‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 91 sur 683 · CO · texte numérisé non relu

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Dernier cours.

LETERRIER

CHRONIQUE AGRICOLE (27 janvier i883).

La iiipcanique dans ses rapports avec l'agriculture. — Importance de la diminution du prix de revient des travaux agricoles. — Les labours et la laiterie. — Session unniKille de la (Commission supérieure (lu phylloxéra. — Constatation des progrès de la marche du phylloxéra. — Projet de loi relatif à la défense de l'Algérie contre la propagande du fléau. — Publication des travaux du Comité d'études et de vigilance de la Charente-Inférieure. — Rapport de M. Verneuil sur la plantation des vignes américaines et les encouragements à lui donner. — Observations de M. Menudier. — Commencement de la discussion au Sénat sur le projet de loi relatif au régime des eaux. — Commission chargée d'examiner le projet de loi sur la surveillance des étalons. — Proposition votée par la Chambre des députés sur le partage des bois d'affouage. — Ciéation d'une station de chimie végétale à Meudon. — Les épizooties en Allemagne. — Extrait du Bulletin des épizooties d'Alsace-Lorraine. — Exposition d'horticulture à Gand. — Création d'une école pratique d'agriculture à Andrinople. — Les Annales agronomiques. — Vignes américaines. — Lettre de M. Destremx. — Rapport de M. '"'Ourdin sur ses pépinières de Saint-Hippolyte-du- Gard. — Publication du compte rendu du Congrès viticole de Dr.iguignan. — Céréales de printemps. — Blé de Bordeaux et orge Chevalier. — Noie de M. de Lentilhac sur la situation des récoltes en terre. — Le rouget des porcs dans le département de la Dordogne.

Les progrès de la mécanique agricole n'ont pas dit leur dernier mot; ils peuvent encore produire des résultats considérables. L'invention d'une nouvelle charrue, par exemple, peut être un bienfait bien supérieur à tous les dégrèvements d'impôts que l'on peut espérer de la meilleure volonté des meilleurs gouvernements. C'est pour cette raison que nous insistons sur les avantages que présenterait l'importation des charrues tilburys américaines. Laissant de côté tous les détails d'application, et ne prenant que la chose capitale, nous croyons que la nouvelle charrue, en permettant de faire, avec les mômes attelages et un personnel de laboureurs plus facile à trouver, une quantité de travail double dans le même temps, réduira de moitié les frais de labour. Ce fait correspond à une économie annuelle d'au moins 750 millions de francs, pour la culture française seulement. Un tel résultat laisse loin derrière lui toutes les demandes faites au gouvernement. Le bienfait pour l'humanité est donc immense. Par d'autres inventions mécaniques, notamment par les semoirs, des avantages du même ordre peuvent être obtenus. L'introduction des machines à vapeur dans les fermes y a causé une véritable révolution, qui est loin d'avoir produit tout son effet. 11 n'est pas jusqu'aux travaux de la fermière qui ne puissent être transformés de manière à amener la richesse là où il n'y avait guère que la gêne. Les progrès de la mécanique, introduits dans la laiterie comme nous aurons l'occasion de l'expliquer dahs une autre partie de ce Journal^ peut faire partout de la fabrication du beurre une industrie extrêmement florissante. Ces indications suffisent pour qu'on comprenne combien rendent plus de services aux populations ceux qui s'adonnent à combiner de nouvelles inventions utiles que ceux qui font de la politique. Celle-ci cause des inquiétudes, jette le désarroi dans les familles et dans les affaires. Combien est supérieur celui qui, par un changement dans la forme et dans le mode d'emploi d'une charrue, permet de produire le pain et la viande à meilleur marché !

IL — Le phylloxcî^a.

