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BLESSURE DE L’UN DES RAMEAUX CALCANIENS

fournis par l'artère tibiale postérieure ; — Ligature de cette artère vers le tiers moyen de la jambe ; — Hémorragie survenue , le dixième jour , par le bout inférieur ; — Ligature de V artère crurale au haut de la cuisse ; — Guérison ; par M. A.-T. Chrestien , professeur agrégé h la Faculté de médecine de Montpellier.

« Il subsiste encore des contestations intéressantes sur ce même sujet, entre les praticiens les plus célèbres, qui ne pourront être vidées que par l’observation ; il est donc utile que tous ceux qui ont pu recueillir des faits de ce genre en publient les résultats ; car ils peuvent servir à éclaircir quelques doutes, et à étendre les préceptes susceptibles d’application à la pratique. «—(Delpech, Chirurgie clinique de Montpellier , t. 1er, p. 1.)

Obs. — Louis Amédée, à peine âgé de 20 ans, garçon jardinier chez le sieur Gallot, se fit, le 28 mai 1858 , une piqûre au-dessous et en arrière de la malléole interne de la jambe gauche, en brisant négligemment avec le pied des mottes qui embarrassaient les dents delà herse. L’immersion de la jambe dans une pile d’eau froide n’ayant pas pu arrêter l’hémorragie, des chiffons brûlés furent appliqués sur la plaie, et une bande fut roulée autour du cou-de-pied : le sang cessa de couler.

La guérison obtenue par le docteur Mirault d’Angers, dans un cas semblable, et mentionnée par le docteur Boutreux dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales (t. IV, p. 258), ainsi que plusieurs faits dont j’ai été témoin, ou qui me sont propres, m’autorisent à croire que si le repos avait été gardé assez longtemps, il n’aurait pas été besoin des secours de l’art; mais Louis Amédée ayant voulu aller à la messe le jour de la Pentecôte , l’hémorragie se renouvela plus forte que la première fois. Elle fut encore arrêtée de la même manière ; et quand j’arrivai auprès du blessé, je n’eus qu’à lui prescrire la diète , des boissons froides et acidulés, des affusions constantes d’eau à basse température , et, par-dessus tout, le repos absolu du membre. Deux jours se passèrent, pendant lesquels mon malade parut devoir être guéri sans opération chirur¬

gicale ; mais l’imprudence qu’il eut d’essayer quelques pas fit reparaître une hémorragie bien plus active que les deux précédentes; et je fus alors bien convaincu, en mesurant par la pensée le molïmen hcemorragicum qui allait toujours croissant, que la ligature artérielle était indispensable.

Le malade, à qui j’en fis la proposition, me fit observer que, puisque c’était par sa faute que cette troisième hémorragie était survenue, il y avait lieu d’espérer que, plus soumis à mes conseils, il pourrait sans doute éviter l’opération chirurgicale. Je partageai jusqu’à un certain point son espoir, en recommandant toutefois aux gens qui l’entouraient d’exercer sur la plaie la surveillance la plus active, et d’entretenir toujours froides les compresses dont la jambe était enveloppée. A 10 heures du soir, j’allai le revoir, quoique je ne l’eusse quitté qu’à 4 heures : un caillot sanguin était sur la plaie, et l’hémorragie ne s’était pas reproduite ; mais le pouls plein et fréquent m’en annonçait l’imminence. En effet, elle eut lieu le lendemain matin à 0 heures, sans que le blessé eût remué de dessus son lit : aussi fut-il terrifié et consentit-il à subir l’opération qu’il avait refusée la veille. C’était le 6 juin.

Lier l’artère dans le point même où elle avait été perforée, aurait été la conduite que j’aurais tenue, comme le professeur Bérard de Paris, si comme lui j’avais pratiqué l’opération dans les premiers moments qui suivirent la blessure; car non-seulement je crois que « les ligatures doivent être placées « aussi près que possible des lésions arté- « rielles qui les rendent nécessaires à la « jambe comme à l’avant-bras (1); « mais encore que si des chirurgiens, d’ailleurs habiles, voient l’hémorragie se reproduire après une première ligature, c’est parce qu’ils n’ont pas eu la précaution de lier les deux bouts du vaisseau blessé. Mais neuf jours s’étaient écoulés , pendant lesquels le tissu artériel s’était enflammé dans les environs de la piqûre ; 'car celle-ci donnait issue à de la sérosité chargée de quelques traces de pus. Aussi, en réfléchissant au point que je devais choisir

