‹ Journal d'une expédition entreprise dans le but d'explorer le cours et lChapitre 51 sur 99 · DISCUSSION. 11 II · texte numérisé non relu

DISCUSSION. 11 II

La discussion a été violente et orageuse ; le conseil s'est séparé tard , dans Paprès-midi ^ sans avoir rien décidé, et renvoyant à demain matin. Les habitans de Brass prétendent que la crique Bonny , qui est un petit bras du Niger , est à sec , et que la grande rivière qui coule à Brass , appartient au roi Jackety qui ne permet à aucun étranger , quel* qu'il soit ^ de remonter ou de descendre le Niger , sans lui faire payer l'impôt ou la taxe accoutumée. C'est la raison plausible qu'ils donnent pour nous enlever à Obie et aux gens de Damuggou. Nous avons regagné notre hutte, assez tristes des résultats de la conférence d'aujourd'hui.

Comme je demandais à Obie la permission de poursuivre, notre voyage, le priiant d'envoyer avec nous un de sq^ canots jusqu'à Bonny , j'ai été surpris d'apprendre que la rivière de ce nom fût à sec. Il dit qu'il nous faut descendre la grande rivière jusqu'à Brass y d'où nous pouvons ensuite gagner Bonny , attendu qu'il y a un bras du Ifeuve qui conduit d'une ville à Pautre. Nous sommes fort ennuyés de notre interprète. Ce drôle nous avait dit que le bras qui coulait vers Bonny était le principal , tandis qu'il est évident que c'est, au contraire, celui, qui mèneaBrass- Town. Quoique né dans la première de ces villes

:ii2 DÉCISION DU ROI OBIE.

(car c'est ce même Antonio dont neUs avons déjà en occasion de parler plusieurs fois), cet interprète ne nous répète jamais exactement ce que dit le roi , de sorte que les trois-qiiarts dm temps nous ignorons ce qui se passe , quoique cela nous touche dé si près. C'est un bavard, et le plus inutile des hommes. Nous avons fait le sujet de la conversation du roi êtdès che& pendant plus de deux heures, aujourd'hui , et nous n'avons pu parvenir à savoir cç qu'on disait de nous; nous sommes partis sans avoir nen appris de certain sur ce que nous deviendrons.

Ce soir , Antonio et cinq autres habitant dé Bonny sont entrés dans notre hutte , les larmes aux yeux. Nous leur avons demandé ce qulls avaient : « Le chef, ont-ils répondu , est décidé k vous vendre aux gens de Brass , mais nous nous battrons pour vous , et mourions plutôt que d'y consentir; » — « Combien êtes-vous de naturels de Bonny à Eboe , dans ce moment ? » — « Rien que six. » — « Et croyez- vous pouvoir battre deux cents deS gens dé Brass ? » leur dis-je. «Nous en pourrons toujours tuer quelques-uns, et vos hommes nous aideront. )> Je demandai alors à Antonio poui^quoi il ne nous avait pais traduit ce qui s^éfait passé à là hiaisodi du roi. Il allégua, pour s'excuser, qu'il avait peur de

CONSTERNATION. JOURNAL DE J. LANDER. 3r3

nous faire trop de peine ; (|ue c'était on mauvais palaver. «Nous sommes tous allés au xjhef, « aiout»-t-ily (cpleut'aQt, et, lui remontrant qu'un noir ne peut pas vendre un blanc : jn^ït il n'a pas youlimous écouter ^et a persisté à dire qu'il -vous Tendrait Qux geos de Brass. »

/ A. eetle nouvelle^ no« pauvres bateliers ont lîommencé à sanglotter ^ et n'ont cessé toute la nuit de se lamenter sur leur triste sort. Nous û'étiohs guère moins inquiets , mon frère et moi, lE^ar.noûs ne nous. attendions pas à un pareil dénouement ; à présent nous sommes résignée à ce qtfil y a de pis; il est impossible de prévoir à quelles^ exlréuiitcs ees sauvages peuvent se porter. Nious\avons vu chez le rôi un homme de J*unda , avec ' qui nous eussions pu causer dans fe langue du Haoïàssa > mais , pour quelque raison à nou& inconnue ^ on n'a pas voulu nous per^ meitre de: lui parler.

.. J^isrcrèdi^^ io hovehibre. -^ M'étant trouvé .fort malade , ce jnatin , et avec de la fièvre , je ,n'ai.pii*ie reridi'e au conseil ^ et j'ai prié mon A?ère d'y aller à ma place. Voici le récit de ce : iqui isf y: passa \^ tel qu'il l'écrivit à son retour. , :;« Eu arriirani chez Obie:,. j'y trouvai^ à ma •gi^lide surprise y le roi flcy-, frèçe aîné de - Gmr^ avec plusiedi'S personnel de: sa Siuite^ déjà

ra. i4

-rif^ liE KOI BOY.

réanie». Il était beaucoup mieux babillé que le resie de ses compatriotes^ et portait une veste de chasse , et un gilet pai^nlessus une chemise propre., de coton rayé , à laquelle était attaché un foulard en soie , qui^ descendait plus bas que ie genou. Comme je crois l'avoir déjà dit, le luxe des pantalons est interdit aux naturels et. aux étrangers nègres ; le roi fait seul exception à la règle. Des colliers'de corail et de verroteries entouraient le cou de Boy , et un joli crucifix de petites perles de toutes couleurs , pendait sur sa poitrine. Cette dernière parure , qui lui vient, sans doute , d'un capitaine de vaisseau négrier^ faisait fort bon effet. Le roi Boy se présenta à moi , de Tair d'une personne qui accorde une faveur plutôt qu'elle ne la sollicite ; et sa vanité, visible en toute occasion, était quelque chose de fort amusant. Il ne voulut pas souffrir que personne s'assît entre lui et la plateforme, mais s'accroupit le plus près possible du siège du roi , à la place qui nous avait été réservée comme honneur. Alors, ayec une incroyable volubilité , îà entama une longue énnmération de sa grandeur, de sa puissance, de sa dignité, dans lesqueUes.il surpassait tous ses voisins. Je fiis fbrcé d'écouter tout cela ^ pendant uû temps considérable ^ feignant d'y prendre intérêt. Pour mieux me troik-»

TÉMOIGNAGES ÉCRITS. 3l5

vaincre de là vérité de ses assertions^ il pi.*oduisit un portefeuille , contenant grand nombre de notés , ou de certificats (comme les nommerait un domestique ) , écàùts en anglais , en français, en espagnol , et ei> portugais , et qui lui avaient été données par divers capitaines de vaisseaux marchands^ qui avaient visité la rivière Brass. La coutume de délivrer aux nègres ces espèces de renseignemens , adoptée depuis quelque temps par les Européens, est extrêmement bonne et utile, et se propage sur toute la côte de rOuest.Les naturels eux-mêmes, ne comprenant rien à ces papiers , les croient louangeurs , et s'empressent de les montrer aux survenans étrangers, qui y voient leurs bonnes ou mauvaises qualités , et apprennent ainsi à distinguer les honnêtes gens de ceux qui sont intrigans, médians ou voleurs. Les lettres que Boy conserve SI soigneusement parlent de certaines affaires . que leurs auteurs ont eues avec lui , et rendent témoignage de son caractère et de celui de ses compatriotes. Une entre autres, signée James Dow, capitaine du brick la Susanne , de Li verpool , et datée de la première î'Unere de Brass , septembre^ i83o, contient ce qui suit : « Le capitaine Dow déclare n'avoir jamais rencontre une troupe de plus grands misérables que Vea

Page 1