‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 401 sur 683 · I. — Les remèdes aaïc souffrances de l'agriml Litre · texte numérisé non relu

I. — Les remèdes aaïc souffrances de l'agriml Litre

Le 4 avril, dans Un banquet qui lui était offert à Remiremont par ses concitoyens des Vosges et les électeurs de l'arrondissement dont il est le député, M. Méline^ ministre de l'agriculture, a prononcé un discours qui est en quelque sorte le programme de la direction qu'il se propose d'imprimer aux affaires agricoles. M. le ministre n'a rien dissimulé des souffrances prolongées de l'agriculture française; en en cherchant les remèdes, il a, dit-il, tout de suite pensé à deux moyens : l'un, bien difficile selon nous, et qui consisterdt à atténuer les vides que le manque de bras laisse dans les rangs des ouvriers agricoles; l'autre, qui pourrait immédiatement donner des résultats, s'il est possible d'amener les compagnies de chemins de fer à atténuer le^ tarifs de transport. Il a ensuite émis l'espoir que le code rural serait terminé dans un court délai et qu'une bonne loi serait bientôt faite sur le crédit agricole. Mais il a surtout insisté sur les avantages que l'agriculture retirera du développement de l'enseignement agricole. Tout cela est certainement excellent et l'on ne fera guère qu'une objection, c'est que les résultats exigés ont du temps pour se produire; or il y a des souffrances qui auraient besoin de remèdes d'une efficacité immédiate. Des mesures dans ce sens devront être prises. En attendant, le discours de M. Méline doit être médité par les agriculteurs ; nous plaçons sous leurs yeux toute la partie relative aux intérêts agricoles :

« Le ministre de l'agriculture n'a pas la tâche la moins lourde : le malheur des temps, les souffrances cruelles et prolongées de notre agriculture, lui ont imposé de grands et pressants devoirs.

« Je n'ai pas besoin de vous dire dans quel esprit je les accepte et avec quelle ardeur convaincue je prends en main la grande et noble tâche qui m'est confiée. Je me trouve replacé sur le terrain même où depuis cinq ans j'ai fixé mes travaux et ma vie; je reviens à ces grandes questions de production nationale qui sont pour notre pays des questions vitales, des questions capitales. Oui, plus j'avance dans la vie politique, plus je suis tenté de prendre en pitié certains de nos débats retentissants qui sont bien peu de chose en comparaison de ces redoutables problèmes.

« Malheureusement, il ne suffit pas de la bonne volonté des gouvernements pour faire une agriculture heureuse et prospère. Le principal remède aux maux dont elle souffre échappe à la volonté humaine : personne n'est le maître des saisons, et il ne dépend de personne de décréter une succession de bonnes récoltes. Mais si le gouvernement n'a pas à sa disposition de panacée infaillible pour guérir radicalement les maux de l'agriculture, je suis convaincu qu'il peut beaucoup pour la soulager, l'aider et lui rendre le courage. Il le peut par un ensemble de mesures convergeant toutes vers le même but et de nature à produire, dans l'ensemble de notre situation, une considérable amélioration.

N° -31. — Tome II de 1883. — 14 Avril.

42 CHRONIQUE ÀGllIGOLE (14 AVRIL 1883!.

ce Ces mesures sont de premier ordre : il y a d'abord les mesures adiiaiaistra- ÙYes, qui consistent dans un bon emploi des ressources importantes qui sont mises à la disposition du département de l'agriculture pour secourir, encourager et slimuler la production agricole. Je n'hésite pas à dire que cette partie de sa tâche est remplie avec un soin sci'upuleux et un véritable dévouement aux intérêts agricoles.

ce A côté de ces mesures qu'on pourrait appeler d'assistance agricole, il en est d'autres qui, sous une forme indirecte et détournée, pourraient rendre à l'agriculture d'immenses services, soit eu atténuant les vides que le manque de bras laisse dans les rangs des ouvriers agricoles, soit en favorisant, par des abaissements de tarifs, la circulation dts amendements et des matières premières nécessaires à la production.

ce De pareilles mesures équivaudraient à de véritables dégrèvements ; aussi est-ce sur elles crue je concentre en ce moment tous mes efforts. J'ai lieu d'espérer qu'ils ne seront pas infructueux et qu'il me sera possible avant peu de vous annoncer des résultats satisfaisants dont notre agriculture n'aurait qu'à se réjouir.

