‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 415 sur 683 · POUR LA DESTRUCTION DU PHYLLOXERA · texte numérisé non relu

POUR LA DESTRUCTION DU PHYLLOXERA

Votre Sous-Commission, en présence des demandes nombreuses qui ont été soumises à son examen par des concurrents, ignorant presque tous les conditions nécessaires pour être admis à concourir, vous propose de reproduire en tête de son rapport la loi du 22 juillet 1874, créant un prix de 300,000 francs au profit de linventeur d'un moyen eiïïcace pour détruire le phylloxéra.

Article premier. — Un prix de 300,000 francs, auxquels pourront venir s'ajouter des souscriptions volontaires des départements, des communes, des Compagnies et des particuliers, sera accordé par l'Etat à l'inventeur d'un moyen efficace et économiquement applicable, dans la généralité des terrains, pour détruire le phylloxéra ou en empêcher les ravages.

Art. 2. — Une Commission nommée par le ministre de l'agriculture et du commerce sera chargée : 1" de déterminer les conditions à remplir pour concourir au prix ; 2" de décider s'il y a lieu de décerner le prix et à qui il doit être attribué.

Votre Sous-Commission avait à examiner, cette année, 185 procédés /en vue de l'obtention du prix de 300,000 francs, mais cette abondance, disons-le bien vite, n'est pas la richesse, vous en jugerez tout à l'heure.

Le ministère, au lieu de les soumettre à votre examen, aurait pu les écarter tous par la question préalable; car aucun d'eux ne se présente avec des expériences réalisées et une pratique concluante et authentique.

Après avoir passé en revue les 185 procédés proposés, la Sous- Commission n'a pu, malgré son bon vouloir, reconnaître chez aucun d'eux, ni le mérite de la nouveauté, ni même celui d'une application plus heureuse d'un insecticide déjà connu.

Comme les années précédentes, les substances le plus souvent recommandées sont : le sel, la chaux, la suie, les cendres ; or, le sel n'a jamais produit que de mauvais effets sur la vigne, la chaux peu de chose, la suie et les cendres ne sont que des adjuvants du traitement par les insecticides.

Le mercure et ses sels, tels que le cyanure, le deuto-chlorure, puis l'arsenic, sont prônés, sans se préoccuper du danger qu'offrirait l'emploi de ces dernières substances vénéneuses, mises entre les mains des vignerons

Les végétaux sur lesquels l'attention de la Commission est appelée sont nombreux ; le chanvre, le pyrèthre. le tabac, le quassia amara, le brou de noix, essayés déjà, n'ont pas découragé les postulants par leurs insuccès.

La plantation de fraisiers dans les vignes revient à nouveau, comme si ces plants de fraisiers, en expérience depuis quatre ans à Las-Sorrès,

]. Kujipoit tidoiite pai- Id Coni'uissiuii sujicr.eure tlu phylloxéra Uaus sa session de janvier 1883-

SUR LES CONCURaENTS AU PRIX DE 300,000 FRANCS. 71

n'étaient pas là pour accuser, par le dépérissement des vignes, l'inefficacité de ce moyen.

La greffe de la vigne sur la ronce, le bouleau, le sureau, opération qui n'a jamais pu être obtenue sur ces végétaux, est mise au nombre des moyens de reconstitution des vignobles par quelques prétendants..

L'électricité, puis la dynamite qui ne pouvait, en ce temps, manquer de paraître, est offerte comme un moyen infaillible de tuer le phylloxéra, et peut-être bien la vigne.

Les prièi'es et conjurations dans toutes les commîmes phylloxérées, et suivies de processions, sont vivement recommandées par l'un des concurrents.

Le sulfocarbonate de calcium se représente cette fois-ci, assure-t-on, avec le titre de 10 à 15 pour 100 de sulfure de carbone; ce serait une bonne recommandation, s'il était bien démontré que des expériences authentiques ont été faites avec cet agent, dosé d'abord, car on ne saurait oublier que les traitements opérés avec cet insecticide au Mas de Las-Sorrès et dans la Charente-Inférieure ont été négatifs. Cependant il fiiut ajouter que la teneur du sulfure de carbone était alors beaucoup plus faible.

Un autre mémoire vous est adressé en vue du prix de 300,000 fr., dans lequel on cherche à démontrer que par l'emploi du sulfocarbonate de potassium, le sol est dépouillé par la potasse des matières azotées qu'il contient et qu'il doit, par suite, arriver fatalement à la stérilité, ce qui est bien loin d'être prouvé. Pour le contester, nous nous appuierions, au besoin, sur la pratique d'un de nos collègues, qui répand depuis longtemps de la potasse dans ses vignes avec un succès qui ne s'est jamais démenti.

Les divers moyens .que nous avons exposés, sans être appuyés d'expériences positives authentiques, condition absolument indispensable pour concourir au prix de 300,000 francs, devront-ils modifier les conclusions prises par vous en 1882, nous ne le pensons pas et nous espérons que vous voudrez bien les maintenir.

L'an dernier, la question de l'œuf d'hiver a été, avec juste raison, remise sur le tapis et, confiants dans les prévisions de notre éminent collègue M. Balbiani, nous lui demanderons de poursuivre, sur divers points, les expérience-* commencées, en attendant les résultats que la science nous laisse entrevoir.

Parmi les moyens de réparer en partie les ravages du phylloxéra, se présentent les cépages américains résistants, et les faits" assez nombreux qui, sous des climats très différents, militent en leur faveur, méritent l'attention sérieuse des viticulteurs.

Les bons effets de la submersion étant acceptés par tous, nous nous bornerons à les mentionner.

Devons-nous terminer ce rapport sans indiquer les quelques points noirs qui existent dans la question des insecticides et des vignes américaines, tel n'est pas noire avis ; car c'est rendre un véritable service aux viticulteurs que de leur signaler, par un court résumé, les résultats pratiques constates jusqu'à ce jour.

Les insecticides ne sont pas applicables dans tous les cas; ainsi les terrains maigres et superficiels se présentent rarement à leur ei ploi qui, au contraire, est souvent efficace dans lessolsayant une coudie végétale profonde de 0"\30 au moins et perméable.

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