La Commission supérieure du phylloxéra s'est réunie le vendredi 19 janvier; elle tient encore une séance au moment où nous écrivons cette chronique. Dans cette session laborieuse, elle s'est occupée du perfectionnement des moyens à employer pour lutter contre le lléau. Elle a entendu un rapport de M. Tisserand, directeur de l'agriculture,

N» 720. — Tome I" de 1883. — 27 Janvier.

sur la marche de l'insecte dévastateur qui s'est, d'une manière funeste, encore propagé durant l'année 1 882, puisque 1 8 arrondissements jusqu'alors indemnes doivent être ajoutés à la liste de ceux précédemment atteints, puisqu'en outre 23 arrondissements qui n'avaient sur la carte de l'invasion que la teinte grise, seront désormais couverts de la teinte foncée et auront le droit de cultiver librement la vigne américaine. Cependant il a été remarqué, avec raison, que la production du vin est plutôt appelée à reprendre de l'activité dans les départements atteints qu'à continuer à diminuer. Le viticulteur, en effet, peut regarder comme certaine la possibilité de cultiver la vigne avec profit, malgré le phylloxéra. C'est, comme on le dit aujourd'hui, la lutte pour l'existence, mais lutte dans laquelle il ne faut plus céder devant le fléau, comme cela a été fait dans le passé.

La Commission supérieure s'est occupée aussi de l'élaboration d'un projet de loi destiné à défendre l'Algérie contre l'invasion et la propagation de l'insecte. Dans le projet étudié, on aurait recours à la destruétion de toute vigne infectée, moyennant une indemnité accordée au propriétaire du vignoble traité. Cette méthode peut réussir dans un pays qui n'est pas entouré de contrées déjà phylloxérées et où le mal n'a pas encore fait invasion. Nous reviendrons sur ces diverses questions, lorsque les travaux de la Commission seront achevés.

Le Comité central d'études et de vigilance du département de la Charente-Inférieure vient de publier son 15*^ bulletin qui renferme des renseignements intéressants sur les études poursuivies dans ce grand centre viticole. Nous y remarquons surtout un rapport de M. Verneuil, rédigé au nom d'une Commission spéciale chargée d'étudier la situation du vignoble du département, et en particulier des cépages américains. Les conclusions de ce rapport doivent être placées sous les yeux de nos lecteurs :

« En résumant l'ensemble de ses observations et de ses études, la Commission croit devoir émettre les conclusions suivantes :

« Les vignes françaises encore vigoureuses, situées en terres profondes et de consistance moyenne, peuvent être défendues par le sulfure de carbone; le propriétaire étant le meilleur juge pour savoir si son vignoble peut, supporter les frais du traitement.

a La Commission ne croit pas qu'à l'aide d'insecticides, on puisse toujours et économiquement, maintenir les vignes françaises; par suite elle déconseille les plantations françaises nouvelles, même celles destinées à être -traitées par les insecticides.

a La Commission considérant, en outre, que déjà plus des deux tiers des vignobles du département sont détruits, que dans l'autre tiers, une infime proportion est susceptible d'être maintenue encore quelques années, soit par le sulfure de carbone, soit par le sulfocarbonate de potassium, estime qu'il faut hâter le plus possible la reconstitution par les vignes américaines, dont certaines espèces nous ont déjà montré, dans le département, 8 ans de résistance.

« Elle engage donc les Sociétés agricoles à créer de vastes pépinières de cépages exotiques sur tous les points de notre région. Ces pépinièies, devant servir, non seulement à la multiplication, mais encore à l'étude de l'adaptation des différentes variétés, ne devront pas être situées dans des bas-fonds ou dans des jardins, mais en plein champ, dans des terres à vignes. Il faudra choisir autant que possible la nature de terre la plus commune dans la région où est créée la pépinière ou plantation.

« De tous les producteurs directs, le Jacquez est le seul assez précoce et assez fructifère, pour pouvoir être essayé avec quelque chance de succès. Malheureusement il est si fréquemment attaqué par le mildew et l'anthracnose et si susceptible à la coulure, que son rôle sera très probablement réduit à porter des greffes françaises.

