‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 630 sur 683 · XV. — La consoude rugueuse du Caucase · texte numérisé non relu

XV. — La consoude rugueuse du Caucase

A diverses reprises, nous avons signalé les avantages que donne la culture, comme plante fourragère, de la consoude rugueuse du Caucase. Sur ce sujet, M. Picot de Plédran, agriculteur et maire à Saint- Carreuc, par Moncontour (Côtes-du-Nord), nous communique une notice qu'il se propose d'envoyer aux présidents des Associations agricoles de Bretagne. Voici le texte de cette notice :

« Cultivée depuis très peu de temps en France et par un petit nombre d'agriculteurs parmi lesquels je citerai M. Groffart, le célèbre inventeur du meilleur procédé d'ensilaore des maïs, et M. le baron d'Eichtal, la Consoude rugueuse est certes une des plantes les plus productives et les plus rustiques que je connaisse ; elle résiste aux plus grands froids, et si sa végétation se trouve arrêtée par les glaces dès les premiers jours de printemps, grâce à ses» puissantes racines qui vont chercher dans les profondeurs du sol des sucs que ne peuvent atteindre les autres végétaux fourragers, elle présente de magnifiques touffes de tiges et de feuilles tendres, très riches en matières grasses et mucilagineuses.

ce Or, d'après les récentes analyses laites dans les laboratoires d'agriculture, elle contient jusqu'à 2.70 pour 100 d'azote, alors que le maïs en contient à peine 1.25 pour 100.

ce Dans une terre fra,îche, substantielle et convenablement fumée, elle m'a donné dès la première année 4 et ensuite 5 coupes d'un excellent fourrage. Le produit approximatit de chaque coupe peut être évalué à environ 20,000 kilog. par hectare, ce qui donne un produit annuel de 80 à 100,000 kilog.

« Je ne connais pas une seule autre plante fourragère qui puisse fournir un rendement aussi considérable, si ce n'est le maïs géant; mais, depuis quelques années, le climat de la Bretagne s'est tellement refroidi, les gelées du printemps et même de l'été sont devenues tellement fréquentes et rigoureuses, qu'il n'est plus possible dans la plupart des cantons de cultiver le maïs avec quelques chances de succès.

ce La Consoude rugueuse pré-sente sur tous les autres fourrages, l'avantage de convenir pour la nourriture de tous les animaux des fermes. Les porcs et les chevaux la mangent avec avidité, les vaches s'en nourrissent sans répugnance; je suis persuadé qu'il serait facile de la convertir en foin : car une fois cnupée. elle se dessèche rapidement. On la multiplie par éclats de pied ou par fragments de racine que l'on espace à un mètre de distance les uns des autres, et qui peuvent être plantés depuis le mois de mars jusqu'en octobre.

« Si le temps est favorable, au bout de huit jours, des feuilles sortent de terre et six semaines après, la plante est en fleurs et bonne à couper. A chaque coupe la touffe s'élargit, et au bout d'une année la terre est complètement ombragée.

ce Deux ou trois binages par an sont nécessaires pour enlever les mauvaises herbes et empêcher la terre de durcir.

« Une fois enracinée dans le sol, cette plante ne souffre plus de la persistance des sécheresses et je ne me suis pas aperçu que les coupes d'août et septembre lussent inférieures à celles des autres mois.

K Elle peut être laissée pendant plusieurs années sur le même terrain; mais alors, il est bon d'y pratiquer tous les deux ou trois ans une bonne fumure, soit répandue en couverture, soit recouverte au moyen d'un labour léger; du reste, il sera toujours facile aux agriculteurs qui 'voudront essayer la culture de la Gonsoude, de rechercher les causes qui pourraient en diminuer le rendement et d'employer les moyens en leur pouvoir pour y remédier.

« En résumé, cette plante, par son mode de végétation si bien approprié au climat liumide de la Bretagne, est appelée à rendre les plus grands services à la petite et à la moyenne culture, aussi rustique que précoce ; elle a de plus l'avantage de fournir des masses énormes de fourrages dont les coupes successives commencées aux premiers jours de printemps ne finissent qu'avec l'automne; et je suis persuadé que le jour où la culture en sera généralisée, notre sol breton pourra nourrir une quantité de bétail triple de celle qui y existe aujourd'hui, sans avoir à craindre le retour des disettes de fourrages, qui deviennent parfois comme en l'année 187 0 des calamités publiques.

« Dans un but de propagande, je mets à la disposition des agiiculteurs qui désireraient faire un essai, des éclats et racines de Gonsoude rugueuse, au prix de 50 francs les mide plants, rais en gare de Saint-Brieuc.

