EXPERIENCES SUR LE TOURTEAU DE COTON — II
Les 8 bœufs reçurent absolument la même quantité de racines (turneps) et de paille hachée. En outre, 4 d'entre eux reçurent du tourteau de lin, et les 4 autres un mélange de parties égales de tourteau de coton et de farine de maïs. Les 8 animaux furent soigneusement pesés au commencement de l'expérience, le 9 novembre. Ils furent de nouveau pesés le 17 décembre suivant et finalement le 17 janvier 1880. Entre ces deux dates extrêmes, c'est-à-dire du 9 novembre 1879 au 17 janvier 1880, le 1"" lot de 4 bœufs consomma la quantité de nourriture suivante :
kilog.
Paille hachée 840
Navets 4 ,935
Tourteau de lin 1 , 745
L'autre lot consomma en même temps les quantités suivantes :
kilos.
Paille hachée 840
Racines 4,915
Tourteau de colon 947.500
Farine de mais 9(J1.500
Total 7,664
Le tableau analytique suivant indique la composition des trois substances alimentaires employées dans l'expérience dont il s'agit.
Tourteau de Tourteau de Farine
coton décortiqué lin de
américain américain maïs
Eau 8.58 10.89 15.01
Huile 14.86 9.8n 1.88
Matières albumineuses 43.06 29.87 8.60
Mucilage, sucre, amidon 16.32 34.33 71.20
Cellulose (fibre ligneuse) 9.60 S. 25 1.56
Matières minérales (cendres) 7.58 6.80 1 -75
Azote 6.89 4,78 1.37
Maintenant voyons les résultats. Le tableau suivant indique le poids respectif de chaque animal au commencement de l'expérience, le 9 novembre 1879, et celui de la dernière pesée le 17 janvier 18S0.
Lots
Poids des bœufs
Poids
des bœufs
Augmentation
au
au
da poids
9 novembre 1879
17 janver 1880
va
kilogrammes
kilogrammes
kilogrammes
Bœufs nourris \ n"' 1
avec I 2
du tourteau j 3
de lin ! 'i
Poids total de 4 bœufs 2,052 2,538 '^ 286
LE TOUIITEAU Dli COTON. 73
• /Bœufs nourris\
l avec le mé-i n°' 1 480 5ô3 73
., ) lange de tour-: 2 484 591 107
'^° -^ ) teau de coton [ 3 54ô 598 53
/ et farine de 4 496 552 56
\ maïs- / ^
Poids total de 4 bœufs -. . 2,005 2,294 289
La seule différence que l'on constate entre l'augnientation des deux lots, c'est 3 kilog. On peut donc conclure de cette expérience qu'il y a égalité de valeur nutritive entre le tourteau de lin décortiqué seul et le mélange en parties égales du tourteau de coton décortiqué et la farine de maïs. Mais il reste à déterminer le coût de ces deux espèces de nourriture, car là gît 1 intérêt pratique de l'expérience.
Le premier lot, au cours de l'expérience, a consommé 1 ,745 kilog. de tourteau de lin qui, au taux de 238 fr. 50 la tonne, fait un total de 410 francs.
Le deuxième Iota consommé 947^.500 de tourteau de coton qui, à 195 fr. la tonne, fait 183 fr. 50, plus 961\500 farine de maïs, à 167 fr., 160 fr. 50, en tout 3/i4 fr. : différence, 66 fr. Ainsi avec le tourteau de lin seul le kilog. d'augmentation a coûté 1 fr. 30, et avec le tourteau de coton décortiqué mélangé de farine de maïs le kilog. d'augmentation n'a coûté que 1 fr. 19.
On voit tout de suite l'avantage, à tous les points de vue, d'employer, même pour l'engraissement, le mélange de tourteau de colon décortiqué avec de la farine de maïs, si l'on peut se procurer ces deux denrées à un prix raisonnable comme on peut le faire en Angleterre. Mais c'est pour les vaches laitières que ce mélange forme, sans aucun doute, l'aliment le plus convenable qu'on puisse leur donner. La farine de maïs corrige, par sa composition, ce que le tourteau de coton contient en excès de matières azotées, et donne à celui-ci ce qui lui manque en substances amylacées, de sorte que le mélange forme une nourriture complète qui augmentera, à un degré dont on ne saurait exagérer la puissance, la sécrétion laitière, et la présence du beurre dans le lait.
