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Bulletin de la Société d'agriculture de Meaux

tare, tandis que les mêmps frais s'élèvent pour les travaux faits par les particuliers à 30 et à 40 fr.\

En estimant à 250 fr. les frais de drainage par hectare, c'est donc une somme de 7 millions et demi dépensée de ce chef par notre département, sur laquelle 800,000 francs seulement ont été prêles par le Crédit foncier.

Notre arrondissement a dépensé à lui seul 1 million et demi ; les prêts faits par le Crédit foncier n'ont eu lieu que dans deux communes : Marchéraoret et Saint-,Iean-les-deux-Jumeaux,

D'après les chitîres fournis par l'administration des ponts et chaussées, la répartition du drainage entre les divers cantons est indiquée de la manière suivante :

Rapport p. 100 Superficie de la superficie Cantons. drainée drainée à la

en 1882. superficie totale.

hectares.

Claye o06 2.8

Crécy 761 5.3

Dammartin 1,246 6.5

La Ferlé 743 3.5

Lagny 1,535 8.9

Lizy 700 2.9

Meaux 67 0 5

Total 5,558 4.4

Les communes où il a été fait le plus de drainage sont celles de Marchémoret, 321 hectares; Ferrières, 227; Tancrou, 200; Bussy- Saint-Georges, 183; Saint-Jean-les-deux-Jumeaux, 178; Le Plessyl'Evêque, 158; Bailly-Romainvilliers, 155; Montévrain, 153; Croissy- Beaubourg, 150.

Les communes où il n'a pas été fait de travaux de drainage sont au nombre de 50 environ, dont presque toutes ont un sous-sol perméable, alluvion de la Marne, ou bien calcaire lacustre de Saint-Ouen ou du Multien, de sorte que l'assèchement s'y opère naturellement.

Dans presque toutes les autres communes, au sud de la Marne surtout, le sol se compose de terres fortes et argileuses qui ont besoin d'assainissement.

Par le drainage disparaîtront les sillons qui sont un obstacle insurmontable à l'usage des machines perfectionnées; avec le drainage, le .cultivateur n'hésitera plus à user des engrais chimiques qui sont souvent sans effet dans les terres saturées d'eau.

La superficie totale de l'arrondissement étant de 125,650 hectares, on peut avancer d'après les renseignements qui suivent qu'il y aurait encore 20,000 à 25,000 hectares à assainir.

M. Belgrand, dans son travail sur l'hydrologie du bassin de la Seine, estime qu'il y a en amont de Paris sur 4,300,000 hectares, une superficie de 1 ,200,000 hectares susceptible de drainage (granités, liais, argiles, craie inférieure, terrains imperméables).

D'après M. Barrai, il y aurait en France 12 millions d'hectares à drainer; d'après M. Gareau, 10 millions; d'après M. Hervé Mangon, 8 millions.

Dans les années humides, si préjudiciables à la culture des céréales da.'is le nord delà France, si le drainage était pratiqué sur un million d'hectsres semés en blé, et si chaque hectare drainé produisait 8 hecto-

1. 11 n'est pas hors de propos de citer ici la maison CHandora, de Moissy-Cramayel, près Melun qui a exécuté depuis vingt ans 15,000 hectares de drainage.

litres de plus, on obtiendrait, d'après les calculs précédents, une augmentation de récolte de 8 millions d'hectolitres.

Dans le département de la Meuse, on estime Ja quantité à drainer à 33 pour 100; dans le département de la Moselle à 35 pour 100, dans l'Yonne à 31 pour 100.

Nous sommes plutôt au-dessous de la vérité en estimant la surface à drainer à '20 pour 1 00.

II. — C'est pour attirer l'attention publique sur cette importante question, que notre Société a résolu, cette année, de récompenser les propriétaires et fermiers qui auraient entrepris les travaux les plus remarquables ainsi que les agents qui les ont dirigés.

Nous devons avant tout remercier M. l'ingénieur qui nous a fourni la plupart des renseignements cités plus haut, ainsi que tous les agents voyerset conducteurs qui ont apporté à l'agriculture le secours de leur zèle et de leurs lumières.

III. — Parmi les travaux qui nous ont été signalés, nous devons citer en première ligne le drainage de la ferme de la Noue, commune de Saint-Jean-les-deux-Jumeaux, exécuté par M. Jarry.

Le drainage a d'abord été entrepris sur 1 1 6 hectares moyennant un emprunt au Crédit foncier de 27,000 fr,, au taux de 6 fr. 41, plus 800 francs de frais d'acte, le tout payé par le fermier.

La dépense s'est élevée à 237 francs par hectare ; elle se décompose ainsi :

Fouille et pose 108 fr.

Prix des tuyaux 107

Prix du transport des tuyaux 22

Total ■ . . . 237 fr. par hectare.

En outre, M. Jarry a drainé à ses frais 20 hectares.