« Veuillez agréer, etc. Ch. Picot de Plédban,

« Propriétaire au Château du Plessis-Budes, en Saint-Carreuc, par Moncoritour (Côtes-du-Nord). »

Dans la lettre qu'il nous écrit en même temps, M. Picot do Plédran ajoute : « J'ai employé la Gonsoude avec succès pour la nourriture des porcs et des chevaux. Les animaux de l'espèce bovine en paraissent moins friands au début; ils finissent au bout de quelques jours par s habituer à cette nourriture et la consomment sans répugnance. » XYI. — Élection à la Société nationale d'agricvlture.

Dans le Comité secret de sa séance du 13 juin, la Société a entendu le rapport de la Section de mécanique agricole et des irrigations sur une place de membre associé national vacante dans cette Section. La Seclion présente : en première ligne, M. Félix Vidalin, ingénieur de la marine en retraite, agriculteur à îintignac(Corrèze); en deuxième ligne, M . Champonnois, constructeur de distilleries à Paris. Les titres des candidats ont été discutés; l'élection aura lieu dans la séance du 20 juin. XVIL — Nouvelles de l'état des récoltes.

La plupart des récoltes se présentent dans d'assez bonnes conditions dans presque toutes les régions. Tel est notamnient le cas pour le déparlement des Vosges, d'après la note que M. Jacquot nous envoie de Chévreroche, à la date du 9 juin :

ce II y a à peine un mois que la neige tombait par violentes averses ; et la végétation souffrait d'un retard de trois semaines sur une année ordinaire. A présent, cette situation se trouve abondamment réparée par une végétation luxuriante de toutes les récoltes. Les prairies au sol léger, il y a quinze jours, souffraient de la sécheresse; mais depuis ce temps, les orages fréquents ont détrempé sufii>^amment les terres, en sorte que, par la température chaude régnant sans interruption, elles ont une apparence magnifique — Je n'ai point de renseignements sur les orages de ces derniers temps ; peut-être y a-t-il çà et là quelques dégâts, mais je pense qu'ils sont peu considérables en comparaison de l'effervesoence de ce emps orageux. Dieu veuille qu'il en soit partout et toujours ainsi. La fauchaison des l'oins va commencer. Gette récolte paraît très abondante. »

Dans le département de la Dordogne, le mois de mai paraît avoir été peu favorable aux plantes sarclées, et la récolte des fruits sera faible. G'est ce qui résulte de la noie que M. de Lentilhac nous envoie de Saint-Jean-d'Ataux, à la date du 10 juin :

« Le mois de mai 1883 a donné plus de jours de pluie et un chiffre de millimètres

GHRONiUUE ACiKlCULE (16 JUIN l»b3). 409

d'eau supérieur environ du double à celui de la période correspondante dans les trois années qui l'ont précédé; la température moyenne du mois a peu varié, mais elle a présenté un maximum de 32 degrés centigrades que n'avaient pas atteint les mois de mai précédenls; comme conséquence, les orages ont été plus nombreux. Le mois de mai a eu une portée très caractéristique sur le sort des prai ries naturelles, des fourrages et de la plante sarclée. Lorsqu'il est relativement chaud et pluvieux, il favorise comme cette année la croissance des herbes de codercs ou prés secs, er. plutôt la seconde que la première coupe des fourrages artificiels. Son influence sur la plante sarclée a été des plus mauvaises, beaucoup de serais de betteraves se sont perdus sous l'eau ; les pommes de terre ont beaucoup de manquants, et nombre de maïs jaunes souffreteux ont dîi être ressemés. — Nous disions dans une de nos précédentes chroniques, que les fruits avaient fait fiasco sur toute la ligne, que cependant nous faisions nos réserves pour les pommiers à ce moment littéralement couverts de fleurs ; aujourd'hui nous n'avons plus d'illusion, ils ont subi le sort des autres arbres à fruits; tout a coulé. Ce ne sont pas les gelées, ils ont fleuri après les derniers froids de mars, mais bien un efîet de la pluie qui sans doute a sursaturé d'eau la sève et l'a empêchée d'être assez alibile pour favoriser l'acte de la fécondation.

« Quanta la vigne, elle ofl're comme tous les ans à cette époque, lorsque la chaleur solaire souffle la vie au cœur des plantes, un luxe de végétation qui fait plaisir à voir ; supputant les résultats qu'annoncent tant de plantureuses promesses, le propriétaire compte déjà avec complaisance le nombre des mannes, qui n'est pas excessif mais serait largement suffisant s il arrivait à bien : » Trop de manne reste en panne ». Mais hélas, que de hasards à courir, que de périls à affronter avant de pouvoir dire : J'aurai du vin.

