‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 409 sur 683 · MÉTÉOROLOGIE DU MOIS DE MARS · texte numérisé non relu

MÉTÉOROLOGIE DU MOIS DE MARS

Pluie, 2'è"'"'.9 en 68 heures réparties en 12 jours; il n'y a eu qu'une seule journée qui ait donné une hauteur d'eau un peu considérable, 13 millimètres.

Il est tombé un peu de neige les 6, 7, 8, 10, 11, 15 et 27. Il y en avait quelques centimètres sur le sol du 6 au 9.

Il y a eu 20 jours de gelée et 2 jours de gelée blanche.

Il n'y a eu de brouillard général que le 6; le 29 un peu de brouillard bas, par places dans la vallée de la Marne.

Nébulosité moyenne du ciel 54.

Vents dominants du N. à l'E.-N.-E, puis du S. àl'O.-S.-O.

Il y a peu de remarques à faire sur la végétation qui a été presque entièrement arrêtée pendant tout le mois.

Relativement aux moyennes normales : la pression barométrique est plus basae de 2"'°/j0; la température moyenne moindre de 1°.9. Le ciel a été plus clair, la pluie peu différente de ce qu'elle est d'habitude.

Le mois de mars 1 883 offre une particularité remarquable, c'est que c'est le mois le plus froid de l'hiver : quoique ce fait se soit présenté en 1877;, il est fort rare; car je n'en trouve, depuis 1753, qu'un autre exemple en 1 764.

Il n'est guère plus commun de voir le minimum absolu de la saison froide arriver en mars; il est tombé cette année le 11, comme nous l'avons vu; en 1877 le 12, ainsi presque à la même date. Cette échéance du 12 mars est d'ailleurs habituelle; on en citerait plusieurs exemples : c'est à cette date en 1847 que j'ai vu le thermomètre descendre à Vendôme à — 1 8".

Les froids de mars 1883 se sont étendus sur une très grande surface; voici quelques-unes des températures observées en Europe vers 7 heures du matin.

10 mars Pic du Midi (M. de. Nansouty) — 24".5

H — Gharleville (Ecole normale) — 8". 5

Marl^'-le-Roi (.M. Raymond) — 8".0

Parc de Saint-Maur (observatoire) — "".2

12 — Gap (Ecole normale) -. — n".2

13 — Vendôme (journal Le Loir) — 7". 4

20 — Moskou — 24".2

21 — Arkhanguelslv , — 33".2

• Ainsi ce sont les stations méridionales qui ont éprouvé le minimum de froid les premières, ainsi que cela se présente de temps en temps, comme M. Barrai nous le faisait remarquer l'an passé.

E. Renou,

Membre de la Société nationale d'agriculture.

Messieurs, le jury chargé par M. le ministre de l'agriculture de visiter les exploitations du département de l'Indre, dont les propriétaires ou -fermiers étaient admis à concourir pour la prime d'honneur, les prix culturaux et les médailles de spécialité, était composé de :

MM- Lembezat, inspecteur général de l'agriculture, président;

Legave-Joly, lauréat de la prime d'honneur d'Indre-et-Loire; Bardin, agriculteur, à Chevenon (Nièvre) ; Nouette-Delorme, lauréat de la prime d'honneur du Loiret ; Bignon, lauréat de la prime d'honneur de l'Allier; Lefèvre, sous-directeur de la bergerie de Rambouillet, secrétaire; Franc, professeur départemental d'agriculture du Cher, rapporteur. C'est le 14 juin 1881 que le jury s'est réuni pour remplir la haute et délicate

1. Rapport sur les exploitations agricoles du département de l'Indre, ayant concouru pour la prime d'honneur, les prix culturaux et les médailles de spécialité, à l'occasion du concours régional, tenu à Châteauroux du 6 au 15 mai 1882.

LA PRIME d'honneur DE L'INDRE. 57

mission qui lui était confiée. Les exploitations agricoles qu'il avait à visiter étaient au nombre de quatre. La première, la ferme de Gungy, commune de Valençay, avait été déjà l'objet de la prime d'honneur en 1874, lors du dernier concours régional, et, par consé([ucnt, n'avait point à prendre part à la lutte ; cependant, sur l'invitation de M. le ministre de l'agriculture, le jury avait à la visiter à nouveau.

Les trois autres exploitations, concourant, soit pour la prime d'honneur, soit pour les prix culturaux et les médailles de spécialité, sont les domaines de Villebussière, commune de Vigoux ; de G-latigny, commune de Saiut-Ghristophe-en- Bazelle et du château de Bouesse, commune de Bouesse.

