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VII. — La production des céréales

Dans notre dernière chronique, nous avons donné les évaluations faites en Angleterre et en Autriche sur la récolte des céréales en 1892. Voici les mômes renseignements pour d'autres pays.

En Allemagne, d'après les rapports officiels préliminaires, la récolte du froment avait été de 46,200,000 hectolitres au lieu de 35,800,000 en 1891, celle du seigle de 86,450,000 hectolitres au lieu de 51 ,500,000 en 1891 ; la récolte de l'orge aurait été à peu près la même que la précédente, et celle de l'avoine un peu plus faible ; quant à la récolte des pommes de terre, elle a dépassé de 50 pour 100 celle de l'année précédente.

D'après les derniers rapports du département de Tagriculture aux Etats-Unis, le rendement de la récolte de blé est évalué officiellement après de 516 millions de bushels ou 180,500,000 hectolitres; il accuse une diminution de 34 millions d'hectolitres environ sur le rendement de 1891. Pour le m^ïs, le rendement serait de 1,628,000,000 bushels ou 570,000,000 hectolitres environ, avec une diminution de 150 millions d'hectolitres par rapport à Tannée 1891.

Au Canada, la production totale du blé en 1892 serait de 17,500,000 hectolitres, dont 10,674,000 pour l'Ontario et 5,000,000 pour le Manitidja.

La moisson des céréales se poursuit actuellement en Australie, elle est assez avancée pour que des évaluations soient données à son égard. Pour l'ensemble de l'Australasie, c'est-à-dire pour les îles de l'Australie, de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande, la récolte est estimée à 35 millions de bushels environ (12,250,000 hectolitres); plus élevée que celle de 1 89 1 -92, cette récolte serait inférieure à celle de 1 890-91 . Depuis une dizaine d'années, l'étendue consacrée à la culture du blé dans cette partie du globe est restée presque stationnaire : elle est actuellement de 1 ,350,000 hectares environ, ce qui accuse de la diminution depuis quatre à cinq ans.

VIII. — Champs d' expériences et de démonstration. Comme nous le disions dans notre dernière chronique, les faits constatés dans les champs de démonstration ont contribué puissamment à vulgariser les excellents résultats obtenus par l'emploi des engrais. Nous avons fait connaître un grand nombre de ces faits ; nous en emprunterons de nouveaux à un rapport de M. llougier, professeur départemental d'agriculture de la Loire, sur des champs de

CHRONIQUE AGRICOLE (14 JANVIER 1893j. 45

démonstration organisés dans l'arrondissement de Montbrison Ces essais ont porté sur des céréales et des prairies.

Un champ de froment en terres légères, dites varennes, à Moingt a reçu a 1 automne 250 kilog. de superphosphate et au printemps 200 kilog. de nitrate de soude en couverture. L'excédent de récolte obtenu a ete de 12 hectol. 15 de grain et 1,950 kilog, de paille- sa valeur a dépassé de 220 fr. 35 par hectare la dépense en en^rais'qui avait ete de 81 fr. 50.— Sur une terre de même nature, à Saint-Paul dUzor on a donné à du seigle 250 kilog. de superphosphate et 160 kilog. de sulfate d ammoniaque, en couverture, à la tin de février L excédent de récolte a été de 510 kilog. de grain et 1,126 kiloo- de paile ; sa valeur a dépassé de 46 fr. 20 par hectare la dépense en engrais qui avait été de 81 fr.90. — A Saint-Thomas-la-Garde, en terre assez honne, on a donné seulement, au froment, 180 kilog. de nitrate de soude par hectare ; Jexcédeni de récolte a été de 5 hecLoL 50 de omin et 1.600 kiiog. de paille, dont la valeur a dépassé de 115 fr 35 la dépense en engrais. - \ Mornand, dans les mêmes conditions on a obt nu un excédent de 8 hectol. de grain et 675 kilog. de paille,' dont la valeur a dépassé de 102 fr. 35 la dépense en engrais.

Dans une prairie, à Saint-Paul dXlzor, lemploi de 500 kilog. par hectare de phos|)liate fossile en février a procuré un excédent de 1 ,4<>0 kilog. de foin, et un bénéfice de 25 francs au-delà de la dépense en engrais ; mais on n a compté que la première coupe. — Dans une autre prairie, à Saint-Laurent-la-ConjJie, au sol léoer, de médiocre qualilé non acide, l'emploi de 300 kilog de superphosphate et de 100 kilog. de sulfate d'ammoniaque à la lin de Ihiver. a donné un excédent de 1,310 kilog. de foin à la première coupe; la valeur de cet excédent sur la dépen-e en engrais n'a été que de 5 fr. 05; mais on n a pas compté la deuxième coupe qui a été pâturée.

