XIV. — Produclion des chevaux dans la Seine-Inférieure
La Société centrale d'agriculture de la Seine-Inférieure a décidé qu'elle annexerait à ses concours de pouliches, en 1883, un concours spécial pour pouliches de trait, âgées du 3 ans, et saillies par un étalon de trait.
A l'occasion de l'article de M. de la Tréhonnais inséré dans notre dernier numéro (page 2*), notre confrère, M. le marquis de Poncins, nous adresse la lettre suivante :
« 9 avril 1883.
« Monsieur le rédacteur en chef et cher confrère, je viens de lire dans le dernier numéro de votre Journal, une note de M. de la Tréhonnais, répondant à la note que je vous avais adressée au sujet du Concours de reproducteurs de Paris.
« Ce dernier article de M. de la Tréhonnais ne modifie en rien la question de fond, et donne à la discussion un caractère de personnalité que je ne veux pas accepter. Je viens donc vous avertir, que je maintiens tout ce que j'ai écrit en faveur du Concours général de Paris^ mais que je ne veux pas continuer une polémique dont le résultat ne servirait en rien les intérêts agricoles dont nous sommes les représentants.
« Agréez, etc. Marquis de Poncins,
Président de la T section de la Société des agriculteurs de France, Membre de la Société nationale d'agriculture.
Nos lecteurs ont eu sous les yeux tous les arguments de nos honorables correspondants; ils peuvent juger en pleine connaissance de cause. XVI. — Un grand domaine du Mcdoc.
Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur une vente importante qui aura lieu le 24 avril courant, devant le tribunal de Bordeaux. Le domaine d'Agassac, à Ludon,sera mis en adjudication, par suite du décès de son propriétaire M. Emile Richier, ancien député, qui, pour son beau vignoble et pour ses belles cultures, a remporté la prime d'honneur au concours régional de Bordeaux en 1860.
XVII. — Concours d'animaux gras à Chalon-sur-Saâne. Le concours régional d'animaux gras, qui a eu lieu du 16 au 18 mars, à Chalon-sur-Saône, a marqué une nouvelle étape dans le succès de ces solennités dont la création revient, en grande partie, à l'activité et au zèle de M. J^nmanuel Gréa. Les animaux de l'espèce bovine formaient la principale partie de l'exposition; on en comptait 76, au lieu de 43 en 1882. Le Progrès de Saône-ei-Loire donne sur les diverses parties du concours, des détails qu'on lira avec intérêt :
« La race pure Durham reste toujours le type le plus parfait par l'exagération ai la graisse, la petitesse de la tète, l'absence de collet, la charpente osseuse peu volumineuse, la peau mince et souple, etc. Li coiffure, seule laisse toujours
50 CHRONIQUE AGRICOLE [\k AVRIL 1883).
à désirer : une des grandes qualités du durharn est sa précocité, qu'il transmet si facilement et avec tant d'avantages à ses croisements divers.
« Nous retrouvons les mêmes qualités dans les charolais ou nivernais, nous n'osons dire les charolnis purs : la race pure de tout mélange devient de plus en plus rare, demandez plus tôt aux éleveurs nivernais. Tous ont plus ou moins de sang durharn dans les veines : mais le type charolais, malgré la graisse et la rotondité des formes, domine toujours et se distingue par sa taille plus élevée, sa petite lête si bien coiffée, et son beau pelage blanc ou légèrement Iromentin.
«De|)lus, le bœuf charolais est un excellent travailleur : c'est la bête de charrue par excellence; puis à l'âge de 5 ou 6 ans, il s'engraisse facilement soit dans les étables, soit dans nos plantureuses prairies ou embouche:', et produit les aniinaux exposés par paires que chacun a pu admirer cette année. Ces qualités manquent en partie au durharn.
ce Aussi, pour notre part, préférons-nous, et de beaucoup, le durham-charolais à à tous les durhams purs les plus distingués, même au point de vue de la véritable et bonne viande de boucherie. Qu'ils restent les types destinés à l'améliora tien de nos belles races françaises. C'est un mérite bien sutiisant.