(1) Archives générales de médecine, 2y série, t. VII, page 452.

pour placer ma ligature , lus-je éloigné de l’idée de la porter derrière la malléole, plutôt par la crainte d’y trouver de l’artérite, que par les raisons qui font dire à M. Velpeau que cette ligature est assez dangereuse (1). Quant au point d’élection indiqué vers le tiers supérieur de la jambe, il me suffit, pour y renoncer, de penser aux difficultés qu’y ont rencontrées :

Deschamps, qui fut obligé de comprendre dans l’anse de la ligature une partie du ligament interosseux, quelques portions charnues, et peut-être l’artère tibiale antérieure, ainsi que le nerf qui l’accompagne ;

Logand, chirurgien de Leeds, qui fut contraint de réséquer le péroné dans l’étendue de deux pouces;

Et Bouchet, de Lyon, qui fut forcé d’inciser ; en travers les muscles du mollet, tant ils étaient contractés avec force.

C’était pourtant la tibiale postérieure que je voulais lier, parce que c’est elle qui donne naissance aux rameaux calcaniens internes, et que c’était évidemment l’un de ces rameaux qui avait été blessé tout près du point où ils se séparent de l’artère tibiale postérieure. Je pris donc pour point d’élection le tiers moyen de la jambe, assez distant de la blessure pour espérer que l’inflammation du vaisseau ne £e serait pas propagée jusque-là.

Après avoir fait fléchir la jambe blessée, de telle sorte qu’elle fût couchée sur son côté externe et que je fusse en regard de la région postérieure, je mesurai de l’œil l’espace qui sépare du tendon d’Achille le bord interne du tibia ; et je pratiquai sur le milieu de cette ligne, avec un bistouri convexe, une incision de deux pouces, qui intéressa d’abord la peau et les différentes couches sous-jacentes, et qui ensuite divisa l’aponévrose profonde. Voulant alors constater les battements de l’artère, je fus assez longtemps à les sentir, tant ils étaient faibles, et ce ne fut qu’après avoir fait avaler au malade un léger cordial que je pus les apprécier et éviter par là le double écueil de chercher le vaisseau trop près du tendon d’Achille, ou trop près du tibia. Pour me mettre à l’abri de toute erreur, après avoir mis à nu l’artère tibiale postérieure, qui se trouvait d’ailleurs plus en dehors qu’elle n’est ordinairement du nerf qui la côtoie, je la saisis avec l’indicateur de la main gauche, et je glissai sous elle une sonde cannelée. Quand je fus assuré, par cette précaution, non-seulement détenir bien l’artère , mais encore d’avoir à ma disposition un vaisseau sain, ou du moins sans altération de couleur et de texture, je l’enlaçai d’une forte ligature simple et l’étreignis

(1) Traité d'anatomie cliirurg ., t. II , page

CLINIQUE

par deux nœuds. Après avoir coupé l’un des deux chefs de la ligature, et avoir attendu suffisamment pour voir si je n’avais intéressé aucun vaisseau capable de fournir du sang, je réunis les lèvres de la plaie à l’aide de cinq points de suture et de six bandelettes aggluîinatives dont quatre étaient interposées entre les points de suture ; de la charpie et un bandage roulé terminèrent le pansement , et en quittant le malade, je lui recommandai de ne pas économiser l’eau de puits aiguisée de jus de citron.

Le lendemain, 7 juin, le mollet et le pied furent assez tuméfiés pour m’engager à inciser sur place les bandelettes agglutinatives; et l’inflammation se continuant, j’eus à couper successivement tous les points de suture, et fus forcé de livrer à la suppuration la plaie que j’aurais tant voulu réunir par première intention.

