La consommation du sucre et les dégrèvements
Notre confrère de la Société nationale d^agriculture, M. Frédéric Jacquemart, vient d'appeler l'attention sur les résultats obtenus par le dégrèvement d^'s sucres, opéré en 1880. Parla comparaison des chiffres de la consommation du sucre en France, pendant les dernières années qui ont précédé ce dégrèvement et pendant les deux années qui l'ont suivi, il arrive à cette conclusion que, grâce au dégrèvement, la consommation annuelle a augmenté de 122,000 tonnes. Malheureusement, les bienfaits de cette mesure ont été à peu près perdus pour notre sucrerie, et par suite pour notre agriculture, en ce sens que la plus grande partie des sucres nécessaires à cet accroissement de la consommation a été fournie par le commerce des sucres étrangers, tandis que la fabrication française est demeurée stationnaire. La crise que traversait l'industrie sucrière avant le dégrèvement, n'est pas devenue moins aiguë; elle s'accentue, au contraire, de plus en plus. Ce fait tient à ce que les sucres étrangers, et surtout les sucres allemands, arrivent sur nos marchés à des prix plus bas que ceux auxquels nos propres fabricants peuvent avantageusement vendre leurs produits. On propose de frapper d'une surtaxe élevée les sucres étrangers, en développant en même temps le marché intérieur par ce nouveau dégrèvement. Ce ne serait qu'un mauvais palliatif, car un nouveau dégrèvement, accompagné d'une surtaxe douanière, ne pourrait pas donner à l'accélération de la consommation, le coup de fouet que le premier dégrèvement a opéré. Il est beaucoup plus logique et plus rationnel de s'attaquer aux causes directes du mal. Or, quelles sont-elles? Tout d'abord et en première ligne, le régime fiscal français; en deuxième ligne, il faut le dire, l'outillage de la plupart de nos usines. Si le régime fiscal adopté en Allemagne est reconnu comme la véritable cause de la prospérité inouïe de l'industrie sucrière de ce pays, pourquoi s'obstiner à repousser l'impôt sur la betterave en France; un système serait-il bon d'un côté d'une frontière, et fatalement mauvais de l'autre côté? Il y a longtemps que nous avons réclamé la réforme des lois sucrières; il ne faut pas se dissimuler que là est le salut. Car non seulement celte réforme rétablira l'équilibre aujourd'hui rompue en notre défaveur, mais elle entraînera la transformation de l'ouiillage de nos fabriques. L'industrie sucrière française a été à la tête de l'industrie sucrière européenne; elle est aujourd'hui pour ainsi dire à la queue. Prenons à nos adversaires les armes qui
N» nG. — Tome 1" de 1883. — 10 Mars.
leur ont donné ce triomphe, qui ne doit, qui ne peut être que momentané. Il n'est pas trop tard pour aviser; mais chaque année de plus qui s'écoulera sans apporter la solution, sera une année perdue.
IL — Election à la Société nationale d'agriculture. Dans sa séance du 7 mars, la Société nationale d'agriculture a procédé à l'élection d'un membre titulaire dans la Section de grande culture, en remplacement de M. F. Bella. Sur 41 votants, M. Boitel a été élu par 35 suffrages, contre 5 donnés à M. H. Besnard et 1 à M. Petit (de Champagne). Ancien professeur à l'Institut agronomique de Versailles, inspecteur général de l'agriculture, agriculteur à Mondoubleau (Loir-et-Cher), M. Boitel est trop connu des agriculteurs pour que nous ayons à rappeler ses titres. Il apportera dans les discussions de la Société nationale le fruit de nombreuses observations et d'une longue carrière consacrée à l'agriculture,
IIL — Atléhuation du virus charbonneux.
Les recherchés de M, Toussaint d'une part, de M. Pasteur d'autre part, ont, démontré que le chauffage du sang charbonneux est susceptible d'atténuer considérablement la virulence des bactéridies qui y sont contenues; on sait aussi, après les travaux de M. Chauveau, directeur de l'école vétérinaire de Lyon, que cette atténuation peutêtre graduée, à volonté pour ainsi dire, en variant les conditions du chauffage. Dans une nouvelle note qu'il vient de présenter à l'Académie des sciences, dans la séance du 20 février, IM. Chauveau fait connaître le résultat d'expériences auxquelles il s'est livré relativement à l'elfet du chauffage sur les liquides de culture artificielle servant, d'après la méthode de M. Pasteur, à la préparation des vaccins. Ces expériences ont porté sur un grand nombre de cultures ; tous les résultats sont concordants, et peuvent se résumer dans ce fait que l'atténuation des cultures peut être graduée à volonté, en donnant au chauffage une durée proportionnelle au degré d'atténuation qu'on veut obtenir. Ainsi un liquide très actif, qui, avant le chauffage, tue rapidement des cobayes, les tuera moins vite s'il a été chauffé à la température de 47 degrés pendant une heure, moins vite encore et en épargnera une partie, s'il a été maintenu à cette température, pendant deux heures; il sera absolument inoffensif, s'il a été chauffé pendant trois heures. Un chauffage à la température de 47 degrés pendant trois heures est donc suffisant pour transformer en agents inoffensifs pour le cobaye les filaments et bâtonnets de cultures qui étaient primitivement très virulentes. Le chauffage ne modifie d'ailleurs d'aucune manière l'aspect extérieur des cultures, non plus que leurs facultés prolifiques. La conclusion de M. Chauveau apparaît dès lors nettement, c'est que le chauffage est un excellent moyen d'atténuer presque instantanément les cultures virulentes. On cornprend que la constatation de ce fait peut avoir des conséquences pratiques très importantes au point de vue de la méthode de la vaccination préventive contre les maladies chaibonneuses.