‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 184 sur 683 · I. — La situation · texte numérisé non relu

I. — La situation

Lus nouvelles que nous recevons d'une grande partie de la France, et particulièrement de l'ouest et du centre, ne sont pas rassurantes. Les retards considérables des travaux d'automne n'ont pas été récupérés ; la saison continue à être défavorable à l'exécution des labours, de telle sorte que les semailles des blés, telles que celles du blé bleu ou du blé Chiddam, qui ont été conseillées comme pouvant se faire tardivement afin de remplacer les blés automnaux, n'ont pas pu généralement être effectuées. Dans beaucoup de champs, il est impossible de faire entrer les animaux de labour. L'inquiétude est donc grande dans beaucoup de campagnes. Il ne restera bientôt plus d'espoir que dans les semailles de mars qui rarement donnent de très bons résultats. Une seule chose heureuse s'est produite durant cet hiver, c'est la vente du bétail à des prix avantageux. C'est encore de ce côté qu'il faudra porter tous ses soins. Quant aux cultures des plantes industrielles, c'est à peine si on les commence. L'année a été mauvaise pour notre industrie sucrière qui traverse une crise de plus en plus douloureuse, alors que, de l'autre côté de nos frontières, notamment en Allemagne, la même industrie est chaque jour plus prospère. 11 n'est pas douteux pour nous, et c'est l'opinion que nous soutenons depuis quarante ans, que le régime fiscal auquel est assujettie la production du sucre est la cause de notre infériorité. Le principe de la loi est mauvais; il faudrait une réforme radicale. INos législateurs ne paraissent pas s'en douter; ils croient avoir fait une réponse sans réplique quand ils ont dit : « L'état des finances publiques ne permet pas ie moindre changement, car on ne peut pas toucher à l'équiliLre budgétaire. » On sera vraiment bien avancé quand, après avoir continué pendant quelques années d'user de ce régime, on aura rendu la ruine de notre agriculture absolument irrémédiable ; les finances publiques s'en porteront plus mal encore. C'est comme pour le régime des octrois ; on ne l'a pas aboli alors qu'il eût été possible de le remplacer ; et maintenant on demande comment trouver ailleurs pour les villes les centaines de millions que les octrois produisent. Des réponses analogues sont faites lorsqu'on veut toucher à l'impôt foncier, à l'abus des centimes additionnels départementaux ou communaux, à l'impôt excessif des droits de mutation et à tant d'autres abus. On ne réforme rien sous prétexte que les réformes sont difficiles ; nos parlements passent leur temps à des discussions stériles, où les ambitions personnelles prennent le pas sur les questions d'intérêt public. C'est ainsi qu'on a

N" 724. — Tome 1" de 1883. — 24 Février.

de mauvaises finances et une mauvaise agriculture. Et cependant il y tant de ressort dans notre pays, tant de ressources dans notre sol, tant d'énergie dans nos populations rurales, que si on veut bien s'arrêter sur la pente fatale où l'on se laisse glisser, on pourra encore remonter le courant et faire renaître la prospérité. Mais il est temps de s'y mettre sérieusement, avant que la patrie soit agonisante.

Dans sa séance du 21 février, la Société nationale d'agriculture a procédé à Télection d'un membre associé dans la Section d'économie des animaux. Sur 50 suffrages exprimés, M. Chabot-Karlen a été élu par 45 voix. Nos lecteurs connaissent, depuis de nombreuses années, les importants travaux de M. Chabot-Karlen sur la pisciculture; ils savent que, depuis deux ans, il a été chargé d'une mission spéciale pour l'organisation de la pisciculture dans les établissements d'enseignement agricole et que, dans cette œuvre, il a donné de nouvelles preuves d'un dévouement et d'un zèle absolus à la cause du progrès agricole.

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