Malgré ces petites contrariétés que me suscita l’excès d’une inflammation que je n’osais pas combattre, à cause de la débilité générale de mon malade , dans le tempérament duquel le système lymphatique prédomine, tout me permettait de compter sur le plein succès de l’opération, lorsque, le 16, dixième jour après la ligature de la tibiale postérieure , une cinquième hémorragie survint sans cause connue. Soupçonnée pourtant dès la veille par l’état du pouls, elle fut bientôt arrêtée par le malade lui-même à qui j’avais donné mes instructions, et qui mit son doigt sur le jet de sang, pendant tout le temps qu’il fallut à la garde-malade pour serrer le tourniquet que j’avais disposé au-dessus du genou. Ce fut d’ailleurs à l’heure habituelle du pansement qu’eut lieu cette hémorragie : aussi ne tardai-je pas à arriver; et quelle ne fut pas ma surprise lorsque, cherchant la source du sang, je constatai qu’il n’avait nullement jailli par le point de la ligature que j’avais pratiquée , mais bien par la piqûre de la herse qui offrait des battements que je n’avais jamais observés dans les précédentes hémorragies. Il était donc bien clair que ma ligature, quoique tombée ce jour-là même, avait déterminé un caillot suffisant pour s’opposer au passage du sang de haut en bas ; mais il notait pas moins évident que le motimen hæmorragicum, que la diète sévère à laquelle j’avais soumis mon malade jusqu’à ce jour et les pertes considérables de sang qu’il avait faites n’avaient pu dompter, avait dilaté outre mesure les vaisseaux musculaires, et avait fait refluer le sang dans l’extrémité inférieure de la tibiale postérieure, soit par les rameaux anastomotiques de la pédieuse, soit par ceux de la plantaire interne, soit encore par ceux de la plantaire externe , soit enfin par les rameaux calcaniens eux- mêmes, qui sont en très-grand nombre.

BULLETIN CLINIQUE

La difficulté de savoir quel était celui de ces rameaux qui fournissait la nouvelle hémorragie me détourna de l’idée qui m’était venue sur-le-champ, de pratiquer une ligature au-dessous de la lésion artérielle ; et je jugeai dès lors indispensable d’aller lier l’artère crurale. Toutefois, connaissant les heureux succès qu’avaient obtenus à l’aide de la compression les professeurs Delpech, Dugès et Dubreuil, dans des cas d’hémorragie survenue après et malgré la ligature des différentes artères du membre thoracique, je voulus savoir du seul de ces trois chirurgiens distingués qui survit aux deux autres, s’il pensait que les circonstances fussent assez favorables pour faire réussir la compression, et éviter une nouvelle opération au malheureux Amédée.

L’avis du professeur Dubreuil fut en effet que la ligature déjà pratiquée au-dessus du point blessé diminuant l’impulsion du sang, une compression méthodique exercée sur les rameaux artériels inférieurs, qui seuls pouvaient entretenir l’hémorragie, l’arrêterait probablement. 11 poussa même la complaisance jusqu’à renouveler, le 17, l’appareil que j’avais placé la veille, et malgré lequel une sixième hémorragie avait eu lieu pendant la nuit. Aux compresses soit longuettes , soit carrées, et au bandage en étrier que j’avais appliqués , il joignit une pièce de monnaie, afin de donner plus de solidité à la compression ; les affusions froides furent continuées avec persévérance ; la diète la plus sévère fut maintenue, et comme auparavant la limonade froide fut seule permise. Malgré toutes ces précautions, une septième hémorragie eut lieu le 18, à 3 heures du matin , pendant que j’étais auprès d’une dame en proie aux douleurs de l’enfantement, et du linge brûlé fut appliqué sur toute la partie interne du cou-depied, malgré la défense que j’en avais laite, parce que, toutes les fois que j’avais enlevé cet appareil, dans lequel le blessé avait une grande confiance, j’avais remarqué qu’il avait irrité les téguments. L’hémorragie étant arrêtée quand j’arrivai auprès du malade, tous mes raisonnements furent inutiles pour le décider à se laisser faire une nouvelle opération; mais l’état de faiblesse où l’avaient jeté et ses nombreuses pertes de sang, et la diète sévère à laquelle il avait été soumis, me firent un devoir de ne pas abandonner à lui-même un malheureux que son éloignement de la ville me faisait tous les jours craindre de trouver mort le lendemain ; et le professeur Dubreuil , que j’avais encore fait appeler en consultation, sachant bien qu’il n’y a plus à compter sur la compression, comme il le dit lui-même (1), quand, mise en usage un certain temps après la blessure , elle agit sur

(1 ) Gazette médicale de Paris , 1834, p. 726.

des parties enflammées, joignit ses instances aux miennes pour engager Louis Amédée à se laisser lier l’artère fémorale.

Une huitième hémorragie survenue douze heures après la précédente, c’est-à-dire à trois heures de l’après-midi, plongea le malade dans l’épouvante et lui fit sentir enfin tout le danger de sa position: il demanda un confesseur, et se soumit ensuite à tout ce que je pourrais lui proposer.