« Après les mesures d'ordre purement administratif, il y a les bonnes lois à faire, et ce. n'est pas la moindre partie du programnie que j'ai à remplir.' Il y a }!rès d'un demi-siècle que l'agriculture française les attend ; plusieurs sont mdispensables à son développement normal et régulier. Il faut placer en première ligne le code rural qui doit mettre la propriété foncière en harmoaie avec les besoins économiques de notre époque. C'est une œuvre difficile, souvent reprise, toujours abandonnée et jamais terminée. Le Sénat vient de l'aborder avec un grand eourage ; il en a fait l'étude la plus approfondie, et on |)eut prévoir qu'avant pe» il aura mis la dernière main à un monument qui sera, je n'hésite pas à le dire, riionneur de cette législature. La Chambre est déjà ^:aisie de la première partie de ce grand travail qui pourra, je l'espère, être mené à fin dans une des prochaines sessions.

ce Le Parlement pourra en même temps aborder la seconde des grandes lois que l'agriculture attend depuis si longtemps, la loi sur le Crédit agricole. Elle fournira à notre agriculture le levier dont elle a absolument besoin pour réaliser tous les progrès qui s'imposent à elle. Il n'y a plus d'illusion à se faire aujourd'hui, il faut que le cultivateur améliore sans cesse la terre et perfectionne son outillage, s'il veut obtenir une véritable rémunération de son travail. Mais pour cela il faut que le capital vienne à lui, et l'on doit reconn àtre que notre législation semble 1 éloigner de la terre au lieu de l'attirer. Le Sénat s'applique en ce moment à la corriger : il examine un projet du gouvernement qu'on pourra certainement perfectionner, mais qui constituerait certainement un progrès immense sur la situation actuelle. Je ierai tous mes efforts pour que la solution d'une question aussi importante ne se fasse pas trop longtemps attendre.

ce Mais il ne suffit pas de faciliter au cultivateur les moyens de se procurer le capital. Il faut qu'il sache en comprendre l'utilité et surtout qu'il puisse en faire un bon emploi . Or, il est nécessaire pour cela de lui donner ce qui Uii manque encore dans la plus grande partie de la France, une véritable instruction professionnelle. C'est ainsi que, dans toutes les branches de l'activité humaine, on est toujours ramené par la logique à ce point de départ fondamental de l'instruction et de l'enseignement.

ce II est peut-être plus essentiel en agriculture qu'en toute autre matière : aujourd'hui, l'exploitation de la terre n'est plus une routine, c'est une science, et une science très complexe. Malheur à ceux qui ne s'en doutent pas et qui s'attardent quand tout marche autour d'eux ! Ils sont condamnés d'avance à une ruine irrémédiable.

cv Cette vérité a été comprise et mise en pratique par toutes les nations qui marchent aujourd'hui à la tête du progrès eu agriculture. La plus étonnante de toutes, celle qui en quelques années est devenue la première puissance agricole de l'univers, et qui fait trembler avec raison tous ses concurrents, même les blus favorisés, l'Amérique, nous a donné l'exemple de ce que peut la science appliifuée. à l'agriculture. On est porté à croire, quand on examine superficiellement cette prodigieuse fortune d'une nation, qu'elle doit tout aux richesses naturelles de son sol, et qu'elle n'a eu qu'à se baisser pour les ramasser. Ce qu'on ne sait pas, c'est que ce prodigieux développement a été le plus raisonné, le plus scientifique qui existe au moude.

« G'ttait au lencleiùain de cette terrible guerre de la sécession qui lui avait coûté près de -25 milliards. Pour réparer tant de ruines accuinuLées, le gouvernement américain avait admirablement compris qu'il fallait de tuuie" nécessité donner la plus vive impulsion à toutes les branches de la production nationale, et surtout à la jilus téconde de toutes, u l'agriculture. Pour y parvenir, que lait le Congrès? U décide (|ue des écoles il'agricuiture seront créées dans chaque ttat de l'union, et ps ur encourager les états à faire les sacriiices nécessaiies, il lècide que chacun d'eux lecevra autant de t'ois 12,500 ares fjue cet état a de représentants: si bien qu'un état comme le Texas recevait pour ^a part 7,000 hectares, et consacrait plus d'un million à la fondation de sou école d'agriculture.

« A l'heure où je parle, tous ies états de l'union sont dotés d'écoles agronomiques ijui jouissent en moyenne d'un revenu assuré de 70,000 à 80,000 fr. Ces écoles exploitent une suilace à peu près grande comme la moitié de la France et représentent en constructions une valeur de plus de 50 millions.

« Et maintenant étonnez-vous que l'Auiérique soit aujourd'hui le premier pays agricole du monde, et que ce soit d'Amérique que nous viennent la plupart de ces mea'veilleuses machines (pii attestent le plus haut degré de culiure scientilique.

