‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 16 sur 683 · EXPOSITION D'HORTICULTURE DE GENÈVE · texte numérisé non relu

EXPOSITION D'HORTICULTURE DE GENÈVE

19 prix d'honneur. 41 prix de 1"^^ classe, 47 prix de 2* classe, 59 prix

de 3® classe et 47 mentions honorables, entre 120 exposants. Il est à

remarquer qu'on laisse aux exposants récompensés le droit de choisir

leurs prix, soit en un objet d'argenteriâ, soit en une médaille, ou en sa valeur en argent. De plus, les maraîchers sont classés comme faisant de la culture bourgeoise, de laculture agricole ou de la culture purement commerciale. Ces deux mesures sont à imiter pour des motifs faciles à comprendre, de même que, dans les arts horticoles , il est important de distinguer le producteur véritable du marchand collection neur de diverses fabriques.

Pour la première fois cette année, le Conseil fédéral avait otîert en prix 250 francs, le conseil d'Etat 1.50 francs, le Conseil administratif 100 francs, la classe d'asjriculture 100 francs. Divers particuliers avaient aussi souscrit généreusement, en sorte que l'ensemble des dons volontaires s'élevait à plus de3,000 francs. Chez nous, les particuliers se

garderaient bien de souscrire quoi que ce fût pour récompenser les

exposants.

A Genève, les grands propriétaires ne paraissent pas directement,

mais ils permettent à leurs jardiniers de figurer en leur nom

personnel.

Les exposants étaient au nombre de 59 pour les fleurs, 18 pour

les légumes, 30 pour les fruits et 44 pour l'outillage agricole. Les

EXPOSITION d'horticulture DE GENÈVjE. 27

jurés étaient tous choisis parmi les notabilités étrangères à la ville : c'est un parti que je ne saurais trop recommander, comme rusa'i;e de diminuer le prix d'entrée au fur et à mesure que l'Exposition touche à sa fin. Inutile d'ajouter que, le premier jour de l'Exposition, le public avait à sa disposition un catalogue renfermant tous les renseignements nécessaires pour asseoir son jugement et faciliter ses recherches.

Comme ensemble, quand on compare l'Exposition de Genève aux grands concours floraux de Londres, Gand, ou Paris, il est évident que l'on ne rencontrait rien qui pût frapper un étranger. De plus, les plantes étaient trop serrées et les légumes mal disposés pour en faire ressortir le mérite : les maraîchers auraient bien besoin de voir comment les produits sont exposés à Londres; mais il ne faut pas oublier que la Société de Genève se compose surtout de jardiniers praticiens qui alimentent les marchés de la ville, et qui sont obligés, avec de très modestes ressources, de suffire à toutes leurs dépenses.

Chez eux, on peut dire que la culture est égale à ce que nous voyons de mieux ailleurs. Quant aux fruits, il fallait les voir avant ceux qui étaient exposés à Turin, à la même époque; car, en Suisse, comme chez nous, l'année avait été très défavorable. Cependant, MM. Cuissart et Barret, horticulteurs à Ecully, près Lyon, avaient une collection qui a obtenu le grand prix d'honneur. Les autres prix ont été attribués à M. Fauquet, lexcellent professeur de Corbeil, qui a le bon esprit de n'exposer que peu de variétés, mais toutes en bons et beaux fruits, puis à MM. Vaucher el Cardinaux, de Genève, et à la Société d'agriculture de Martigny; enfin, à M. V. Périsset, propriétaire à Troinex. La floriculture a obtenu 5 grands prix décernés à MM. Vaucher et Cardinaux, à M. Groubenmann, de Morges, à M. Aug. Mooser, de Chambéry, et à M. Brunner, de Lausanne. Dans les cultures maraîchères, le grand prix d'honneur a été donné à M. David Dutour, maraîcher à Plainpalais, et les autres prix à M. Claudius de Loisy, amateur de Saône-et-Loire, à M. Jean Louis Dufour, de Genève, et à M. Jules Tréboux, de Montbrillant.

Parmi les objets relatifs à l'horticulture, j'ai surtout remarqué un manuscrit exposé par M. H. Gorrevon, archiviste de la Société botanique.

C'est i une notice très complète sur les plantes vivaces rustiques sous notre climat, sur leur culture et leur emploi dans l'art de la décoration. 11 y a là un travail consciencieux, fait par un praticien expérimenté et que le jury ne pouvait juger séance tesiante : il s'est réservé le droit d'asseoir son opinion sur un examen plus sérieux du travail de M. H. Correvon.

