ARRÊTÉ DU LUNDI 7 JANVIER
<t Qu'il sérà tf ès-htimblèmérit f èpfésënté au Roi , én « tëmps plus opportun, et aussitôt qii'il plaira audit séi- « gneitf Roi dë l'éritendré, que son Parlement, plein de « la soumission qii'il lui doit,- ihcàfiàbte de jamais s'en « écarter, n'a point ëhirëpiis sur son Sutôritéi hi préce tendu s'attribuer le drÔit de légisîâtiSn qu'il â toujours <t reconnu résider ëssehtièllernérifc en la përêoïirié du a Sôuvëfain ; qtië son devoir pour la défense des droits « dûdit seigneur Ëôi, dont le dépôt Sacré lui éfct confié, <c lui a fait rappeler, par l'arrêt du 7 septembre1 dérfiier, « les anciennes maximes du royaume^ qu'il étoit heces- <c saire d'opposer Stfx faux prificipes qtFtfff âfféctôit dë « répandrë én difféfëritâ écrits ;" qlië éé même devoir « l'oblige de demeurer inviolablement attaché auxdites <£ maximes, qui sont toutes également les maximes « fondamentales de l'autorité royale j qu'il doit veiller -
JOURNAL DE 1ÎÀRRÏER
<r sans cesse à, la conservation d'icelles; et que délibé- « rer en choses qui intéressent le service du Roi et le « bien de son royaume est la fonction la plus essence tiellé et le devoir le plus indispensable de son Parlecr ment1. »
Le premier président avoit bien été d'avis de faire un arrêté, mais il ne vouloit pas qu'on y rappelât cet arrêt. L'on conçoit que deux heures après, soit par le premier président, soit par le procureur général, le cardinal de Fleury "fut informé de cet arrêté. Ce qui choqua plus le cardinal est lé terme ({'opportun 2, qui est un terme ancien et inusité, et qui ne veut dire autre chose que plus favorable. Le cardinal le prit pour un terme meurtrier; et que cela vouloit dire : Quand il n'y seroit plus. Il fit tenir aussi à ce sujet un conseil extraordinaire le mardi matin , dont voici les suites :
Le mercredi au soir, il vint un ordre au premier président, et il envoya toute la nuit avertir messieurs du Parlement d'être le lendemain à six heures au Palais.
Le jeudi, 10 janvier, le Parlement assemblé, M, le premier président leur dit qu'il avoit reçu une lettre de la Cour, pour que lui, les présidents de la Cour, qui sont les présidents à mortier, et le plus ancien de chaque chambre, se rendissent à Versailles dans la matinée.
Sur-le-champ on arrêta que cet ordre seroit exécuté, et, en conséquence, ils partirent pour Versailles.
Le vendredi 11,1e Parlement s'assembla pour entendre le récit de ce qui s'étoit passé à Versailles la veille, dont il fut dressé procès- verbal , qui porte : qu'ils arrivèrent à dix heures et demie du matin à Versailles ; qu'ils furent reçus par M, de Maurepas, qu'étant dans la seconde antichambre du Roi, M. de Maurepas s'arrêta et leur dit de la part du Roi' que Sa Majesté leur défendoità tous
t. Voir Nouvelles ecclésiastiques, 1732, 24 janvier, p. 13. 2. Ce mot, qui est encore usité, vient du latin opportunus. Au moyen âge, il avait déjà le sens de favorable, propice.
en général et à chacun d'eux en particulier, et nommément à M. le premier président de prendre la parole, ni de rien dire après que le Roi auroit cessé de parler; qu'ayant été introduit dans la chambre du Roi, où étoient le duc d'Orléans, le chancelier, le garde des sceaux, le cardinal de Fleury et plusieurs seigneurs, le premier président dit au Roi qu'ils venoient recevoir ses ordres.
