X. — (Juestions viticoles
Le Journal officiel a fait connaître que, par un arrêté du Ministre de l'agriculture en date du 9 avril, l'arrondissement de Chaumont (Haute-Marne) a été déclaré pbylloxéré.
M. Dugast, directeur de la Station agronomique d'Alger, vient de publier un rapport sur les recherches qu'il poursuit sur la constitution de la vigne et sur ses besoins en engrais. Ces recherches ont porté principalement sur la consommation de la vigne en azote, en acide phosphorique et en potasse, et sur la répartition de ces éléments dans les parties de la plante aux diverses phases de la végétation ; nous en publierons les conclusions, qui seront certainement utiles pour les viticulteurs. M. Dugast s'est adonné aussi à des recherches nouvelles sur l'emploi des sarments comme engrais, dont voici les résultats :
" On a recommandé depuis longtemps l'emploi des sarments, coupés en petits morceaux, pour ranimer les vignes maigres.
« Pour opérer la division des sarments, on s'est efforcé de construire des instruments ad hoc et on peut voir aujourd'hui dans la plupart des concours agricoles, des hache-sarments. Quelques-uns de ces appareils fonctionnent assez bien et l'opération ne semble pas très dispendieuse.
« Nous pensons donc qu'il n'est pas inutile de faire connaître aux viticulteurs
qui voudraient tirer parti des sarments en les employant comme fumure, la proportion des éléments fertilisants qu'ils contiennent.
« Etant donné le prix de revient du coupage, ils pourront le comparer à la valeur des sarments considérés comme engrais et voir si l'opération est Donne ou mauvaise.
« Il résulte des expériences que nous avons faites l'année dernière, que pour une récolte variant de 2,192 à 2,616 kilog. de sarments à l'hectare, la quantité moyenne des éléments fertilisants qu'ils renferment peut être exprimée par les nombres suivants :
Aramon. Clairette. Moyenne,
Azote 5.65 3.77 4.71
Acide pliosphorique 1.83 1.77 1.80
Potasse 8.10 5.76 6.93
« Ces chiffres sont plutôt élevés que faibles, parce que les sarments que nous avons examinés n'étaient pas tout à fait lignifiés et qu'ils s'appauvrissent jusqu'à la fin de la végétation.
« Ces éléments fertilisants, évalués en argent, aux taux des matières utiles dans les engrais commerciaux, représentent une valeur totale de 11 fr. 53.
« Au lieu d'employer les sarments à l'état vert on peut encore les brûler, mais dans ce cas on sacrifie entièrement l'azote, ainsi que la matière organique.
« Il ne reste donc pour couvrir les frais du broyage que la valeur de l'azote, soit 7 fr. 53, plus celle de la matière organique que nous ne pouvons pas évaluer en argent, mais qui n'est pas négligeable.
« Nous savons, en eflet, que le matières organiques modifient le sol, au point de vue chimique et physique, en formant l'humus qui joue un rôle important dans la constitution des terres.
« Cependant, dans le cas qui nous occupe, la matière organique est formée de parties ligneuses qui se décomposent lentement, et jusqu'à ce que des expériences comparatives aient fixé l'importance de son rôle, on doit se borner à lui appliquer une valeur peu élevée.
« Mais, alors même qu'on adopterait un chiflVe égal à l'azote pour la valeur de la matièie organique, le prix du broyage ne devrait pas dépasser 15 francs par hectare. »
Les derniers jours de la semaine dernière ont été signalés par des refroidissements nocturnes assez intenses. La gelée a sévi dans plusieurs régions viticoles; d'une part les vignobles de Champagne, et d'autre part, ceux des bords de la Loire, notamment de l'Orléanais, paraissent avoir particulièrement souffert de ces gelées. Dans les départements du Loiret et de Loir-et-Cher, les vignes du val de la Loire ont été fortement atteintes; dans celui de la Nièvre, ce sont surtout les vignes de La Charité, de Marzy, de Decize, qui ont été éprouvées; le mal est d'autant plus sensible que la végétation était fort en avance. En Champagne, les vignobles de la montagne de Reims ont été particulièrement atteints; dans la vallée de la Marne, notamment dans les environs d'Avize et d'Ay, les dommages seraient encore très sensibles ; ils seraient moins grands dans le vignoble de la rive gauche. — On signale aussi des dégâts causés par les gelées dans les Charentes, aux environs de Cognac, comme dans quelques vignobles du département de la Dordogne.
XI. — Maladie des fromages de Brie, On sait que les fromages de Brie sont atteints parfois par des végétations cryptogamiques qui en altèrent plus ou moins profondément la qualité ; les fromages atteints sont appelés communément des fromages bleus, et leur valeur est dépréciée sur les marchés. M. Butel, vélérinaire, a présenté récemment à la Société d'agriculture de Meaux
des observations sur une expérience à laquelle il s'est livré et qui a été couronnée d'un succès complet. Voici cette note :
« Une maladie assez fréquente qui frappe les fromages de Brie en cours de fabrication et qui diminue leur valeur commerciale de plus de moitié sévissait depuis près de trois mois chez un grand fabricant de fromages des environs de Meaux. La vente, qui en moyenne, s'élevait par semaine à 700 francs était tombée à 300 francs.