Les choses étant examinées avec une nouvelle attention et le dernier appareil étant enlevé, nous constatâmes non-seulement que l’épiderme était détaché dans une certaine étendue de la région malléolaire interne , mais encore qu’il s’était formé, à quelques lignes en avant de la piqûre, une tumeur anévrismatique présentant une crevasse par laquelle le sang s’échappait. Ces circonstances, jointes au molimen hæmorragicum qui était si actif chez notre malade, nous confirmèrent dans la conviction que nous avions déjà acquise de l’indispensable et urgente nécessité de lier l’artère fémorale ; quant au choix du lieu précis où nous devions découvrir ce vaisseau, l’expérience du passé nous avait appris à nous méfier de la grande facilité des communications collatérales, et à donner la préférence à la partie du membre la plus éloignée de la lésion primitive. Nous n’hésitâmes donc pas à porter notre ligature à la partie inferieure du triangle inguinal, région où il est d’ailleurs si facile de découvrir et d’isoler l’artère crurale. Aussi ne décrirai-je pas la manière dont je procédai à cette opération chirurgicale. Il me suffira de dire, pour rassurer mes lecteurs, que je la pratiquai en présence du professeur Dubreuil , dont je me rappelle avec plaisir avoir été le premier élève particulier quand il arriva dans notre ville. Les lèvres de la plaie furent rapprochées avec lé seul secours des bandelettes agglutinatives ; et une potion calmante fut administrée par cuillerées.

La nuit qui suivit l’opération fut, au dire du malade, une nuit de délices, tant elle différa des nuits précédentes. La journée qui lui succéda fut également bonne, et la fièvre ne survint que le soir. Certes, elle fut forte, mais la cuisse ne se tuméfia pas comme l’avait fait la jambe, et la suppuration fut si peu abondante que je ne changeai le premier appareil que le 23 juin, sixième jour après l’opération. La ligature tomba le 28, c’est-àdire dix jours après qu’elle avait été placée, tout comme l’avait fait celle de la tibiale postérieure.

Pendant que les choses se passaient aussi heureusement vers la région où avait été liée l’artère crurale, la plaie de la région malléolaire, qui avait fourni tant d’hémorragies, s’agrandissait de jour en jour; les bords se

BIBLIOGRAPHIE

décollaient, et une grande quantité de pus s’en échappait à chaque pansement. Ayant engagé une sonde cannelée dont le bec pénétra à huit lignes de profondeur, pour le moins, vers le talon, j’incisai les téguments et interposai de la charpie entre les lèvres de l’incision. Ainsi traitée, cette plaie marcha, concurremment avec les deux autres, assez vite vers la guérison, et le 15 juillet tout était cicatrisé. Le 29 du même mois, j’ai trouvé

Louis Amédée se promenant dans son jardin.

Nota. Si je n’ai parlé, ni du fourmillement, ni de la diminution de température que signalent la plupart des observateurs à la suite de la ligature des principales artères, c’est que le premier de ces deux phénomènes a été très-peu senti par le malade, et que le second n’a pu être apprécié que dans le pied et pendant quelques jours seulement.

A.-T. Chrestien.

BIBLIOGRAPHIE

mémoires de CHIRURGIE pratique , comprenant la cataracte, Viritis , et les fractures du col du fémur; par M. Pamard , chirurgien en chef des hôpitaux d'Avignon (1).

La critique a des devoirs, quelquefois agréables, souvent pénibles à remplir. Quand, par exemple, nous rencontronsjsur notre chemin un ouvrage écrit par un praticien expérimenté, par un chirurgien d’une réputation justement méritée, et que cet ouvrage, empreint d’ailleurs d’une grande bonne foi, annonce des résultats que la nature même des choses nous signale comme impossibles à obtenir, faut-il se taire, et consacrer en quelque sorte l’erreur par le silence? Et n’est-ce pas mieux servir à la fois l’art et le praticien qui s’est trompé, que de dire consciencieusement ce qui nous apparaît être la vérité, en signalant la cause d’une erreur encore trop généralement répandue?

Le premier des mémoires publiés par M. Pamard porte pour titre: De la cataracte et de son extraction par un procédé particulier. Ce procédé n’est autre que celui de son aïeul, qui fixait l’œil avec le trèfle ou la pique qui a gardé son nom; cette pique, que ses; ailes empêchent de s’enfoncer de plus de trois millimètres, s'implante dans la cornée à deux millimètres de la sclérotique , à l’opposé du point par où doit pénétrer le couteau ; le reste du procédé n’a rien de particulier. M. Pamard se plaint qu’il soit resté absolument inconnu , ce qui est beaucoup trop dire ; et il se propose surtout de le réhabiliter en publiant les succès qu’il lui a dus ; l’exposé concis de ses observations tient plus de la moitié du mémoire. En résumé:

Sur 97 yeux opérés,

8S ont recouvré une vue parfaite,

9 ont une vue imparfaite, b ont été perdus absolument.