« Nous croyons donc que, sans renoncer d'une façon définitive à la production directe, il faut tourner ses efforts du côté des porte-greffes, les Jacquez, Herbemonts, Gunninghams et autres variétés fructifères très vigoureuses, s'assouchant très vite, pouvant fournir d'excellents porte-greffes, peut-être môme supérieurs aux cépages cultivés jusqu'à présent dans ce but.

« Nous recommandons tout spécialement la greffe en fente simple et en place, sur pieds ayant une ou plusieurs années de plantation. C'est la greffe à laquelle nos vignerons ont été babitués de tout temps, et c'est celle qui donne les soudures les plus parfaites et les pieds les plus vigoureux. Il importe de greffer de bonne heure, sur jeunes pieds d'un faible diamètre, pour assurer la perfection de la soudure et par suite la longévité des pieds greffés.

<i En terminant, la Commission ne voyant de reconstitution possible du vignoble Charentais que par 1 s cépages américains ;

« Considérant en nutre que le gouvernement estaussi intéressé à cette prompte reconstitution que les propriétaires eux-mêmes ;

« Considérant que ce qui retarde ce mouvement de replantation, en particulier chez les propriétaires, c'est l'ignorance où ils sont des résultats obtenus jusqu'à ce jour, et l'incertitude sur les cépages à planter dans leurs terraii s;

« Considérant que si quelques propriétaires, en particulier dans les arrondissements les premiers atteints par le phylloxéra, ont fait de leur poche des essais coûteux, qui profiteront non seulement à eux, mais encore au pays en général, il n'en est pas de même dans l'ensemble du département;

« Considérant qu'il importe d'encourager et de soutenir pécuniairement les Sociétés et Associations fondées ou à fonder, non pas dans un but mercantile, mais pour étudier et propager les espèces les plus propices à la reconstitution du vignoble dans chaque région de notre département ;

« Considérant enfin qu'avant l'invasion phylloxérique, le département de la Charente-Inférieure était, comme production, le deuxième département vinicole de France ; que par conséquent les pertes occasionnées par le phylloxéra y sont immenses, et que l'importance des subventions à attribuer à chaque département doit être en raison des pertes subies ;

« Emet le vœu : que le gouvernement entrant dans une voie juste, ne donne plus seulement de subventions aux Associations de propriétaires, traitant leurs vignes par des insecticides; l'efficacité de ces traitements étant aujourd'hui prouvée dans certaines conditions, ils n'ont plus le caractère d'études d'un intérêt général, et les propriétaires qui font ainsi traiter leurs vignes en tirent une jusle rémunération de leur peine ;

« La Commission demande donc que le gouvernement subventionne en même temps toute association régulièrement constituée dans le but de planter et d'étudier les vignes américaines.

« A défaut de ces associations, la Commission estime qu'il est du devoir du gouvernement de les faire naître de façon à ce que, l'année prochaine, il y ait dans chaque canton de la Charente-Inférieure, une plantation américaine destinée à servir d'exemple et d'études aux petits cultivateurs qui ne peuvent ou n'osent faire eux-mêmes les frais de cette étude.

« Si, en faisant cela, le gouvernement avance seulement d'un an ou deux la reconstitution de nos vignes, il aura rendu un grand service aux cultivateurs du département, et il retrouvera amplement plus tard les avances qu'il aura faites. «

Après la lecture de ce rapport, M. Meaudier a fait observer que sans être convaincu qu'on pourra toujours conserver les vignes à l'aide du sulfure de carbone, il y a maintenant assez de faits en faveur de cet insecticide pour permettre de tenter la plantation de vignes françaises, en terrains profonds et perméables, si l'on est bien décidé à les traiter. Relativement au vœu proposé par la Commission, M. Menudier a" ajouté que le gouvernement, tout en continuant avec raison à aider à la conservation des vignobles, est déjà entré très résolument dans la voie des subventions aux. associations fondées dans l'intention de propager les plants résistants.

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