Le Roi leur parla en ces termes : « Voici la seconde « fois que vous m'obligez de vous faire venir pour vous « marquer mon mécontentement de votre conduite; a mon chancelier vous expliquera mes intentions. »
M. le chancelier, prenant la parole, leur dit : « Les <t raisons du mécontentement de Sa Majesté ne vous « doivent être que trop connues, et tout ce qu'il y a eu « d'irrégulier ou d'indécent dans la conduite et les dc- « marches du Parlement, depuis les ordres que le Roi lui « envoya au mois de novembre dernier, vous fait assez « sentir combien Sa Majesté a lieu d'en être justement « irritée. Elle m'ordonne donc de vous dire que sa vo- « lonté est que tout ce qui s'est passé au Parlement, « au sujet de ses ordres, depuis le 12 novembre dernier « jusqu'à ce jour, soit et demeure supprimé comme nul « et de nul effet, et contraire à l'obéissance qui lui est û due. Sa Majesté , persistant toujours dans les mêmes « ordres, défend absolument à M. le premier président, « comme à tous MM. les présidents, de convoquer à ce «c sujet ou de souffrir aucune assemblée générale ou « particulière autre que celle où M. le premier président v fera uniquement le récit de ce qui se passe aujour- « d'hui. Le Roi défend pareillement à tous les membres a du Parlement de provoquer de telles assemblées et de « faire aucune délibération de quèlque nature que ce « soit, sur tout ce qui est contenu dans ses ordres pré- « cédents, et sur ce que Sa Majesté m'ordonne de vous « dire en son nom, même de rien proposer ou agiter.
« siif ëîiacun de cès points dans les assemblées qui « seront tenues sîir d'autres matières ; et -Sa Majesté « regardera comme désobéissants et rebelles à éés ordres c< ceux qui entreprendraient de les éluder sôiis quelque « prétexte que ce pût êlrë; Au surplus* le pouvoir défaire « des loiis ét de lës interpréter est essentiellement et unies tjuemerit résërvé au Roi. Le Parlement n'est chargé « que de veiller à leur exécution; il doit se renfermer « exactement dans les bornes de l'autorité qu'il plaît à « Sa Majesté de lui Confier pour l'administration de la « justice. Lé Roi dônhoît toute l'étendue des droits de « s& suprême puissance, et il n'a pas besoin d'être « excite à triàintenir les maximes du royaume,- 11 tf toute jours empêché èt. empêchera toujours qu'elles ne « souffrent, la moindre atteinte,* Mais la plus' inviolable « des maxifties qui regardent l'atitorité royale est qu'il « n'est jamais péfmis dè manquer à l'obéissance qui « Uii est due. Le dévoir le plus essentiel et le plus indis- <( pensable des magistrats est d'en donner l'exemple , « aux autres sujets du Roi, et de prouver lelir soumises sion personnelle par les effets beaucoup plus que par tt les paroles. Sa Majesté ordonne à M. le premier prési- *c dent de faire insérer exactement dans les registres du a Parlement tout ce qu'elle vous a dit par elle-même « ou par ma bouche, en cette occasion, et de lui en « envoyer incessamment une expédition1,
Après qttoi* le Roi lui-même ajouta : « Voilà ma voce lonté ; né me forcez pas à vous faire sentir que je suis « votre rriaître. » À quoi M; le premier président auroit pris là liberté de répondre au Roi qu'il leur auroit été défendu en èon nom de lui expliquer même l'excès de leur douleur.
On avoit communiqué au premier président ce discours du chancelier pour le rapporter tout au long.Toule
t. Ce discoursa été reproduit dans les Nouvelles ecclétiasti'qùeii i 7 â 2 ^
44 janvier, p. 14.
JAXVJER 1732, 239
la cofnpagnie écoula tous ces ordres tresTatteflti y épient, et il n'y a, autre c)ipsq dfin§ les registres que ces inots : « Après lequel récit, la Cour s'est levée. »
L'abbé Puçelle ayoit raison de djre que jarpais lg Parlement n'avoit été si avili, ni si maltraité, car voilà une vilaine réception, de faire venir ce Parlement et de lui faire défendra de parler, ni de répondre : quelle posture humiliante ^evpnt les ministres et des seigneurs ! Depuis ce temps-là , il n'a été question de rien entre la Cour et le PjarJenjeot.