Nous avons vivement regretté que, dans un département aussi agricole et aussi progressif que l'Indre, un plus grand nombre de concurrents ne se soient pas mis sur les rangs.

En 1857, époque du premier concours régional, 21 propriétaires ou fermiers s'étaient présentés pour disputer la prime d'honneur, les prix culturaux et les médailles de spécialité; en 1866, ce nombre s'était réduit à 12, et en 1874, ce n'est encore que 13 agriculteurs qui ont osé se présenter dans la lice.^

Mais à ces diverses époques, les commissions qui nous ont précédés avaient lieu de se féliciter d'être en présence d'un pareil nombre de concurrents, qui faisaient le plus grand honneur au département.

Faut-il en conclure que le norabre restreint de fermes que nous avions à visiter soit un signe de découragement parmi les champions du progrès agricole? Non, messieurs, penser ainsi, serait mal juger de notre temps et de nos mœurs. Nous devons espérer qu'il n'y a eu ni découragement, ni ralentissement, mais sinaplement jugement et appréciation de forces respectives, et peut-être, seTait-il juste de faire intervenir la crainte et la timidité pour quelques bons agriculteurs. Les modestes et les timorés se sont abstenus, mais, nous aimons à le croire, ils n'ont pas abdiqué.

Quoi qu'il en soit, ces abstentions sont regrettables, car s'il est glorieux de remporter des palmes, il est au moins -honorable d'avoir combattu en si bonne compagnie.

Pour la quatrième fois depuis son institution, la grande prime d'honneur de l'agriculture va être décernée dans le département de l'Indre. De nouveaux noms vont enrichir les annales du Berry et grossir le nombre de ces hommes d'élite qui savent consacrer leur intelligence et leur vie à la prospérité nationale et au bien de l'humanité.

Avant devons faire connaître les impressions et les décisions du jury sur chacune des exploitations qu'il a été appelé à visiter, laissez-moi vous entretenir quelques instants de cet intéressant département où se tiennent en ce moment les assises agricoles de la région du centre de la France.

Formé aux dépens des anciennes provinces du Berry, de l'Orléanais, de la Marche et de la Touraine, le département de l'Indre' emprunte son nom à la char.mante rivière qui le traverse entièrement du sud-est au nord-ouest. Il est limité par six autres départements avec lesquels il a des analogies sous le rapport du climat, du sol et de la production.

, Au point de vue du climat, l'Indre doit être rangé parmi les régions tempérées, quoique certaines parties soient sujettes à des variations brusques, mais peu sensibles. L'arbousier, le tamarix, le laurier et le figuier végètent en pleine terre dans les lieux abrités des vents du nord.

La température, moyenne de l'année est de + 12°, celle de l'été +20°, et celle de l'hiver -|-5". La chaleur la plus élevée varie entre -|-28" et -1-34°, et la température la plus basse entre — 6" et — 14°.

L'été est ordinairement plus sec qu'humide. Les vents dominants sont ceux du nord-ouest et du sud-ouest.

Le sol de ce département offre de grandes variations ; suivant les régions, on trouve les terrains primitifs, de transition, secondaires, tertiaires et quaternaires.

Grâce, d'une part, au climat, qui, comme on le voit, est assez tempéré : pas de froids extraordinaires, pas de chaleurs excessives, et d'autre part, grâce aussi à la diversité des terrains, la production agricole est des plus variées; elle comprend, en effet, toutes les céréales et toutes les plantes fourragères de la culture française. La vigne occupe également dans l'Indre une large place.

Au point de vue spécial des céréales, il est à remarquer qu'il y a une trentaine d'années à peine la culture du seigle était la plus étendue et fournissait seule le

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pain aux populations rurales. Depuis cette époque, quoique peu éloignée, une grande amélioration s'est produite. Aujourd'hui, ce département ensemence cinq fois plus de froment que de seigle, et il en est résulté un bien-être qui s'est fait particulièrement sentir sur l'alimentation des travailleurs des campagnes et sur ceux des villes.

Les spéculations animales comprennent la production de tous les animaux domestiques de notre continent. L'éducation des chevaux fait chaque année de notables progrès; ces animaux, pour la plupart de races légères, ne manquent pas de fond ni d'énergie. La statistique porte le chiffre de la population chevaline de l'Indre à 30 mille.