« Le jury l'a bien compris cette année, en accordant le grand prix d'honneur aux durham-nivernais de MM. Marc frères (Côte-d'Or), heureux de récompenser les progrès et les merveilleux résultats de ces vaillants fermiers éleveurs dont l'exposition était vraiment admirable.
« En dehors de MM. Marc Irères et Petiot, nous citerons rapidement les splendides animaux primés de MM. Grillot, Magnin, Bacquelot, Griveaud, Bernard et autres dont les noms nous échappent.
« Nous accorderons une mention spéciale au taureau charolais de M. Duverne fils, de Monceau-le-Mines, qui a obtenu le premier pnx dans sa catégorie. Encore nn jeune agriculteur instruit, plein de feu sacré pour le progrès agricole, qui se fera jour et arrivera au premier rang.
« Espèce^ ovine. — L'espèce ovine, représentée par onze ou douze lots, ne ?e distinguait que par les trois présentés par M. Marc frères et Kœhrer, southdownssolognots et berrichons, d'une finesse remarquable, admirables de forme et de graisse. Puis venait à une distance considérable les dishley-bourbonnais de M. Grriveaud. Les deux lots de M. Gorneloup, de Cbalon, avec moins de hauteur de jambes, et mieux gigoté^, auraient pu mériter une récompense.
« Espèce porcine. — Le Yorkshire (toujours les Anglais!) représente les durhams dans l'espèce porcine. Il donne à nos races si appréciées de la Bresse et du Charolais la précocité et une aptitude des plus sérieuses à l'engraissement rapide. Ces animaux sont trop connus dans nos concours pour nous étendre sur les avantages que peuvent en tirer les éleveurs. Aussi cette précieuse race se propage-telle rapidement. Le premier prix a été enlevé, haut la main, par M. Bacquelot.
« Le deuxième prix, charolais pur, à M. Lardet, quoique m )ins gras, n'était pas sans mérite. A. Soûlas. »
Le concours ne comptait qu'un petit nombre d'exposants pour les volailles grasses, ainsi que pour les machines agricoles. XVIIL — Arbres et, arbustes d'ornement.
MM. Vilmorin Andrieux el Cie viennent de publier leur catalogue pour 1883 des graines d'arbres et d'arbtistes qu'ils mettent dans le commerce. Ce catalogue est divisé en deux catégories : arbres et arbustes de pleine terre, arbres et arbustes d'orangerie et de serre. Dans l'une et l'autre, on trouve le plus grand nombre des variétés de végélciuv d'ornement qui sont aujourd'hui cultivées. Nous signalerons particulièrement une importante collection de graines de vignes ; elle comprend des variétés de toutes provenances : vignes d'Amérique (47 variétés), vignes d'Asie, vignes de la Kabylie, vignes françaises sauvages du Gliei". Pour les fameuses vignes de Cochinchine à racine tubéreuse, MM. Vilmorin Andrieux ont soin de rappelerquMs ne croient pas que celte espèce puisse être cultivée avec succès en F'raoce ni en Europe, et qu'elle ne présente un véritable intérêt que pour les contrées situées dans les régions chaudes du globe. J.-A. Barral.