Les avocats sont faits pour les événements. M. de Viennay, conseiller de la première âe§ enquêtes, ayoit un procès àlatpurnelle contre les habitai] tg d'une terre à lui appartenant. Gety s'est plaidé ces jours-ci. M.. TV boué, avocat, plaidoit pour eux, et il a fait qn mé/noire dans lequel, pour rendre M. de Viennay 4éfavorabIc, sans parler de lui, a dit que les gens d'ajfyires de M. de Viennay avoient eu uji mauvais procédé (je n'ai pas lu le mémoire). JI, de Yienfiay s'est formalisé de cela; il a dit qif'ij n'.étoit point homme à avojr dçs gens d ■<?/f aires; qu'un {conseiller au Parlement é^oit présumé soigner- et conduire son affaire lui-même ; que cela s'adressoit à lui personnellement. .Sur cela , il ^ demandé par une requête la suppression du mémoire, M. Gilbert, premier avocat général, y a conclu. Par l'arrêt, M. de Viennay a gagné sa cause, et Ton a ordonné la suppression du mémoire. .
Plainte en conséquence de M. Tabouê aux avocats. On a examiné le mémoire ; l'on a dit que c'étoit la seule façon, dans la nécessite où l'on est, de dire quelque chose contre une partie, de le dire 53ns attaquer la personne. Les avocats, piqués de l'arrêt , pnt résolu de ne plaider, écrire, travailler ni pour ni contre les conseillers au Parlement, qui étoient de la Tournelle, parce qu'ils étoient si délicats. Et la plupart des avocats ne veulent plus communiquer à M. Gilbert; en sorte que
voici une querelle particulière cnlre le Parlement et lcâ avocats* On dit que c'est Prévost qui a excité tout cela. Un conseiller me dit, le dernier jour, qu'il faudroit éviter ces scènes, et que la Cour ne demande pas mieux que de voir de la désunion entre le Parlement et les avocats. Mais je lui répondis : « 11 faudroit voir le mémoire, « car M. de Viennay peut avoir grand tort de s'être « formalisé au point de demander la suppression d'un « mémoire. »
Lundi 21, il fit le soir un si affreux brouillard dans les rues de Paris que personne ne se ressouvenoit en avoir vu un semblable. Les lanternes n'éclairoient pas et paroissoient éloignées comme de petites étoiles ; les flambeaux ne servoient presqu'à rien ; les cochers ne voyoient pas leurs chevaux et ne savoient plus leur chemin. Pour moi, je sortis à huit heures du soir dans une chaise à porteurs; je. ne pus jamais reconnoître aux maisons le chemin par où ils me menoient. Il arriva plusieurs accidents, surtout sur le chemin de Versailles, Il y eut un cocher qui , au lieu d'enfiler le pont de la Tournelle, descendit à la rivière par la Grève, qui est entre le pont et la porte Saint-Bernard, Il se sauva, et les chevaux furent noyés.
Il vient de se faire un grand mariage du prince de Conti1, qui n'a que quatorze ans, avec mademoiselle de Chartres2, qui en a quinze ou seize, fille de M. le duc d'Orléans, Régent. Ce prince est neveu, par sa mère, de M. le Duc; en sorte que la maison de Condé et celle de Conti se trouvent fort honorées de celle alliance avec là maison d'Orléans, qui tient de bien près à la maison régnante , puisque mademoiselle de Chartres est arrièrepetite-fille de Louis XIII, et que le Roi est arrière-pelitfils de Louis XIV»
On avoit aussi parlé d'un mariage de M. le comte do
1. Louis-François, prince de Conli, né en 1717, mort en 1776,
S.- Louise-Diane d'Orléans, Voyez plus haut, année 1 723, t. i,p. 321*
Charolois, frère de M* le Duc, avec mademoiselle de Beaujolois, aînée de mademoiselle de Chartres, laquelle est nommée la princesse Caroline , parce qu'elle étoit destinée en Espagne à don Carlos. Il le souhaitoit fort, mais il a répondu qu'il n'avoit pas assez de bien pour soutenir l'éclat de celte alliance; et cela est vrai.