Je disais en commençant que, jusqu'à présent, on n'avait importé en France directement d'Amérique que peu ou point de tourteau de coton. Je dois dire que M. Pilter, à qui l'agriculture française est redevable de l'introduction de tant de machines et d'instruments agricoles les plus pratiques, d'engrais si efficaces et si recommandables par leur pureté et leur efficacité, et tout cela avec la première garantie d'une loyauté et d'une probité que tous reconnaissent chez ce négociant infatigable et entreprenant, M. Pilter, dis-je, a récemment importé directement d'Amérique au Havre, ce précieux tourteau de coton décortiqué. En ce moment, je l'essaie dans ma vacherie, et déjà, j'ai pu constater une augmentation notable dans le rendement de mes vaches laitières. Je n'hésite donc pas à recommander fortement l'emploi du tourteau de coton d'Amérique^ pourvu que le prix n'en soit point trop élevé, en le mélangeant avec la farine de maïs.
F.-R. DE LA TrÉHONJNAIS.
Séance du 11 avtil, 1883. — Présidence de M. Dumas.
M. le ministre de l'agriculture transmet une note de M. Bruwaert, consul de France à Chicago, sur la culture du sorgho.
M. le ministre de l'instruction publique demande à la Société de lui indiquer les questions qu'elle jugerait utiles d'introduire dans le programme du congrès des Sociétés savantes pour 1884.
M. de Saint-Aignan, correspondant de la Société, envoie une note sur l'emploi du fumier pour protéger les vignes contre les gelées printannières.
M. Tanguy, médecin-vétérinaire à Lariderneau (Finistère), envoie plusieurs notes sur la production chevaline en Bretagne.
M. E. Fléchey, membre de la Société de statistique de Paris, fait hommage d'une notice sur l'alimentation de Paris en viande de boucherie, de 1879 à 1881. Dans cette note, M. Fléchey fait ressortir l'accroissement constant de la consommation de la viande, à l'aide de tableaux sur le mouvement des marchés et des abattoirs de la capitale.
M. Baudi^Uart présente le volume qu'il vient de publier sous le titre Rapports de l'économie politique avec la morale, et M. Reiset présente une brochure renfermant ses observations sur le lait bleu, qui ont été publiées dans les deux précédents numéros du Journal.
M. des Cars donne lecture d'une étude relative à l'action de la gelée sur les végétaux. A cette occasion, M. Becquerel rappelle lés observations qu'il a eu l'occasion de faire sur la collection d'orangers qu'il cultive à Châtiilon-sur-Loing (Loiret), et MM. Chevreul et Chatin présentent des considérations sur les odeurs spéciales exhalées par les plantes gelées.
M. d Esterno rappelle la question qu'il a soumise à la Société relativement aux falsifications dans le commerce des engrais. M. Damas et M. Barrai font remarquer que la question est extrêmement complexe, et qu'il est important de ne laisser, dans un problème de ce genre, aucun point dans l'obscurité, en même temps qu'il faut se garder de préconiser des mesures qui seraient de nature à entraver le commerce loyal des matières fertilisantes; la composition des engrais n'est pas le seul facteur de Femploi avantageux de ces substances. Sur la demande de M. d'Esterno, la Société décide que le rapport est renvoyé à la Section d'économie, de statistique et de législation agricoles.
M. Baudrdlart donne lecture d'un rapport sur l'ouvrage de MM. Pigeonneau et de Foville, intitulé : V administration de Vagriculture au contrôle général des finances (1785-1787). M. Baudrillart entre, à cette occasion, dans des considérations historiques sur l'organisation de l'administration de l'agriculture dans les dernières années de l'ancien régime et sur le rôle que joua, à celte époque, la Société d'agriculture de Paris.
La Société procède à l'élection d'une commission chargée de préparer une liste de candidats pour une place de membre étranger dans la Section hors cadre. Henry Sagnier.
(14 AVRIL l>-83).