VII. — Ventes de béliers
Tous les agriculteurs connaissent la grande valeur du troupeau de pur sang southdown que M. Nouette-Delorme a créé et entretient depuis une trentaine d'années dans sa bergerie de La Manderie. La haute valeur de ce troupeau, universellement appréciée, a été maintenue, tant par les soins d'un éleveur d'une rare habileté que par la sollicitude apportée par M. Nouette-Delorme à rechercher en Angleterre les meilleurs types de la race. M. Nouette-Delorme mettra en vente^ à partir du 16 avril, cinquante béliers d'un an. Le domaine de La Manderie (Loiret) est situé à 4 kilomètres de la station de JNogent-sur-Vernisson (chemin de fer de Paris à Lyon par le Bourbonnaise.
La vente annuelle des béliers provenant de la bergerie de Grignon aura lieu à Grignon le 24 avril, sous la direction de M. Philippar, directeur de 1 Ecole. Cette vente comprendra, comme les années précédentes, des béliers dishley, dishley-mérinos et soulhdown. On se rend à Grignon par la ligne (le Paris à Granville (station de Plaisir-Grignon).
La Société des agriculteurs du Nord a tenu, le dimancbe 19 mars, sa séance annuelle de distribution des récompenses pour ses concours de 1892. A cette solennité qui avait attiré un grand nombre d'agriculteurs, assistait M. Viger, ministre de l'agricLilture, accompagné de M. Tisserand, directeur de l'agriculture, et de M. Boucard, chef du cabinet. Nous n'avons pas besoin de rappeler avec quel zèle la Société des agriculteurs du Nord a travaillé, depuis douze ans, à lutter contre la crise agricole et à vulgariser les progrès agricoles. Dans le discours qu'il a prononcé à cette fête, M. Bonduel a rappelé avec talent les succès qu'elle a réalisés, et il a exposé aussi, avec une grande clarté, les principaux vœux formulés par les cultivateurs :
«r.Permetiez-moi, monsieur le Miniatre, d'attirer votre attention sur nos principaux sujets d'étude et sur les principaux vœux que, dans l'intérêt général de la France et de l'agriculture, nous voudrions voir accueillis et votés Le tarif des douanes, toujours attaqué par nos remuants adversaires économiques, était menacé par le projet de convention avec la Suisse, véritable porte par où se seraient introduits tous les produits jouissant de la clause de la nation la plus favorisée. Nous avons signalé le danger et Fait entendre à nos représertants la voix de l'agriculture et de l'industrie réunies, et nous leur avons dit qu'il était de leur devoir de défendre l'ensemble de l'œuvre qu'ils avaient votée, et de dire hien haut à la France attentive, qu'ils entendaient que le régime étaldi ne changeât pas constamment et %i\i le temps de faire éclore une ère de stabilité, qui ramènerait l'aisance et la prospérité sur toute l'étendue du territoire national. Notre appel fut entendu et ratilié par le Parlement.
« Pouri|Uoi, alors que tout nous pousse vers la culture intensive et progressive, qui nous force à faire au sol de grandes avances d'amendements, d'engrais et de main-d'œuvre, pourquoi, dis-je, n'est on pas encore arrivé à changer les articles du Code civil, qui règlent les rapports des propriétaires et des locataires, et n'at-on pas encore forcé les premiers à indemniser les seconds, à leur sortie d'occupation, pour les améliorations et la plus-value qu'ils ont apportées au domaine loué?
« Pourquoi n'est-on pas encore arrivé à réglementer, en les élargissant, les bases du crédit à l'agriculture, et Iraite-t-oQ encore notre corporation en caste inlérieure et déshéritée à qui on ne réserve, en cas de malheur, que la déconfiture et l'expulsion, qui rendent le relèvement et la réhabilitation impossibles, même aux plus honncies et aux plus courageux, au lieu de les poumettre, comme les autres industriels ou commerçanto, malheureux mais honnêtes, au bénéfice de la paternelle législation instituant la liquidation judiciaire?
« Pourquoi n'est-on pas encore parvenu à changer notre base d'impôts, qui en fait peser la plus lourde part sur l'agriculture?
« Pourquoi n'arrive-t-on pas à réglementer la fabrication et la vente de la margarine, afin d'empêcher la {"alsification du beurre, falsification qui cause un si grand préjudice a l'agriculture et à l'immense classe des consommateurs, que l'on trompe indignement en lui vendant pour d'i beurre, et au prix de 3 francs le kilog., un produit mélangé qui ne vaut que 1 fr. 50?
« Pourquoi, par une loi sur les distilleries agricoles, ne rend-on pas possible, dans les fermes éloignées des grandes usines et des moyens de transport, l'installation de petites distilleries, qui transformeraient sur place les récolles alcoolisables et laisseraient de riches et abondantes nourritures pour les champs et le bétail ?
