Sic, pour digérées
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du royaume avoient délibéré luj jouer en ces pajs ung tel et semblable jeu qu*il vouloit jouer au pays du Liège ; et que Mons. de Guiemie n'estoit pas mort ne le royaulme despourveu de gens chevallereux , ainsi qu'il cuidoit. Lesquellez paroUes, dittez par ledit grand maistre, rapportéez par ledit Boisseau, furent une des causes principales de lesser retourner le roy en France après la destruction des Liegois. Lesquelz Liegois, eulx sentans assiégez du roy et du duc de Bourgoigne, sortirent hors de leur ville et si firent plusieurs et diverses saillies jusques auprès de la tante du roy et da duc de Bourgoigne, où il y eut plusieurs gens tuez. Et estoient avec le roy Mons. Jehan, duc de Bourbon, Mons. du Liège et Mons. de Beaujeu, frères.
Le dimenche penultime jour du moys d'octobre» oudit an LXYIII, fut livré Tassault à laditte ville du Liège, et y entrèrent les Bourguignons sans qu'ilz trouvassent peu ou nulle resistence en ceulx de laditte ville, pour ce que la plus grant partie des habitans d'icelle, durant ledit assault et le siège et à l'entré de laditte ville, furent occis et mis à mort» hommes, femmes, enfians, religieux et religieuses, jeunes femmes et filles à marier et religieuses violées par les Bourguignons. Et, par le commandement du duc, furent fedctes choses le plus inhumaines et exécrables que l'on pourroit dire ne panser : entre lesquelles ledit duc de Bourgoigne fist tuer et occire prostrés consacrans et tenans corpus Domini entre leurs mains, fut laditte ville pillée, robée, et les murailles d'icelle abatus dedans les fossez. Et finablement furent ceulx de laditte ville tuez et mys à mort, crians Vive le Roy! Et si y fut le roy tenu en telle soubjection qu'il fut contraint porter la croix Saint-André et crier Vive Bourgoigne! Et le tint le duc en tel dangier que jamais ne fust retourné en France si n'eussent esté les paroUes rapportéez par maistre Nicole Boisseau, que luy avoit dittez le grant maistre de France, qui tenoit son armée pour le roy es marches de Picardie, avec l'aide que fist Mons. le grant bastard de Bourgoigne, gamy de honneste couraige, lequel estoit
saige cheTalier, notable et de très grant honnear, qui conseilla au dac qu'il ne pourroit acquérir ung plus grant deshonneur que de retenir le roy, Teu qu'il estoit venu parler à luy jusques en ses pays à sa fiance ; et remonstra aussi audit duc qu'il estoit sorti de la maison de France. Et luy dist aussi telles paroUes et remonstrances le seigneur de RoscuresS qui estoit bien en sa grâce, à qui le roy fist depuis beaucop de biens et coucha avec luy. Et oultre dirent les dessusditz au duc qu'il ne porroit gueres gaigner à la mort du roy, pour ce que Mons. de Guienne tenoit tous les cueurs des plus grans hommes du royaulme en sa main.
Et, au retour du Liège, le roy s'en alla à Tours, et illec fist Mons. Charles, son frère, content de son appannaige, et luy bailla pour icelluy la duché de Guienne et autres choses, dont il fut bien content du roy. Et, pour ce faire, furent envoies Gilbert de Chabannes et Patris Foucart, ayans puissance totale de par ledit seigneur de accepter ledit appannaige. Et veulent dire aucuns qu'il en fut prins dix mil escus pour faire consentir ledit seigneur Charles à delesser la conté de Poitou, laquelle le roy estoit content de luy delesser par avant ledit appointements.