« Connaissant les belles études de M. Duclaux, de l'Institut, sur le lait elle rôle des champignons dans la fabrication des fromages, je pensai immédiatement que la malad/e devait être attribuée à un champignon spécial, le Penicillum glaucum^ et j'essayai de le détruire en désinfectant les deux premières chambres à fromage par le lavage des murs, boiseries, sol, plafond, etc., avec des solutions appropriées. Ce traitement fut pratiqué le 20 février. Sous son influence, en moins de dix jours, la fabrication s'améliora sensiblement; mais, peu de temps après, je m'aperçus que le môme champignon reparaissait de nouveau et
3u'il végétait sur les fromages avec une telle abondance, que la peau de ceux-ci evenait d'un bleu noirâtre dans toute son étendue. Aussi, à partir du 15 mars, ai-je fait désinfecter la première chambre à fromage et tous les ustensiles de laiterie deux fois la semaine. Au bout de quinze jours, c'est-à-dire fin mars, la fabrication était redevenue régulière, ainsi que vous pouvez vous en convaincre en examinant les deux fromages que je vous en présente.
« Le premier est un fromage malade que j'ai fait conserver comme terme de comparaison et qui date de fin janvier. Vous voyez que si la couche rouge de bactéries se montre dans quelcrues points on voit néanmoins presque partout des taches d'un bleu noirâtre, quelques-unes isolées, la plupart agglomérées par plaques, parce que les végétations du Penicillum glaucmn se sont développées à l'extrême.
« Le deuxième fromage que voici est un fromage guéri dont les végétations eryptogamiques sont normales. Il y existe bien encore, mais en très petit nombre, quelques végétations de Penicillum, mais le savant M. Duclaux, avec une obligeance dont je ne saurais trop le remercier, a bien voulu m'écrire que parmi la flore variée du fromage de Brie il a trouvé lui-même, sur de très bons fromages, le Penicillum bleu.
« La vente des fromages de la ferme étant redevenue normale, la désinfection n'a plus lieu désormais qu'une fois par semaine.
« En terminant, je tiens à rappeler combien notre dévoué président, M. Gatellier, avait été bien inspiré lorsqu'il obtenait du Grouvernement, il y a quelques années, l'envoi en mission de M. Duclaux, de l'Institut, pour étudier scientifiquement la fabrication de nos fromages de Brie, qui sont l'une des sources les plus importantes de la richesse de l'arrondissement de Meaux. Les études du savant membre de l'Institut oùt en effet conduit à des résultats pratiques considérables puisque c'est en m'appuyant sur elles que j'ai pu obtenir une guérison qui n'était pas tout à fait du ressort de la médecine vétérinaire. »
Le désinfectant indiqué par M. Butel est l'acide borique dilué dans l'eau, qu'il a adopté parce qu'il est inodore et que son emploi ne présente pas de dangers.
* XII. — Concours des associations agricoles.
Le Comice agricole de Seine-et-Marne tiendra sa réunion annuelle à Egreville, canton de Lorrez-le-Bocage, le dimanche 18 juin. Les concours spéciaux d'instruments agricoles se feront le lundi 12 juin. Tous les cultivateiu's de l'arrondissement de Fontainebleau^ qui désiraient concourir pour la prime d'honneur départementale, doivent en a,viser, avant le 25 mai, M. Georges Pierrotet, secrétaire général du Comice, à Melun.
Le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune (Côte-d'Or) a décidé de décerner en 1893 un certain nombre de primes pour la
culture des pommes de terre ; ces primes seront réservées aux deux cantons de Beaune; elles seront réparties entre la grande, la moyenne et la petite culture. Les concurrents pour la grande culture devront présenter au moins un hectare planté en pommes de terre, les autres un tiers d'hectare; ils devront se faire inscrire au secrétariat du Comité, à Beaune, avant le 1" juillet.
A l'occasion du concours régional d'Albi, dont on a lu le programme dans notre précédente chronique (page 562). et sous les auspices de la Société d'agriculture du Tarn, le Comice agricole d'Albi a décidé d'organiser : 1° une exposition collective des produits agricoles du département ; 2" un concours d'animaux de travail comprenant trois catégories: bœufs, chevaux, mulets. Des primes en argent, des médailles et des diplômes seront accordés aux propriétaires des animaux exposés. Les agriculteurs du département tout entier sont invités à prendre part à cette exposition et à ce concours. XIII. — Concours d'aviculture.
Un concours d'animaux de basse-cour et d'objets se rattachant à l'aviculture, organisé par la Société libre d'agriculture de l'Eure, aura lieu à Verneuil (Eure), du samedi 3au lundi 5 juin. Les prix consisteront en objets d'art, prix d'honneur, médailles, plaques, diplômes. Les primes en argent s'élèveront à la somme de 1,000 fr. On doit s'adresser, pour les renseignements, à M. Léon Petit, secrétaire perpétuel de la Société d'agriculture de l'Eure, à Evreux (Eure). XIV. — Concours de pouliches dans la Nièvre.
Les concours de pouliches âgées de trois ans, organisés dans le département de la Nièvre, et qui se tenaient les années précédentes au mois de septembre, auront lieu cette année au milieu du mois de mai. Ces concours se tiendront : à Tannay le 12 mai, à Cercy le 13 mai, et à Nevers le 14 mai.