VII. — Questions viticoles
Le Journal officiel fait connaître que, par arrêté du Ministre de l'agriculture en date du 22 avril, l'arrondissement d'Avallon (Yonne) a été déclaré phylloxéré.
Dans le Journal du 15 avril (p. 572), nous avons inséré une étude de M. Hoc sur des moyens de préserver la vigne contre les gelées printanières. A cette occasion, l'auteur de cette étude nous prie de publier la note rectificative qui suit :
« J'ai dénommé l'organe qui m'avait fourni les renseignements concernant la composition résineuse à essayer Bulletin de l'Union des syndicats^ au lieu de Bulletin du Syndicat central et de l'Union des Syndicats des agriculteurs de France.
« J'ai dit, en outre, qu'on pouvait se procurer la composition résineuse en s'adressant à MM. Salvat et Humblot, négociants à Mont-de-Marsan (Landes), alors qu'elle ne pouvait être obtenue que pour les adhérents seuls de l'Union des Syndicats des agriculteurs de France. Elle a été délivrée gratuitement à ceux de ces derniers qui en ont fait la demande en temps voulu, et à charge par eux de rendre compte des résultats. P. Hoc.
Nous avons signalé, à diverses reprises, les études de M. le D' Jean Dufour, directeur de la Station viticole de Lausanne, sur les moyens de combattre, dans les vignes, les ravages de la cochylis ou ver de la grappe. M. Dufour vient de publier les renseignements qu'il a recueillis, tant en Suisse qu'en France, en Allemagne et en Italie, sur les applications faites en 1892 du traitement qu'il préconise (poudre de pyrèthre et savon) ; sur 57 applications, il a compté 44 résultats favorables, 9 médiocres ou peu concluants et 4 nuls. Il y ajoute les indications suivantes sur les quantités de liquide employées et sur la préparation de ce liquide :
« Sur 21 des expérimentateurs, 13 déclarent d'une manière générale que le remède n'a pas été nuisible aux grappes, 6 ont reconnu que les grappes traitées en pleine floraison n'auraient pas souff'ert; enfin 2 ont remarqué dans ce cas un peu de coulure. On préfère en général le traitement avant Ja floraison; plusieurs recommandent de ne pas l'exécuter au milieu du jour, lorsque le soleil donne.
« Nous n'avons pas fait d'enquête au sujet de l'influence des traitements sur le vin; tous les renseignements recueillis à cet égard en 1891 avaient été absolument rassurants : le vin provenant des vignes traitées ne présentait rien d'anormal.
« Pour ce qui concerne la quantité de liquide employée, nous trouvons des indications très variables :
a 1" Avec le pulvérisateur muni d'une lance à interrupteur, on a dépensé de 5 à 40 litres par ouvrier (fossorier) de quatre ares et demi. — En établissant la moyenne des quinze observations laites dans le canton de Vaud, nous arrivons à 18 litres par ouvrier. Gela peut suffire lorsqu'il existe un petit nombre de vers, comme c'était le cas généralement en 1892; mais dans les années où ce parasite sera abondant, et les grappes nombreuses, il faudra bien compter de 25 à 30 litres en moyenne, pour un traitement soigné.
« 2° En trempant les grappes atteintes dans un récipient que l'on promène de cep en cep, on emploie très peu de liquide : de 3 à 10 litres par ouvrier. —
L'appareil de M. Grosjean a dépensé de 20 à 25 litres pour la même superficie.
ce On a traité en un jour : de 3 à 5 ouvriers avec le pulvérisateur, de 1 à I et demi ouvrier et trempant les grappes, enfin de 2 à 3 ouvriers avec l'appareil Grrosjean.
u En comptant le pyrèthre à 3 francs le kilogramme* et le savon noir à 55 centimes, le liquide revient à 6 fr. 15, les 100 litres. Avec cette quantité, on traite de trois à cinq ouvriers (soit en moyenne 18 ares) avec le pulvérisateur, et au moins dix ouvriers (45 ares) en trempant les grappes, ou en déposant le liquide avec une burette ou un pinceau.