« Il se l'ait dans la contrée quelques petites éducations de vers à soie, à seule fin de conserver la graine; jusqu'à présent elles marchent bien, n'offrant aucun cas de maladie ; nous attendrons la monte pour conclure. »

A la suite de quelques journées de grosse chaleur, des orages violents se sont déchaînés dans un grand nombre de dépai^tements. Ils ont été parfois accompagnés de grêle qui a amené des désastres considérables, notamment dans la vallée de la Loire : les récoltes ont même été détruites presque complètement dans quelques communes. Toutefois, hâtons-nous de dire que cesdésastres sont locaux, et que presque partout les récolles continuent à se bien présenter. On fait la récolte .des prairies avec beaucoup d'activité; l'herbe a beaucoup gagné durant les dernières semaines. J.-A. Barral.

DISCOURS DE M. GOCHERY

Ministre des postes et des télégraphes, au concours régional de Blois.

Messieurs, je tiens d'abord à vous remercier, au nom de mon collègue le ministre des travaux publics et au mien, du gracieux accueil que vous venez de nous faire. Vous avez justement apprécié qu'en déléguant deux de ses membres pour prendre part à vos fêtes du concours régional, le gouvernement de la République avait voulu attester une fois de plus combien il s'intéresse à l'agriculture, combien il croit devoir en favoriser le développement, combien il est heureux d'en constater le progrès.

J'ai, du reste, personnellement un droit tout particulier à votre bienveillance : j'appartiens à votre région; vos intérêts agricoles sont les miens. Les deux départements de Loir-et-Cher et du Loiret fraternisent non seulement pnrle.jrs vieilles sympathies, mais encore par leurs cultures qui sont les mêmes.

Blois nous offre aujourd'hui sa courtoise et splendiJe hospitalité. Orléans, l'année prochaine, tiendra dans ses murs le concours régional, et se réjouit déjà de vous y convier. Le maire d'Orléans est venu apprendre, ici même, comment on peut tenter de vous égaler.

Nous nous connaissons, du reste, de vieille date. J'ai été bien souvent votre hôte pendant la guerre de 1870, dans mes douloureux voyages d'Orléans à Tours. Nous nous communiquions alors nos anxiétés patriotiques. Et, plus tard, c[uand les armées ennemies envahirent votre département, c[uel[e ne fut pas notre espéranco pendant la lutte héroïque engagée par Ghauzy !

Nous n'avons pas ouJjlié les combats livrés par ses jeune: troupes àMircheaoi?

410 DISCOURS DZ M. GOCdERy.

à Josnes, à Villarceaux, à Vendôme, Un instant, lors des succps de Fréteval, nous avons ]ju croire que le sort des armes allait changer. Le coup qui vous frappa, lorsque notre armée l'ut oblig'ée de se replier sur le Mans, nous fut commun; nos deux départements subirent le même sort et devinrent la proie de l'invasion.

Pardonnez- m'oi de rappeler ces souvenirs à votre fiatriotisme, mais il me semble que ces douleurs communes resserrent encore nos liens d'affection. Aussi n'ai-je pas besoin de vous dire que c'-est de tout cœur que je viens aujourdhui constater les progrès de votre agriculture, applaudir à ses victoires pacifiques.

C est la quatrième lois que le concours régional se tient à Blois; la première réunion remonte à 1858. Quelle différence dans ces deux concours! En 1858, -vous aviez lOJ têtes de gros bétail et -232 instruments d'agriculture. Aujourd'hui, vous présentez 200 têtes de igros bétail, 125 lots de bêtes ovines, 30 lots de porcs, 84 lots de volailles, 787 lots de produits, et pas moins de 1,240 machines.

Et quels progrès' La forme des animaux a été perfectionnée, leur précocité accrue, leur poids considérablement augmenté. Le bien-être général en a largement profité. Avec une nourriture plus saine, plus abondante, nos populations ont trouvé une force et une activité nouvelles. Le travail national en ressent les heureux effets.

Le département de Loir-et-Cher avait déjà de belles cultures, de vertes prairies et de vastes forêts. Mais comme il a été amélioré et en quelque sorte transform parles intelligents efforts de ses cultivateurs! La lande a disparu presque entièrement, elle a fait place à de splendides moissons. De gras pâturages se son substitués à la bruyère et à l'ajonc. Vous avez réduit la jachère. Dans ce pays d labeur, v<3us ne voulez pas que la terre se repose plus que les bras de l'homme.