En somme, l'ensemble de l'Exposition de Genève montrait un grand progrès sur les expositions précédentes, et son organisation a fait le plus grand honneur au Comité. Il y a là une Société très vivace, de 375 membres, vivant de ses ressources propres, faisant de temps à autre des conférences sur des sujets qui intéressent la région, et publiant six fois par an un Bulletin très intéressant. J'ai été très heureux de voir li un groupe de travailleurs instruits, dévoués à leur profession, et agissant sous l'empire dà leur seule iniliitive individuelle. On peut prédire à leur association le plus brillant avenir.

Ch. JOLY,

Vice-présirienl de la Société nationale d'horticulture

A plusieurs reprises déjà, la Société vaudoise d'agriculture (Suisse) s'est occupée, soit dans les sections, soit dans des commissions spéciales, de l'importante question d'améliorer les animaux domestiques. Pour beaucoup de nos concitoyens, le soin du bétail est presque la moitié de leur occupation, et pour beaucoup aussi c'est plus de la moitié, c'est presque la totalité de leur tâche. Aussi l'étude attentive de ces questions n'est p;is atfiire de curiosité, c'est la reclierche des sources les plus imporLantes de notre prospérité nationale, et plus on fait de progrès, plus encore doit-on en faire, parce que la population s'accroît et qu'il faut que le pays nourrisse un plus grand nombre de personnes sans augmentation de territoire. Anciennement tout allaita la bon ne et l'on vivait, c'est que le pays avait moins de monde à nourrir. Les prv3miers pro^^rès d'amélioration sont assez faciles: on clioisit les meilleurs animaux, en éliminant les sujets qui ont de gros défauts. Mais il arrive un moment oii le choix est toujours plus délicat, et pourtant le progrès est toujours plus nécessaire.

Laconstruction d'une maison d'un ou dedeux étages n'est pas difficile; mais quand on veut bâtir un clocher de cathédrale , il faut avoir recours à des procédés spéciaux. Il en est de même pour les améliorations de de plus en plus complètes du bétail. On arrive à un point qui nécessite une attention toute pirticulière et des procéilés tout spéciaux, d'autant plus que certaines circonstances peuvent se présenter qui détruisent tout ou partie des progrès antérieurs. N'a-t-on pas vu, cette année, que dans plusieurs concours il y a eu recul, qu'on a présenté du bétail inférieur et que le bétail réellement t/e choix était très peu nombreux.

Quelques personnes ont pensé qu'il faudrait s'adresser au Déparment de l'agriculture et lui demander de modifier l'organisation des concours et la manière d'examiner les animaux.

Je suis dd ceux qui désirent des améliorations dans l'orginisation de nos concours, mais ces améliorations ne peuvent s'exécuter que si l'on donne plus de soins au bétail dans les fermes. Le Département ne peut rien autre que faire constater l'état des animiux, et, quand bien même il transf >rmerait tout ce qui concerne les concours, cela n'avancera à rien si les propriétaires ne font pas, eux, les premiers efforts pour obtenir le perfectionnement progressif des espèces domestiques.

Ceci concerne le premier choix des animaux, mais il y a plus : dans bon nombre de fermas on ne d)nn3 aucuae attention à la dégénérescence des reproducteurs. Vous vous procurez une dizaine de vaches de choix, jeunes encore, elle méritent toutes une prime peutêtre, toutes les honneurs du herd-book, et vous en retirez des produits très qualifiés, c'est tout simple ; mais vos vaches vieillissent, elles deviennent sèches, elles tousseit, et vous continuez à élever leurs veaux et vous croyez améliorer la race ! Non ! Peut-être pendant leur première jeunesse, sous Tinfluence d'une bonne nourriture, ces produitsaurontboaue tournure,miis plus tard ces descendants de mèreâ sur le retour vieilliront plus vite que leurs frères ou leurs sœurs qui sont nés des mêmes parents plus jeunes.

Tout cela est à considérer quand on veut former une bonne race solide, et fixe en môme temps; mais ce n'est pas le Département qui doit taire ces observations, c'est l'éleveur. J'ai déjà depuis fort loncçtemps réclamé l'emploi des tabelles et je désire qu'on arrive à primer au prorata des points assignés aux animaux, comme on le fait dans les tirs au fusil ; j'estime que c'est la seule manière logique de constater et de récompenser les progrès.

Pour arriver à ce mode de faire, il ne suffît pas, de but en blanc, de remettre à des jurés un morceau de papier avec des rubriques et dédire à ces messieurs : Donnez des points.

Il faudrait, pour que cela réussit :

r Avoir du temps ;

2" Etre bien d'accord sur chaque valeur des points à adjuger;

3° Avoir devant soi des animaux déjà triés et non pas des n importe quoi, sur lesquels on se fatigue inutilement. Toutes ces conditions ont existé dans certains concours de la Suisse romande; elles ne sont donc pas des impossibilités, mais pour les appliquer au canton de Vaud, il faudra encore du temps.

