X. — Falsification des vins en Allemagne
Les Allemands puritains se plaignent souvent, à grands cris, de la falsification des denrées alimentaires, et notamment des vins eu France. Il faut avouer que, dans ces odieuses calomnies, ils sont souvent encouragés par certain laboratoire bien connu. Or, veut-on savoir comment la falsification s'étale chez eux? La Feuille vinicole de la Gironde nous apprend qu'un fabricant de Mayence fait annoncer dans les journaux d'Allemagne et d'Autriche les produ ts suivants : Teinte devin rouge. — Teinte bordelaise. — Proluit avantagmseinent reconnu
inoffensif. Si la fraude existe parfois en France, elle se cache avec soin-, et elle ne s'étale pas avec impudeur^, comme chez nos voisins de l'autre rive du Rhin.
XI. — Réunion des fondateurs du Journal de l'agriculture. La réunion annuelle du Journal de f agriculture a eu lieu le 5 février. Les comptes de l'exercice 1882 et le budget pour 1883 ont été votés. Le coupon des actions a été fixé à 3 fr. 75 pour 100, Les conseils de direction et de surveillance ont été maintenus dans leurs fonctions. M Henry Sagnier a été élu pour remplir, dans le Conseil de direction, la place laissée vacante par la mort de M. Bella. Le Conseil de direc • tion scientifique et agricole du Journal se trouve ainsi composé de MM. J.-A. Barrai, Gaston Bazille, de Béhague, Gareau, Paul de Gasparin, H. Sagnier et A. Vandercolme. La situation prospère de notre œuvre a été démontrée à nouveau par cette réunion.
Xn. — Nouvelles de Vélat des recolles.
Le temps continue à être plus favorable pour les travaux de la culture ; aussi on profite partout avec empressement de ces circonstances meilleures. M. Nebout fils nous envoie d'Arfeuilles (Allier), à la date du 29 janvier, les renseignements suivants sur la situation de la plupart des cultures :
« Novembre et décembre ne se sont pas laissés dépasser de leurs prédécesseurs en bourrasques de pluie, de neige et de vent violent, qui ont constamment tenu nos rivières et ruisseaux à plein chantier, rendu nos chemins et routes dans un état lamentable, converti nos villages en un cloaque de houe. Après tout, contrairement à l'hiver de l'année dernière qui a été excessivement doux et sec, celui de cette année, s'il est aussi doux, est par contre excessivement humide. Nous avons eu depuis novembre au 28 janvier, lo journées de neige, qui a couvert le sol de quelques centimètres à peine quelques heures de la journée. Ci sont les 15, 16, ly, 20, 21, 22, 28, 29 et 30 novembre; 5, 7 et 23 décembre; 7, 25 et 27 janvier; 2^4 journées de soleil, en novembre les 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7, en décembre les
12, 17, 19, 20, 27, 28 et 29 et en janvier les 1, 2, 4, 12, 14, 20, 21, 23, 24 et 28 ; et 25 journées de pluie, en novembre, les 8, 9, 10, 12, 14, H, 18, 23, 24, 25 et -26 ; en décembre ce sont les 3, 4, 6, 14, 22, 25, 26 et 31 ; enfin janvier a donné 5 journées de pluie, ce sont les 3, 5, 10, Ib et 16; et 16 journées de temps couvert, ce sont en novembre, les 10 et 13 ; en décembre, ce sont les 1, 9, 10, 11,
13, Ib, 16, 21 et 24 ; en janvier, les 5, 9, 11,16 et 18 ; et il est tombé des grésils, le 27 novembre le vent du sud a soufflé avec violence, les 12, 13, 14, 17, 1^ et 30 décembre, et les 26 et 27 janvier. Enfin nous avons eu 12 journées de gelée; ce sont en décembre, les 1, 2, 8, 9, 1 1 ; et en janvier, les 4, 9, 10, 19, 20, 21 et 22; je passe sous silence les quelques journées de gelée blanche que nous ont données novembre et décembre ; janvier nous a donné b journées de brouillard, ce sont les 8, 17, 19, 22 et 26 ; la journée du 22 janvier a fait le désespoir des vignerons de DOS parages qui auraient voulu voir celte journée, jour de leur Patron, toute belle, car suivant leur légende, qui dit : « Si le soleil se montre beau toute la journée, le 22 janvier, jo;ir de saint Vincent, apprête tes tonnes et barils. »Et malheureusement pour eux, cette journée, le brouillard a caché le visage de l'astre.
« Enfin, dans nos parages, on a pu tant bien que mal achever nos emblavures d'automne, bien des champs ont été bon gré mal gré semés dans les plus mauvaises conditions, à tel point que l'on craignait que le grain ne pourrisse et ne puisse lever. Enfin, heureusement que, sous l'influence du temps doux de cet hiver, ils ont bien levé et très régulièrement. Les seigles laissent beaucoup à désirer, comme force et tallage; pour les froments pour le moment, on ne peut pas mieux demander, les orges et avoines d'hiver se trouvent aussi en bon état.