Et, tost après ce faict, Mons. de Guienne fut adverty que le duc de Bourgoigne envoyoit devers luy une grosse ambassade, dont il avertist le roy, luy priant qu'il luy envoyast de ses gens affin d'entretenir les promesses qui avoient esté faictes entre eulx. Ce que le roy fist et y envoya Mons. du Bueil, Ymbert de Batarnay et maistre Pierre Doriole ; lesquelz, estans vers Mons. de Guienne, escripvirent au roy
1. C'est de Philippe de Gommynes, seigneur de Renescure (auj. dép. du Nord, cant. d'Hazebrouck), qu'il s'agit ici. On sait que c'est à rintervention discrète du grand chroniqueur qu'est généralement attribué Tapaisement qui se produisit dans les dispositions du duc Charles à l'égard de Louis XI (voy. Mém, de Commynes, éd. Dupont, t. I, p. 171-176).
2. Les lettres de Louis XI portant cession de la Guyenne à Texduc de Normandie sont datées d'Amboise, au mois d'avril 1469, après Pâques {Ordmn. des roU, XVn, 209-213).
unes lettres, lesquelles receuz par le roy , les envoya à Mons. le grant maistre, comme à celluy de son royaulme ducpiel il esperoit estre le mieulx servy ; desquelles la teneur s'ensuit :
« Sire, nous recommandons à vostre grâce tant et si très humblement que nous povons. Et vous plaise savoir, Sire, que, samedi dernier passé, les Bourguignons arrivèrent devers Mons. vostre frère, c'est assavoir Jaques Mons. de Saint-Pol et messire Pierre de Remerimont, lesquelx luy ont apporté deux paires de lettres : c'est assavoir unes générales et unes autres petites et particulières. Et luy ont voulu dire la créance à part par deux foys ; laquelle après Mons. vostre frère nous a recitée, et contient en effect six poins :
« Le premier, que Mons. de Bourgoigne envoyé visiter mondit seigneur vostre frère en son nouvel advenement de seigneurie. Le second, de sçavoir si vous luy avez baillé et fourny entièrement tout ce que vous luy avez promis pour son appannaige, offrant, quant ne l'auriez faict, s'emploier de toute sa puissance pour le luy &ire bailler et parfournir.
« Le tiers point, qu'il a esté bruit que Mons. de Bourgoigne avoit volu entreprendre le gouvernement du royaulme et plusieurs [choses] ou préjudice de mondit seigneur vostre frère, et qu'ilz le vouldroient bien advertir que ledit bruit n'estoit pas véritable, et en vouloient bien deschai^er mondit seigneur de Bourgogne envers luy. Et avec ce a voient charge d'en parler, partout où ilz passeroient, à la descharge de mondit seigneur de Bourgoigne. Le quart point, si estoit de offrir à mondit seigneur vostre frère la Toison, laquelle Jaques Mons. de Saint-Fol avoit apportée, pour luy bailla si luy plaisoit la prendre. Le quint, pour ofiHr à mondit seigneur vostre frère le mariage de madamoiselle de Bourgoigne, ou cas que à présent il vouldroit prandre la Toison, ouquel cas ilz avoient puissance de conclure ledit mariage et l'en asseurer. Et, si mondit seigneur ne prenoit laditte Toisson, ilz n'avoient pas puissance de asseurer le faict dudit mariage ; mais bien leur sembloit, quant mondit seigneur y voul-
droit entendre, il y trouveroit Mons. de Bourgoigne bien disposé. Le vf point, de faire nouvelles aliances avec mondit seigneur vostre frère, disans qu*ilz avoient apporté blanc signé et scellé de mondit seigneur de Bourgoigne pour faire lesdittez aliances si fortes, si expresses et en quelque qualité que mondit seigneur Tostre frère les vouldroit deviser.
« Sur ces points, mondit seigneur vostre frère a faict assembler en sa presance les gens de son conseil avec nous, pour délibérer la responce qu'il devoit faire ausditz Bourguignons, disant qu'il ne vouloit riens faire dont ne feussions advertis et qui ne feust selon vostre bon plaisir. Et flnablement, la matière bien debatue, a esté délibéré et condud par mondict seigneur vostre frère de leur faire responce selon l'effect et sustance qui s'ensuit :
« Au premier point, que Mons. de Bourgoigne l'envoioit visiter en sa nouvelle seigneurie, la responce est que mondit seigneur vostre frère mercie Mons. de Bourgoigne.
