TESTAMENT DE JEAN MIGAULT
Au nom de Dieu : Père, Fils, et Saint- Esprit. Amen.
Je Jean Migault, lecteur de l'Eglise françoise de cette ville ; estant par la grâce de Dieu sain d'esprit, bonne mémoire et entendement, considérant la certitude de la mort et l'incertitude de son heure, et désirant la prévenir par la disposition de mon testament & ordonnance de dernière volonté, je l'ay fait de ma propre main, dressé, escrit, et signé, sans suggestion, induction ny persuation de personne quelconque, ains de ma pure & libre volonté, priant très humblement le vénérable Magistrat de cette dite ville ou tous autres, en la dépendance desquels il pourroit être ouvert, d'en permettre (si besoin est) l'exécution, quoi qu'il y manquast quelque formalité, attendu que je ne sçay point les uz et coutumes de cette ville et pays d'Oost-Frise, et n'ayant peu le faire rédiger par écrit par aucun not-
taire, veu que je n'entends point du tout la langue de ce pays.
Je recommande premièrement mon âme à Dieu mon créateur, le priant pour l'amour du mérite infini de mon bénin Sauveur et rédempteur Jésus-Christ, qu'il me pardonne tous mes péchez et offences, et qu'il la reçoive en son saint Paradis à l'heure de ma mort ; je recommande mon corps à la sépulture de la terre, en attendant la bien heureuse résurrection, me remettant du soin de mes funérailles à la discrétion d'EIizabeth Cocuaud ma femme, laquelle je prie d'en avoir soing.
Je casse, révoque, et adnulle tous dons, donnations, testamentz et codiciles contraire à ces présentes, que je pourrois avoir cy devant fait, ou faits et nommément celuy que j'ay fait conjointement avec madite femme lorsque nous demeurions à Amsterdam, lequel demeurera nul de toute nullitté à mon égard, d'autant que mes affaire ont changé, mes effets diminué, et le nombre de mes enfans augmenté depuis la passation d'icelui ; et que j'ay aussi délivré et mis es mains de mes enfans de mon premier lit, toutes les cho-
ses que je croy leur appartenir et que je peux leur donner, soit de la succession de deffunte Elizabeth Fourestier leur mère, ma première femme, soit de la mienne après mon décedz, et généralement pour toutes prétentions qu'ils pourroient avoir en mes effetz mobiliaires après ma mort. Je déclare donc ici, et je veux et entend, que mes enfants de mon premier lit, Anne femme de Jaques Bougouin, Jeanne, Gabriel, Philémon, Pierre, Marie, Elizabeth et Olivier Migault, mesd. enfans, et de ladite feu Elizabeth Fourestier, se contenteront chacun à son égard, de ce que je leur ay donné en argent, ou en autres choses, cy devant et en divers temps. Et principalement qu'ils se contentent de ma bonne volonté, n'ayant point été, et n'estant point encore à présent en état de leur donner davantage, ny faire pour eux que ce que j'ay fait. Et j'atteste ici la conscience de ceux principalement, qui d'entreux ont demeuré auprès de moy, de se souvenir de la manière que j'ay vécu depuis que je suis sorty de France, pour pouvoir les eslever en la crainte de Dieu, et leur donner le moyen de gagner leur nécessaire.
is.
Ils se souviendront aussi du peu de biens que j'ay sorty de France et du nombre d'enfans que j'ay eu sur les bras nombre d'années. J'espère aussi, qu'il n'y aura aucun d'entreux qui ne soit content de mes soins et de ma bonne volonté. Et en cette persuation et asseurance, je prie Dieu tout bon et tout puissant qu'il les bénisse tous en général et chacun en son particulier, qu'il les fasse fructifier en toutes sortes de vertus chrestiennes, qu'il leur donne à tous et à leurs familles ce qui leur sera nécessaire, pour le corps et pour l'âme, pour cette vie et pour la vie éternelle.
Et à l'égard de Jean Migault, mon fils et de ladite deffunte Elisabeth Fourestier ma première femme, ayant resté en France, je l'exclus et les siens à perpétuité de ma succession, mobiliaire et immobiliaire, attendu qu'il a dissippé et destruit autant qu'il a peu la majeure partye des dominâmes et héritages que j'ay laissé audit royaume. Toutefois, sy la Providence divine permettoit un jour la liberté de conscience audit royaume, et que mondit fils Jean revint de ses égaremens et desbauches, et qu'il rentrât dans notre sainte
Religion en abandonnant et abjurant le Papisme dans lequel il s'est plongé et qu'il fist une restitution juste et raisonnable à ses frères et sœurs de toutes les choses qu'il a dissippées, vanducs, destruites, ou rcceùes des fruitz de mes immeubles, ou d'hommaines, aux susd. cas, je veux qu'il partage iceux également avec sesd. frères et sœurs.