M. G. Rjf a fait connaître récemment les résultats obtenus en 1S91- 92 dans le champ d'expériences oi-anisé par le Comice agricole de bet;l (\lgerie). Les résultats des cultures de cette année ont été les mêmes que ceux des années antérieures. M. R yf les résume comme il suit : la culture du blé sur jacbère donne des résultats d'autant meilleurs que la jacbère a reçu un labour de printemps pour détruire les mauvaises herbes; la culture-type, pour ce pays, consiste en un labour de 0 m. 15 à 0 m. 20 de profondeur, fait en octobre ou novembre sur jachères; les semailles sont faites à la herse au milieu de novembre, avec du blé dur en mélange, trié et sulfaté, à raison de 120 il très à l'hectare.

IX. — Nécrologie. Nous avons le vif regret d'annoncer la mort de M. Eugène Muret, presulentdela Société d'agiiculture de la Haute-Vienne. M. Muret a ex^M-cé, pendant trente ans, par ses exemples et par ses conseils, une intlucnce considérable sur l'agriculture du Limousin, et on peut lui attribuer une très large part des progrès considérables réalisés dans le pa\s. Toujours à la peine, et rarement à l'honneur, il était président du Comice agricole de Limoges, du Syndicat des agriculteurs de la Haute-Vienne, etc.; aussi il était considéré et aimé par tous les agriculteurs du Limousin.

X. — La conservation de la valeur du fumier. Les questions relatives à la déperdition de la richesse du fumier préoccupent toujours les cultivateurs et les agronomes; une communication intéressante sur ce sujet a été faite à l'Académie des sciences, par MM. Muntz et Girard^ dans la séance du 26 décembre. Les observations qu'ils font connaître se rapportent aux déperditions d'azote qui peuvent se produire à l'élable, sous les pieds des animaux, avant l'enlèvement du fumier, dans les écuries, les vacheries ou les bergeries. Ils ont constaté que ces pertes sont très importantes car elles peuvent varier de 28 à 30 pour 100 de l'azote consommé; elles sont plus considérables que celles éprouvées dans le fumier mis en tas; en effet, ces dernières sont de 5 à 21 pour 100 de l'azote consommé, et elles sont d'autant plus faibles que les pertes dans l'étable ont été plus fortes. On doit, d'après les observateurs, attribuer les pertes subies dans l'étable à la fermentation ammoniacale des urines qui dégagent rapidement jusqu'à 90 pour 100 de leur azote, à l'état de carbonate d'ammoniaque, tandis que les déjections solides conservent le leur sous forme organique. La perte est plus grande en été qu'en hiver, avec l'alimentation riche qu'avec l'alimentation verte; elle est atténuée, mais seulement dans une proportion peu importante (5 à 9 pour 100), par l'augmentation de la litière, MM. Muntz et Girard se proposent d'examiner les procédés qu'on peut appliquer, sans sortir des conditions de l'exploitation agricole pour atténuer ces pertes.

Dans une note présentée à la même séance, M. Alex. Hébert a fait connaître les résultats de recherches poursuivies à la Station agronomique de Grignon, sur les fermentations du fumier. D'après ces observations qui confirment celles faites antérieurement par M. Dehérain, les déperditions d'azote dans un fumier maintenu en bon état d'humidité ne peuvent avoir lieu à l'état d'ammoniaque ; les divers procédés imaginés pour empêcher ces pertes ammoniacales (addition de sulfate de fer, de plâtre, d'acide sulfurique) ne sont donc pas d'une grande efficacité, puisque l'azote qui disparaît pendant la préparation du fumier se dégage à l'état libre.

XI. — La séparation, des microbes des liquides fermentescibles.

M. Lezé, professeur à l'Ecole nationale d'agriculture de Grignon, a présenté à l'Académie des sciences des observations intéressantes sur l'emploi de la force centrifuge pour séparer les micro-organismes contenus en suspension dans les liquides. Soumis à l'action décrémeuses centrifuges ou d'appareils analogues, les liquides en fermentation s'éclaircissent, tandis qu'il se produit sur les parois de l'appareil un dépôt gluant ou gélatineux. Ce dépôt, d'après les recherches de M. Lezé, est composé en majeure partie d'un amas d'organismes vivants; ces organismes paraissent se séparer d'autant plus facilement que leurs dimensions sont plus grandes. M. Lezé pense que cette séparation des bactéries peut trouver son application dans les recherches bactériologiques, et qu'en pratique industrielle on parviendra peut-être, au moyen de la force centrifuge, à débarrasser les eaux contaminées ou insalubres d'une majeure partie des organismes qu'elle contiennent, en n'admettant toutefois dans les turbines en mouvement que de l'air débarrassé de germes.

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