‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483Chapitre 89 sur 151 · Darnetal est aujourd'hui Tun des faubourgs de Rouen · texte numérisé non relu

Darnetal est aujourd'hui Tun des faubourgs de Rouen

MoDS. le grant maistre, Nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à Rouen , ce xxra" jour d'aoust [1472]. Lesdittes lettres soubscriptes : « Le conte de Saint-Pol, etc., connestable de France. > Signé : « [Vostre] Loys. » Et au dos : « A Mons. le grant maistre. »

Et, le lendemain, le connestable envoya unes autres lettres audit grant maistre, dont la teneur s*ensuyt :

« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. J'ay reoeu les lettres que escriptes m'avés et veu le contenu en icelles, et ay mandé les cbevaulx qui estoient oultre l'eaue pour les envoyer à leurs maistres, et aussi envoyé les frans archiers à Gisors. Et me semble que devés venir anuyt à Darnetal et faire vostre logis en ceste ville dès annuyt pour y entrer demain, si le cas le requiert. Mons. le grant maistre, Nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à Rouen , le xxnn* jour d'aoust [1472]. Lesdittes lettres soubscriptez : « Le conte de Saint-Pol, etc., connestable de France. » Et signé : « Vostre Loys. » Et au dos : « A Mons. le grand maistre. »

Ledit grant maistre fut logé audit Darnetal jusquez ad ce que le duc de Bourgoigne avoit jà son advangarde à la Justice de Rouen, et, pendant le temps, furent faittes plusieurs cources sur lesditz ennemys, qui leur furent fort dommageables. Et, entre les autres, en feist une ung gendarme dudit grant maistre, nommé Chariot Aupepin^ qui estoit grenetier de Fescamp, en laquelle il gangna de quatre à cinq cens cbevaulx, et la plus part de ceulx prisonniers à qui lesditz cbevaulx appartenoient. Et, durant ce temps, ledit duc de Bourgoigne atout son armée se tenoit près de laditte Justice de Rouen et ailleurs ou pays de Caulx, où illec faisoient plusieurs maulx et insolences, comme de bouter feux en villaiges, lieux, places et fortresses.

Audit temps, Mons. le bailli de Caulx, nommé messire

i. Etienne Aupepin figure parmi les cent hommes d'armes du grand maître, dans les listes publiées aux Preuves de l'hist, de la rnaUon de Chabannes, t. LE.

306 INTERPOLATIONS BT VARIANTES

Geoffroy de Gouvran, et Jehan du Fou, capitaines estansen la ville de Dieppe et à Arques, fistrent sçavoir au roy estant en Bretaigne que les Bourguignons estoient près d*eulx et qu'il[s] attendoient avoir le siège. Et, pour y remédier, le roy en rescripvit à Mons. le grant maistre, ainsi que appert par ces lettres, dont la teneur s'ensuyt :

« Mons. le grant maistre, j*ay receu unes lettres que le baillif de CauxS messire Geuffroy de Couvrant et Jehan du Fou m'ont escriptes, par lesquelles ilz m'escripvent que les Bourguignons sont approuchez et [ont] rois leur parc à demie lieue près d'eulx, et se doubtent d*avoir le siège. Pour ce, je vous prye que, à la plus grant diligence que possible vous sera, vous les faictes fournir de vivres, d'artillerie et de tout ce que leur sera besoing pour attendre ledit siège, et faittes leur envoyer de nn** à cent arbalestriers des meilleurs que vous pourrés flner.

« Mons. le grant maistre, j'ay en vous toute ma par£aicte fiance et sçay bien que vous me servez bien de par delà et avez beaucoup de peine pour moy, mais j'ay espérance de le vous recongnoistre tellement que vous devrez estre contant. Et, mais que Dieu et Nostre Dame nous vueuille sauver Dieppe et Arcques, nous sommes au dessus de noz besoignes ; par qu(7 vous pry que vous mettez peine de faire bien pourveoir 1«^ ditz Arcques et Dieppe et à la plus grant diligence que possible sera.

« Mons. le grant maistre, je vous prye que vous b^àet cbevaulcher les gens d'armes entre les Bourguignons et leur païs, car, veu qu'ilz sont si avant dedans nostredit païs, il me semble que mais que noz gens chevauchent souvent sur eulx pour rompre leurs vivres, et par ce force sera d'eulx en retourner en leurdit païs. Et, pour ce en tout ce que vous verrez que leur pourrez nuyre, vous prye que y faciez ainsi que j'ay en vous ma parfaicte fiance. Adieu.

i. Antoine d'Aubusson.

2. Sur ce pereoanage, voyez la notice de M. Vaesen {lUim à» Louis XI, t. V, p. 27).

«c Escript à Chasteau Gontier, le xxn« jour d'aoust [1472]. Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Tilhart. » Et en la nibscripcion : « A nostre cher et amé cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France ^ »

En icelluy temps, le connestable de France, estant en la rille de Rouen, rescripvit audit grant maistre que ceulx de iaditte ville ne le vouloient aucunement lesser partir d*icelle jusques ad ce que les Bourguignons fussent eslongnez, crai- ^ans qu'ilz entrassent en Iaditte ville ou qu*ilz preinssent Dieppe ou Arques, et qu'il avoit rescript au seneschal de Suienne et au seigneur de Fontenailles qu*ilz ne partissent [K>int du lieu, car, nonobstant le vouloir des bourgeois de Rouen, il avoit délibéré de partir icelluy jour et mener grant brce d'artillerie.

Bientost après, ledit connestable estant à Gisors ', rescripvit ludit grant maistre qu'il luy sembloit que les Bourguignons 16 tyroient point vers Gournoy^ ne vers Beauvais, et que ce ionobstant il avoit escript aux senescbaux de Carcassonne et Ponlouseque, s'ilz veoient que lesditz Bourguignons tirassent rers lesditz lieux, on prinstles cinquante lances qui estoient ledans Arques pour envoyer à Gysors, et qu'ilz se missent ledans Beauvais. Advertist aussi ledit grant maistre de desogier pour faire place à ceulx qui venoient deriere, ainsi [a'il estoit contenu en ces lettres, desquelles la teneur s'endiit:

« Mons le grant maistre, je me recommande à vous. Je* mis arrivé ce jourduy à mydi en ceste ville de Gisors, et m'en roys coucher entre cy et Tillart^ J'ai seu que les Bourguipions s'en tirent parle hault chemin, sans venir à Gournay 16 à Beauvais, comme il me semble. Neantmoins j'ay res-

i. L'original de cette lettre est à la Bibl. nat., ma. fr. 2913, bl. 7. Il a été imprimé par M. Vaesen, Lettres de Louis II, t. V, p. 46 a suiv.

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