‹ Journal d'une expédition entreprise dans le but d'explorer le cours et lChapitre 30 sur 99 · M 4 LB CHEF DE DAMUGGOU · texte numérisé non relu

M 4 LB CHEF DE DAMUGGOU

ce que nous désirions , nous assurant que tout ce qu'on pourrait se procurer dans la ville était à notre disposition. II nous dit que, ni lui, ni son père, n'ayaient jamais vu d'hommes blancs, quoiqu'ils l'eussent ardemment désiré; notre présence le rendait tout-à-fait heureux. 11 nous pressa de le venir voir ; et nous y consentîmes de grand cœur. En vérité , c'est un des meilleurs compagnons que nous ayons rencontrés.

Bientôt après, nous nous rendîmes chez lui , traversant quantité de huttes fort basses qui corduisaient à celle dan^ laquelle il était assis. Par dessus ses habillemens, il avait jeté à la hâte une magnifique peau de léopard. U tenait à la main son bâton de commlandement , recouvert aussi de la peau d'un animal sauvage; et deux pages, placés à ses côtés, rafraîchissaient l'air, en agitant de grands éventails ronds , de peau de bœuf. Il nous fît un accueil gracieux , avança des natter pour nous faire asseoir, et fit apporter du rhum pour nous ranimer. Il désirait savoir comment nous avions traversé tant de pays ; fcar il avait appris que nous venions de fort loin^

d'une ville nommée Yaoûrie , dont il n'avait ja-

mais auparavant entendu prononcer le nom.

Nous lui-dîmes, en peu de mots, d'où nous étions partis , bù nous avions été , où nous allions , ap-

BON ACGUEtL. Il5

puyant à dessein sur toutes les préveiKinces doht nous avaient comblés les plus grands monarques, et sur tous les égards qu'ils nous avaient témoignés. Notre récit sembla l'étonner ; il nous assura que comme ses hôtes nous ne serions pas moins honorablement traités par lui. Il exprima de nou- ^ veauPextrémeplaisirquelui causait la vue d'hommes blancs^ et ajouta que son père eût été bien heureux d'être honoré , pendant sa vie , de la visite de tels voyageurs. Lorsque Antonio, notre interprète, lui eut expliqué que nous étions lesam«r bassadeurs du grand roi des blancs, une expression de plaisir anima sa physionomie : « Il faudra demain faire quelque chose en votre honneur » , dit^il; et il nous laissa conjecturer ce que pcm-* vaitétre ce quelque chose. Son intention, comme nous en fûmes bientôt informés, est de célébrer des réjouissances publiques auxquelles tout le peuple prendra part. On doit faire des décharges d^armes à feu^ et passer la nuit en danse et en festins. Lorsque nous le quitterons pour continuer notre voyage par eau , il enverra un de ses canots, monté par neuf hommes^ qui nous* escorteront jusqu'à la mer. Il nous engageait à pro* longer notre séjour d'une huitaine , pour que son monde fût de retour du marché de Bocquâ.

M Je pense , ajouta-t-il , que le- chef des messa-

I|6 ' l'BS NATURELS.

gers de Boequâ ) et mes gens seront une protecjtioo suffisante. » Sa proposition a été acceptée ^ns difficulté. Je lui fis entendre que nous avions disposé de tous les objets qui pouvaient être of- ^rts en présens, lui promettant que, sUl envoyait «rec nous jusqu'à la mer quelqu'un de confiance^ nous lui ferions passer de nouveaux cadeaux de la côte. Cette offre a paru le satisfaire ; il nous dit que sou propre fils .nous accompagnerait; et, quoique ses gens n'eussent jamais descendu le fleuve plus bas que Kirri, k une journée d'ici, il ne doutait pas que nous n'arrivassions à la mer sans accident. Après des témoignages réciproques de bienveillance et d'amitié, il prit l'engagement solennel de nous laisser partir au ierme désigné; nous nous sommes séparés ea ]»onne intelligence.

Avant de nous quitter, le vieux chef luius prévint que i^eux qu^l nous conviendrait d'admettre auraient seuls permission de nous rendre visite. Bu oonséquence , les principaux babitans de la ville, hommes et femmes, scmt venus nous voir. Tout oe monde était fort bien vêtu^ ilsse sont conduits décemment. Cependant , vers le soir^ des milliers d'autres individus vinrent iKms karceler^ nous laissant à peine la &culté de respirer. A.u-desstls d'Ëgga , les gens neois témoi-

IB FÉtIGHE. l'f^

gnaient moins de curiosité; mais, dans cette dernière ville, dans les pays au-dessous et ici même , rîen ne peut ^ comparer à la surprise et à l'étonnement qu'excite notre présence.

Vendredi^ 2^ octobre. — La promesse d'hier s'est accomplie aujourd'hui d'une façon éclatante. Dès le matin, un bœuf sauvage , encore libre et dans le taillis, nous a été offert , à condition que l'un de nous l'abattrait d'un coup de fusil. Paskoe prit son arme, et^ ayant découvert l'animal, qui ruminait à l'ombre, il l'ajusta, et le tua du premier coup. Une partie de la victime a été donnée au roi, suivant l'usage; notre vieil ami, le Mallam, ne fut pas oublié, le reste fut porté à notre logis pour notre consommation. Les bestiaux n'entrent jamais dans la ville; on les laisse errer librement , et, quand 1^ habStans obit besoin d'un bœuf, ils vont le tuer dans les bois[; mai^ tous ne sont pas aussi experts quenoti^ homme, à qqi nous avions conseillé de charger son fusil de deux balles et: de viser âu-dèssous»de

l'oreille, 11 ajusta si bien, que le bœuf tomba mort sans, se débatire , au grand étbnnement du chef et des habitans^ témoius de àb% exploit.'

Derrière notre cabane , sous un toit de hutte soutenu par quatre piliers de bois, est abrite un dieu féticlie, constàoument ganié par uue in. B

I l 8 LB FÉTICHE.

femme et deux jences garçons : on nous pria de

faire rôtiir notre bœuf à portée du dieu, aSn qu'il put se régaler de la fumée de la viande, et:enraanger même un morceau, si le cœur lui en disait. Mais on nous a expressément reconnmatidé d'éloigner de lui les ignames, considérés comme une nourriture trop chétive pour lui élre ofTerte. Tous les habitans sont idolâtres ; ils adorent desfignresda même genre que celles du Yarriba.

, De. grandes réjouissances doitent avoir lieu anjourd'hui .pour célébrer notre arrivée : la

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