Dans une circulaire récente adressée à M. le préfet du Gard, M. de Mahy, ministre de l'agriculture, justement préoccupé de l'état désastreux du viiiçnoble français et frappé des merveilleux, succès de la plantation de la vigne dans les sables d'Aigues-Vlortes, manifeste le désir de favoriser la multiplication des vignobles de cette nature et prescrit, en vue de ce résultat, les moyens de faire passer dans les mains de l'industrie privée tous les sables du département du Gard propres à la plantation des vignes et qui restent aujourd'hui improductifs dans les mains de l'Etat,
Jl n'est personne qui n'ait applaudi à cette excellente pensée, personne qui ne demande au ministre qui a succédé à M. de Mahy d'en presser l'exécution. Mais on veut aller plus loin, on se demande hautement, dans les départements de la Gironde et des Landes, par exemple, si la mesure prise à l'égard du département du Gard ne devrait pas s'appliquer à toutes les contrées sablonneuses du Sud-Ouest dont le climat est favorable à la culture de la vigne, et la chronique agricole du Journal d'agriculture pratique du 8 mars, après avoir transcrit la circulaire de M. de Mahy ajoute ; « Cette mesure ne pourrait-elle pas « êtreétendueàd'autresdépartements?C'estaux viticulteurs d'examiner la question. j> Cette invitation m'a frappé; je considère qu'il y a dans l'entraînement que l'on est exposé à subir, par suite des succès des plantations des sables d'Aigues-Mortes, des périls très grands pour des conlrées qui me sont chères à bien des titres; déjà je vois t^e faire des plantations considérables dans les Landes; il est à craindre que ceux qui les entreprennent n'aient pas pris toutes les précautions nécessaires en pareilles circonstances, et s'exposent à de cruelles déceptions; c'est plus qu'il n'en faut pour me déterminer à présenter, sur ce sujet délicat, quelques observations.
6,000 hectares de dunes sablonneuses des environs d'Aigues-Mortes se sont couverts de vignes depuis dix ans seulement. C'est en 1873 que M. Bayle signala pour la première fois le caractère des sables d'Aigues-Mortes au point de vue de la résistance au phylloxéra, et. depuis, la valeur des ter^^es de cette nature a décuplé, centuplé quelquefois, une activité comparable à celle qui préside à la fondation des colonies les plus prospères s'est manifestée sous toutes les formes, Aigues-Mortes et ses environs se sont transformés. Mais la science n'a pas encore dit d'une manière formelle quelle est la cause de l'immunité de ces sables et celle de la merveilleuse végétation de la vigne dans un sol qui, en général, n'avait porté jusque-là que des tamaris ou une végétation herbacée des plus misérables. — Nous restons donc dans une profonde admiration des résultats, sans nous rendre un compte assez exact de ses causes pour pouvoir affirmer qu'il serait possible d'étendie à d'.jutres contrées, d'une manière fructueuse, les plantations d'Aigues-Mortes.
Voici cependant un trait de lumière qu'il faut recueillir précieusement et recommander à l'attention du monde viticole : M. Barrai a lu à l'Academ.ie des sciences, dans sa séance du 12 février, et à la Société naiionale d'agri.-ult ire, dans celle du 14 février, une note intitulée : « Influence de Cliiunidité souterraine el de la capillarité du sol sur la
végétation des vignes^ » qui nous révèle des diversités telles dans les sables comparés, que tous ceux que la question intéresse liront cette savante étude avec grande attention\ L'analyse de ces sables, les degrés si différents de leur capillarité constituent comme un solennel avertissement pour ceux qui peut-être n'avaient pas procédé encore à ces indispensables préliminaires de toute fondation agricole.
Les mamelons sablonneux qui entourent Aigues-Mortes ont été formés parles alluvions argileuses du Rhône, modifiées par l'action de l'eau de mer qui les mélange de sable à des degrés divers, et là où la mer a séjourné, dans les creux de terrains, elle a laissé de profondes et dangereuses couches de sel que l'action du soleil bridant tend toujours y ramener à la surface. Le sel n'existe que dans une infime quantité dans les magnifiques vignobles dont parle M. Barrai, mais il n'en existe pas moins et constitue le grand danger de tous les sables du littoral méditerranéen. Quand on trouve 1 pour 100 dans ces sables, la stérilité commence et M. Barrai en a constaté jusqu'à 10 pour 100, dans des terrains qui, alors, sont impropres à toute espèce de végétation.