Cette Sologne elle-même, jadis d'une stérilité et d'une insalubrité proverbiales, est devenue fertile, grâce à vos efforts. Les étangs ont été desséchés, le drainage a régularisé le cours des eaux; le colza, la betterave, la vigne même ont largement dédommagé l'agriculteur de ses sacrifices. Les sapinières ont complété votre œuvre. Vos terres ont ainsi décuplé de valeur.

Vous avez prouvé combien vous êtes vaillants, même contre les ravages des saisons inclémentes. La gelée a brûlé vos plantations de pins maritimes. Vous avez lutté courageusement, le concours du gouvernement ne vous a pas fait défaut, et vous avez déjà réparé en partie vos désastres. Je suis heureux de constater de pareils résultats, de vous en féliciter.

Il vous reste cependant quelque chose à faire. Le phylloxéra. a commencé à attaquer vos vignes. Ne perdez pas un instant pour le combattre. Agissez, agissez vite. Mon excellent ami le ministre de l'agriculture ne demande qu'à vous aider. N'hésitez donc pas. Les sacrifices que vous pourrez faire seront amplement com-' pensés par les résultats. Vos vins ont une juste réputation. Il faut sauver cette richesse de votre pays.

Votre culture arable est en progrès. Il y a dix ans, vous n'ensemenciez que 60,00€ hectares de blé -aujourd'hui, c'est 7ti,ÛOO quevous labourez. La production s'est élevée de 922,000 à 1,500,000 hectolitres. Le rendement par hectare a surtout progressé; il était de 14.4 hectolitres, il est aujourd'hui de lb.2. Le bénéfice de l'augmentation se chiffre par millions. L'avoine et le méteil ont suivi également une marche ascendante.

Vous devez surtout ces progrès à l'emploi des machines. Nul département n'en a fait plus grand usage qu-e le vôtre. Vos agriculteurs ont ainsi fait preuve d'une initiative intelligente, et ils en ont été récompensés.

En travaillant pour vous, vous travaillez pour le pays. Persévérez donc, l'Etat vous doit son concours-. 11 ne faillira pas à ce devoir.

L'agriculture a déjà profité de l'essor donné à l'instruction publique : à l'enseignement primaire, se joignent, sous la direction de maîtres compétents, des notions scientifiques qui vulgarisent les meilleures méthodes de culture et permettent aux agriculteurs de les appliquer rationnellement.

Partout s-e créent des routes et des chemins vicinaux, ce sont là les vraies artères de la richesse agricole. Mon collègue le ininislie des travaux publics me permettra de vous dire qu'il est votre plus immédiat collaborateur. Les chemins de fer ouvrent aux produits agricoles des débouchés qui en augmentent la valeur.

Soyez assurés que le gouvernement ne s'arrêtera pas dans ces travaux vraiment productifs. La République, sans cesser a'êtie jalouse de la dignité de la France, cherche surtout la grandeur du pays dans le développement técond des œuvres de paix et de travail.

SUR LES ALLUYIONS ARTIFICIELLES - IIP

V. — Réfléchissez-y, mon cher direcLeur, et vous reconnaîtrez, je l'espère, que la question hygiénique n'est pas encore cette ohjection capitale qui doit faire repousser mon projet.

Il y a vingt ans déjà je le soumettais à un homme, qui par sa position hiérarchique me paraissait plus qu'un autre en position de l'appuyer en haut lieu. Le voyant m'écouter sans m'interrompre, je lui demandai finalement s'il y voyait des objections. « Je vous avoue, me dit-il. que j'en cherche et que je n'en trouve pas. » Je pris cet aveu pour un encouragement, une promesse tacite de recommandation et d"appui sur laquelle je comptai naïvement pendant plusieurs années, jusqu'au jour où j'appris, à n'en pouvoir douter, que celui qui me l'avait faite, se trouvait précisément un des adversaires les plus ardents de mes idées dans les conseils où je comptais qu'il les ferait prévaloir. .