« Nous avons cru qu'il suffirait de signaler un mal pour y voir porter un remède, et qu'il suffisait qu'un projet de loi fût bon et favorable aux intérêts de l'agriculture et du pays pour qu'il fût rapidement adopté.
« Mais nous comptions sans les intérêts particuliers de certaines personnalités et de certaines coteries, que les amis de la démocratie et de l'agriculture, dont vous êtes, monsieur le ministre, trouvent toujours contre eux, nous comptions surtout sur notre bon droit, en négligeant de compter sur notre nombre et sur notre force ; car une cause de l'impuissance de l'agriculture à faire admettre ses revendications et ses droits, c'est le manque d'entente, d'union et de solidarité.
« Le jour où les dix-neuf ou vingt millions de ruraux seront enrégimentés et unis dans des associations et des syndicats bien organisés, reliés entre eux et ayant à leur tête des hommes actifs, énergiques et surtout populaires, ce joui-là la grande masse agricole, au lieu de supplier, commandera.
a Mais gardez-vous de croire que nous soyons de ceux qui attendent tout de l'Etat, tranformé en providence. Non, au contraire, nous appliquons volontiers le proverbe : « Aide-toi et le ciel t'aidera. 33
« Nous avons, dans toute la mesure de nos moyens, poussé à la propagation du progrès et de la science agricoles, par nos champs d'expériences, nos concours, nos conférences et nos études. Une de nos plus grandes préoccupations depuis quelques années a été de mettre l'enseignement agricole à la portée de tous dans nos campagnes.
« Mais plus nous cherchons à sonder les mystères de la nature, plus nous éludions les lois qui président à l'éclosion et à la maturation de nos récoltes, plus nous nous apercevons de l'étendue et du nombre de secrets que nous avons encore à éclaircir. Quel est celui d'entre nous qui n'a pas été frappé par la différence considérable qui existe entre les produits d'une même commune, d'un même canton, tout en appliquant les même procédés culturaux ? La naiure du sol et du sous-sol a, nous en sommes persuadés, une notable influence sur la valeur des produits obtenus.
« Il faut donc, suivant la constitution de ce sol et de ce sous-sol, employer des engrais différents, et surtout faire produire des récoltes différentes.
<.' Nous estimons que la science peut rendre un grand service à l'agriculture et au pays, en nous éclairant dans cette voie encore bien obscure et presque vierge des efforts des savants.
ce Ne serait-ce pas un jeu d'enfant pour la géologie, qui a découvert tous les secrets du centre de la terre, de diriger spécialement ses recherches vers les couches superficielles, c'est-à-dire celles ayant une influence immédiate sur la végétation et toutes les productions agricoles?... »
M. le Ministre de l'agriculture a prononcé ensuite le discours, vivement applaudi, dont on trouvera le texte plus loin (p. 450). Il a remis la croix d'ol'ficier du Mérite agricole à M. Jules Laden, agriculteur à Seclin; celle de chevalier à M. Desmai^escaux, vétérinaire à Orcliies; à M. Dubernard, directeur de la Station agronomique de Lille; à M. Emile Davaine, agriculteur à Saint-Amand ; à M. Guislain, agriculteur à Nomain; à M. Leleu et à M. Dumont, agriculteurs à Aubigny-au-Bac; à M. Comtesse, vétérinait^e à Etrœungt; à M. Dhaussy, agriculteur à Englefbntaine. Ces distinctions ont été accueillies par d\inanimes applaudissements.
M. Dubernard, secrétaire général de la Société, a présenté le rapport sur les travaux de la Société pendant l'année 1892. Il a insisté spécialement sur l'importance attachée par la Société à l'enseignement agricole dans les écoles primaires, sur le concours d'arracheuses de betteraves, sur les travaux de statistique agricole de M. Deleporte-Bayart, sur ceux de géologie dus à M. Ladrière et à M. Gosselet, sur les rapports de M. Telliez relatifs au régime de l'alcool et au crédit agricole, sur ceux de M. Dubar, de M. Hanicotte, de M. Léon xMartin, sur les distilleries agricoles, etc.
M. Faucheur, président du Comité linier. a signalé les résultats des concours pour la culture du lin ouverts dans les départements du Nord, de la Seine-Inférieure et de l'Eure. Dans le département du Nord, il a été distribué 206 primes et médailles, dont 78 dans l'arrondissement de Dunkerque, 30 dans celui d'Hazebroack, 30 dans celui de Lille, 22 dans celui de Douai.
Les grands prix d'honneur pour 1892 ont été décernés à M. Triquet, cultivateur à Loon-Plage, pour les nombreuses améliorations apportées à la culture de la betterave à sucre depuis 1882, et pour la propagation de la culture intensive des céréales dont il a été le promoteur dans son canton ; et à M. Gœthals, instituteur à. Bachy, qui s'est particulièrement distingué dans l'enseignement agricole. — Un objet d'art a été attribué à M. Ladrière, instituteur géologue à Lille, pour ses études de géologie agricole.