Le 19 de ce mois, mademoiselle de Chartres a reçu les cérémonies du baptême dans la chapelle de Versailles. Le Roi a été son parrain, et la princesse de Conti, troisième douairière, mère du prince, sa marraine, et la cérémonie a été faite par M. le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, en présence du curé de Versailles,
Le lundi 21, se firent les fiançailles et la signature du contrat dans le cabinet du Roi. Les princes et les princesses s'y trouvèrent, et la Reine, avertie par le grand maître des cérémonies, s'y rendit, M. le prince de Conti donnoit la main à mademoiselle de Chartres, dont le manteau étoit porté par mademoiselle de Sens, princesse cadette de la maison de Condé. Mademoiselle de Charolois, qui est l'aînée des princesses, avoit refusé de le faire.
Le mariage fut fait, le 22, dans la chapelle de Versailles. Le grand maître des cérémonies àvoit invité, de la part du Roi, les princes et princesses du sang et les princes légitimés. Le Roi et la Reine s'y rendirent à midi, précédés du grand maître, du maître et de l'aide des cérémonies. Le prince de Conti et mademoiselle de Chartres précédoient le Roi et la Reine dans la marche. Les.princes et princesses du sang prirent leur place, suivant leur* rang , à la droite et à la gauche du Roi et de la Reine, et dans ce rang la princesse de Conti, troisième douairière , étoit placée devant mademoiselle de Beaujolois, quoique de la maison d'Orléans, apparemment à cause de sa qualité de femme. Pour Son Altesse Royale, madame la duchesse d'Orléans, elle
étoit jen haut, dans la tribune, £t pfela apparemment par hauteur et par singularité. Les princes légitimés et madame la comtesse de Toulouse se placèrent derrière les princes et princesses du sang. La cérémonie fut faite par le cardinal de Rohan, eii présence du curé çle Versailles. -
Le soir, le Roi et la Reine soupèrent en public, avec les princesses ? dans l'appartement de la'Reine. Cela faisoit une table de douze; madame la comtesse de Toulouse y étoit; madame la duchesse d'Orléans n'y étoit pasl Il n'y' avoit point d'honjmes, pas même le mari, parce qu'il n'y a aucun prince qui ait droit de manger ayee la Reine. Et ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'il n'y eut aucun souper, pour les prineqs, ni chez madame la duchesse d'Orléans, mère' ni chez M. le duc d'Orléans. Le. prince de Conti fut obligé apparemment d'aller manger. yn poulet à son particulier. Le Roi ensuite, au coucher, donna la chemise au prince de Conti, et la Reine h la princesse» Et le lendemain 23, les mariés reçurent la visite du Roi et de la Reine, de monseigneur le Dauphin, de Mesdames de France et des princes et princesses.
On ne vouloit pas le laisser coucher de si bonne heure avec sa femme; mais il est assez formé, et on a remarqué qu'il est déjà fort alerte auprès des femmes. 11 a de qui tenir, .
Aujourd'hui, 29 de ce mois, grand événement dans Paris. Ce matin, M. Hérault, lieutenant de police? a fait fermer, en vertu d'une ordonnance du Roi, du 27, le petit cimetière de Saint-Médard, où est le tombeau de M. Paris. Le guet à cheval étoit dans le faubourg Saint- Marcel à quatre heures du matin; et à chaque corps de garde de ce faubourg il y avoit vingt soldats aux gardes avec les armes chargées. Par cette ordonnance, on traite de superstition tout ce qui s'y passoit, pojur abuser de la crédulité du peuple; les convulsions que l'on y voyoit
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étant siîiuiléës et faites Volontairement, On â affiché cette ordonnance fort haut, crainte qiï'ëllë ne fût arrachée; mais aussi à peine la péut-orï lire. Ôh là vendra dans quelques jours. On dit qiié ce matin il y âvoit grand nombre de carrosses, et l'église de SSirit-Médàrd remplie de monde.. Ori n'ira plus dans lé petit cimetière; mais on irà dans l'église, et je m'imagine que la dévotion ne fera que redouMér. il sera difficile d'ëmpêehër
le monde d'aller* avec le même concours dans cette
église. Quoiqu'il eh soit, voici unè àfîairé de conséquence pour le parti janséniste;
11 y a eu, les jours suivants, dû guet a cheval et à pied pendant le jour jusqu'à la férmèturë de l'église de Sâint- Médard, autour dé l'église, avec nombre d'exempts dedans. On dit môme qu'on a enlevé dans un carrosse line femme malade qui faisoit miné d'avoir quelque convulsion.