Je donne à Madclaine, et à François- Louis Migault, mes deux petits eufans et de ladite Elizabeth Cocuaud ma femme, et ce par moityé et égale portion, tous &. chascuns mes effetz meubles, choses censée et réputée meuble, généralement quelconques qui me restent et qui se trouveront me rester au jour de mon décedz, sans aucune chose en excepter ny réserver, que ce que je diray en suitte, pour être mesditz meubles et effetz employez à nourrir et eslever mesditz deux petis en fans jusques au temps qu'ils puissent estre en aage de gagner leur nécessaire. J'entens, et je veux aussy que mesditz effetz serviront pour la nourriture et entretien de madite femme, luy en faisant don aussy de ce qu'elle en aura besoin
comme à mes deux petits enfans, persuadé qu'elle en usera en bonne mère et leur conservera ce qu'elle pourra, l'un mourant l'autre succéddera.
Je veux aussy que mes deux petis enfans, Madeleine et François-Louis, demeurent sous la main, conduite et gouvernement de madite femme leur mère, et sous la tutelle, dirrection et conduite dudit Gabriel Migault, mondit fds, lequel je nomme pour leur tuteur et curateur, en le priant et le conjurant au nom de Dieu et par l'amour sincère qu'il m'a toujours porté, d'accepter ladite charge de tuteur & curateur de sadite sœur et frère, Madeleine et François-Louis Migault, d'avoir soin, avec madite femme leur mère, de leur éducation et conduite, en prenant connoissance de leur effetz pour leur administrer, ou faire administrer, en leur besoins jusques à ce qu'ils soient en aage de se conduire et gouverner par eux-mêmes. Je suis sy persuadé de la bonté et charité de mondit fils envers moy et eux, que dans leur besoin il ne s'y espargnera point, et qu'il seroit inutile que j'en disse davantage. Et par ce que je n'ay donné que fort peu de
chose à mondit fils Gabriel, Dieu ayant béni son travail sans mon ayde, je le prie de prendre partie de mes livres et d'en choisir ceux qu'il trouvera à propos et particulièrement il me fera plaisir de prendre le Nouveau Testament que j'ay transcrit de ma main et de le garder pour l'amour de moy, et d'estre au surplus content de ma bonne volonté.
S'il plaisoit à Dieu, comme je l'en prie du profond de mon cœur, de redonner la liberté de conscience audit royaume de France, et que mes enfans y retournassent, soit pour y demeurer ou autrement disposer des d'homaines que j'y ay délaissé, ils le partageront également entr'eux.
Et parce que Madeleine et François- Louis ne sont que demy frères de mes autres enfans, pour faciliter leur dit partage, je veux que Madeleine se contente, pour toute portion de mes susd. d'homaines, de la ranthe de sept boixeaux de blé vallant seigle qui me sont d'heubz chacun ai: sur le moulin des Touches, parroisse de Thorigné ; et que François-Louis, se contente aussi des trois boixellées de terre labourables en deux pièces, une contenant
vingt-quatre seillons, size en la vallée de Meschinot, l'autre pièce en seize seillons, siz à la vigne à Clouzeau près le village des Touches susdite parroisse ] ; l'instruction de tous mesditz d'hommaines se trouvera dans mes papiers.
Je veux que les sommes de deniers et autres choses que Me Jaques Dcvilliers, Sr de Boisbourdet, procureur au siège royal de St-Maixant -, a entre les mains à moy appartenantes, et que je luy ay laissé en dépôt, lors que je suis sorty de France, avec tous les contratz de mes dits d'hommaines et autres papiers, soient aussy partagez également entre mesdits enfans, tant de mondit premier mariage que de mon second, l'instruction de quoi se trouvera aussy es mes papiers et livres.
J'exorte tous mesditz enfans, au nom de Dieu, de s'aimer, de se secourir et s'entrayder les uns aux autres, comme la charité et l'amour de Dieu leur ordonne, et d'estre en secours, ayde et consolation tant à madite femme qu'à nos deux petits
i Cf. p. 31).
2 Cf. p. 190.
enfans. J'eslis, et nomme pour exécuteur de mon présent testament et pour assister madite femme jusques à l'arrivée de mondit fils aisné, la personne de Pierre Durzy, mon voisin et mon bon amy.
Je me réserve à toujours de changer, augmenter ou diminuer ce que je trouverai à propos de faire dans cettui mon présent testament soubz mon seing seulement, et auquel cas de changement, augmentation ou diminution sera ajouté foy comme à tout ce que dessus, estant signé de moy.
C'est mon testament et ordonnance de dernière volonté, lequel je veux qui sorte son plain et entier effet en tous ses points, clauses et articles. En foy du tout, je l'ay escrit et signé de ma propre main, et fait signer aux tesmoings cy soubzcritz avec moy.
A Embdcn, après midy, le jeudy dix-septième de may mille sept cent et trois,
J. Migault, testateur.
P. Sapin, comme témoin.
Pierre Durzy.
Charles Henon, comme témoin.
J. Bourdeaux, comme témoing.
André Duboys.
G. Bonafos.
Pierre Leques.
Abel Léo, comme tesmoing.
Samuel Allard, comme témoing.
Destournelles de greffin.
Pierre du forest, comme témoin*
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