Hoqueton, sorte de casaque
ville. Et avecques le roy estoit sa garde, ses gentilzhommes de sa maison, le conte de Dampmartin, qui se y trouva moult fort pompeux. Aussi y estoient Philippe Monseigneur de Savoye, conte de Bresse, monseigneur du Perche et Salezard et plusieurs autres cappitaines, notables hommes et gens de nom. Et, après ladicte monstre faicte, le roy s'en ala au boys de Vinciennes soupper, et y mena avecques lui ladicte ambaxade d'Arragon. Et, peu de temps après, le roy donna aux deux seigneurs, chefz de ladicte ambaxade, deux hanaps couvers, à petit sou âge 4 tout de fin or, qui pesoient quarante mars d'or fin et cousterent m m ii c escuz d'or.
Et puis s'en parti le roy pour s'en retourner à Sentis, où il y séjourna depuis par certain temps. Pendant lequel temps vint et arriva l'ambassade de Bretaigne, qui s'en ala devers le roy. Et des Alemaignes aussi arriva à Paris ambassade, dont estoit chef le duc en Bavière 2 . Et, avecques ladicte ambaxade de Bretaigne, y vint Philippe des Essars, seigneur de Thieux, maistre d'ostel du duc de Bretaigne, lequel avoit auparavant esté contre le roy ; et le recueilly très bien le roy et lui donna dix mil escus, et si le fist maistre enquesteur et gênerai reformateur des eaues et forestz es marches de Brie et de Ghampaigne que tenoit mon-
1. On appelait c souage » une moulure enroulée autour du pied d'une pièce d'orfèvrerie.
2. Christophe et Woifgang, ducs en Bavière, qu'il ne faut pas confondre avec Albert II le Sage, duc régnant, sollicitèrent, à l'automne de Tannée 1474, de Sigismond, duc d'Autriche, des lettres de recommandation auprès de Louis XI, au service duquel ils désiraient entrer. C'est peut-être l'un de ces princes allemands qui vint à Paris au mois d'avril de la même année (Chmel, Monu* menta Habsburgica, I, 270 et suiv.).
seigneur de Chastillon, à qui le roy le osta pour bailler audit Philippe des Essars*.
Oudit temps que le roy estoit à Senlis 2 , à Ermenonville et ilec environ, y vint et arriva l'ambaxade de Bourgongne, qui y demoura assez longuement sans riens faire. Durant lequel temps, le roy s'en ala à Compiengne, à Noiom et autres places environ, et là monseigneur le connestable vint pardevers lui, sur aucuns differens qui estoient entre le roy et lui, et parlèrent aux champs ensemble en ung village nommé [Fargniers] 3 , où fut fait ung pont entre eulx deux, et chascun d'eulx estoient garnis de gens de guerre pour la garde de leurs personnes. Et, ilec ainsi assemblez que dit est, parlèrent de leursdiz differens, mesmement pour raison de la prinse et retenue que faisoit mondit seigneur le connestable de la ville de Saint-
1. Interpolations et variantes, § GV. — Philippe des Essarte reçut en outre une pension de 1,200 écus, le bailliage de Meaux, la maison que Geoffroy Cœur possédait à Thieux, près Dammartin, et, pour sa femme, la terre de Lye. Ces nombreux avantages lui avaient été garantis par Louis XI dès le mois d'octobre 1472, en récompense de services rendus lors de la conclusion de la trêve avec la Bretagne (Bibl. nat., m s. fr. 20428, fol. 114, et ms. fr. 6602, foi. 57. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 294).
2. Louis XI séjourna à Senlis une grande partie du mois d'avril et les dix premiers jours de mai 1474 (Itin. cité).
3. Le nom de la localité où l'entrevue prit place est demeuré en blanc dans les deux mss. de la Chronique, comme dans les éditions imprimées. Gommynes veut que les deux princes se soient rencontrés « à trois lieues de Noyon, tirant vers la Fère, sur une petite rivière, » et Quicherat a supposé que c'était à Ognes ou à Abbecourt (éd. de Basin, II, 365, n. 1) ; mais les procès-verbaux des procès du duc de Nemours et du connétable donnent « Farniés, près Noyon. » G'est Fargniers, auj. dans le dép. de P Aisne, à quatre kilomètres de la Fère, sur un affluent de l'Oise et sur le canal de Grozat.
