‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 59 sur 90 · Anne Ivanowna · texte numérisé non relu

Anne Ivanowna

qui a parlé plus clairement; qu'elle s'opposoit précisément à l'élection du roi Stanislas, beau-père du roi de France. Le primat du royaume a répondu à ces ambassadeurs que le royaume de Pologne étoit indépendant de tout autre, et qu'ils éliroient qui bon leur sembleroit. M. le garde des sceaux, ministre des affaires étrangères, a déclaré ici aux ambassadeurs que le Roi étoit fort surpris du procédé de leurs maîtres ; qu'il regardoit ces démarches comme autant d'actes d'hostilité, et qu'il soutiendrait de toutes ses forces la liberté des Polonois. On ne doute point que cet incident ne nous attire une bonne guerre avec l'Empereur, laquelle deviendra peutêtre plus sérieuse en réveillant différents intérêts des autres puissances. Il sembleroit aussi que cela devroit favoriser l'élection du roi Stanislas, les Polonois s'assurant par là la protection du roi de France. 11 a un fort parti en Pologne. On dit que, par les lettres qu'il a écrites aux. sénateurs , il a déclaré qu'il se démettoit de tous" les droits qu'il pouvoit avoir sur la couronne par la possession qu'il en avoit eue, et qu'il ne prétendôit à l'élection que comme simple seigneur polonois, 11 seroit de la bienséance de la France que le beau-père du Roi fût en place sur le trône, et il ne sera pas glorieux pour nous si un autre que lui est élu roi. On dit aussi que dans cette affaire le pape favorise les prétentions de l'Empereur, ce qui ne nous rend pas amis.

Le Grand Conseil a voulu aussi, à l'instar du Parle* ment, marquer son zèle pour le soutien des maximes du royaume. Il a rendu un arrêt célèbre, le 17 de ce mois, pour la suppression d'un livre qui a été produit dans ïjne grande affaire pour l'ordre de Citeaux, lequel livre pxalte un peu trop haut l'autorité papale. Comme il n'est pas d'usage de faire de ces sortes de suppressions, la police générale appartenant au Parlement, ils ont eu l'attention de rendre compte des propositions qui rendoient le livre condamnable, ce qui est bien mieux que

dans les arrêts, du Parlement, où Von ne met que l'intitulé du livre dont on n'a aucune connoissance par le discours des gens du Roi.

Dans les affaires de partis, il se trouve des gens hardis et entreprenants. On a répandu dans le public uneLettre imprimée, supposée écrite par Louis XIV à Louis XV, son petit-fils1, laquelle vient d'être condamnée au feu par arrêt du Parlement, du 20 de ce mois. Cet imprimé coule à présent jusqu'à douze livres» et même ne se trouve plus, par le risque qu'il y auroit à le débiter. On a déjà mis quelques personnes à la Bastille à ce sujet, et entre autres, M. Robert2, beau-frère du procureur du Roi au Châtelet, Moreau; parce qu'il en avoit chez lui quatre exemplaires» Le lieutenant général de police vient d'épouser une Moreau, fille de M. de Séchelles, intendant de Maubeuge ; mais le crédit n'a pas pu garantir M. Robert, qui est un bon janséniste. On m'a prêté cette lettre pour la lire, et l'entreprise est hardie. Louis XIV reproche au Roi, son petit-fils, le ministère du cardinal de Fleury, tant pour la politique étrangère que pour le dedans du royaume, avec les traits les plus vifs et les plus piquants. Ce pauvre cardinal y est traité avec le dernier mépris sur sa basse naissance, son peu d'esprit, son incapacité pour le gouvernement. Le garde des sceaux Chauvelin y est peint comme un homme fin, ambitieux , livré aux Jésuites , qui veut d'avance s'emparer de l'esprit du Roi , pour gouverner seul, après la mort du -cardinal. On reproche au duc d'Orléans son silence sur les affaires publiques et une dévotion d'un

i . Lettre àe Louit XIV à tour* XV \ brochure in-4 de 18 pages attribuée à- Claude-Guilîaume-Robert d'Espevils, écuyer. Voyez Battitle dévoilée , lre livraison, p, 84, ann. 1733- Suivant le Journal de la Cour, p. 199-200, l'abbé de Sarlan, chanoine de Saint-Gervais, fut mis à la Bastille comme auteur de ce pamphlet.

1m Voyez la note précédente. Le Journal de la Cour, l. c.j p. (81, le homme Robert de Steuil. Il était cousin de madame Moreau* Il (ut envoyé eu exil au mois de mai suivant, Yoye* Journal, I. c, p. 270,

Page 1