‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483Chapitre 95 sur 151 · Ham, auj. dép. de la Somme, arr. de Péronne · texte numérisé non relu

Ham, auj. dép. de la Somme, arr. de Péronne

Et, se TOUS voulez venir audit Ham avec moy, je mettray mes gens audit Saint-Quentin autant que en mettrés des vostres audit Ham. Aussi est besoing que Mons. le mareschal de Guienne* se haste comme vous de venir : sy luy veullez faire sçavoir. Mons. le grant maistre, Nostre Seigneur soit garde devons.

4c Escript audit Noy on, ce dimenche xx® jour de septembre. Soubzcriptes : « Le conte de Saint-Pol, etc., connestable de France. > Et au dos : « A Mons. le grant maistre. >

XCIV. — (Clair. 481, fol. 329, 1. 9. Chron. scand., 1. 1, p. 287.) — Qui ne vesqui gueres. En ceUuy temps, Mons. le duc de Bourgoigne tenoit son armée sur les marches de Picardie et ne sçavoit pas bien où il devoit prandre son chemin ne à quelle ville du roy tyrer pour la prandre, pour ce qu'il les sentoit toutes estre garnies de gens d'armes et ce qu'il leur failloit pour la deffence d'icelles. Dont le connestable, qui estoit en la ville de Hem, estoit assez adverty, et envoya unes lettres missives audit grant maistre, le advertissant de ce qu'il en sçavoit, desquelles la teneur s'ensuit :

« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. J'ay eu à ceste heure nouvelles que les Bourguignons firent hier leurs reveues et sont maintenant logés à ung vilage nommé Morsain*. J'ay envoyé des gens où estoit l'advangarde veoir s'ilz le font pour admuser quelc'un. Leur chemin est plus sur ceste ville et Saint-Quentin que sur autre pour aller par devers Picardie et passer à Falvy^. Se ainsi estoit qu'ilz tirassent à Saint-Quentin, jamais ne vous ne autre du costé deçà ne seroient devant eulx, car, de Falvy audit lieu de Saint-Quentin, n'y a pas si loing que de là où vous estes.

i. Lisez le sénéchal de Guyenne, Gilbert de Ghabannes, seigneur de Gurton.

2. Auj. Morchain, dép. de la Somme, arr. de Péronne, sur la Somme, à environ 12 kilom. à Test de Lihons.

3. Falvy, dép. de la Somme, arr. de Péronne, à quelqne distance au nord-est de Morchain, et à environ 25 kilom. de Saint- Quentin. La carte de Gassini indique à Falvy un pont sur la Somme.

Dont je vous advertis adân que provision y soit myse, car elle est en la charge de vous et des autres qui y devez aller. Je maiz des gens dehors pour savoir s*il tirra ce chemin là et pour mander à ceulx de Noyon qu'ilz y tirent.

« Mons. le grant maistre, je prie Nostre Seigneur qu il soit garde de vous. Escript en mon chastel de Hem, le xxvn* jour de septembre [1472]. »

Et au dessoubz estoit escript :

« En escripvant ces lettres, j'ay esté adverty qu'il tirra à Falvy et qu'il a laissé sa grose artillerie deriere, et qu'il ne mettra point de siège s'il ne le treuve bien aisé. » En la soubscripcion desdittez lettres estoit escript : « Le conte de Saint- Pol, etc., connestable de France, [etc.], Vostre Loys. > Et au dos : « A Mons. le grant maistre'. »

Audit temps, ledit grant maistre se mist dedans Saint- Quentin pour la garde d'icelle; ce qu'il manda au roy estant es marches de Bretagne, en luy faisant sçavoir que, se le duc de Bourgoigne se povoit retirer, il le iroit veoir. De quoy le roy fut bien content et manda audit grant maistre que le duc de Bretaigne envoyoit devers luy adân de faire traicté de paix, et luy envoya unes lettres missives desquelles la teneur s'ensuit :

4c Mons. le grant maistre, j'ay receu vos lettres, et vous remercie dece que vous estes allé mettre dedans Saint-Quentin, et aussi des services que me faictez tous les jours par delà, âu regard de ce que dittes que, se le duc de Bourgoigne se retire, que estes délibéré de me venir veoir, le duc de Bretaigne envoyé Phelipes des Essars et Guillaume de Soupplainville' en embassade devers moy, et ont fort pourchassé leurs venues, et leur ait fait sçavoir qu'ilz ne venissent point s'ilz ne vendent pour appointer de tous points avec moy et qu'ilz abandonnassent le duc de Bourgoigne, ou pour unes trêves de

i. Orig. à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 96.

2. Sur ces deux personnages, voyez les notices de M. Vaeeen (Lettres de Louis II, V, 67) ; cf. sur Ph. des Essars, ci-dessus, t. h p. 312.

la Toussains en ung an. Pourquoy je croy qu'ilz viennent pour besongnier en l'un desditz pointz. Aussi se je ne besongne rien avec eulx, je mettray mes gens d'armes en la frontière et m'en iray à Paris ; et pareillement, s'il vient en apointement, incontinant m'en iray audit lieu de Paris. Et, toutes les foys que vous viendrez, vous serés le très bien venu. Et, s'il y a rien hastif, envoyez moy Pierre Cleret, et je feray comme se vous y estiez. Je ne vous sçauroye autre chose que mander, sinon que je prie à Dieu que les bons gens d'armes de nostre temps puissent revenir.