« Nous avons profité des beaux jours pour préparer nos terres pour nos emblavures de printemps. Nos prairies naturelles ont été, cette année, irriguées tc^t naturellement. Aussi sous l'influence d'une pareille température, elles n'ont presque pas pris leur quartier d'hiver, et déjà, depuis les premiers jours de janvier
les emboucheurs de bestiaux maigres parcourent nos foires pour commencer à garnir leur praires d'embauchés, et nous achètent ces sortes de bestiaux à d'assez hauts cours, qui, si la température continue, neCeront quo hausser encore.
« Enfin, en général, pour le moment, l'état sanitaire de tous nos bestiaux est excellent; nosbergeries qui subissent, quand l'hiver est rigoureux, des hécatombes de victimes, se remplissent celte année, de beaux agneaux. Seules les transactions sur les grains laissent bien àVdésirer. »
Dans la note qu'il nous envoie, à la date du 3 février, M. Petit- Lafitte décrit comme il suit la situation actuelle dans le département de la Gironde :
« Ce qui permet, dans un climat déterminé, la culture d'une plante, au double rapport de la quantité et de la qualité de son produit, c'est l'accord qui doit régner, en vue de tels résultats, entre les besoins successifs de cette plante elles actions météorologiques qui leur sont aussi successivement nécessaires : chaleur et eau.
ce II est également facile de comprendre combien cet accord peut être troublé suivant les années. Or, oa sait ce qu'ont été les mois d'octobre, novembre et décembre 1882 cl janvier 1ï83, par rapport à la pluie. Leur régime a ajouté, en plus, à la couclie d'eau qu'indique leur moyenne sous ce rapport, une nouvelle couche de 0™,253 d'épaisseur, plus du double.
Bien qu'en did tels temps, la vigne particulièrement se trouve plongée dans la période annuelle de son existence passive, un ne peut la considérer comme absolument insensible aux circonstances de ce genre, à ce qui pourra en résulter pour son prochain produit. Heureux cependant s'il y avait en cela une application naturelle, en grand et sans frais, de l'un des remèdes les plus sûrs, la submersion, contre la maladie doat elle est atteinte !
« Mais un tort bien positif, c'est celui éprouvé par les céréales; celui qui a d'abord rendu impossible la préparation des terres à leur consacrer et, plus tard, celui de ne pouvoir ensemencer qu'une portion plus ou moins restreint^ de ces terres. En cette partie, on s'est bien empressé de profiter des quelques beaux jours qu'a pu olYrir janvier, mais il a fallu aussi recourir à des semailles qui ne nous sont pas habituelles, qui nous offr-rint moins de sécurité, moins d'avantages ; à des semaillesdites de printemps, pour lesquelles les variétés à employer deviennent d'autant plus rares et d'autant plus chères. Ainsi commence la prochaine année agricole; puisse-t-elle mieux finir! car, comme dit le proverbe : Tout est bien qui finit bien. »
M. Trénel, président du Comice agricole de Vienne (Isère), insiste surtout dans la note suivante, sur les produits des cultures en I8S2 dans cet arrondissement et sur le commerce des céréales :
« L'ensemble des productions agricoles en 1 882, dans l'arrondissement de Vienne, a été satisfaisant, sauf celle de la vigne qui disparaît rapidement sous les piqûres du puceron; la reconstitution sera longue à raison des frais considérables nécessités pour cette opération; les mauvaises saisons et la privation du produit de la vigne ont amené un état de gêne extrême dans nos campagn,es.
« La production moyenne des blés a été de 25 liectolitres à l'hectare ainsi que celle des méteils, seigles, orges et avoines.
a Les fourrages artificiels et ceux des prairies naturelles ont été abondants, seulement les dernières coupes qui n'étaient pas enlevées au 15 septembre ont littéralement pourries sur place ; cette perte a été considérable pour les regains des prairies natur-lles qui soat utilisés pour l'espèce bovine.
a Les ensemencements des céréales d'automne se sont généralement faits^ dans les plus mauvaises conditions avec les pluies qui durent encore et qui empêchent tout labour ou défoncement pour ceux du ])rintenips.
« En présente de cette situation qui fait prévoir une mauvaise récolte pour 1883, nos agriculteurs se plaignent amèrement du prix des blés dont la tendance à la baisse ne peut s'expliquer que pa'- l'énorme introduction en franchise des blés étrangers; les agitations stériles de nos législateurs viennent encore augmenter leurs justes alarmes, car nous savons tous que la prospérité de l'agriculture est la conséquence d'un état stable et pacifique.
« La création dans l'arrondissement de Vienne de deux pépinières de plants résistants fera, il faut l'espérer, marcher rapidement le travail de reconstitutioa des vignobles; toutes les boutures seront délivrées gratuitement.
« M. le préfet de Tlsère et le Conseil général se sont empressés de donner cette satisfaction aux intérêts viticoles si gravement atteints depuis liuit ans dans l'arrondissement de Vienne; on m'annonce que les autres arrondissements de l'Isère se proposent de demander pareille cri'ation.