Sur 90 malades opérés,

79 ont recouvré une vue parfaite,

9 une vue Imparfaite,

2 ont perdu la vue entièrement.

(1) Un vol. in-8° avec 4 planches.— Paris, chez J. -B. Baillière, libraire, rue de l’Ecolede-Médecine, il.

Ce qui équivaut à 1 non-succès sur 24, et 1 succès incomplet sur 10. D’après M. Velpeau, Pelletan et Dupuytren auraient réussi 20 fois sur 50; — M. J. Cloquet, 28 fois sur 80; — M. Roux 180 fois sur 306. M. Pamard laisse donc ses devanciers de bien loin en arrière ; et il attribue ce bonheur à peu près constant, d’abord à son procédé, puis aux soins consécutifs, et notamment à la saignée et aux fomentations froides dont il use pour prévenir les accidents inflammatoires. Nous n’avons rien à dire à cet égard, sinon que peut-être l’auteur a apprécié ses faits avec un peu de complaisance; mais enfin de tels succès ne sont pas impossibles.

Le troisième mémoire a pour titre: Description d'un nouvel appareil pour le traitement des fractures du col du fémur. C’est un appareil à extension permanente, dans lequel l’extension embrasse le pied à l’aide d’une semelle toute pareille à celle de Boyer; la contre-extension se fait au moyen d’une ceinture embrassant le bassin et retenue par des sous-cuisses; seulement il y a deux attelles, et l’attelle interne, à l’aide d’un bras de levier oblique qui passe par-dessus la partie supérieure de la cuisse, trouve un point d’appui supérieur dans un gousset de la ceinture, tout à côté de l’attelle externe. La 'traction s’opère à l’aide d’une vis.

Il n’y a rien là qui fasse différer essentiellement cet appareil d’u.ne foule d’autres, et de l’attelle de Boyer, par exemple. Cependant M. Pamard attribue, comme de raison, la supériorité au sien, et apporte aussi en sa faveur un certain nombre d’observations. Il y en a 13 pour les fractures du col du fémur ; nous en donnerons quelques-unes en abrégé.

Obs. I.— Homme de 60 ans ; au début, raccourcissement de 4 centimètres. — Résultat: consolidation parfaite; pas le plus léger raccourcissement.

Obs. IL— Jeune fille de 14 ans; au début, raccourcissement de 5 centimètres.— Résultat : consolidation parfaite ; pas le plus léger raccourcissement.

Obs. IV.— Homme de 73 ans; raccourcis-

NOUVELLES ET VARIÉTÉS

sement d’au moins 6 centimètres.— Guérison sans le plus léger raccourcissement.

Au total, sur les 13 cas, il y en a 9 de cette sorte ; 3 pour lesquels le succès a été moindre, parce que les malades ont été indociles; et enfin, dans le dernier cas, la fracture existait depuis deux mois; il y avait un raccourcissement d’environ 7 centimètres; et le malade n’en guérit pas moins avec un raccourcissement ramené à l centimètre.

Ici nous ne pouvons plus rien concéder; de pareilles guérisons sont tout simplement impossibles. Que par hasard on rencontre une fracture extra-capsulaire dans des conditions si heureuses qu’il n’y ait pas de déplacement ; qu’on la guérisse alors sans raccourcissement, il n’est besoin pour cela que de repos ; et le moindre appareil y suffit. Mais des fractures avec 3, 4, 5, 6, 7 centimètres de raccourcissement, guéries, complètement guéries : voilà ce que tous ceux qui ont disséqué de ces fractures, qui les ont étudiées au lit des malades , qui ont vu échouer les meilleurs appareils et les maîtres les plus habiles, se refuseront à admettre. D’où vient donc l’erreur ? D’une très-petite lacune dans le diagnostic; de ce qu’on ne s’attache pas à mesurer le membre avant et après ; de ce qu’on admet sans preuve des raccourcissements de 3 à 7 centimètres, et sans preuve encore des allongements tout aussi problématiques que ces raccourcissements.