« Touchant le paiement du seneschal de Guienne, je croy que de ceste heure ilz ayent leur argent, car j'ay mandé au grant trésorier des guerres que, sur sa vie, il leur envoyast leur argent, toutes autres assignations et payemens arrière mis ; et vouldroye bien que ledit seneschal fust par deçà contre messire Jehan d'Armignac, caries gens qui sont de Guienne supportent trop ; et, mais que je soye par delà et que j'aye parlé à vous, nous aviserions vous et moy s'il y pourra venir.

« Mons. le grant maistre, je vous recommande tousjours mes besoignes de par delà, car j'ay plus de fiance en vous que en tous les hommes du monde. Adieu, Mons. le grant maistre.

4c Escript à Notre Dame de Seelles, le dixiesme jour d'ootobre [1472]. » Signé : « Loys. > Et au dessoubz : < Tilhart. » Et au dos desdittes : « A nostre cher et amé cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France^ »

Au commencement du mois d'octobre mil IlIP LXXIl, furent quelques parolles de trouver appointement et paix envers le roy par le connestable, et le duc de Bourgoigne, et que , pour y procéder, ilz se dévoient assembler auprès de Hem; dont ledit connestable advertist monseigneur le grant maistre affin qu'il se [y] trouvast, et luy envoya unes lettres dont la teneur s'ensuit :

i . Cette lettre est imprimée au recueil des Lettres de Louis XI, t. V, p. 66 et suiv.

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« Mons. le gp^ant maistre, je me recommande à tous tant comme je puis. J*ay fait communiquer avec les Bourguignons sur la matière de paix, et croy qu'il y aura une journée tenue à ung village près d'icy où on parlementa, le roy estant içy; et, pour ce que la matière ne se pourra si tost conclure, sera expédient d*entrer en unes trêves de quinze jours ou envyron, se faire se peult, comme il semble, afin que ce pendant nous puissions tant mieulx fortifier et leur armée de Bourgoigne diminuer. Mons. le grant maistre, ceste matière est grande; sy vous prie que, se icelle journée se prent, que y veullez estre et je le vous feray sçavoir à temps.

« Mons. le grant maistre, Nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à mon chastel de Hem, le xi*jour d'octobre. > Soubzscriptes : « Le conte de Saint-Pol et connestable de France. » Signé : « Vostre Loys. » Et au dos : « A Mons. le grant maistre. »

Et le landemain, xn* jour dudit moys, ledit connestable fut averti que les Bourguignons tyroient vers ledit lieu de Hem. Pourquoy il manda au seneschal d'Âgenès et à monseigneur de Moy aller vers luy ; et en escripvit audict grant maistre ainsi qu'il s'ensuit :

« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. Les Bourguignons sont deslogés et passent le Bipont ', qui est plus le chemin à venir en ceste ville de Hem que à Noyon; pour quoy j'escrips à Mons. le seneschal d'Aguenès, vostre nepveu, qu'il s'en viengne avec monseigneur de Moy, pour tant qu'il a la mendre bande.

« Mons. le grant maistre, je prie Notre Seigneur qu'il soit garde de vous. Escript en mon chastel de Hem, le xii* jour d'octobre. Soubzcriptes : « Le conte de Saint-Pol et connestable de France. » Signé : « Vostre Loys. » Et au dos : < A Mons. le grant maistre. »

1. Le Bipont est marqué sur la carte de Gassini, & 3 kilom. ennron à Fest de Nesie et à 7 kilom. de Morchain, au sud-est, sar un affluent de la Somme.

Et, trois jours après, le connestable manda audit grant maistre que, le vendredi ensuivant, on devoit parlementer avec les Bourguignons auprès de Hem, et luy envoya ses lettres en ceste forme :

« MoDs. le grant maistre, je me recommande à vous. Mons. de la Roche et Mons. de Fontenailles m'ont escript comment ilz sont entrez dedans Noyon, dont je suis bien joyeux, et par ce moyen ne sera ja besoing que Mons. le ^eschal de Guienne vuyde de Saint-Quentin. Mes gens ont parlé avec les Bourguignons, et a esté advisé que vendredi prochain on commencera à parlementer; et sont contens de venir auprès de Hem : auquel jour, se je puis, je feray quelque chose à Tavantaige du roy.

4c Mons. le grant maistre, je prie Nostre Seigneur qu'il soit garde de vous. Escript en mon chastel de Hem, le xv® jour d'octobre. Soubzcript : « Le conte de Saint-Pol, etc., connestable de France. » Et au dos : « A Mons. le grant maistre. »

Les Bourguignons, perseverans tousjours en leur mauvaise intencion, allèrent courir devant la ville de Noyon, dont toutesfois ilz furent très bien ramenez à leur grant confusion par les cappitaines et gens de guerre du roy qui estoient dedans; et si passèrent lesditz Bourguignons la rivière d'Oise et allèrent courir en la terre de Coucy\ où ilz firent plusieurs maulx, en boutant lez feux partout où ilz passoient.

Et, ce venu à la congnoissance de Mons. le grant maistre, y eust voulentiers remédié, et le fist sçavoir à Mons. le connestable, qui luy en fist la response par ces lettrez, ainsi qu'il s'ensuit :

« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. J'ay receu vos lettres par ce porteur. Et en tant que vous distes que l'a va ngarde des Bourguignons est passée la rivière d'Oise, il est vray ; et passa hier pour aller courre la terre de Coucy , en laquelle ilz ont bouté les feux partout, et sont retournés. Et dit ung homme d'armes, nommé Jehan de Charre, que

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