« Toutes ces demandes prouvent que la question de l'emploi des c 'pages résistants fait son chemin et que le sulfure de carbone ne sera pas seul à rendre des services signalés. »
Dans le département de Lot-et-Garonne, la plupart des récoltes en terre se sont bien trouvées, d'après la note que M. Leyrisson nous envoie de Tridon, à la date du 27 janvier, de la douceur exceptionnelle de l'hiver :
«c La périorle des inondations semble enfin terminée. Les terres basses ont été ensemencées deux et même trois fois pour être ensuite inondées de nouveau. On ne connaît guère, ici, les blés de printemps; aussi, à part l'avoine, on ne sèmera presque pas de nouvelles céréales Les pluies persistantes ont tellement entraîné l'engrais dans le sous-sol que bon nombre de tiges de blé n'ont pas tallé. L:s fèves à'aquedulce qui, ordinairement, me donnent des cosses d'une Lmgueur prodigieuse et d'une grande précocité, ne présentent aujourd'hui que des tiges isolées et très chétives. On espérait que les limaces seraient détruites par les débordements; malheureusement on en trouve encore en grande quantité dans les terres plusieurs fois inondées. Par contre, les campar/nols qui depuis deux ans s'étaient multipUés dans nos prairies d'une manière fort inquiétante se trouvent avoir disparu même avant le débordement. Qu'est-ce donc qui a pu les exterminer si radicalement? H y a quelques ans, déjà, nous nous avions posé la même question à la suite de la disparition merveilleuse des chenilles de printemps, lesquelles avaient déjà compromis à l'excès, non seulement tous nos fruitiers, mais même les rustiques haies d'aubépine. Aussi ne manque-t-on pas aujourd'hui de faire ici, allusion à ce fait, pour légitimer leur inaction en présence des ravages de plus en plus croissants que nous cau-^e le terrible puceron dans toute , l'étendue de nos vignes des coteaux. La douce température que nous subisso-ns est des plus favorables pour la végétation de toutes les récoltes en terre. Les raves nous ont été d'un grand secours, par exemple une variété demi-longue nouvellement introduite dans le pays, nous a donné des fruits hâtifs et très volumineux, ce Le béiail se maintient à un prix très élevé. S'il ne survient de trop graves intempéries nous espérons sur une très bonne récolte de fruits, car je ne me rappelle guère avoir autant observé de boutons à fruit en taillant mes arbres que j'en observe ces jours- ci. »
Les irrégularités de la saison ont amené, dans beaucoup de circonstances, une situation extrêmement fâcheuse pour les cultivateurs. Nous l'avons dit assez souvent pour ne pas y insistera nouveau. Toutefois, il faut ajouter une remarque qui nous est faite d'un grand nombre de départements, c'est que^ pour les plantes en terre et notamment pour les blés, on ne peut pas affirmer qu'il y ait des dégâts très considérables dans les emblavures. La végétation se présente, au contraire, pour le moment, dans de bonnes conditions.
Les préoccupations des agriculteurs se portent partout sur les semailles de printemps. Il y a beaucoup à faire pour que les retards éprouvés jusqu'ici soient réparés. Espérons que les circonstances permettront désormais d'achever les travaux avec régularité.
J.-A. Barral.
Il arrive trop souvent que les cultivateurs qui font dans leurs assolements une large place à la culture de la batterave à sucre, sont obligés de recourir à l'emploi des blés de printemps pour terminer leurs ensemencements ou remplacer les blés manques pour cause de semis tardifs, ou de mauvais temps, comme c'est le cas actuellemeut.
Afin de remédier à cet état de choses, j'ai essayé et cultivé comparativement plusieurs variétés de céréales de mars. Celles qui m'ont donné les meilleurs résultats sont le blé de Noé et le blé dit Précoce de la famille du Saumur de mars, avec lequel il a une grande ressemblance.
Mais dans mes terres argileuses, le premier se trouvant atteint de la rouille et de la maladie du pied ou pourriture, dans les années humides, je l'ai supprimé et n'ai conservé que le blé Précoce, qui n'a jamais donné que de la satisfaction sous tous les rapports depuis 1872 que je le connais, et n'a jamais présenté la moindre trace de maladie. J'ai déjà en 1879 appelé l'attention des lecteurs de ce Journal, sur ce blé, tome III, pages 1 1 4 et 301 . Depuis que ce blé est connu par ici, on l'a apprécié à sa juste valeur et il a gagné beaucoup de terrain, car sa production est très souvent aussi grande que celle des bons blés d'automne. Comme il est le premier mur, on peut commencer la moisson quelques jours plus tôt, ce qui est très avantageux. Le grain est jaune et la paille blanche, haute. Il me reste environ une centaine de quintaux que je puis offrir pour semence à prix modéré pour quantités assez importantes.
L'année dernière, 1882, le blé de Bordeaux n'a pas répondu à mon attente, quoique très beau jusqu'à la maturité; à cette époque il s'est trouvé pris par la rouille, et il a donné un fort déficit au battage.