‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 550 sur 683 · XVI. — Le commerce des vins · texte numérisé non relu

XVI. — Le commerce des vins

Ainsi que nos lecteurs l'ont vu par nos précédentes chroniques, la question de l'alcoolisation à outrance des vins importés, et notamment des vins espagnols, et celle de la circulation des piquettes alcoolisées, préoccupent vivement les viticulteurs. Sur ces deux questions, voici le texte d'une lettre qu'un grand nombre de producteurs du département delà Loiro-In!érieure ont adressée récemment au (>omice agricole central de ce département, et qui a été couverte de 3,400 signatures :

« Nantes, le 2S avril 1883:

« Les soussignés, propriétaires et cultivateurs de vigne, commissionnaires et négociants faii-ant le coranaerce des vins de la Loire-lnlérieure, ont l'iionneur d'appeler votre attention sur: la situation difficile où se trouve réduite la. viticulture de notre département.

« Ce fâcheux état de choses provient, pour une grande partie, de causes naturelles trop cotmues jiour que nous ayons à les rappeler en détail. Gelées d'une excessive rigutur, violents orages de grêle, absence de chaleur et jduies continuelles pendant les saiVons d'été, rien n'a manqué, depuis cinq ans, pour détruire: et endommager g avement nos récoltes et faire succéder la gêue et l-i soulîiance à la proi^périte qu'- la culture de la vigne avait napuère développée parmi nous.

« De plus, i<timulé par la rareté de nos produits et les besoins de la consommation, te commeice- est venu, de tous les côtés, suppléer à la faiblesse des, approvisi nnemeuts et peser aiiui constamment sur les prix qui auraient pu, dans' uaeicertaineaaesure, atténuer pour nous l'insulfibance des récultes.

« Hâtons-nous de dire qu'en indiquant ces deux causes, l'une de force majeure, l'autre résultant de l'intervention légitime et nécessaire du commerce, nous ne songeons nullement à nous en plaindre. Mais nous avons du moins le droit d'exiger qu'une situniion si pénible ne soit pas encore aggravée par les agis^ernents d'une concurrence qui n'est ni loyale ni juste, parce qu'elle n'obtient la faveur du public qu'en le trompant sui- la nature et la qualité réelle de la marchandise.

<c Sans doute, la fraude a toujours existé, et de tout temps une avidité sans scrupule a exploité l'insouciance et l'ignorance du consommateur en altérant de mille manières les objets de consommation. Mais, en ce qui concerne le vin, nous ne croyons pas que jamais l'art des falsilications et des multiplications indéfinies se soit exercé sur une aussi vaste échelle et à l'aide de moyens aussi variés.

« Pour ne citer que quelques-uns de ceux qui sont communément employés :

« Des vins chargés de couleur sont dédoublés avec de l'eau et renforcés ensuite d'alcool si le degré reste trop faible;

« Ou fabrique des piquettes avec de l'eau sucrée qu'on met à fermenter sur lesmarcs de vendange;

« Ou bien les piquettes sont faites simplement avec de l'eau jetée sur le marc, et ensuite fortement alcoolisées ;

« Des vins sont fabriqué-? avec des raisins secs, de l'eau et de l'alcool»

<v Puis, comme ces créations trahiraient trop aisément leur origine, on s'efforce de masquer le tiavail opéré par l'emploi de diverses substances ayant pour but d'imiter le mieux possible la couleur, le goiît et le bouquet du vin, et dont l'innocuité est souvent très contestable.

« Quelquefois même il se fait, de toutes pièces, de soi-disant vins dans lesquels le jus des cépages n'entre i)as ou n'entre que pour une part extrêmement faible.

« Est-il besoin d'ajouter que, surtout au détail, ces compositions se vendent comme produits authentiques de la vigne, et que presque jamais l'acheteur n'est rais à même d'apprécier le vrai motif du bon marché qui détermine sespréférences? j

« En rappelant que les vins artificiels cherchent leur débouché principal dans la grande consommation des classes laborieuses, nous pourrions faire ressortir les inconvénirnts et les dangers qui en résultent pour la santé publique ; mais malgré la gravité de cette consid ration, nous nous bornons à l'indiquer brièvement, et nous croyons qu'il nous appartient de fonder plus spécialement nos réclamations sur le préjudice causé à une branche importante de la production, sur l'atteinte direct-^ et injustifiable portée à nos intérêts les plus essent els.

« Puisque le Goraice agricole de la Loire-Inférieure a pour mission de soutenir et de défendre l'agriculture d''partementale, nous venons, Messieurs, vous prier respectueusement d'intervenir auprès de la justice et de l'administration, afin qu'elles usent de^ moyens que la loi met à leur disposition j)Our nous protéger efficacement contre la concurrence abusive que nous prenons la liberté de vous signaler.