« Mais revenons à la France pour constater tout ce qui lui reste à faire, je ne dis pas pour suivre l'Amérique, mais simplement pour se rapprocher d'autr-.'s nations beaucoup plus modestes. U faut savoir dire la vi rite et confesser que dans beaucoup de parties de la B\ance, l'instruction agricole fait encore absolument défaut.

« Il serait injuste cependant de ne pas reconnaître ijue dans ces dernières années on a fait d'immenses etï'orts pour doter la France d'un enseignement iortement organisé.

« C'est ainsi qu'on a reconstitué l'Institut agronomique, cette école de l'enseignement supérieur agricole, qui nous pn''[»are pour l'avenu une pépinière de professeurs d'élite.

« Nos trois grandes écoles nationales ont été développées sur les bases les plus larges et l'enseignement qu'on y donne est aussi complet que possible.

ft Au-dessous d'elles, à l'autre extrémité de l'échelle, se trouvent nos fermesécoles qui sont surtout destinées à former des ouvriers agricoles ; elles rendent de très grands services et je suis loin de les dédaigner.

« Mais entre nos écoles régionales qui donnent l'enseignement général et nos fermes-écoles qui se bornent a un enseignetuent nécessairement re>treint, il y avait une lacune, et une. lacune des plus fâcheuses. 11 nous manquait des écoles locales, donnant un enseignement presque aussi étendu que nos écoles régionales, mais le donnant à un point de vue particulier, au point de vue de la culture spéciale à chaque dépaitemeut et des besoins qu'elle fait naître. Ce genre d'enseignement était surtout nécessaire pour la moyenne et la petite culture.

« C'est de Cette idée qu'est sortie l'institution des écoles pratiques d'agriculture ; elles sont de création récente, on n'en compte guère à cette heure que 7 ou 8, mais elles feront le tour de la France.

« En arrivantau ministère, j'ai tout de suite pensé qu'il était digne d'un département comme le nôtre, où l'esprit d'initiative est si développé et où l'on s'éprend si généreusement de tout ce qui touche au développement de l'instruction publique, de donner le bon exemple à tous les autres départements en créant une de ces écoles pour y donner l'enseignement qui convient à nos cultures préférées.

« J'ai communiqué mon idée à votre honorable sénateur, et, comme avec lui la bonne semence lève d'elle-même, il s'est mis à l'œuvre, a réuni quelqxies amis et jeté les premières bases de l'opération. Pour la simplifier, il a trouvé un moyea excellent, c'est d'otfrir gratuitement au département, pour une durée de quinze années, un domaine qui lui appartient. Le Conseil général qui n'est jamais en retard quand il s'agit de l'agriculture, a acclamé la proposition et voté un premier fonds annuel de 4,000 francs destiné à l'amortissement du capital de premier établissement et au service des bourses. Bientôt, si l'emplacement proposé est accepté par l'administration, il ne manquera plus pour réaliser cette œuvre patriotique que la signature du ministre, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'elle ne se fera pas longtemps attendre.

« On peut donc cunsidérer l'école comme à peu près fondée : elle s'ajoutera à tant d'autres œuvres d'utilité publique qui se sont élevées comme par euchautement dans notre département. Et maintenant, messiL-urs, je vous ajOurne à quelques années seulement pour juger des résultats, et pour comprendre la révolution agricole qui doit sortir de cette modeste et féconde création.

« Ne croyez pas du reste que je n'attende du développement de l'enseignement agricole que des avantages matériels et positifs, une meilleure exploitation de la terre et des bénéfices assurés pour le cultivateur; j'en espère des avantages d'un ordre moral beaucoup plus élevé.

« Je compte surtout sur lui pour faire renaître partout le goût de la vie des champs qui s'affaiblit et tend à disparaître, en faisant mieux apprécier au cultivateur la beauté et la dignité de sa noble profession. Quand il comprendra tout ce qu'il y a d'attrayant dans l'étude des phénomènes de la nature, dans l'application des fxiences à ce qu'il voit, à ce qu'il touche tous les jours, il ne voudra plus quitter la campagne. On ne le verra plus se porter en aveugle vers les villes à la poursuite de gros salaires : de gros salaires qu'il achète trop souvent au prix de sa santé, de chômages douloureux et d'une foule de misères inconnues. Il en viendra à se dire qu'après tout, la rude et saine existence des travailleurs agricoles est encore celle qui offre à l'homme la plus large moyenne de satisfaction et de bonheur.

