là nous fûmes reprendre notre barque, et un vent favorable nous reconduisit rapidement dans le port de Vathi.

M. Wolfenberger nous avait effrayés de l'impossibilité physique et morale, c'était son expression, d'arriver jusqu'à la cime de la montagne où se trouvent les débris de constructions cy clopéennes connues dans l'Ile sous le nom pompeux de palais d'Ulysse; mais, comme j'avais remarqué que notre peintre, en véritable Suisse, ne montait jamais les rochers qu'à pic, dédaignant l'art de tourner les diflficultés , je me résolus à tenter l'aventure en employant les voies obliques. Une barque nous conduisit au pied du mont, et je commençai à le gravir peu à peu en biaisant et I. 5

je lis trois dessins pendant que Creton , mon (idèle Eumée, me lisait TOdyssée. Dans tous trois, des débris de murs cyclopéens occupent les premiers plans , mais les lointains difierent. La première vue (N" 10) m'offrait une portion de l'entrée du port actuel, le canal et les îles Échinades par lesquelles Télémaque se dirigea à son retour de Pylos pour éviter l'embuscade dressée par les prétendants à l'ile d'x\stéris; la deuxième, Leucade et son promontoire; la troisième, Céphalonie. Ces ruines, dites du palais d'Ulysse, occupent précisément la partie la plus étroite de l'ile qui forme un isthme très-élevé. On peut y aborder également par le port Phorcys, au levant, et, au couchant, par le canal du côté de Céphalonie , et , dans toute l'ile , nulle situation ne semblait sans doute plus indiquée pour la construction d'une forteresse. Dans mon opinion, la ville d'Ithaque se serait groupée à l'entour du mont dont l' Acropolis occupait la crête, et cette disposition est en général celle des anciennes cités. Ce plateau, sur lequel j'écoutais en ce moment les récits d'Homère, aurait donc été arrosé du sang des prétendants. Rien de plus terrible sans doute que ce carnage raconté avec tous ses détails au XX' chant de l'Odyssée; mais la bonne M*"' Dacier, par ses singuliers commentaires, trouve le moyen d'en égayer le récit et de nous donner la petite pièce après la tragédie. J'en citerai deux exemples. Le poëte représente les amants

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de la Reine se livrant à la débauche , puis tout à coup frappés par de noirs pressentiments. « Déjà , « dil^ily le rire paraissait contraint sur leurs lèyres; (c de la chair des yictimes il jaillissait du sang sous u leurs dents , et les yeux de ces hommes superbes se ff remplirent de larmes involontaires, car le deuil il avant-coureur de la destinée qui les attendait avait c< pénétré au fond de leurs âmes. » Bitaubé remarque qu'il y a dans le texte : Ils riaient avec une bouche d'emprunt , c'est-à-dire d'un ris d'emprunt, d'un ris forcé. Cette expression se retrouve dans plusieurs auteurs anciens , et n'a pas besoin d'autre explication ; mais voilà celle que M'**'' Dacier a imaginé de lui donner : Us riaient , dit-elle , à goi^e déployée ; et elle ajoute en note : comme des gens qui riraient avec une bouche d'emprunt qu'ils n'appréhendent pas de fendre jusqu'aux oreilles, parce qu'en général on n'épargne guère ce qui appartient aux autres. Peu après, Ulysse, ayant éprouvé son arc , donne en ces mots à son (ils le signal du carnage : « Télémaque , mes forces n'ont donc encore (c reçu aucune atteinte, et je n'ai pas mérité les dédains « de ces chefs et les mépris dont ils m'ont couvert; a mais voici le moment de leur apprêter le festin (( du soir à la face du soleil, m On voit bien que cet apprêt de festin n'est qu'une sanglante ironie, mais M"* Dacier n'entend pas raillerie. « Ulysse, dit-elle, » excite ses ennemis à souper pendant qu'il est encore

« jour, car il trouye avec raison qu'il lui sera plus (f avantageux de les attaquer à table, et s'ils avaient « soupe aUx lumières ils n'auraient eu qu'à les souf- « fier, Ulysse se serait trouvé bien embarrassé. » Je ne crois pas que Mathanasius, dans son fameux chefd'œuvre, ait rien imaginé de plus burlesque que ces explications.

Vers le soir, je quittai ce lieu après y avoir passé une des plus intéressantes journées de mon voyage. La descente me parut plus pénible que la montée. Je glissais à chaque pas sur des herbes desséchées par l'ardeur du soleil. Enfin je retrouvai ma barque, le port Vathi, la cité moderne et notre mauvais gite qui me fit regretter de n'être pas resté à coucher dans le Palais du Roi Le lendemain , quand nous remimes à la disposition du propriétaire ce qu'il appelait sa maison, où nous avions passé quatre nuits aux quatre vents , en société avec tout ce qu'il y a de bétes et d'insectes domestiques à Ithaque, depuis la poule jusqu'à la puce , on nous demanda un prix d'auberge de pays civilisé en nous appelant milordi. Après les souvenirs de l'Odyssée, ce que j'ai trouvé de plus agréable ici, ce sont les figues et le vin. Ce dernier a le goût du muscat de Chypre, et les figues , grosses comme des poires , distillent le sucre et le miel.

Le 5 juillet , vers dix heures du matin , nous mettons à la voile, et nous allons, comme Ulysse, cher-

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