Le fléau du sel, combattu énergiquement dans le sud -est par des hommes d'élite qui cherchent à neutraliser ses effets et à augmenter ainsi les qualités des terres propres à la plantation de la vigne, n'est pas à redouter pour les sables des Landes de Gascogne ; mais les difficultés d'autres sortes n'en sont pas moins nombreuses là néanmoins, et les analyses que vient de faire M. Barrai rendent si douteux le succès des plantations sur le littoral de l'Océan, qu'il y a lieu d'examiner avec soin celte question. — Quelles sont ces difficultés?
1" La composition siliceuse de ces sables (98 pour 100 de silice) et leur défaut de capillarité;
2° L'absence des eaux douces souterraines;
3° La couche d'alios qui arrête toute communication des couches supérieures du sol avec les couches inférieures ;
4° Un climat moins égal que celui des bords de la Méditerranée, et le danger des gelées inconnu à Aigues-Mortes ; 5° Les difficultés de transport pour les engrais; 6° Un état général des choses qui amènerait fatalement cette conclusion que la culture de la vigne serait, dans les Landes de Gascogne, aussi coûteuse et beaucoup moins fructueuse que dans les sables d'Aigues-Mortes.
Examinons chacun de ces points.
11 n'y a pas à insister de nouveau sur les conclusions à tirer de la note de M. Barrai quant aux deux premiers obstacles. Elle établit de la manière la plus claire que la composition des sables qu'il a comparés est absolument différente de tous points ; que la capillarité est très puissante dans les sables d'Aigues-Mortes, très lente dans ceux des landes de Gascogne; et que «les cultures ne réussissent bien que si les sables ont une capillarité très grande et reposent sur une couche aquifère. » C'est un point indiscutable désormais à mes yeux, et la théorie repose sur des faits trop probants, sur des analyses trop scriipuleuses, pour qu'on ne l'accepte pas.
Mais cette couche aquifère vient-elle au moins apporter lentement son appoint indispensable? Non, assurément, V alios esilk, d'une épaisseur qui varie de 0'".30 à 0".50, et qui empêche toute communication
1. Ce mémoire a été publié dans le Journal, de l'agriculture du 17 lévrier 1863.
des nappes d'eau inférieures avec la surface du sol. On va en juger aisément par ce qui suit.
Le vaste plateau des landes de Gascogne, qui comprend 800,000 hectares, tant dans la Gironde que dans les Landes, est placé à une hauteur-moyenne de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer; pur une pente faible, mais suffisante, qui a été constatée par les travaux de M. l'ingénieur Chambrelent, la plus grande partie de ses eaux s'écoulent dans les grands étangs qui bordent le littoral, étangs qui sont euxmêmes à une élévation assez grande au-dessus du niveau de l'océan, vers lequel leur trop plein se dirige par de grands courants. Ces étangs ont été formés par les eaux pluviales que les dunes ont arrêtées dans leur écoulement vers la mer; ce n'est qu'arrivées à une certaine hauteur que ces eaux ont pu se créer une issue, et elles ont ainsi formé des lacs intérieurs, parfois très profonds et qui couvrent une surface de plus de 17,000 hectares, des marais d'un assainissement difficile, d'une contenance de 6 à 7,000 hectares.
Tel est l'aspect général de cette contrée. Maintenant, voici ce qui la caractérise : il n'existe aucune communication entre la couche supérieure du sol et le sous-sol; les eaux souterraines ne peuvent jamais remonter à la surface, et c'est tout au plus si, à' travers les fissures qui se produisent dans le tuf inriperméable du terrible alios, il pénètre de loin en loin quelques parties de l'eau de la surface dans le sous-sol, où elle forme, à une profondeur de i'^.SO environ, une" nappe jaunâtre, presque putride, qu'aucune aération n'a pu purifier, et impossible à boire par conséquent. Les pluies d'hiver forment à la surface une couche aqueuse énorme, que le soleil brûlant de l'été pompe ensuite, et il est facile de s'imaginer ce que six mois de pluie et six mois de sécheresse, avec un sous sol imperméable, doivent apporter d'infertilité et même d'insalubrité dans ces contrées. Cette situation a été heureusement modifiée depuis quelques années au point de vue de la salubrité et de l'écoulement des eaux, par les fossés nombreux dont M. l'ingénieur Chambrelent a donné le précepte et l'exemple dès l'année 1849, mais ils n'ont pu ni approfondir la couche arable, ni lui donner aucune communication avec le sous-sol.