La Commission félicite M. Jarry de n'avoir pas hésité à consentir une augmentation de fermage qui se monte à 13 francs par hectare, pour un travail aussi utile, et d'avoir en outre drainé à ses frais une partie de la ferme qu'il exploite ; elle lui décerne la médaille d'or. Elle accorde :

1° Une médaille de vermeil à M. Vaudescal, conducteur des ponts et chaussées, qui a dirigé le drainage de la ferme de la Noue avec beaucoup de talent et de zèle, et qui a drainé en outre 200 hectares dans l'arrondissement;

2" Une médaille d'argent, grand module, ofîerte par la Société des agriculteurs de France, à M. Soyez, géomètre à Lagny, pour avoir drainé dans le canton de Lagny seulement 1,330 hectares;

3° Une médaille d'argent à M. Collet, géomètre à Claye, qui depuis peu d'années a drainé 200 hectares et entreprend actuellement de grands travaux en cours d'exécution.

, IV. — Lar Commission considère que le drainage est une amélioration indispensable au progrès agricole dans notre département, et, constate avec peine que la superficie drainée dans notre arrondissement n'atteint que 4. 5 pour cent de la superficie totale quand elle devrait être au moins de 25 pour cent.

11 est à remarquer que les drainages exécutés jusqu'à ce jour ont un caractère individuel et ne s'appliquent, sauf de rares exceptions, qu'à de grandes propriétés.

Cependant la statistique nous montre que la petite propriété est en

majorité dans notre région, et que les petites parcelles ont autant besoin dêire assainies que les grandes.

Il y aurait lieu de faciliter, et au besoin de provoquer les associations syndicales pour exécuter les travaux.

L'art. 12 de la loi du 21 juin 1865 sur les syndicats prévoit le refus de quelques propriétaires et les oblige à exécuter des travaux d'ensemble reconnus nécessaires. « Les travaux sont obliojatoires « lorsque la majorité des intéressés qui représente les deux tiers delà « superficie ou les deux tiers des intéressés représentant la moitié de « la superficie ont donné leur adhésion. »

L'art. 15 ajoute : « Le recouvrement des annuités est fait comme en « matière de contributions directes. »

Le gouvernement, quia pour mission de protéger les intérêts généraux, favoriserait ces sortes d'associations en leur accordant d'importantes subventions.

Nous avons pour exemple le gouvernement anglais, qui n'a pas de ministère de l'agriculture, et qui abandonne à l'initiative particulière la vulgarisation des nouvelles méthodes agricoles et l'entreprise des concours d'animaux; mais sortant de sa réserve habituelle pour le drainage, il prête largement à r;)griculture des millions qui ont considérablement aidé à l'amélioration du soi et à la richesse publique.

Chez nous, tous les gouvernements ont successivement compris que le drainage étant une opération de grande utilité publique en même temps que de g and avantage individuel, il y avait lieu pour eux d'intervenir afin d'exciter son application sur une grande échelle.

« Plusieurs millions d'hectares, disait M. Rouher, le 30 août 1854, « pourraient être soumis à l'opération du drainage; mais sans le « concours actif de l'administration les améliorations, même les plus a fécondes, pourraient échouer devant d'insurmontables difficultés. »

Nous devons cependant constater que les tentatives faites en ce sens ont échoué; les prêts pour le drainage sont entourés de formalités si nombreuses, que beaucoup de prof)riétaires hésitent à s'adresser au Crédit foncier; beaucoup reculent devant un emprunt qui grève leur propriété de lourdes charges en cas de vente, de partage, de licitation.

Pour supprimer toutes ces difficultés, il y aurait un grand avantage à créer une Caisse de drainage, dont le fonctionnement serait analogue à la caisse des chemins vicinaux, des éi oies, etc..

L'annuité de 4 ou 5 pour 100 aurait une durée de vingt ou vingtcinq ans, serait assimilée aux centimes additionnels et payée au percepteur tout en supprimant l'hypothèque.

Cette impDsition extraordinaire devrait être, selon nous, payéepartie par le propriétaire et partie par le fermier.

Si 1 augmentation de fertilité que le drainage communique au sol se faisait seulement sentir durant un petit nombre d'années ou pendant la durée d'un bail ordinaire, l'assainissement du sol rentrerait dans la catégorie des améliorations qui intéressent principalement celui qui exploite la terre. Il n'y aurait aucun motif plausible de demander pour ce cas au propriétaire du fonds, un concours que le fermier ne songe pas à réclamer quand il s'agit de bonifier temporairement le sol, par l'application des engrais et des amendements. Mais le drainage est une amélioration durable et permanente : bien

établi, il fonctionne durant une longue suite d'années; il produit dans le sol un accroissement dont il est difficile de fixer le terme. Dès lors, on doit reconnaître que ce n'est point au fermier seul que revient la tâche d'améliorer d'une manière permanente le fonds qu'il exploite.

En conséquence nous vous proposons d'adopter les vœux suivants:

1° Qu'il y a intérêt à étendre les travaux de drainage aux propriétés morcelées, en facilitant et en provoquant l'exécution des travaux d'ensemble au moyen d'associations syndicales régies par la loi du 21 juin 1865 et en accordant des subventions à ces syndicats.

2° Qu'il y a lieu de supprimer les formalités, les lenteurs et les règlements des prêts du Crédit foncier, d'assimiler ces prêts aux emprunts des communes moyennant une annuité de 4 à 5 pour 100 ajoutée aux contributions directes.

3° Que cette annuité devrait être payée partie par le propriétaire et partie par le fermier. Jules Bknard,

Rapporteur.

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