« Si parmi les procédés mentionnés plus haut, il s'en trouvait dont l'emploi pariât pouvoir être toléré, nous demanderions du moins que le vendeur en gros ou en détail fût rigoureuse nent tenu, sous les peines de droit, de vendre la marchandise pour ce iiu'elle est, en indiquant exactement sa nature et sa composition, et que )a désigr ation de vin sans é\ ithète fût exclusivement réservée aux produits purs et naturels de la vigne. Ainsi l'aclieteur, convenablement renseigné, fixerait son choix en peine connaissance de cause etn'aurùt à s'en prendre qu'à lui-même des déc ptions aux juelles il se serait volontairement exposé.

« Nous pro'estons, en terminant, que nous sommes loin de vouloir donner à nos récriminations un caractère injuste de généralité; et nous reconnaissons sans peine qu'on citerait bien des négociants et des détnillants dont la probité commerciale pourrait défier tous les reprnclies et tous les soupçons, et qui tiennent à honneur de ne servir à leur clientèle qu'une marchandise parfaitement loyale. Nous sommes c invaincus qu'ils se joindront à nous pour demander la répression d'un abus dont ils se trouvent eux-mêmes victimes. »

Dans la dernière réunion du Conseil supérieur de l'agriculture, sur la proposition de M. Dumas, la question du vinage et de la fraude sur les vins a été renvoyée à la Section de vilicultuie. M. Dumas a fait observer que l'on peut reconnaître facilement un vin contenant naturellement 10 pour 100 d'alcool et dont , on aurait élevé la teneur

alcoolique à 15 pour 100; à plus forte raison, reconnaîtra-t-on de simples boissons alcoolisées dans lesquelles il n'entre pas de jus de raisin. — De son côté, le Comité consultatif des arts et manufactures a exprimé l'avis que Talcool existant dans les vins de fabrication artificielle entrant en France, devrait être estimé et imposé au tarif de l'alcool pour le droit de douane et pour le droit intérieur.

XVII. — Le concours de pompes de Sidi-bel-Abbès. Dans notre numéro du 28 avril, nous avons publié la liste des récompenses décernées au concours agricole de Sidi-bel-A^bbès (Algérie). A cette occasion, nous recevons de M. Beaume, constructeurhydraulicien à Boulogne-sur-Seine, près Paris, la lettre suivante :

« Monsieur le directeur, en rentrant du concours de Bol-Abbès, je vois dans votre Journal du 28 avril, la publication de la liste des récompenses décernées à ce concours.

<c Je jpae permets de vous envoyer le tableau avec ch'ffres, des expériences faites sur les pompes à vins par le jury des instruments d'intérieur; ces chiffres sont ceux relevés par les personnes présentes aux essais et par votre serviteur; ils sont du reste en rapport avec ceux des jurés.

u Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir publier ce tableau dans voire Journal très autorisé et très répandu, atin de renseigner vos nombreux lecteurs sur les résultats obtenus.

a Bien entendu, je m'abstiens de toute observation; laissant à votre sage appréciation la différence notoire qui existe entre le classement imposé par les chiffres et celui du jury, il vous sera facile de remarquer qu'il y a inversion complète dans ces deux classements.

« Je ne vous étonnerai pas, en vous annonçant que la généralité des exposants et du public connaisseur Bel-Abbèsien a été stupéfait à l'annonce de leur jugement.

« Toutes les branches d'industrie ont eu à enregistrer des faits semblables ; pour vous citer un exemple,- sachez qu'un pressoir absolument brisé pendant les expériences a pu obtenir un troisième prix, alors qu'un autre ayant tenu jusqu'à la fin sans la moindre égratigaure n'a obtenu qu'un quatrième, ceci dit non pour avantager l'un des deux appareils, mais pour la rareté du fait.

« Pour ce qui concerne les pompes, j'ajoute que malgré les sages conseils de MM. les commissaires aucun diamètre ni course de piston n'a été relevé, le terme de comparaison employé étant le temps.

« Espérant que dans l'intérêt général vous voudrez bien accéder à ma demande, je vous prie d'agréer, etc. BeaUme, fils.

Ingénieur hydraulicien.

Voici le tableau dont M. Beaume nous demande l'insertion dans la lettre qu'on vient de lire :

L'expérience consistait à faire élever par chaque pompe une quantité de liquide égale, à une hauteur de 3'". 70. Le temps employé était pris comme terme de comparaison.

Nom Prix Classement Classement

des de Force Temps d'après le temps du

exposants. vente. employée. employé. employé. jni'y-

[ 160 fr. 1 homme 4 min. 56 sec. V 2 3' prix

Beaume 250 — 6 — 24 — . N° 7

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