Nous avons eu l’honneur de voir M. Pamard à Paris il y a quelques mois ; nous lui avons exposé nos doutes, qui n’ont pas ébranlé ses convictions le moins du monde. Nous avions alors dans notre service à Saint-Antoine un homme atteint d’une fracture double du fémur ; c’était là ou jamais le cas de montrer l’efficacité du nouvel appareil; et en effet M. Pamard nous engagea à l’appliquer, nous promettant un complet succès. Mais comme de nombreux essais en ce genre ne nous laissaient pas en nous-même toute la confiance nécessaire, nous invitâmes M. Pamard à se charger de ce malade ; malheureusement il ne put retarder son départ. Malheureusement pour tout le monde : pour nous, qui aurions été guéri de notre incrédulité; pour M. Pamard, qui aurait obtenu peut-être un succès déplus; et pour le malade, qui aurait évité un raccourcissement

que nous ne pûmes entièrement détruire.

De temps à autre , il s’invente des appareils du même genre ; et M. le docteur de Saint-Martin en a présenté un à l’Académie royale de médecine, qui a eu l’approbation de la docte compagnie, et qui se trouve décrit et figuré dans ses Mémoires. M. de Saint-Martin a bien voulu nous en apporter un modèle ; et dans la défiance de nous-même que nous confessions tout à l’heure, nous avons prié l’auteur d’en faire l’application sur un de nos malades, atteint d’une fracture du fémur, nous réservant seulement le soin de mesurer le membre. Tant que l’appareil tirait modérément, le chevauchement persistait, le malade souffrait peu. Dès que l’appareil exerçait une traction assez forte pour ramener le membre à peu près à sa longueur naturelle, des douleurs atroces empêchaient le malade de le supporter; on mit sous les sous-cuisses des masses de ouate sans grand bénéfice ; et enfin des excoriations survenues obligèrent à y renoncer. Que les chirurgiens se le tiennent pour dit ; lavis, le treuil, les poids, les moufles, une attelle, deux attelles et plus encore, tout cela a été essayé, renouvelé, réappliqué mille fois ; et une dure expérience a montré tout ce qu’on pouvait en attendre; toute invention en ce genre court grand risque d’être frappée de stérilité.

L’autre Mémoire de M. Pamard a pour sujet Y Iritis ; il a été couronné en 1835 par la Société médico-pratique de Paris, et il était tout à fait digne de cette distinction. Ici l’habile chirurgien, n’étant plus préoccupé du désir de faire triompher tel ou tel appareil mécanique, se montre avec toutes les qualités d’un observateur instruit, sagace, expérimenté, et nous avons lu ce Mémoire avec un véritable plaisir. Il préconise particulièrement les mercuriaux poussés jusqu’à salivation ; la belladone lui a paru aussi utile, non pas toutefois appliquée sur l’œil; il regarde cette application comme pernicieuse. Les saignées générales lui ont réussi; il n’aime pas les saignées locales rapprochées du siège du mal. Enfin, il repousse les topiques en général, mais surtout les applications émollientes continues , et regarde le contact de l’air avec l’œil comme utile, sauf toutefois dans l’iritis traumatique , où les applications froides lui ont paru devoir être conseillées.

NOUVELLES ET VARIÉTÉS

Académie des sciences. — 28 octobre. — M. Amussat lit un Mémoire intitulé: Recherches sur les blessures des vaisseaux sanguins. Les conclusions principales de ce travail sont : que quand une artère est coupée en travers, l’hémorragie est arrêtée par un caillot qui bouche le vaisseau, et qui adhère particulièrement au rebord de la tunique celluleuse ; et que ce caillot n’est pas plein, mais creux, de manière à prolonger l’artère jusqu’au cul-de-sac qui le termine.

NOUVELLES ET VARIÉTÉS

M. Laugier écrit qu’il applique à toutes les plaies suppurantes un nouveau mode de pansement, qui consiste à les recouvrir d’une solution épaisse de gomme élastique étendue pardessus un morceau de baudruche. ‘

M. Auzias-Turenne annonce qu’il est parvenu à inoculer le pus du chancre syphilitique à des chats, des chiens et des singes : résultat que Hunter n’avait pu produire.

11 novembre.— M. Guérin réclame contre M. Laugier l’idée de recouvrir les plaies avec des appareils en baudruche, taffetas gommé, caoutchouc, etc.