Les bêtes bovines, au nombre de 122 mille, appartiennent à la race parthenaise et à la race limousine; leur conformation et leur développement laissent généralement beaucoup à désirer; cependant on rencontre quelques étables où par une alimentation abondante, une sélection et des soins bien entendus, on a avantageusement modifié la taille et les formes de ces animaux. Ce résultat indique évidemment la voie que doivent suivre les agriculteurs pour atteindre le même but. L'espèce ovine, représentée par 8^0,000 individus, fait l'objet d'une spéculation très importante, elle est même pour l'Indre, comme du reste, pour tout le Berry et toute la Sologne, la principale ressource. Les bêtes à laine de ces régions appartiennent à différentes races qui sont la berrichonne^ la solognote et la Grevant. Le mouton mérinos et les produits du croisement mérinos avec les races locales se rencontrent assez fréquemment.

Les moutons berrichons sont les plus répandus; ils sont réputés pour la délicatesse de leur chair et la finesse de leur laine.

L'espèce porcine est représentée par des animaux appartenant à diverses races, souvent mélangées. Ces animaux sont généralement trop élevés sur jambes. Toujours d'après la statistique, les bêtes porcines de l'Indre sont au nombre de 24,000.

Les animaux de basse-cour sont représentés par plus de 700,000 têtes. Les oies et les dindons particulièrement donnent lieu à un commerce très important.

L'Indre est un pays riche en métaux et en minéraux. Le minerai de fer se rencontre dans plus de 30 communes. Le plomb argentilère, la plombagine et même le manganèse y sont exploités sur différents points.

La pierre lithographique des environs de Ghâteauroux jouit d'une grande renommée et donne lieu à une industrie et à un commerce considérables. La pierre meulière et la terre à gazette font aussi l'objet d'une exploitation assez importante.

Sans, vouloir énumérer toutes les industries, nous en signalerons cependant quelques-unes ; d'abord, la briqueterie de Verneuil, la fabrique de draps, la manufacture de tabacs, les ateliers de construction de machines de M. Hidien, à Ghâteauroux; ensuite la .fabrique de raidisseurs et de clôtures métalliques de MM. Louet, à Issoudun, les tanneries, les mégisseries, les corroieries, les imprimeries, les parchemineries, les minoteries, etc., d'Argenlon, du Blanc, de Buzançais, de Ghâteauroux et de la Ghâtre. Quelques-uns de ces établissements, entre autres ceux de M. Hidien et ceux de MM. Louet, rendent de très grands services à l'agriculture.

Ajoutons, enfin, que des gisements importants de phosphates de chaux, depuis peu découverts dans ce département, promettent à l'agriculture de la région des engrais dont la nécessité se fait de plus en plus sentir.

Ainsi, par ses produits minéraux, aussi bien que par ses produits végétaux et animaux, l'Indre est un des départements des mieux favorisés au point de vue industriel et agricole.

Agriculture, industrie et commerce ne sont point antagonistes, mais alliés et se prêtent un mutuel concours si l'on sait concilier leurs intérêts, en apparence opposés. Mines et usines enlèvent, il est vrai, des travailleurs à la culture des champs, mais elles lui forment des consommateurs qui peuvent payer à un plus haut prix les produits animaux et les produits végétaux.

En absorbant la main-d'œuvre, les usines et les ateliers obligent l'agriculture à entrer dans la nouvelle voie économique : exploitation du sol par les fourrages et le bétail; adoption des instruments perfectionnés, mus par les animaux ou la vapeur, afin de remplacer les bras de l'homme le plus souvent possible; pratique des fumures combinées avec les engrais commerciaux, etc.

La solution d'un des plus grands problèmes agricoles du moment, consiste

LA PRIME d'honneur DANS L'INDRE. 59

surtout, en effet, à réduire par tous les moyens, le besoin de la main-d'œuvre et la surtace des terres arables. Beaucoup d'agriculteurs de l'Indre ont déjà compris depuis quelque temps toute l'importance de cette grave question, mais le nombre n'en est malheureusement pas encore assez grand.

Ce beau département, où se trouvent des ressources si variées et qui est si intéressant à visiter au point de vue rainéralogiquc, géologique et af^ricole est l'un des plus étendus de i^'rancc. Sa superficie dépasse 688,850 hectares; mai's sa population n'est pas des plus denses, elle n'est que 277,850, ou en moyenne de 41 habitants par kilomètre carré. Il est donc au nombre des moins favorisés sous le rapport de la population, et cetle infériorité porte particulièrement sur la population rurale. Il n'est pas non plus des mieux partagés sous le rapport des voies de communications : il n'a encore que deux lignes de chemins de fer, dont l'une a été inaugurée, il y a à peine quelques mois; six routes nationales, 23 routes départementales, 38 chemins vicinaux de grande communication et 57 chemins d'intérêt commun. Les voies de navigation lui font complètement défaut, mais tout fait espérer que la sollicitude de l'Etat comblera bientôt celte lacune.