Lorsqu'on parcourt, parallèlement à la mer, telle partie que ce soit des 250 kilomètres qui s'étendent de la pointe du Médoc à l'embouchure de l'Adour, à la vue, tantôt de magnifiques pins maritimes, de chênes liège vigoureux, tantôt de landes dénudées, le plus souvent de pins d'une venue médiocre, on devine aisément la proximité plus ou moins grande de Y alios ^ ou son absence, on peut juger de son action décisive sur la végétation. On comprendra aisément après cela, combien, en dehors des dunes du littoral, la plantation de la vigne doit être aléatoire dans de tels terrains, et comment des plantations qui peuvent bien végéter pendant les premières années sont destinées, lorsque les racines de la plante rencontreront le terrible obstacle, à subir un arrêt fatal dans leur développement. On pourra bien délivrer la vigne des trop grandes quantités des eaux de la surface par des fossés d'écoulement, mais elle ne profitera pas pendant l'été des eaux souterraines et restera à la merci des excès de sécheresse ou de chaleur qu'aucun engrais ne pourra jamais compenser.
Voici en quels termes M. Chambellant, inspecteur général de FagriculturCj parlait du département des Landes en 1865 :
<x Le terrain des Landes est humide en hiver, brûlant en été, parce qu'il repose, à 60 ou 80 centimètres de profondeur, sur un sous-sol imperméable appelé alios ou arios. Ce sous-sol alioticfue est formé par un ciment de couleur rousse ou noirâtre; ce sont des matières organiques, qui unissent les particules siliceuses, ainsi ■que l'a démontré M. Joly, en 1834; au-dessous de cette sorte de grès ferrugineux assez dur, et dont l'épaisseur varie de 30 à 40 centimètres, on trouve un banc d'argile souvent très puissant...
« Valios ou terre-bouc renferme les matières suivantes :
Sable 80 à 90 p. 100
Argile 1 à 2 p. 100
Fer 2 à 3 p. 100
Magnésie, 0.25 à 1 p. 100
Matières organiques 2 à 4 p. 100
Eau 2 à 3 p. 100
« En général, le sol des Landes n'offre aucune source, aucune trace d'eau pendant l'été; il n'en est pas ainsi pendant l'hiver. Pendant celte saison, les eaux pluviales y restent stagnantes jusqu'à ce qu'elles aient été dissipées par les chaleurs de l'été. Yoilà pourquoi la lande, dans la Gruyenne, est inondée ou humide durant l'hiver, et sèche et aride depuis la fin de mai jusqu'en novembre. Ces deux états, si dissemblables l'un de l'autre, ont por.r cause unique l'imperméabilité du sous-sol et l'horizontalité de la couche arable. »
Le régime des eaux dans les Landes de Gascogne, on le voit, est dominé par une pa-rlicularité unique peut-être dans le monde, l'existence souterraine de Valios, le grès maudit., la. pierre de fer des Landais^ tuf imperméable d'une telle dureté qu'aucun instrument de culture ne saurait le briser, et que la dynamite seule parviendrait à le détruire si son emploi n'en était pas trop coûteux. Valios s'étend à 0™.40 ou 0™.50 de profondeur, sur la presque totalité du plateau des Landes ; on n'en peut excepter réellement que les dunes du littoral, qui n'ont qu'une largeur moyenne de 6 kilomètres.