Quentin qu'il avoit prinse et mise en sa main, et (ficelle en dechassé et débouté dehors le sire de Greton, qui avoit la garde (ficelle ville de par le roy et la retenue de cent lances, qui tous, par la force et contraincte dudit monseigneur le connestable, widerent dehors de ladicte ville de Saint-Quentin, dont le roy fut bien mal content. Et, pour ceste cause, le roy fist arrester les deniers et descharges qui avoient esté levez pour le paiement dudit monseigneur le connestable, et des nn c lances de sa charge et retenue pour le quartier d'avril, may et juing lors escheu, qu'il print ledit Saint-Quentin. Et, après ledit pourparlé ensuivant, le roy leva sa main dudit arrest et fist tout ledit paiement délivrer audit monseigneur le connestable, et puis s'en départirent d'ensemble bons amys. Et si fist ilec le roy la paix dudit seigneur et du conte de Dampmartin, qui riens ne s'entredemandoient. Et, audit partement, le roy pardonna tout audit monseigneur le connestable, qui lui promist et jura de non jamais lui faire autres faultes, mais que bien le servirait de là en avant à l'encontre de tout le monde, sans nul en excepter 4 .
En icellui temps, le roy s'en retourna à Senlis, Ermenonville, Pons Sainte -Maxence et autres lieux. Et souvent et presque tous les jours aloit le roy en l'abbaye de la Victoire prier et aourer la benoiste Vierge Marie ilec requise, à l'onneur et loenge de
1. c Quant le roy eut bien pensé et ouy le murmure des gens, il iuy sembla foilye d'avoir esté parler à son serviteur et l'avoir ainsi trouvé, une barrière fermée au devant de luy et acompaigné de gens d'armes, tous ses subjectz et payez à ses despens » (Gommynes, éd. Dupont, I, 302).
laquelle il fist oudit prieuré de bien grans dons en or content, qui bien montèrent x m escuz d'or 1 .
Oudit temps, le roy, aiant en singulière recommandation son populaire et gens de guerre et pour eschever effusion de sang par guerre, fist une tresve avecques son ennemy et adversaire le duc de Bourgongne pour ung an, finissant le premier jour d'avril * LXXV, combieù que plusieurs ambaxades feussent venues pardevers lui de par l'empereur d'Àlemaigne lui humblement prier et requérir qu'il ne feist point ladicte trefve avecques ledit de Bourgongne, et que par port d'armes ilz le rendraient fugitif et en la mercy du roy, et que toute la conqueste et prouffit qu'ilz pourraient faire et avoir sur ledit de Bourgongne, ilz promettoient la bailler et donner au roy, sans riens lui couster du sien. Mais, nonobstant ce que dit est, fut ladicte tresve faicte et accordée avec ledit de Bourgongne, à la grant desplaisance des très bons et loyaulx subgetz du roy 3 . Et, nonobstant ladicte tresve et au commencement d'icelle, lesdiz Bourguignons firent de grans oultrages et dommages aux pays et subgetz du roy estans à l'entour desdiz Bourguignons; dont aucune reparacion ne fut faicte par iceulx Bourguignons : laquelle chose demoura en grant esclande de veoir le vassal ainsi oultrager les pays et subgetz de son souverain seigneur.
Au commencement du moys de juillet mil IIIP
1. L'Itinéraire indique le passage de Louis XI à Senlis du 27 mai au 2 juin, à Pont-Sainte-Maxence le 5 juin, à la Victoire le 9, à Gompiègne le 12, puis à Noyon et à Ermenonville.