Divisions. — La nature du sol divise nettement le département de l'Indre en trois régions, qui sont, par ordre d'étendue, le Boischaut, la Brenne et la Champagne.

Le Boischaut^ presque deux fois plus vaste que les deux autres régions réunies, occupe plus de 500,000 hectares, qui forment l'arrondissement de la Châtre et une portion de trois autres arrondissements.

Dans cette région, on rencontre de grandes forêts, telles que celles de Châteauroux (5,li4 hectares), celles de Bommiers (5,061 hectares), de Chœurs, de la Luzeraize, de Bélâbre, etc. Les landes couvertes de bruyères, les étangs et les mares y occupent aussi une vaste étendue.

Le sol est de nature très variée; les terrains qu'on rencontre le plus fréquemment sont les granits sous forme de cailloux et de sables plus ou moins divisés, les schistes, les trias, les lias, et les calcaires oolithiques.

Ce pays est également assez varié par ses cultures et par ses aspects ; il offre des vallons profonds et de jolies petites rivières. Ce n'est pas la partie la moins fertile du territoire de l'Indre. L'agriculture y a fait de grands progrès depuis une trentaine d'années, grâce aux hommes d'initiative qui ont su donner l'élan et le bon exemple par la mise en valeur des terres incultes, l'emploi des amendements calcaires et des engrais commerciaux.

Le Boischaut élève et engraisse des bêtes à cornes ; il produit aussi de bons chevaux et compte un grand nombre de petites exploitations, qui rendent la propriété très morcelée.

La succession de culture adoptée dans cette région est triennale et est généralement ainsi combinée : jachère, blé ou seigle, avoine ou orge.

La Brenne, comprise dans l'arrondissement du Blanc, est cinq fois moins étendue que le Boischaut. Elle est formée par une suite de dépressions peu profondes, séparées par des plateaux d'une faible élévation. C'est une des rares contrées de la France connues surtout par le grand nombre de leurs étangs. Elle ressemble à laDombequi domine le Jura, et à la Sologne dont elle n'est séparée que par quelques dizaines de kilomètres. Son étendue est d'environ 80,000 hectares, dont plus d'un dixième est occupé par des étangs et des marais. Cette contrée est quelquefois appelée Peiile Sologne ou Sologne de Berry.

Comme dans la Dombe et comme en Sologne, ces marécages engendrent des miasmes dangereux. Presque toute l'année, après le lever et avant le coucher du soleil, on voit s'élever des étangs et des marais des brouillards qui voilent le ciel et exhalent des odeurs dont l'effet insalubre se fait sentir sur un grand rayon.

Avant qu'on eût commencé à dessécher les marais et les étangs les plus nuisibles, il y a un peu plus d'un demi-siècle, la vie moyenne n'était que de vino'ttrois ans dans la Brenne, tandis que dans certains départements, elle s'élevait de trente-six à trente-huit ans. C'était une des régions des plus malsaines de la France; on y comptait encore, il y a à peine une trentaine d'années, 8,330 hectares d'étangs; mais depuis ce nombre a diminué beaucoup, et nous constatons qu'il se réduit tous les ans. Dans presque toutes les communes, on pratique le dessèchement et le reboisement sur une grande échelle; on ouvre des routes, des canaux et on met les landes en culture. Les bruyères et les étangs se transforment en prairies et en champs couverts de belles récoltes. La salubrité arrive

1. Boischaut, de Boschelum, mot de basse latinité, qui signifie bosquet, bois.

avec le progrès agricole; la moyenne de la durée de la vie humaine s'est presque élevée au chiffre des contrées voisines.

En général, le sol végétal de la Brenne est une terre de bruyère , c'est-à-dire un sable très fin dépourvu de cohésion, d'une faible épaisseur, riche parfois en débris organiques qui lui communiquent une teinte noire.

Sur beaucoup de points, le sous-sol de cette contrée renferme les éléments essentiels qui manquent à la couche végétale : la chaux et l'argile. Les marnes argileuses s'y rencontrent fréquemment à une faible profondeur. Dans quelques endroits de bons labours pourraient la mélanger avec la couche arable et suffiraient pour obtenir une prompte et complète transformation du sol.

La Brenne possède aujourd'hui des pâturages d'n:-'^ez honne qualité pour que les cultivateurs puissent se livrer avec succès, non seulement à l'élevage, mais à l'engraissement des bêtes ovines. La race de moutons la plus répandue est la solognote.

Les assolements suivis dans la Brenne appartiennent à la culture pastorale mixte.