4c Au second point, pour savoir se vous avés parfourny à mondit seigneur vostre frère tout ce que vous avez promis pour son appanaige, ofirant, s'il y avoit faulte, employer toute sa puissance à le faire parfournir, la responce est que, après que Mons. vostre frère a veu que, par tous les traittez qu'on faisoit de son appanaige, on ne luy offix)it pas qui luy fust propre ne convenable, ne chose dont il se peust bonnement entretenir, il n'a trouvé moyen fors d'avoir recours à vous et mys peine d'avoir vostre bonne grâce, et vous a supplié qu'il vous pleust luy bailler le pays de Guieone et autre qu'il a de présent, où il avoit son affection plus que ailleurs, et qu'il vous a trouvé si franc et si libéral envers luy que vous luy avés baillé l'appanaige et pays qu'il demandoit, et luy avez entièrement fourny ce que luy avez promis et davantaige, en telle manière qu'il en est très content et n'a cause de soy douloir. Et, quant à employer mondit seigneur de Bourgoigne et sa puissance pour le faire parfournir, il n'en est pas besoing.
« Aussi mondit seigneur vostre frère scet bien que mondit
seigneur de Boiu^oigne a de grans traictez et promesses avec voas, et pour ce ne le vouldroit requérir ne le mettre en nécessité de rompre les traictez et promesses qu'il a à vous; toutesfois qu'il mercie mondit seigneur de Bourgoigne de son bon vouloir.
« Au tiers point, du bruit qu'il est de mondit seigneur de Bourgoigne qu'il a volu entreprandre le gouvernement du royaulme et &ire des choses au préjudice de mondit seigneur, la responce est que Monseigneur s'est trouvé avec vous bien familièrement et en privé et par plusieurs jours, mais que à vous, en vostre hostel ne ailleurs, il n'a point 07 parler de laditte matière et croit que ce sont rappors controuvez qui ont esté &itz à Mons. de Bourgoigne.
« Au quart point, touchant la Toison qu'ilz ont offerte k mondit seigneur, la responce est que de nouvel vous, qui estes son roy et son chef, avés fait une ordre pour vous et voz successeurs bel et notable, fondée en l'onneur de Mons. saint Michel, prince de chevalerie de Paradis, la représentation duquel vous et tous vos predessesseurs roys de France avez tousjours porté en vostre estandart. Lequel ordre il vous a pieu luy offrir et l'a prins et bien désiré à avoir. Et, par icelluy ordre, vous, comme chef, et tous les autres chevaliers qui en sont estes liez et astrainctz les ungs envers les autres à plusieurs choses bien honnestes et raissonnables, à l'onneur de Dieu et pour le bien du royaulme et de la couronne de France ; et que à vostredit ordre mondit seigneur se tient et licitement n'en peult et n'est pas délibéré d'en prendre d'autre, mais qu'il remercye mondit seigneur de Bourgoigne de son bon vouloir.
« Au quint point, touchant le mariage ou cas que mondit seigneur voulsist prandre l'ordre, etc., la responce est que Monseigneur remercie Mons. de Bourgoigne et ne leur a tenu nulle paroUe.
« Au yV point, des aliances, la responce est que mondit seigneur vostre frère croit que Mons. de Bourgoigne soit joinct et uny avec vous en bonne amour et aliance et comme
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vostre bon parent et subject ; et que tous oeulx qui sont voz bienveillans, amys ou aliez, mondit seigneur les tient pour les siens, et par ce croit que mondit seigneur de Bourgoigne soit de ce nombre, car mondit seigneur est délibéré d'avoir amour à tous vous amys et bienveillans et tenir pour ses ennemis ceulx qui seront les Tostres.