« Préparation et application du remède. — Pour les personnes qui n'ont pas encore expérimenté le liquide au pyrèthre, nous ajouterons ici quelques indications sur la préparation et l'application de ce remède :
« Voici le mode de préparation le plus simple : peser 3 kilog. savon noir mou, les mettre dans une petite cuve ou demi-tonneau; verser dessus environ 10 litres d'eau chaude en remuant constamment, de manière à dissoudre le savon. Puis ajouter 1 kil. 500 poudre de pyrèthre, et bien remuer avec un petit balai pour délayer complètement la poudre; enfin ajouter environ 90 litres d'eau froide,
« La poudre de pyrèthre est obtenue par la pulvérisation des fleur ou capitules de plusieurs espèces de Pyretliri/m^, niantes de la famille des Composées. Le pyrèthre du commerce provient généralement de la Dalmatie, du Monténégro ou du Caucase II est malheureusement sujet à des falsifications assez nombreuses.
« Ainsi, au lieu d'utiliser seulement les capitules, on pulvérise parfois également les feuilles et tiges des Pyrelhrum^ ce qui donne une poudre moins efficace ; on y mélange des fleurs d'autres composées voisines, chrysanthèmes et camomilles, enfin on y ajoute de la naphtaline ou d'autres substances.
« 11 n'est pas toujours facile de reconnaître ces falsifications. La couleur de la bonne poudre peut varier du jaune ou jaune brun au gris-verdâtre ; l'odeur doit être forte, légèrement irritante et poivrée. Donner la préférence à de la poudre fine, aussi fraîche que possible et de bonne provenance; essayer son action sur des mouches ou d'autres insectes, que l'on saupoudre légèrement avec la matière à éprouver.
« Au lieu de fabriquer soi-même le remède, on peut l'obtenir tout préparé, sous forme concentrée; c'est sous cette forme qu'il a été fréquemment appliqué
interrupteur de Vermorel, Japy, Jemina, Sibella Basilio (Nembro), Besnard, etc., appareil Grosjean, soufflet-pulvérisateur Mancheron, petit pulvérisateur construit par la Metallwaarenfabrik d'Ettlingen (Baden) sur les indications du professeur Nessler, etc. — 11 serait utile cependant de pouvoir adapter les lances à interrupteur à un récipient rnoins gros que celui de nos pulvérisateurs actuels et d'avoir une pression plus faible, obtenue, par exemple, avec un soufflet et laissant à l'opérateur une main libre pour découvrir les grappes, sans que le poids de l'appareil l'empêche de se baisser. Ce problème doit être résolu facilement par les constructeurs.
« Enfin, on peut recommander d'appliquer le remède avec soin et de bonne heure, au moment où les vers sont encore petits, au début de la floraiso^v.ou même un peu avant, Si les vers sont très nombreux, on peut répéter quelques jours plus tard un second traitement. »
En résumé, M. Dufour recommande, comme suffisamment démontré, l'application générale du remède au pyrèthre et savon noir, et il ajoute : « L'écbenillage et la chasse aux papillons avec les écrans englués pourront toujours seconder utilement les applications insecticides. »
L On peut l'avoir à ce prix en t>uisse, en gros D'après nos renseignements, on le vend souvent beaucoup plus cher en France et en Italie, nous ignorons pour quelle cause. On nous a cité enlre autres des prix de 5 à ti fr., cl même 12 fr. par liilog.
2. Ne pas confondre la poudre de fleurs de pyréllirc avec la poudre de rarmcsjde pijrèUire, autre produit pharmaceutique oLlenu de plantes différentes de celles qui donnent la vraie poudre insecticide.
r.HROlNlOUE AGRICOLE (29 AVRIL 1893'. 647
A diverses reprises, le Journal a signalé les excellents appareils pour l'analyse des vins, des cidres, des liquides alcooliques, des vinaigres et pour les recherches des falsifications, construits par M. Dujardin (successeur de M. Salleron), à Paris. Une notice complète sur tous ces instruments de précision a été publiée récemment en langue espagnole ; cette notice sera utile tant pour l'Espagne que pour les pays de l'Amérique où la langue espagnole est en usage, et dans lesquels la viticulture prend, d'année en année, une extension de plus en plus grande.