Voici l'assolement qui est généralement adopté :

l" année Jachère fumée.

2° année Blé ou seigle.

3' année ... Orge.

4° année ; Avoine.

5° année Friche.

6° année Friche.

La Champagne de l'Indre est une vaste plaine calcaire, unie, sèche, dépourvue de forêts et de plantations; elle s'étend sur 81,000 hectares et renferme les deux tiers de l'arrondis-'^ement d'Issoudun et une petite portion de celui de Châteauroux. Son sol, parfois assez profond, repose tantôt sur des bancs de calcaire jurassique, tantôt sur des bancs argilo- calcaires ou argilo-siliceux.

La Champagne rappelle, par son aspect dénudé, les grandes plaines de la Beauce. Les lieux habités sont séparés par de longs espaces et on y rencontre de grandes exploitations. Malgré son extrême nudité et la rareté des sources et des cours d'eau, elle est assez fertile. Le sainfoin y végète bien et les belles moissons n'y sont pas connues; la principale production agricole de la Champagne est le mouton berrichon, si estimé, comme on le sait, sur tous les marchés français où on le rencontre.

L'assolement le plus répandu est à peu près le même que celui de la Brenne. Depuis quelques années, dans les terrains pierreux de la Champagne, où le "mouton ne trouvait qu'un maigre pâturage, on a planté de grandes étendues de vignes, qui y prospèrent admirablement et y produisent de bons vins. Le Boischaut et la Brenne ont aussi de nombreux endroits où la réussite de la vigne a été parfaite jusqu'à ces dernières années ; mais le terrible fléau qui s'est abattu sur les vignobles du Midi s'étend aujourd'hui sur le centre de la France et a déjà fait de nombreuses victimes dans ce département, où la vigne occupe 33,000 hectares et dont les vins de différentes localités jouissent, dans le commerce, d'une juste réputation.

Les plus estimés sont les vins rouges d'Issoudun, de Concrémiers, de Paudy, de la Tour-du-Breuil, de Saint-Hilaire, de Valençay et les vins blancs de Reuilly.

En somme, malgré le chiffre peu élevé de sa population rurale, malgré sa situation peu favorable à divers points de vue, le département de l'Indre, de même que toute la Sologne et tout le Berry, a réalisé des progrès considérables.

Plus de 85,000 hectares de landes ont été défrichés depuis moins de trente ans ; un grand nombre d'étangs et de marais ont été desséchés et transformés en pâturages, en prairies magnifiques ou en superbes champs de blé.

Le reboisement entrepris par quelques grands propriétaires s'étend sur plus de 10.000 hectares.

Par les perfectionnements apportés dans le matériel agricole, et par suite, dans les façons données à la terre, le rendement des céréales et des autres cultures s'est notablement élevé. Il ne faut pas oublier non plus que l'emploi judicieusement fait des engrais commerciaux, de la chaux et de la marne a largement contribué à l'accroissement des produits du sol.

Avant 1840 le blé produisait à peine en moyenne 10 hectolitres. Actuellement ce chiffre est élevé à 14 et à 15 et les fermes où le rendement du blé dépasse 30 hectolitres ne sont pas très rares.

LA Prime d'honneur de l'indre.

Sous le rapport de la rotation des cultures il s'est produit également une grande amélioration. L'assolement triennal domine encore, mais il est avec prairies artificielles annuelles ou temporaires.

La culture des plantes fourragères a pris dans ces dernières années un grand développement qui a eu pour conséquence l'amélioration et l'accroissement du bétail. La luzerne est venue se joindre au trèHe rouge et au trèfle incarnat; à la vesce de printemps et d'hiver sont venues s'ajouter les racines fourragères, auxquelles la petite culture, comme la grande, consacrent les meilleures terres.

En môme temps, la culture à gros capitaux et à gros rendements a été courageusement entreprise, avec le plus grand succès, par plusieurs propriétaires et fermiers. La culture de la betterave a amené la création des distilleries de Saint- Maur, de Treuillant, de Lancosne, d'Entraigue, de la Brosse, de Saint-Sébastien, etc.

Après ces quelques indications générales, arrivons à l'examen des exploiiations visitées par le jury. Mais avant de passer en revue les travaux des concurrenis actuels, j'ai à vous faire part de nos impressions sur le domaine de Gungy, oiî nous avait convié M. le ministre de l'agriculture sur la demande de MM. Lecorbeiller et Jolivet, lauréats de la prime d'honneur de 1874.

(La suite procliainemenl) . Franc,

Professeur départemental d'agriculture du Cher.

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