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ET LE REBOISEMENT DES MONTAGNES

La note de M. Chambrelent, tout en faisant ressortir l'intérêt, capital pour le pays, que présente la question de l'extinction des torrents et du reboisement des montagnes, et l'unanimité des opinions sur l'urgence d'une rapide solution, donne à penser que, depuis dix ans, l'on serait resté stationnaire devant l'œuvre à peine ébauchée, alors qu'on aurait pu la parachever en dix ou quinze années au plus si l'on avait donné suite à toutes les études si consciencieusement faites par la Commission mixte nommée en 1883 par M. de Mahy, tout en dépensant une somme inférieure à 200 millions. Mêlé depuis plus de trente ans à cette grande entreprise nationale à laquelle l'Académie n'a cessé de témoigner le plus vif intérêt, je crois pouvoir dissiper certains doutes, en lui présentant la situation actuelle de l'œuvre entamée sous ses auspices, et le résultat des efforts tentés pendant ces dix dernières années. Dès 1883, l'Administration des forêts, exclusivement chargée, par la loi du 4 avril 1882, de la restauration des montagnes, a procédé à l'application des diverses mesures édictées, et notamment à la reconnaissance générale des terrains dégradés où les travaux devaient être déclarés d'utilité publique ; cette étude a porté sur 1,158 communes, d'une superficie totale de 3,221 ,000 hectares, et a fait ressortir une étendue de 320,000 hectares, appelée à être restaurée pour cause d'utilité publique. Le programme, établi par bassins de rivières torrentielles, comprend 110 grands périmètres, dont 58 pour les Alpes, 29 pour les Cévennes et 23 pour les Pyrénées.

On compte aujourd'hui 67 périmètres établis, dont 41 en exécution et 26 soumis aux enquêtes ou au Parlement, d'une superficie de 170,000 hectares; les autres projets seront prêts à bref délai.

Ces vastes études ont été faites par les seuls forestiers, sans le secours de documents de la Commission mixte qui, n'ayant siégé qu'une fois, le 6 juin 1883, a pu difficilement préparer les données d'un projet d'ensemble que le service du reboisement a mis deux ans à établir.

En ce qui concerne les travaux et la durée qu'ils comportent, la question est complexe et sa solution dépend de nombreux facteurs qui s'imposent, même aux plus impatients.

L'application de la loi, en vue de la déclaration d'utilité publique, à elle seule entraîne de longs délais ; une expérience récente l'a bien démontré. D'importants projets de périmètres ont exigé huit années pour être votés par le Parlement, soit plus de la moitié du délai maximum accordé par M. Chambrelent, alors qu'une seule année avait suffi préalablement pour la rédaction et l'enquête de ces projets. Première cause de retard.

Le vote une fois acquis, il faut procéder à l'acquisition des terrains, souvent par voie d'expropriation. Autre cause de retard.

Il convient ensuite de ménager les transitions vis-à-vis des populations pastorales, aux points de vue économique, administratif ou politique. Troisième cause d'arrêt.

1. CommunicatioQ faite à l'Académie des sciences (séance du 10 avril 1893).

Ce n'est qu'après ces retards inévitables qu'il devient possible d'entreprendre les travaux. Ici l'expérience d'un quart de siècle fournit toutes les données utiles et je pourrais citer de nombreux exemples de torrents redoutables, absolument domptés dans un assez court délai, Si l'on n'avait que les travaux de correction (barrages, drainages, etc.) à opérer, on pourrait, à la rigueur, adopter une période moyenne de dix à douze années; mais, pour perpétuer l'effet provisoire des travaux de correction et arriver à Vextinction du torrent, il faut créer, dans son bassin, la forêt absente, et ce n'est pas en dix ans qu'on peut y arriver ; il faut au moins vingt ans, surtout aux grandes altitudes, et sur des versants instables qu'on a dû consolider préalablement.

Si l'on ajoute à ces considérations l'impossibilité d'obtenir rapidement le vote du Parlement, la nécessité de ne pas opérer brutalement l'expropriation simultanée de plus de 200,000 hectares de terrains et l'obligation au contraire d'échelonner cette vaste opération sur une période d'une dizaine d'années au moins, on arrive à trouver que la durée de quarante ans pour l'entier achèvement de l'œuvre n'a rien d'exagéré. Elle présente, en outre, l'avantage d'être sûre et économique, en permettant au temps de seconder les efforts faits pour aider la nature à reconstituer à ce qu'elle avait si bien établi, et en empêchant bien des travaux qu'une trop grande précipitation aurait fait exécuter inutilement.

