CULTURES DANS LE TARN ET LA HAUTE-GARONNE
Ceux qui ont leurs emblaves de blé efl'ectuées sont très fortunés. Il y a des contrées à sols argileux, qui n'ont reçu que de lointains marnages, ou chaulages, pas drainés, légèrement labourés. Là le mal est grand, irréparable; les blés semés croupissent dans l'eau, leur végétation n'a pas fait un pas, l'eau ruisselle à la surface ; à peine a-t-elle disparu qu'une chute nouvelle vient de nouveau arrêter tout effort de végétation. Les herbes nuisibles seules, qui ne redoutent pas cet état marécageux, prennent possession du sol. Il sera difficile de les déloger.
A côté de ces emblaves à rendement incertain, il y a des champs qui ne purent recevoir la semence ; le bouvier fut chassé du champ par la pluie; il n'a pu y rentrer.
On a beaucoup parlé de blés de printemps ; leur réussite est très rare dans nos contrées; nous passons sans transition dune température diurne de 15" à celle de 25° et 28° ; les blés à l'état laiteux ne résistent pas à cette insolation.
Il est des céréales, l'orge surtout, et une variété plus rapide que les autres, qui eîit pu réparer le mal, qui le pourrait encore à la condition toutelois d'aller chercher la semence dans les régions où la rigueur du climat contraint la céréale à une rapidité d'allure végétale qu'elle conserve dans son habitat nouveau pendant un ou deux ans.
Des expériences curieuses, utiles, racontées dans un mémoire de M. Tisserand, directeur de l'agriculture, tracent la marche à suivre pour tout agriculteur, soucieux d'utiliser son sol, de montrer son adresse à lutter contre l'inclémence du temps.
Cette activité, cette sagacité manque peut-être un peu dans nos régions. Jai vu des cultivateurs acheter 10 kilog. de cette céréale à véajétation rapide dans l'espoir d'avoir dans quelques années la quantité de graines voulue pour faire une emblave. Ils sont plus en retard que leurs cultures.
A côté de ces travaux exceptionnels, difficiles à exécuter, nous trouvons encore mêmes embarras pour nos cultures courantes : nos terres à maïs, à pommes de terre, à légumes divers, labourées avec un sol à moitié ressuyé, sont sans cesse arrosées. Gomment compter sur une récolte confiée à des champs qui sont à l'état boueux depuis novembre! Que de données favorables ne faut-il pas accumuler sur ces cultures pour en attendre un rendement rémunérateur .
Les travaux sont si en retard que nos bœufs de travail se vendent bien, malgré le vide de nos granges ; il est à craindre que nos foires et marchés ne perdent bientôt cette animation qui nousfait unmoment illusion sur notre situation agricole. Dupuy-Montbrun,
Professeur d'agriculture du Tarn.
Séance du 4 avril 1883. — • Présidence de M. Dumas.
M. Gréa, lauréat de la prime d'honneur du Jura, écrit pour poser sa candidature à une place de membre associé dans la Section d'économie des animaux.
M. Naudin, membre de la Société, envoie une note sur l'importance de la création de forêts en Algérie, et sur les essences qui peuvent servir dans ce but, tant pour la montagne que pour la plaine,
M. le secrétaire perpétuel annonce la mort de M. Léon Féret, correspcmdant de la Société.
M. Léo d'Ounous, correspondant, envoie une note sur les plantations forestières qu'il a effectuées durant Thiver dernier dans î'Ariège.
M. Mouillefert transmet son rapport sur l'application du sulfocarbonate de potassium au traitement des vignes phylloxérées pendant l'année 1882.
M. Renou fait une communication sur la météoi^ologie du mois de mars ; il insiste spécialement sur les caractères du refroidissement qui s'est produit du 10 au 20, et qui s'est étendu sur de vastes surfaces, dans la plus grande partie de l'Europe. Cette note sera publiée . dans h Journal.
3,4 SOCIETE NATIONALE D'AGRIGULTaRE DE FRANGE.
M. de Luçay donne lecture d'un rapport sur une note de M. Alfred Durand-Claye relative à l'accroissement de la population dans le département de la Seine et dans les parties limitrophes du département de Seine-et-Oise. A cette occasion, M. Bouley croit utile de faire remarquer raceroissement de 34 pour 100, constaté par la commune de Gennevilliers, et il pense qu'une partie notable de cet accroissement doit être atti'ibuéeà la pratique des irrigations avec les eaux d'égout qui, sans nuire à l'hygiène de la localité, lui a apporté de grands éléments de prospérité. M.Raoul Duval, tout en constatant l'importance et la valeur de ces irrigations, pense que la plus grande part de cet accroissement est due, au contraire, aux plus grandes facilités de communication avec Paris et à l'extension de l'industrie à Gennevilliers.
Des observations sont ensuite échangées entre MM. Gareau, Chatin, Barrai, Chevreul et Dumas, sur l'emploi des eauxd'égout en agriculture. M. Barrai fait remarquer que le projet qui consiste à déverser toutes les eaux d'égout de Pa^is sur une étendue de 1 ,400 hectares, dans la presqu'île de Saint-Germain, ne pourrapas donner les résultats qu'on en attend, parce qu'il faudrait une surface plus que décuple pour absorber les 300,000 mètres cubes de liquide qui sortent chaque jour des égouts de Paris. M. Chevreul insiste sur la lenteur de la destruction des matières organiques dans le sol, et, rappelant les observations qu'il a eu l'occasion de faire sur ce sujet, il exprime l'opinion qu'il faudrait faire de nombreuses expériences afin de se rendre compte des résultats des infiltrations dans le sol àxts eaux des égouts.
M. Bouquet de la Gruye maintient, au nom de la Section de sylviculture, les conclusions du rapport qu'il avait fait précédemment relativement à une communication de M. de Thiac. M. Boitel fait remarquer que, dans beaucoup de régions, notamment dans celles oij les forêts occupent la plus vaste étendue, on pourrait organiser dans les fermes-écoles et dans les écoles pratiques d'agriculture un enseignement de sylviculture qui serait fructueux pour la formation de gardes aptes à rendre des services aux propriétaires de bois. Après quelques explications données par MM. Chatin et Heuzé pour appuyer ce que M. Boitel vient de dire sur la difficulté, pour les propriétaires de bois, de se procurer des gardes, et sur les avantages que présenterait l'introduction de la sylviculture dans l'enseignement de quelques fermes-écoles, la Société décide, sur la proposition de M. Barrai, que le rapport est renvoyé à la Section. M. Dumas fait observer que, d'une manière générale, le recrutement des établissements d'enseignement est d'autant plus 'facile que les élèves trouvent, à la sortie de ces établissements, une carrière assurée.
Henry Sagnier.