M. Ghassaignac écrit de son côté qu’il se sert dans le même but de bandelettes de diachvlon.

2 décembre. — M. Bonnafont adresse une note sur quelques expériences par lui faites à Alger sur des décapités. 11 a crié pendant une minute et demie aux oreilles de deux têtes d’Arabes fraîchement décollées; et aucun mouvement des yeux ni de la face n’a témoigné que l’ouïe existât encore.— Nous pourrions rire de ces expériences, si les billevesées répétées tous les jours par les journaux politiques ne les avaient en quelque sorte justifiées et peutêtre même rendues nécessaires.

Académie de médecine. — 8 octobre. — M. Capuron fait un rapport sur un Mémoire de M. Hirtz intitulé: La brièveté native ou accidentelle du cordon peut-elle s’opposer à l'accouchement? — L’auteur répond par l’aftirmative; le rapporteur pense qu’il y a de fortes raisons de se tenir dans le doute. Il propose toutefois d’adresser des remercîments à l’auteur et de l’inscrire parmi les candidats aux places de correspondants.— Adopté.

15 octobre. — M. Capuron fait un rapport sur un Mémoire de M. Négrier, intitulé: De la craniotomie et de l’extraction du fœtus au moyen d'un seul instrument, le crochet aigu. L’auteur veut réhabiliter la craniotomie par le crochet aigu, qu’il préfère au céphalotribe, à la symphysiotomie et à l’opération césarienne. Le rapporteur préfère au contraire l’opération césarienne quand Tentant est vivant. — Remercîments à l’auteur, dont le nom sera inscrit parmi les candidats aux places de correspondants.

26 novembre. — M. Bouvier lit un document qu’il désire voir ajouter aux pièces relatives à la myotomie rachidienne qui figureront dans le bulletin de l’Académie. C’est une note qu’il a adressée à la la Commission au sujet de Mlle Clarisse Lechner, que Ton avait présentée comme complètement guérie. (Voir ci-devant, p. 335.)

Voici cette note :

« 13 octobre 1844.— J’ai vu aujourd’hui Mlle Clarisse Lechner; elle demeure actuellement rue du Roule, n° 23, chez son frère, tailleur. Elle a encore son père, mais il habite ailleurs. Elle a près de 18 ans, et elle a beaucoup engraissé ces dernières années , circonstance à noter. Elle m’a dit être restée trois mois aux Enfants, et avoir porté ensuite deux ou trois mois une ceinture mécanique. Avant le traitement, son épaule droite était soulevée en arrière et fortement abaissée, de manière à se rapprocher de la hanche droite qui en paraissait plus élevée; elle a été moulée à l’hôpital où son moule est resté. D’après ce récit et d’après ce qui reste aujourd’hui, la courbure principale était au bas de l’épine, dans la région dorsolombaire; et sa convexité était à gauche. Elle se loue beaucoup du succès du traitement, ainsi que son frère et la femme de celui-ci ; il est de fait que, lorsqu’elle est habillée, il y a fort peu d’apparence de déviation.

« J’ai examiné le dos à nu, ce à quoi elle s’est prêtée sans difficulté, ni de sa part ni de celle de ses parents qui m’ont très-bien reçu. Il existe une déviation de l’épine, légère, il est vrai, mais très-manifeste ; les épaules sont de niveau à leur partie supérieure, mais la droite fait manifestement un peu plus de saillie en arrière que la gauche ; le côté gauche des lombes est soulevé ; le côté droit, à la hauteur du flanc, sensiblement déprimé audessus de la hanche droite. J’ai tendu un fil des apophyses épineuses cervicales à la dernière apophyse lombaire ; les apophyses épineuses dorsales supérieures et moyennes ne s’écartaient pas sensiblement de ce fil, les suivantes formaient avec les lombaires une courbure a convexité gauche. Les apophyses correspondant au milieu de cette courbure, étaient placées à la gauche du fil; mais elles en étaient fort rapprochées, et à une distance que j’ai estimée à tout au plus deux millimètres. Il suit de là que cette jeune fille porte deux courbures alternatives de l’épine , Tune supérieure , non visible en arrière et caractérisée seulement par la torsion et la déviation des corps des vertèbres qui produit la saillie des côtés et de l’épaule droite; l’autre inférieure, appréciable en arrière, et s’accompagnant aussi de la torsion qui détermine le soulèvement des muscles du côté gauche des lombes et la dépression correspondante du côté droit. La jeune personne était debout dans une attitude très-droite, lorsque j’ai fait cet examen ; j’ai omis de l’examiner dans l’attitude fléchie en avant-