Les inconvénients de cette durée peuvent être singulièrement atténués en attaquant d'abord les torrents les plus redoutables, dont l'extinction exigera le plus long espace de temps. C'est ainsi que l'on a opéré dans les Alpes sur bon nombre de torrents dont l'extinction a exigé une durée moyenne de vingt ans pour les travaux. Les ingénieurs ont pu, grâce aux résultats obtenus par les forestiers et reconnus par le Conseil général des ponts et chaussées, établir des routes définitives sur les cônes de déjection et des ponts sur les ruisseaux substitués aux torrents. Dans les Pyrénées, la sécurité a été rendue à la station thermale de Cauterets, par des travaux hautement appréciés par de nombreux ingénieurs. Dans les trois régions montagneuses, plus de 12,000 hectares de forêts ont été ajoutés aux reboisements antérieurs. Tous ces travaux ont été visités par une série de forestiers et d'ingénieurs étrangers, qui ont publié avec éloges les premiers résultats de cette œuvre essentiellement française.

Quant aux torrents cités par M. Chambrelent, j'ajouterai que :

Le torrent de Vaudaine est complètement éteint aujourd'hui. Les ingénieurs ont toute facilité d'établir définitivement la route et le pont sur son cône. Les ravins de la rive droite de l'Isère, en amont de Grenoble, sont en^voie d'extinction, parle fait des travaux forestiers.

Dans la Savoie, les torrents les plus menaçants pour la route nationale et le chemin de fer du Rhône au mont Cenis sont, ou éteints, ou en voie de correction imminente, ainsi qu'ont pu le constater, en 1891, le directeur et les ingénieurs de Paris-Lyon-Méditerranée.

Tous ces travaux ont été exécutés sur les seules ressources budgétaires de l'Administration des forêts, qui n'a reçu aucun contingent de la part des Travaux publics ou d'ailleurs.

Quant à la Garonne, son bassin supérieur est en Espagne et ne

présente dans la partie française que 1 ,600 hectares de terrains dégradés. On en trouve 8,400 hectares dans le hassin de l'Ariège, soit 10,000 hectares dont la restauration coûtera de 5 à 6 millions, au lieu des 100 millions invoqués. Enfin, à la séance du 8 août 1892, j'ai suffisamment démontré que la catastrophe de Saint-Gervais ne pouvait être prévue et qu'aucune défense n'aurait pu l'atténuer dans la partie inférieure du Biounassay, qui n'était qu'un simple ruisseau très régulier, bordé de prairies et de superbes forêts.

Il serait difficile de prouver que les travaux restant à exécuter entraîneront une dépense inférieure à 200 millions. Ce chiffre a été établi d'après les données expérimentales actuelles, en admettant la durée de quarante ans. Il ne pourrait qu'être augmenté par une durée plus courte, car souvent les premiers travaux fournissent des appoints importants aux travaux ultérieurs, surtout en éléments ligneux, pour piquets, clayonnages, etc., qu'il faudrait acheter et transporter à grands frais, alors qu'avec un peu plus de patience on les obtient sur place et gratuitement. Il en serait de même des travaux de maçonnerie étages, qu'il faudrait doter de plus profondes fondations et multiplier davantage si l'on n'avait la patience d'attendre les [effets utiles

des premiers ouvrages établis. ,. - • •

Les considérations qui précèdent s'appliquent aux travaux d'utilité publique prescrits par la loi et restreints à une surface de 320,000 hectares environ. Il ne s'agit ici que de l'extinction des torrents, du combat contre l'affouillement, par divers moyens provisoires qui ont pour but final le reboisement intégral des bassins de réception et des berges du lit définitif du ruisseau succédant au torrent.

Telle est la part de l'Etat |dans la grande œuvre entreprise; la loi ne lui a pas imparti l'obligation de reboiser les A^ersants simplement dénudés, qui occuperaient, croit-on, une étendue de 900,000 hectares environ. Elle a laissé aux propriétaires intéressés le soin de conserver et d'améliorer leur terrains, par la création de la forêt constituant une vraie mise en valeur, tout en les admettant à de larges subventions de l'Etal. C'est par l'initiative des particuliers et des communes, admis à se constituer en syndicats,que doit être opéré, sur les terrains dénudés, mais non encore dégradés, le reboisement qui fournira, au point de vue de la défense contre les inondations, le complément indispensable des grands travaux entrepris par l'Etat pour cause d'utilité publique. Il reste à désirer que le temps soit proche où cette initiative, réunissant dans un esprit de solidarité tous les intéressés d'un même besoin sujet aux inondations, fera naître de sérieux efforts individuels ou collectifs, que l'Etat, qui ne peut tout faire, secondera par des subventions amplement justifiées.

C'est à ce prix seul qu'on pourra terminer rapidement la lutte contre les inondations qui désolent périodiquement les vallées du midi de la France. P. Demontzey.

LES VldNES AME RIG AINES DANS LA GOTED'OR '

I. Arrondissement de Dijon. — La Commission chargée de visiter

1. Rapport présenté au Comité d'études et de vigilance contre le phylloxéra sur l'état des •'plants américains dans les champs d'adaptation en 1892, par J. Margottet, secrétaire général du Comité.

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