« J'espère que cette réaction salutaire est proche; elle s'annonce déjà à de certains symptômes qui n'échappent pas à c^ux qui observent attentivement le mouvement économique de notre époque. Quand elle se sera accentuée davantage, quand le cultivateur sera revenu avec amour à la terre, l'agriculture sera sauvée. C'est parce que je crois à cette résurrection prochaine que je me refuse à désespérer de l'avenir, et que je bois avec une pleine confiance au relèvement et à la prospérité de l'agriculture française. »

L'organisation d'une école pratique d'agriculture dans les Vosges, à laquelle M. Méline fait allusion dans le discours qu'on vient de lire, est aujourd'hui en bonne voie. M.Claude, sénateur, a offert au département, pour une période de quinze ans, son domaine de Rupt-de- Bâmont, à Saulxures, dans l'arrondissement de Remiremont; dans la session qui vient d'être close, le Conseil général a voté une rente annuelle de 4,000 francs pour le service de cette école. Le département des Vosges sera ainsi doté d'un établissement d'enseignement agricole approprié aux besoins de cette région montagneuse.

IL — Académie des sciences.

L'Académie des sciences a tenu le lundi 2 avril, sa séance publique annuelle de distribution des récompenses. Parmi les prix qu'elle a décernés, nous devons signaler spécialement ceux qui se rapportent à l'agriculture. Le prix Vaillant a été attribué à M. Toussaint, professeur à l'école vétérinaire de Toulouse, pour son mémoire sur l'inoculatoin comme moyen prophylactique contre le charbon; on sait que M. Toussaint est l'auteur d'une méthode spéciale d'atténuation des virus des maladies charbonneuses. Le prix Bréant a été décerné à MM. Arloing, Cornevin et Thomas, pour leurs recherches sur le charbon symptomatique. Le prix Jérôme Ponti a été remporté par M. Muntz, chef des travaux chimiques à ITnstitut agronomique, pour ses recherches sur la fermentation et sur la physiologie végétale.

III. — Souscription pour élever un monument à Léonce de Lavergne.

Voici la cinquième liste de la souscription ouverte pour élever un monument à Léonce de Lavergne :

Fr.

Report de la quatrième liste 6,82a 60

Société départementale d'agricuHiiie de la Mètre 100 00

MM. Bouille (de), memlire de la Société nationale d'agriculture... 25 00

* Stœcklin (A.), père, à Colmar (Alsace) 20 00

Billette, Lconomisie ; 10 00

Laveleye (Emile de), crrespondanl de l'Institut, à Liège.... -lO 00

Digneite (Emile), à Liège (Be!gi(]ue) 10 00

Borguet (Louis), à Liège (Belgique) 10 00

Jricques (Gustave), à Liège (Belgique) â 00

Macorps (Joseph), à Liège (Belgique) 5 00

Première liste de l'Institut national agronomique.

MM . Boitel, membre de la Société nationale d'agriculture. . 30 Prillieux, memlire de la Société nationale d'agriculture. 30 Regnurd (D'), professeur à l'Institut agronoiuique. .. . 20 lleuzé, membre de la Société nationale U'agricrllure,

professeur à l'Jastitut agronomique.. .,.. 25 ^ 135 00

Vuaillet, chef des travaux à l'Institut agronomique . . 10 Moreigne, inspecteur principal à riîistitut agronomique. lO Sauvage (de) maître de conférences à l'Institut agronomique 10

Roosmalen (de), sous-directeur de l'Kcole nationale d'agriculture de Grignon 20 00

Lontreuil (A.), à Moscou (Russie) 50 00

Coche, ancien directeur de la ferme-école de La Bâtie (Isère). 10 00

Haut (Marc de), président du Comice de Melun 10 00

MuUer (i'aul), membre de la Société d'économie politique,

correspondant de la Société nationale d'agriculture 10 00

Gallard (Léon) , avocat à la Cour de Paris 20 00

Gévelot, député 10 00

Comice agricole de Lunéville 20 00

MM. Cantoni (G.), directeur de l'école supérieure d'agriculture de

Milan 10 00

La Morvonnais (de), agriculteur, au manoir de Bruz (lUe-et-

Vilai(ie) 10 00

Joubert, directeur de l'Académie nationale, à Paris 20 00

Vidalin (Félix), ingénieur en retraite 20 00

Damourette (Emile), agriculteur dans l'Indre 25 00

Joigneaux (P.), député 10 00

Aureliano, correspondant de la Société nationale d'agriculture

à Bucharest (Roumanie) 50 00

Roussille, fabricant de produits chimiques 5 00

Yarax (Jules de) 5 00

Total de la cinquième liste 7 , 500 50

Nous rappelons à nos lecteurs qu'ils peuvent adresser leurs souscriptions à M. Henry Sagnier, secrétaire du Comité, aux bureaux du Journal de V agriculture.

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