‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 209 sur 683 · I. — Les bons engrais · texte numérisé non relu

I. — Les bons engrais

Faut-il^ pour entretenir la fertilité des terres arables, avoir recours exclusivement à des engrais minéraux auxquels on a donné improprement le nom d'engrais chimiques, ou bien doit-on se servir plus avantageusement de ce que l'on appelle des engrais organiques, c'està-dire de fumier de ferme et de débris de végétaux ou d'animaux, matières ayant appartenu à des êtres qui ont vécu? Cette question vient d'être traitée à Rozoy-en-Brie, dans une conférence faite le 20 janvier par M. Baron, professeur à l'école vétérinaire d'Alfort. Une solution satisfaisante et définitive a-t-elle été donnée? Cela est difficile à dire. Le professeur croit, avec raison, que la chimie n'est pas seule à intervenir dans la nutrition des végétaux; mais il ne donne pas des preuves suffisantes de la vérité de son opinion qui est entièrement favorable à l'emploi de la matière organique et du fumier : « Je jetterai toujours mon dévolu, dit-il, sur les substances déjà assouplies au métier difficile de la vie par un long stage dans les organismes vivants de notre époque ou des époques passées. Voilà pourquoi j'ai voulu que cette conférence fût intitulée l'engrais organique, et non pas le fumier. L'engrais organique, c'est-à-dire toutes les dépouilles végétales ou animales : sang, chair musculaire, corne, poils, plumes, colombine, poulaille, guano, excrément humain et excréments de toutes nos industries, laines, chiffons, paperasses, boues, immondices des villes, suies, noir animal des raffineries, etc.; en un mot, tout ce qui, à un moment donné, s'est trouvé pris dans l'engrenage physiologique ou économique. Remarquez bien que tout cela ne vaudra déjà plus le fumier de ferme, lequel, en effet, agit sur les terres à titre de véritable amendement et qui, par la lenteur de sa décomposition, donne progressivement la becquée aux jeunes végétaux, au fur et à mesure qu'ils la réclament ». L'expérience a prouvé que toutes les matières énumérées par M. Baron produisent de bons effets quand elles ont été introduites dans le sein de la terre, en ce sens qu'elles augmentent le rendement des récoltes. Mais on peut en dire autant du phosphate de chaux minéral pulvérisé, du sulfate d'ammoniaque, du nitrate de chaux, des divers sels de potasse, du phosphate ammoniaco-magnésien et autres sels minéraux. Ce n'est que par des expériences comparatives nombreuses et variées, longtemps répétées, que l'on pourrait arriver à savoir si les dernières substances, en l'absence de toute matière organique en décomposition, pourraient remplacer absolument le fumier ou les matières homologues. Dans le

N° nh. — Tome l"-- de 1883. — 3 Mars.

cas de l'affirmation théorique, il resterait encore à résoudre la question pratique du profit, que l'agriculteur doit nécessairement se poser. Tout ce qu'il est permis de dire aujourd'hui, c'est qu'il faut, dans la couche arable, un mélange très complexe qui subit diverses transformations sous l'action des météores et des forces qui amènent la décomposition et la transformation des corps, pour assurer l'alimentation des plantes. Comment celles-ci se nourrissent-elles; comment se produisent les principes immédiats que l'on rencontre dans presque tous les végétaux, tels que les matières amylacées, le sucre, les matières albumineuses, la cellulose, ou bien les principes immédiats spéciaux que certaines plantes seules peuvent élaborer, comme la nicotine dans le tabac, les huiles essentielles dans un grand nombre de plantes odoriférantes, la quinine dans le quinquina, l'acide citrique dans le citronnier, l'acide malique dans les pommes ou les poires, nul ne le sait aujourd'hui. Le plus sage est donc d'avouer l'ignorance dans laquelle on se trouve et de continuer, pour fertiliser la terre et pour lui restituer les principes enlevés par les récoltes, à avoir recours à la fois au fumier et aux débris organiques, et aux différents sels (phosphates, azotates, sulfates, sels ammoniacaux et potassiques) que l'industrie peut fournir. On met plus ou moins soit des uns, soit des autres, selon l'état de la terre, selon les récoltes qu'on désire faire. Pas d'exclusion, un choix judicieux , des calculs prévoyants, voilà les seuls conseils à donner.

II. — Prochaine élection à la Société nationale d'agriculture.

Dans le Comité secret de sa séance du 28 février, la Société nationale d'agriculture a entendu le rapport fait au nom de la Section de grande culture sur les candidats à la place de membre titulaire vacante dans la Section de grande culture par la mort de M. F. Bella. La Section présente la liste de candidats suivante : en première ligne, M. Boitel, inspecteur général de l'agriculture; en deuxième ligne, M. H. Besnard, lauréat de la prime d'honneur, président du Comice agricole de Seineet-Oise; et M. Charles Petit, ancien agriculteur à Champagne (Seineet-Marne). Les titres des candidats ont été discutés. L'élection aura lieu dans la séance du 7 mars.

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