Boissières (arr. de Neufchâtel), entre Eu et Dieppe
La depposition de François Imbert^.
François Irabert, natif de Saint-Martin de Canteleu, près Rouen, dit que, le jour de Nostre Dame my aoust, partit dudit lieu de Rouen à la requeste de Rogier de ReoUes, natif dadit lieu de Rouen, pour s'en aller devers le duc de Bourgoigne, combien que ledit Rogier ne luy declaira riens au partir.
Dit aussi qu'il arriva en Fost des Bourguignons, à Cailly •, environ huyt ou neuf jours après son partement ; et, incontinant eulx arrivez, s'en alla ledit Roger devers le duc de Bourgoigne et disoit avoir fait ce que on luy avoit chargé; quoy il nescet, caroncquez ne luy voulu dire ung seul mot.
Dict aussi que ledit Rogier et Calleville, envyron deux ou trois jours après qu'ilz arrivèrent, parlèrent de porter lettres en Bretaigne et à messire Poncet de Rivière, comme ce appert par les lettres qu'il a baillées. Et, le landemain, messire Guillaume de Rochefort^ luy parla d'aller à Rouen devers Claude de Rabaudanges , auquel ilz avoient intelligence dès longtemps ; car, comme luy dist Charroloys, herault du duc de Bourgoigne, ledit Rabaudanges avoit receu argent et parlé au duc, luy estant en la compaignie monseigneur de Craon quant il flst son voyaige en Flandres.
Pareillement dit qu'il ouyt dire audit Rogier que aucuns de ceulx qui avoient la garde d'entre le Chasteau de Rouen
1. Ce François Imbert s'était c venu rendre • au roi et lui avait remis la lettre du dac de Bourgogne dont le texte vient d'être rapporté. Le roi s'empressa de communiquer au grand maître et le double de cette lettre et une copie de la déposition du courrier infidèle (lettre de Louis XI du 28 sept. 1472, citée ci-dessus, p. 309).
2. Charles le Hardi campa le 28 août c sous Gailly en Gaax, » aaj. dép. de la Seine-Inférieure, cant. de Glères (Lenglet, II, 202).
3. Guillaume, seigneur de Rochefort, chambellan de Philippe le Bon, combattit à Montlhéry, passa au service de Louis XI, fut créé chancelier de France le 12 mai 1483 et mourut en 1492 (Anselme, VI, 414).
et la Porte CaucboizeS avoient intelligeDce ausditz BourguigDODS. Qui ilz sont, il ne scet; mais bien oyt dire q[ue ceulx là n'avoient nulles defz des portes ; dont ilz estoient bien desplaisans.
Et dict que ledit messire Guillaume de Rochefort luy dist qu'il ne luy eust baillé que lettres de créance s'il eust été codgneu en Bretaigne, comme ilz font aux autres qu'ilz ont acoustumé d'y envoyer.
Dict qu'ilz sont en grant peine qu'ilz ne pevent avoir nulles nouvelles de Bretaigne, et que c'est l'une des cbose^ qui leur faict plus de mal.
Aussi pareillement a dict que après luy doit venir ung autre a pié apporter des lettres en Bretaigne, et croit qu'il passera par le pont de Sée*, attendu qu'il est dudit lieu.
Aussi oyt que ledit Roger dist audit de Rocbefort : « Monseigneur, je croy que on trouveroit bien moyen d'envoyer ung homme devers Loys de Sorbier, à Dieppe ; et qui le pourroit gaigner, ce seroit grant chose. » Et y devoit envoler l'omme qui devoit venir de pied en Bretaigne; mais il le reffusa. Et avoit esté ledit homme queux de frère Jourdain de Yercors, abbé de Saint>-Jehan d'Angeli.
Aussi dit il qui dépose que le duc de Bourgoigne estoitfort mal content du roy d'Angleterre, disant que le roy l'a gaigné pour les bons et grans dons qu'il luy a faitz. Et luy avoit promis ledit duc de luy baillier la conté d'Eu d'entrée. De rechief devoit envoyer devers luy.
Aussi dict que Pierre Michel, apotiquaire dudit duc de Bourgoigne, luy enchargea de parler à la Cohue, femme d'un apotiquaire de Paris, demeurant près le Palais, et luy dist * les parolles qui s'ensuivent : « Recommandés moy à la Cohue, et luy dittes comment j'ay faim de sçavoir des nouvelles des enfans de mon frère, et qu'il y a grant pièce que je n'en oy parler ; et parlez à elle hardiment, car elle aime plus le parti
i. G'est-à-dire sur la face occidentale de Tenceinte. 2. Auj. les Ponts-de-Gé, sur la Loire, dép. de Maine^t-Loire, arr. d'Angers.
de deçà que celluy de là . » Et luy pria laditte Cohue qu'il ne dist point qu'il eust parlé à elle, car son mari de pareil cas en aroit* perdu son oflSce.
XCII. — (Clair. 481, fol. 324, 1. 17. Chron. scand., 1. 1, p. 284.) — Ht Dieppe, où estoit Gillebert de Chabannes, gouverneur de Limosin, et autres capitaines.
XCIII. — (Clair. 481, fol. 326, 1. 20. Chron. scand., 1. 1, p. 286.) — Subgetz du roy. Après que le duc de Bourgoigne eut ainsi passé devant Rouen que dict est devant, où il ne proufSta gueres, en persévérant tousjours en sa mauvaise intencion de grever le roy et le royaulme, il s'en alla par le pays de Picardie pour tirer vers Noyon, Saint-Quentin et autre pays d'environ. De quoy Mess" les connestable, grant maistre et autres capitaines du party du roy, de ce advertiz, misrent bonne provision et garnirent très bien les villes de gens d'armes pour les gardes d'icelles, comme Beauvais, Compiengne, Noyon et autres villes. Et lesditz connestable et grant maistre chevauchèrent et allèrent avec leur armée au devant desditz Bourguignons, en telle manière que le roy n'y eut point de dommaige ; et souvent faisoient sçavoir les nouvelles l'un à l'autre de ce qui survenoit et qu'ilz sçavoient du faict desditz Bourguignons.
Et, le xm® jour de septembre^ ledit connestable estant à Tilhart, qui sceut de l'affaire desditz Bourguignons, envoya audit grant maistre unes lettres missives dont la teneur s'ensuyt :
« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous tant comme je puis. J'ay receu voz lettres à ceste heure, contenant le chemin que avés faict, et que vous estes pouvrement logés, et qu'il vous semble que me doibz trouver à Compiegne où vous tous tirerés devers moy, pour conclure ensemble ce que aurons à faire. Je suis demeuré icy pour pourveoir à Beauvais ; à quoy je ne treuve remède qui vaille, et aussi pour ordonner des gens d'armes, lesquelz y demeureront jusquez