‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483Chapitre 60 sur 151 · Le duc de Bretagne · texte numérisé non relu

Le duc de Bretagne

mours qu'il parlas! à monseigneur du Lau et qu'il le trouyeroit prest à entendre auditez matières; ce que ledit de Nemours flst, et conféra de ceste matere audit du Lau par plusieurs fois et en plusieurs lieux, et le trouva prest d'y entendre ; et conclurent ledit de Nemours, patriarche et du Lau d'exécuter laditte matière, mais ce seroit en telle façon qu'ilz auroient l'auctorité et gouvernement par la plus doulce voye qu'il pourroient. Mais il ne parfirent point laditte exécution, pour ce que le roy s'en partit hastivement et s'en alla au long de la rivière de Loyre. Et furent lesdittes parolles tenues tant en la chambre du roy, à Aigueperse, que aillieurs ; et, touchant ceste matière, qui estoit de grant importance, n'en fut par ledit du Lau parlé si clerement qu'il fat à la fin délibéré d'exécuter laditte forme de faire.

Et ce qui mouvoit ledit du Lau de ce faire estoit, comme l'on disoit, pour confermer son estât et son fait et pour tousjours demourer en son entier ; et asseura ledit de Nemours de sa compaignie. Et, pour parvenir à leur fin, avoient délibéré de remonstrer au roy le dangier de luy et de son royaulme et de luy ofirir le servir loyaument et de le mouvoir de luy faire [faire] le serment par les cappitaines et de luy obeyr, et, ce fait, de mener le roy en quelque bonne ville de son royaulme ; et eussent mandé aux seigneurs que ilz l'avoient, et leur eussent espcript que, sans armée, ilz fussent venuz pour besongner es matières dont dessus est parlé, et qu'ilz fissent retraire leurs gens d'armes; et eussent fait venir les plus agréables au roy pour les contenter et leur aider à faire contenter les autres. Ledit du Lau honnoura mal [son] veu, quant il voulut mettre en servitude le roy et qui tant luy avoit fait de biens et honneurs. Et est à noter que, [de] ceulx qui se meslerent de ceste matière, les aucuns en moururent confez et repentans ; et avoit le patriarche mal retenu ung proverbe qui se dit en basque, qui s'ensuit : < Regvia contraqeue ereua, » c'est-à-dire : « Qui se rebelle contre le roy est fol^ » Et dit outre ledit du Lau audit

1. Il faut lire : c Reguia contracoua eraua » et traduire mot à

et que monseigneur de Nemours s'en venist devers le roy, et qu'il avoit plus besoing de ses gens que jamais, et que tout ce pourroit appaiser plus doulcement que jamais, et que les choses estoient en meilleur estât que oncquez ne furent. Et luy dist ledit du Lau qu'il n'en dist rien à son oncleS car pour mourir il ne s'i consentiroit, mais qu'il ne s'en souciast point et qu'il luy feroit avaller sans ce qu'il s'en apercent.

En ce temps envoya ledit duc de Nemours certains messagièrs demandans au roy qu'il luy pleust luy donner la Bastide', pour luy et pour messeigneurs d'Armignac et d'Albret, et Gorbueil pour leurs gens, affin que fussent en seurté contre les autres seigneurs contraires au roy.

En ce mesme temps que le roy estoit à Paris et monseigneur de Charroloys autour de Paris tenant là son siège, messire Charles de Meleun, pour lors grant maistre de France, luy indigne, le seigneur du Lau et Poncet' allèrent devers ledit seigneur de Charroloys ; et les vist monseigneur de Nemours passer par emprès luy, comme ledit seigneur de Nemours alloit à ung soir à «m logis à Saint-Mor. Encorez depuis, ledit grant maistre, le seigneur du Lau et Poncet parlèrent longuement audit seigneur de Charrolois en la Granche aux Merciez, près Paris : et, quant mondit seigneur de Nemours s'aproucha d'eulx, il se teurent. Et dit on que mondit seigneur de Charrolois donna audit grant maistre une robe de veloux cramoysi fourrée de marthez. Et ledit grant maistre luy donna unez heures qui valloyent douze cens escus, ainsy que on disoit, car elles estoient moult belles et bien ystoriéez, qu'il donna depuis au roy avec d'autres lettres que messire Charles de Meleun avoit escriptes audit Charroloys, par lesquelles luy promettoit de le servir envers tous et contre tous, sans excepter la personne du roy. Ces choses dessusditez, qui font mencion de mons. de Nemours,

i. Jean, bâtard d'Armagnac, comte de Gomminges.

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