Je sais bien qu'il y a des experts qui déclarent pouvoir se passer de tabelles ; on les a abandonnés dans les grands concours suisses, mais il n'y a qu'à lire les rapports pour constater la désharmonie dont les opérations des jurés ont souffert, désharmonie peu connue dans les premiers concours de la Suisse romande. Il y a des jurés qui peuvent se passer des tabelles, tout comme il y a des négociants qui savent faire de grandes fortunes sans tenue de livres, sans même savoir faire une règle d'arithmétique sur le papier. Ce sont des gens heureux, habiles, mais leur manière de faire doit-elle passer à l'état de règle générale ?

En attendant qu'on soit parvenu à s'entendre sur ces points, il faut faire quelque chose. Pour qu'une question soit bien comprise, il faut l'apprécier pratiquement, en faire l'expérience.

En vue de ces essais et de l'instruction des jeunes gens, j'ai préparé un certain nombre de tabelles avec rubriques concernant les diverses parties du corps de la vache qu'on doit examiner; j'en ai déjà envoyé à quelques-uns de nos collègues et j'en remettrai à chacune des sections un modèle si l'on désire en faire l'essai.

Pour les personnes qui font de l'élevage, il y aura proût à utiliser un registre complet, et voici les renseignements qui peuvent servir de base d'appréciation rationnelle. Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas ici des formules destinées aux concours ; mon travail s'adresse aux propriétaires qui veulent prendre des notes régulières sur les qualités de leurs reproducteurs. C'est la formation d'un herdbook de particuliers. Combien n'y a-t-il pas de propriétaires qui depuis plusieurs générations, depuis cinquante ans et plus, ont toujours la même race d'animaux de bonne qualité, et rien ne peut le constater, tandis qu'il serait précieux pour la réputation de ces animaux d'en tenir un registre régulier.

Renseignements pour V appréciation du gros bétail au moyen des tabelles, — L'âge d'inscription des animaux sera celui de la première saillie pour les mâles ou pour les femelles. Il est bon qu'à ce moment-là le propriétaire se rende bien compte des qualités de l'animal qu'il veut employer comme reproducteur, et, si cela est possible, il est avantageux de ne pas se fier à son propre jugement, mais de se faire assister

par un ami connaisseur, afin que cliaque détail de l'animal soit bien considéré et apprécié.

Ce premier examen consciencieux ne doit toutefois pas être regardé comme suffisant si ion veut faire une bonne race ; il y a dans l'usure des animaux une quantité de causes de dégénérescence et l'on doit en tenir compte pour la sélection, car un veau produit par une jeune vache, grassouillette et vigoureuse, sera différent du produit d'une, vieille grand'mère^ décrépite, épuisée par la lactation, et n'ayant plus que la peau et les os, quoique cette vieille vache puisse continuer à donner du lait, abondamment peut-être.

Il y a un moment où les reproducteurs sont en dégénérescence, et il faut savoir annuellement en faire la constatation par un examen sérieux de chaque vache. C'est le point de départ de la véritable sélection.

Il est évident que les vrais connaisseurs peuvent, d'un coup d'œil, voir dans tout l'animal les bons et les mauvais côtés, mais ce qui est dans l'œil du père peut n'être pas dans l'œil des enfants, et si le père vient à mourir, la belle étable qu'il aura pu composer sera détruite s'il ne laisse pas à ses descendants les observations qui concernent chaque animal.

La fortune des races anglaises vient en partie de l'esprit de suite qui a présidé à leur formation; il n'est pas si difficile d'en faire de même chez nous, et c'est aussi pour la vente des animaux de prix la meilleure recommandation qu'on puisse avoir : le fait d'enregistrement des qualités remontant à plusieurs générations.

Vai outre, en vue des concours, quand on aura fait un examen sévère de ses animaux, on ne les conduira pas à l'aveuglette dans une exposition, et si ces animaux ne sont pas primés, on aura lieu de demander au jury quelles sont les parties défectueuses qui les auront fait rebuter.

L'en-têtede l'inscription indiquera le numéro de la bête au registre, et s'il y a lieu le numéro du herdbook. Viendront ensuite le nom de ranimai^ — il est toujours utile de désigner un anim;il domestique par un nom propre, — le jour de naissance^ le nom et les numéros des parents^ ïentrée dans la ferme, par naissance ou par achat, et, s'il y a lieu, la vente ou ïabalage.

Dans l'appréciation des qualités de l'animal, on fera commeon voudra, chacun sera libre de donner des points nombreux à telle ou telle partie importante; mais nous pensons qu'il vaut mieux simplifier, comme on fait à Jersey, et marquer seulement 1 ou 0 (l ou — ) la qualité existe ou elle n'existe pas. Une qualité moyenne n'est pas une qualité à noter, on met 0, ou — .

{La suUe prochainement). Bieler,

Directeur des cours agricoles de Lausanne,

Page 1