On a distribué aussi les procès-verbaux de pliîsiëiîrs médecins et chirurgiens, qui ont interrogé plusieurs personnes qui àvoiefct des convulsions, et qui ont élô arrêtées; mais on dît que ce sont dë pauvres géhs qu'on îivoit apostés poitf feindre des convulsions,- afin d'avoir ensuite leurs déclarations cômmë ces agitations et ces convulsions étoient volontaires et lion pas siirriâtarelles.
Il y a un nonihié M. lé chevalier Folafd1,- ancien et brave officier, qui Vient de faire le Pôlybe*^ livre fort ëstiriié poiir la guerre,* et dont il y a déjà six volumes imprimés. Cei liôiïimë est sourd depuis quinze a'ns; il à été, dit-on, à Sairil-Médàrd pdr curiosité seiilérnentj car il h'âvoit jdniàis été forcé c\6 dévotion. Cependant, il
I. Jean-Charles, chevalier de Folard, né a Avignon en 1609, célèbre écrivain militaire, auteur d'un Commentaire sur Polybe,- (IcS Devoirs d'un officier de cavalerie, etc., mourut àPa ri s en 1752.
Histoire de Polybe, traduite du grec par D. Vincent TKuUHër, avec les Commentaires du chevalier de Folard. Paris, 1727, 6 vôl. ia-4,
s'est trouvé saisi, et a eu une joie de guérison. Il y a été par la suite avec dévotion, cela lui en a donné ; il a eu des convulsions, il en avoit même tous lesjours dans sa maison à cinq heures après-midi. Il demeure dans le faubourg Saint-Honoré, et là se rendoient plusieurs per* sonnes de distinction de ses amis pour assister à ces spectacles. Il a eu là-dessus des explications très-vives avec M. d'Angervilliers, ministre de la guerre, qui a voulu Tintimider sur une pension de quatre mille livres que le Roi lui fait, depuis longtemps; sur quoi il a ré* pondu seulement qu'il l'avoit bien méritée. Il a eu ordre du Roi, depuis peu, de ne recevoir qui que ce soit chez lui, et, en effet, on refuse sa porte. On dit même qu'il aura une lettre de cachet pour se retirer loin de Paris, Cela est pourtant étonnant; car voilà un homme d'esprit qui n'est pas présumé avoir été gagné par aucun des deux partis pour supposer des convulsions.
Le même jour qu'on a fermé le cimetière, le parti janséniste a envoyé, dans un paquet cacheté, à tout le Parlement les informations faites de plusieurs miracles de M. Paris, du temps de M. le cardinal de Noailles; le tout imprimé. Je ne sais comment ils font pour faire imprimer toutes ces choses, malgré toutes les recherches de la police; il faut, de nécessité, qu'il y ait quelque puissance qui soutienne cela secrètement.
Quoi qu'il en soit, on n'y entend rien. S'il n'y avoit point eu ici deux partis, les miracles de M. Paris auraient passé doux comme miel; au lieu que la Cour de Rome et la Cour de France le regardent comme un homme mort hors le sein de l'Église. Cela nous fait voir ce que nous devons penser de tous les miracles de l'antiquité, qui n'ont d'autre autorité que la simplicité et la cabale.
Ce qui est de plus fâcheux, c'est que cette affaire a attiré une assez mauvaise chanson sur M. Hérault, lieutenant de poHce,
FÉVRIEU 1732
Sur l'air : du Triolet.
Certes, c*est jouer trop gros jeu!
Petit lieutenant de police,
Mal prend à qui s'en prend à Dieu !
Certes, c^st jouer trop gros jeu.
La honte ici, là-bas le feu
De tes pareils sont les supplices.
Certes, c'est jouer trop gros jeu,
Petit lieutenant de police!
Croltes, lanternes et catins Bornoient autrefois ton office. .
Tu quittes^ pour vexer les saints, Crottes, lanternes et catins!
Lucifer et ses Girardins1 Te feront chef de leur justice.
Crottes^ lanternes et catins Bornoient autrefois ton office.