NOUVELLES ET VARIETES

« Elle m’a raconté avoir été opérée h deux places et seulement du côté gauche. J’ai retrouvé une cicatrice très-apparente, semblable à celle d’une forte piqûre de sangsue qui serait restée béante. Cette cicatrice est placée très-bas, au-dessous du niveau de la crête iliaque, en dehors de l’extrémité inférieure du sacro-spinai. J’ai cru voir une autre marque plus haut du même côté, mais elle n’était pas très-distincte. J’ai omis d’explorer l’état des muscles vis-àvis les sections., et de demander à la jeune fille ce qu’elle avait éprouvé dans cet endroit depuis l’opération. Vous serez étonnés peut-être de voir des sections pratiquées à gauche, quand la concavité de la courbure dominante était à droite, mais vous vous rappellerez que l’opérateur a l’idée toute a lui que la cause de la déviation totale est alors dans les muscles qui inclinent les dernières vertèbres lombaires sur le côté gauche du sacrum.

« L’état de cette jeune fille est évidemment celui que l’on observe après beaucoup de traitements tout mécaniques de plusieurs mois de durée ; il y 3 eu sans doute amélioration comme après ces traitements, mais la déviation qui subsiste ne permettrait pas de porter ce cas à la colonne des guérisons dans un relevé statistique. Personne, je pense, ne voudrait soutenir que la section des muscles ait eu ici la moindre influence sur le résultat obtenu. »

— M. Louis, au nom d’une commission spéciale, propose de déclarer qu’il y a une place vacante dans la section d’anatomie et physiologie, en remplacement de MM. Double, Pelletier et Edwards. Cette proposition est adoptée.

— M. Gimelle fait un rapport sur un mémoire de M. Robert, sur les fractures du col du fémur par pénétration. L’Académie vote des remercîments à l’auteur, et le renvoi du Mémoire au Comité de publication.

10 décembre.— MM. Manec et Longet écrivent pour se porter candidats à la place vacante

— M. Vidal nous remercie, dans les Annales de chirurgie , de lui avoir appris (voir ci-devant, page 320) que la première idée de la spatule cannelée remontait à Louis. Véritable ment la chose n’en valait pas la peine. Mais,

« Comme je hais l’ingratitude , dit M. Vidal, je m’empresse de rendre un service bien autrement important à M. Malgaigne. Après tout, la spatule n’est que le plus humble des instruments de notre trousse, tandis qu’il va être question de ce que M- Malgaigne appelle une doctrine.

-< On sait qu’une des doctrines de M. Malgaigne, c’est de considérer comme appartenant à différentes causes les ruptures musculaires, selon qu’elles s’effectuent dans la portion réellement musculaire ou dans la portion tendineuse. C’est une violente contraction musculaire qui rompt le tendon ; ce serait, au contraire, une autre cause, une distension produite par d’autres forces, par un accident, une cause venant du dehors, qui produirait la rupture appartenant aux muscles mêmes. Eh bien ! voici un passage que je soumets à M. Malgaigne, et qui le flattera beaucoup si, comme moi, il trouve qu’il y a entre cette doctrine et sa doctrine une petite ressemblance

« C’est pendant la contraction du muscle dont il dépend qu’un tendon peut être rompu. « 11 paraît, au contraire, que c’est pendant l’action de leurs antagonistes, ou d’une force « étrangère, que les muscles se laissent déchirer, etc. «

« Je répéterai ce queM. Malgaigne a dit si obligeamment de moi; j’ai la conviction que mon collègue ignorait complètement ce passage; mais je ferai remarquer que cette citation appartient à un livre de notre siècle, tandis que Louis est un peu moins moderne. »

M. Vidal, par une modestie exagérée, n’a pas nommé l’auteur de ce livre; mais nous, qui n’avons pas le même motif de nous taire, nous reconnaissons volontiers à notre collègue la propriété de la phrase qu’il en a extraite, et qu’il a même un peu corrigée, comme c’était son droit. Nous trouvons en effet, entre cette doctrine et la nôtre, non pas une petite, mais une très-grande ressemblance ; disons mieux, c’est notre doctrine, sans nulle difficulté. Nous sommes donc très-flatté que M. Vidal ait accordé dans son livre cette petite mention à l’une de nos doctrines ; c’est un devoir pour nous de l’en remercier; mais nous aurions été plus flatté encore s’il avait bien voulu avertir ses lecteurs qu’il l’avait puisée dans un de nos ouvrages, un peu moins moderne que le sien.

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