4c Depuis ladicte délibération, mondit seigneur vostre firere nous a dict que aucuns Tavoient adverty de donner de la vesselle d'argent ausditz Bourguignons, pour ce que c*est chose acoustumée de &ire à ambassadeurs soit d'amys ou de ennemys et qu'on avoit ja trouvé laditte vesselle, mais qu'il ne le vouloit point foire sans nostre conseil. Sur quoy nous luy avons dict qu'il nous sembloit qu'il ne le devoit point foire : et à tant c'est condud qu'ilz n'en auroient point. Sire, c'est l'effect de ce qui a esté besongné touchant la matere dessusdite. Et, après que mondit seigneur vostre frère a veu et leu de mot à mot ces présentes lettres, qui sont selon ladicte délibération, il nous a dit qu'il a foit auditz Bourguignons telle responce que cy dessus est contenu. Et trouvons tousjours mondit seigneur vostre firere en très grant désir et vouloir de vous servir et obéir, et à ceste matière et toutes autres soy conduire et gouverner et entièrement selon vostre bon plaisir, et tenir le chemin qu'il vous plaira et non autre. Sire, tantost après que lesditz Bourguignons seront partiz, nous en retournerons, au plaisir de Dieu, par devers vous. Sire, nous prions le benoist fllz de Dieu que, par sa saincte grâce, il vous doint très bonne vie et longue et acomplissement de voz très nobles désirs.
€ Escript à Saint-Jehan d'Angeli, le xxif jour d'octobre. Ainsi signé : « Yoz très humbles et très obeissans subjectz et serviteurs, Jehan de Bueil, Ymbert de Batarnay et Pierre d'Oriole. » Et, à la suscripcion de la lettre : € Au roy , nostre souverain seigneur ^ »
1. Publié par Dom Plancher, HisL de Bourgogne, Preuves, gglx, Qt Lenglet, II, 227 et suiv. Cf. Intr. au Jouvencel, 1. 1, p. gglxxiy et suiv. 9 et Jmbert de Batarnay, ouvr. cité, p. 29.
ÎÎA nriKIPOLATIOlfS BT VAMlA!fTB8
LXn. — (Clair. 481, fol. 200, 1. 12. C/uym. scand., i. I, p. 30.) — A faire ledit inventaire. Et le açay pour Teriié pour œ qae j'estoie présent à le fadre^ Et ne révoquez point en doobte que ledit Balue avoit plosienrs grans ennemys, qoi injostement penrent estre cause de sa prinse, non obstant que beaucop de saiges chevaliers de ce rojanlme, et qui pour les deolx ne vooloient point paftlre la terre, Ye»timoient honune de très grant esperit et disoient qu'ilz n*en avoient point v^ de pareil. Et telles parolles forent par eolx portées au roy, qui penrent estre canse de refrrâer son ire.
En ce temps fat escript par ong qnidem, en la chambre de Mons. de Goienne, ce qui s*ensait :
Maîstils Jehan Balue A perdu la veue De ses eveschez.
Monsieur de Verdun ' PTen a plus, pas ung; Tous sont despeschez.
LXIII. — (Clair. 481, fol. 201, 1. 3. Ckron. scand.y 1. 1, p. 231.) — Et autres seigneurs, comme le conte de Dampmartin, grant maistre de France...
LXIV. — (Clair. 481, fol. 201, 1. 30. Chron. scand.y 1. 1, p. 232.) — Ville de Paris. En icelluy an mil Iffl'^ LXVIIP, le roy, informé que es pays de Guienne, Bourde
1. C'est cette déclaration du rédacteur du ms. interpolé qui a permis à Quicherat de soulever le voile de son anonymat. Jean Le Clerc remplit en effet les fonctions de secrétaire de la commission qui fut chargée de rechercher les biens meubles du cardinal Balue (Bibl. nat., ms. fr. 4487, passim).
2. Guillaume de Haraucourt, évoque de Verdun-sur-Meuse, 14 oct. 1456-20 févr. 1500, aumônier de Charles de France et pendant longtemps l'un de ses principaux conseillers, avait été attiré au service de Louis XI, qui, après Tavoir comblé de faveurs, le négligea et s'en fit un ennemi. Arrêté avec Balue pour avoir pris part au môme complot, il demeura quinze ans prisonnier.