Avait-il enfin trouvé l'objection qu'il ne voyait pas au début? Je l'ignore; mais d'autres ont dû vainement la chercher, qui n'ont trouvé d'autre moyen qu'un silence de parti pris pour écarter un projet qu'ils ne pouvaient pas combattre mais qu'ils voulaient encore moins favoriser. Je ne vous range certainement pas dans cette catégorie d'adversaires prévenus contre lui. Au fond mon projet ne vous a peut-être jamais été bien sympathique, et vous avez conservé un sentiment de méfiance plus instinctif que réfléchi. Mais si nos idées ne cadrent pas de tous points, nous avons pourtant cela de commun, mon cher et vieux camarade, d'être à peu près du même âge et d'avoir commencé en même temps, une longue lutte que nous avons poursuivie par des voies et moyens différents, mais avec un même but d'utilité publique et d'intérêt général. Ce but, j'en suis pour ma part, à la fin de ma carrière, plus loin que jamais. Je ne sais jusqu'à quel point vous croyez l'avoir atteint vous-même. Vous avez sans doute beaucoup fait dans votre œuvre de vulgarisation scientifique ;, mais ne vous reste-t-il plus rien à faire? Croyez-vous qu'il n'y ait rien à demander de plus pour l'agriculture, que des dégrèvements d'impôt,, des subventions et des primes, et çà et là l'exécution de quelques canaux d'arrosage à 6,000 francs l'hectare, comme le canal du Yerdon, à 10,000 francs, comme le canal du Rlione tel qu'il nous a été proposé.

Si accommodante que soit la vache à lait du budget, elle ne saurait indéfiniment suffire à de telles exigences.

Je sais qu'à vos yeux, à ceux de beaucoup de vos lecteurs, je paraîtrai soutenir un paradoxe, en prétendant que l'agriculture n'est pas ce qu'on suppose, cette puissante nourricière, mère de toutes nos industries, source de tous nos impôts. Il en était peut-être ainsi du temps de Sully; mais du nôtre, tout a bien changé. Le tourteau industriel entre pour une forte part dans la ration nutritive de la vache budgétaire; et il ne faudrait pas que le pré exigeât plus d'engrais qu'il ne pourra fournir de fourrage.

En d'autres termes, pour parler plus simplement, c'est moins aux charges d'impôt qui pèsent sur elle qu'à l'insuffisance de ses produits qu'on doit attribuer l'état d'infériorité relative de notre agriculture. S [

1. Voir le Journal du 2 et du y juin, pages \iS2 et o7J de ce volume.

412 SUR LES ALLUVIOiNS ARTIFICIELLES.

nous voulons qu'elle reprenne sa place dans notre production nationale qu'elle puisse lutter avantageusement contre la concurrence étranfTère • ce sont moins les procédés de culture, que la nature ellemême du sol végétal, que nous devons chercher à améliorer. Or, ce problème, je crois l'avoir résolu p ir le principe de l'alluvion végétale. Dans la première application que je propose à la fertilisation des Landes, il s'agit de créer la terre végétale de toutes pièces, de substituer toute une province riche et fertile à une égale étendue de sables

arides.

En tous lieux sans doute, il ne sera pas nécessaire d'en faire autant; on n'aura pas à reconstituer en bloc le sol végétal; mais le canal de limona'Te n'en sera pas moins utile et avantageux, comme voie de transport économique des amendements minéraux, rendus assimilables, qu'on pourra à peu de frais répandre en engrais à la surface des sols en culture.

Tel est le but final de la grande réforme agricole qu'on peut déjà entrevoir dans un avenir assez rapproché ; et pour la préparer cette réforme, que faut-il faire? S'agit-il de dépenser des milliards pour atterrir ou creuser quelque plage lointaine, à l'isthme de Panama ou dans les déserts du Sahara africain? Nullement! Il suffit de risquer un capital de 20 à 30 raillions, à peine ce qu'a coûté le canal d'irrio-ation du Verdon; non pour l'irrigation de 4,000 hectares, mais pour la transformation complète d'un million d'hectares.

Telle est l'entreprise pour laquelle j'ai recours une fois encore à la publicité de votre Journal. Vous reconnaissez, quant à vous, n'y voir aucune difficulté matérielle; car j'espère bien que vous ne persisterez pas dans votre objection hygiénique. D'autres sans doute, retranchés dans un scepticisme de parti pris, trouveront plus simple de traiter l'idée d'utopie que de prendre la peine de l'étudier. Pour moi, plus j'examine la question, la retournant sous toutes ses faces, plus je reste convaincu que l'entreprise est éminemment pratique et réalisable. Cette réalisation sera-t-elle ajournée une fois encore, renvoyée à la génération qui suivra la nôtre, La chose est possible; mais s'il en était ainsi, nos neveux auraient un jour une bien triste opinion de l'intelligence de leurs pères; aussi bien de tous ceux qui n'auraient pas su reconnaître à temps la simplicité de l'entreprise, que de moi qui n'aurais pas su la démontrer aux indifférents.

Agréez, etc. Duponchel,

Ingénieur en chef des ponts et chaussées.

Page 1