Louis de Harcourt, patriarche de Jérusalem
aissement audit lieu de Molusson ; et l'avoit chargé de declai-* rer ladite manière à mondit seigneur de Nemours et de le faire saToir audit duc de Bourbon. La manière estoit telle qui s'ensuit : pour cause que le siège pour lors de par le roy estoit à Hérisson ^ et que à Molusson ayoit peu de gens de guerre avec le roy, et qu'il n'y ayoit fors que sa garde et aucuns de la charge à monseigneur du Lau et ceulx de l'ostel de monseigneur de Cominge; aussi qu'il sentoit bien que ceulx de la Tille estoient fors enclins Caire pour monseigneur de Bourbon ; pareillement qu'il se sentoient assez seurs d'aucuns de la compaignie de monseigneur de Torcy, desquelx monseigneur du Lau ayoit pour lors la charge, et dont aucuns estoient ses amis et parens, et qu'il avoit deux portaulx audit Molusson et bien legiers à gaigner et tenir; que monseigneur de Bourbon, qui estoit pour lors à Moulins, n'estoit pas loing de Montagu, poorroit amener avec luy cinquante ou soixante lances et mondit seigneur de Nemours autant, et entrer par moyens dedans Molusson et aller tout droit à la maison du roy, et ne trouyeroient pas grant résistance, et se trouyeroient les plus fors, et pourroient demander mercy et pardon au roy, et, soubz ceste forme en luy affermant le vouloir servir et trouvoir manière de pacifier les divisions commancées. Et, pour ce que monseigneur de Cominge estoit Ulec, ilz pourroient aller vers luy pour luy persuader à estre content de ce ; et, s'il se monstroit roide et entier, sans vouloir consentir ad ce, le pourroient détenir en son logeys, affin que par son moyen lacÛtte forme de faire ne fust «[npesohée. Et, oultre plus, ledit patriarche dist qu'il y aidmt)it fort de sa part et que, s'il veoit que aucun bruit fost, il 88 trouveroit aux fenestres pour demouvoir les entreprinses qui verroit et leur diroit que tout se feroit du vouloir du roy.
Lequelles [paroles] furent rapportées à monseigneur de Nemours par ledit de Langhac, sur le point qu'il vouloit envoyer son seneschal de la Marche vers monseigneur de
i. Hérisson, auj. dép. de rAllier, arr. de Montluçon.
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Bourbon à Moulins, et estoit jà ledit seneschal despechè et prest de monter à cheval pour autres matières. Lors hy charga monseigneur de Nemours dire de point en point à monseigneur de Bourbon ainsi comme [le] patriarche Tavoit diai^é audit de Langhac. Toutesfois laditte entreprinse ne fat point mise en effect, à cause qu'elle sembla trop difficile à mesditz seigneurs de Bourbon et de Nemours. Et, neantmoins, durant le voyaige dudit seneschal, monseigneur de Nemours envoya devers le roy ledit seigneur de Langhac, pour avoir seureté bonne et vallable du roy pour aller devers ïuy, par laquelle il requerroit que le roy et les cappitaines estans avec luy jurassent sus la vraye croix qu'il n'auroit empeschement à aller ne à venir ne à séjourner. Laquelle luy fat envoyée; mais, devant qu'il y allast, le patriarche fat vers luy à Montagu, où il fat par cinq jours ou envyron, et lui parla ledit patriarche de la manière dessusditte, en luy disant qu'il estoit facille à exécuter et que derrierre l'ostel du roy avoit ung chemin secret par lequel on pourroit allar seurement jusques audit hostel. Et, par le conseil dudit patriarche, mondit seigneur de Nemours âst assavoir au roy qu'il envoyast devers luy le mareschal de Cominge et monseigneur du Lau pour l'assurer; aultrement n'estoit pas délibéré ne conseillé y aller. Et les demandoit ledit seigneur de Nemours pour cause qu'il estoient les plus fort acompaignez pour lors à l'entour du roy, et couchoit ledit du Lau avec le roy.
Âdonc ledit de Cominge et du Lau vindrent à Montagu et jurèrent publicquement en la main dudit patriarche que au voyaige ne seroit riens fait contre ledit de Nemours. Et, au moyen de celle seureté, il alla vers le roy à Molusson avec eulx ; et, en allant, parlèrent de plusieurs matières et mesmement de pacifier les divisions, et leur dist qu'il convenoit que le roy, pour demourer en son entier, feist trois choses : c'est assavoir qu'il entretint les seigneurs et leur donnast bonnes et grosses pensions, qu'il mist sus justice et qu'il soulaigast le peuple, ce que lesditz de Cominge et du Lau louèrent assés.
Lors s'en alla monseigneur de Nemours avec les dessusditz à Monlusson devers le roy.
En ce temps, le roy estoit à Saint-Poursain [et] manda monseigneur de Nemours aller par devers luy par saufconduit ; auquel lieu luy et le patriarche parlèrent souvent de la devantditte entreprinse. Et dist ledit patriarche à monseigneur de Nemours qu'il avoit gaigné Lancelot de Hancourt, Ueutenant du seigneur du Lau ; et aussi luy dist qu'il seroit bon de brûler les pouldres que le roy avoit audit lieu. Toutesfois ne fut pas fait ne conclud ^ .
Et ainsi le roy estoit à Saint-Poursain. Monseigneur de Bourbon, le conte de Dampmartin et leurs gens s'en allèrent à RyoD, et là arriva le conte d'Armignac bien acompaigné. Et lors le roy mist le siège devant Byon. Et, durant le temps que le roy estoit devant Ryon, nouvelles luy vindrent que le conte de Charrolois entroit en France à moult grant armée ; parquoy il se délibéra de tyrer devers Paris luy et son armée pour illec pourvoier sus le tout de son afiiaire. Et vous povez entendre que le roy estoit acertené pour vray que ledit conte de Charroloys avec son armée avoit jà passé les rivières de Somme et d'Oyse avec grant compaignye...
En ce temps, comme le roy revenoit de Rion, il alla à Âigeperse^, là où le patriarche vint une foys par nuyt au logis de monseigneur de Nemours, que le roy avoit mandé venir par devers luy, et remonstra comment les Bretons estoient desja sus les champs et les Bourguignons aussi, et que le royaulme estoit en dangier d'estre perdu et destruit ; et, puisque ainsi estoit que l'entreprinse et pourparlée de prandre le roy à Molusson estoit rompue et n'avoit été executée, il convenoit de Caire et penser autre chose. Et luy dist et declaira que ledit lieu de Molusson, ou au chasteau de
1. Ici l'interpolateur a interrompu son extrait de la déposition de Jacques d'Armagnac; il le reprendra après le paragraphe qui suit, pour ne rabandonner qu'à la fin du récit de la conjuration d'Aigueperse.