‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483 (volume 2)Chapitre 18 sur 166 · Basin est revenu par deux fois sur la défection du bâtard · texte numérisé non relu

Basin est revenu par deux fois sur la défection du bâtard

En ce temps, le roy, qui estoit en Normendie, s'en parti pour retourner audit lieu de Nogent. Et puis de là s'en ala à Tours, à Chinon, et de là à Poictiers*. Auquel lieu de Poictiers ala et fut pardevers lui une ambaxade de Paris lui requérir aucunes franchises pour ladicte ville, dont riens ou que peu ne leur accorda, sinon que l'imposicion foraine n'auroit plus de cours en ladicte ville, qui n'es toit pas grant chose 2 . Mais ilz n'en joyrent point, nonobstant leurdit don, pour ce que les gens des Comptes, à qui leurs lettres s'adressoient, ne leur vouldrent bailler d'icelles leur expedicion.

Et aussi furent devers le roy audit lieu de Poictiers les ambasseurs du duc de Bretaigne, qui par lui furent oyz sur aucuns articles qu'ilz lui exposèrent touchant le fait du roy et dudit duc. Lesquelz articles ou

folie de confier au bâtard de Rubempré la mission d'enlever le comte de Gharolais à Gorcum, c'est-à-dire à plus de 100 kilomètres d'Arnemuyden, où le bâtard avait laissé son navire. On trouvera la version française de cet incident dans le discours du chancelier de France à Philippe le Bon (6 nov. 1464. Gommynes, éd. Lenglet, II, 417; cf. éd. Dupont, III, 208). Le bourguignon Ghastellain s'abstient de formuler une opinion, tout en déclarant la venue du bâtard « souspeconneuse » (V, 83). Le fragment de la Chronique de la Haye citée par M. de Lettenhove (ihid., p. 85) incrimine formellement le roi. Du Glercq dit simplement qu'on ne put rien savoir au vrai de la confession que le bâtard fut censé avoir faite, « car le conte [de Gharolais] ne volt pas que on le sceust » (IV, 66).

1. Louis XI était à Rouen le 8 novembre. Le 13, on le retrouve à Nogent-le-Roi. Il passa les mois de décembre et de janvier en Tou raine et arriva le 18 février à Poitiers, où il resta jusqu'au milieu de mars (ltin. cité).

2. On entendait par imposition foraine les droits que devaient acquitter les marchandises à l'entrée ou à la sortie du royaume (Jacqueton, ouvr. cité, Introd., p. vin).

la pluspart d'iceulx furent par le roy accordez. Et, en iceulx articles accordant, lesdiz ambasseurs promisdrent de faire venir ledit duc de Bretaigne audit lieu de Poictiers ou ailleurs au bon plaisir du roy, pour confermer iceulx articles acordez. Et à tant se partirent dudit lieu de Poictiers lesdiz ambasseurs, feignans eulx en retourner audit pais de Bretaigne ; mais ilz firent tout le contraire, comme cy après sera dit, car ilz partirent dudit Poictiers à ung jour de samedi 1 . Et ce jour ne firent que quatre lieues, et ilec demourerent jusques au lundi ensuivant que monseigneur le duc de Berry, frère du roy 2 , s'en party aussi dudit lieu de Poictiers, et vint jusques aux dessusdiz ambasseurs, qui le recueillirent et l'en amenèrent oudit pays de Bretaigne à bien grant haste et diligence, pour paour que le roy n'en eust nouvelles et qu'ilz feussent suivis 3 . Et desjà estoit oudit pays aie, pardevers icellui duc, monseigneur le conte de Dunoys 4 . Et, si s'en alerent audit pays de Bretaigne,

1. Les ambassadeurs bretons étaient Odet d'Aydie, seigneur de Lescun, et le chancelier Guillaume Chauvin. « Hz m'avoient dit, » écrit Louis XI au duc de Bourgogne, après le 6 mars, « qu'il (le duc de Bretagne) viendroit à Tours et que je envoyasse le conte de Gomminge et l'admirai devers lui pour l'acompaigner à y venir, ce que j'avoye fait; et partirent lundi derrenier d'icy pour y aller, et je m'en parti aussi ce jour pour aller en mon pelerinaige à N.-D.-du-Pont, et lesdiz gens du- duc estaient partiz le jour devant » (Vaesen, Lettres de Louis II, II, 234). Les Bretons quittèrent donc Poitiers le dimanche 3 et non le samedi 2 mars.

2. Charles de France, second fils de Charles VII et de Marie d'Anjou, né le 28 décembre 1446, mort le 25 mai 1472. Louis XI lui avait donné, en 1461, le duché de Berry en apanage.

3. Cf. Vaesen, Lettres de Louis II, II, 234 et suiv. — Interpolations et variantes, § VI.

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