Nous ne rencontrons pas en effet les mêmes obstacles dans ces dunes élevées du bord de la mer. Là, l'altitude atténue singulièrement l'utilité des nappes d'eau souterraines, mais Valios n'y existe pas; aussi les pins et les chênes-liège, les corsiers comme on les appelle dans le Marancin, y sont-ils d'une végétation puissante, mais la vigne, qui ne peut aller aussi profondément que les arbres dont je parle chercher l'humidité des couches inférieures, y rencontre dans les 2 ou 3 mètres de la surface qu'occupent ses racines une sécheresse, une aridité, qui sont un obstacle à une production abondante, même en supposant de riches fumures, la préservation coûteuse des terribles vents qui viennent de l'Ouest, et toutes les précautions inspirées par une étude attentive de cette culture.
Aussi bien pour les sables des dunes que pour ceux du plateau central, on se trouvera encore en présence des difficultés que Tabsence de routes, de chemins de fer, de canaux, présente pour le transport des engrais nécessaires, si on cultive sérieusement la vigne, — en présence de la solution d'un problème économique difficile créé par cette absence désastreuse de voies de communications et que la sagesse de chacun devra peser. Il ne s'agit plus là, pour nous, en outre, d'utiliser des terres incultes, mais de détruire, pour y substituer la vigne, des pins maritimes et des chênes-liège d'un rapport assuré et d'une venue magnifique. Je veux bien admettre que le sable des Landes agira sur le phylloxéra à l'égal de celui d'Aigues-Mortes, sa ténuité étant la même; mais qui me dit cependant que l'action simultanée d'une puissante capillarité, que la végétation luxuriante, qui en est
la conséquence, ne sont pas pour quelque chose, pour une large part peut-être, dans l'immunité des sables, et ne faudrait-il pas, au moins, être assuré qu'une culture fructueuse compensera les sacrifices de toutes sortes que l'on aura à faire, avant de détruire ce qui existe?
On nous parle de produits de 200 à 400 hectolitres de vin par hectare dans le bas Languedoc ou sur le bord de la Méditerranée, et on comprend que, dans ces conditions, les plus énormes dépenses seront couvertes; mais croit-on que jamais notre climat, plus froid, moins égal surtout, nous permettra d'espérer, par n'importe quel luxe de culture, une production pareille? Ce serait s'abuser étrangement que d'avoir un tel espoir, et il nous faudra compter, en outre, avec des fléaux que ne connaissent pas nos compatriotes du Gard, de l'Hérault et de l'Aude, les gelées et les maladies cryptogamiques qui ont déjà porté dans le Sud-Ouest leurs ravages, avec le terrible peronospora viticola, le mildew des Américains.
J'ai crnsidéré comme un devoir de livrer ces réflexions aux viticulteurs du Sud-Ouest et j'en dirai les raisons. J'ai été, comme ils le sont eux-mêmes peut-être, tenté par les exemples que je trouvais dans ma propre famille de succès merveilleux obtenus par la plantation de la vigne dans les sables d'Aigues-Mortes ; j'ai mesuré de mes propres mains des sarments de 0'".08 de tour à la base et provenant de jeurïes plantiers à leur troisième feuille seulement : l'épreuve de ce côté ne laissait rien à désirer. Propriétaire de domaines dans les Landes, où la vigne a déjà été cultivée, et dont les vins avaient au siècle dernier une célébrité, la tentation était grande d'imiter les merveilles que j'avais sous les yeux ; il m'a fallu examiner bien à fond la question pour en arrivera me convaincre que de cruelles déceptions succéderaient bientôt à mes espérances, et pour me faire renoncer à toute entreprise de cette sorte. •
Je conseille le même examen, je conseille la même réserve, et je conclus sans hésitation en disant : Les Landes de Gascogne n'ont rien de mieux à faire que de multiplier leur richesse forestière, et, en ce qui concerne la culture de la vigne, de se contenter d'essais prudents sur le littoral, d'un meilleur entretien des vignes encore existantes, — et surtout de se garder de planter partout où Valios existe à une profondeur moindre de 0™.80 à O^.OO. E. de Dampiekre,
Membre de la Société n.itionale d'agricultuie, Président de la Société des agriculteurs de France.