VI. — Sur l'ensilage des hranchettes d'arbres
Dans le Journal du 20 mai (page 763), nous nvons publié une intéressante lettre de M.Gaston Cormouls-Houlès, sur la pratique de l'ensilage des hranchettes d'arbres qu'il a inaugurée. A l'occasion d'une discussion sur la cueillette des feuilles qui s'est produite à la Société nationale d'agriculture, il nous adresse la lettre qui suit :
« Je lis dans votre estimable /'n^nia^ en date du 20 courant, le compte rendu de la séance du 10 mai delà Société nationale d'agriculture, dans laquelle MM. Bouquet de la Grye et de Dampierre signalent la difficulté de cueillir les feuilles des grands arbres.
« Cette observation est juste; cependant en allant au fond des choses on ne doit pas s'en effrayer outre mesure, car finalement la cueillette des ramilles n'est pas aussi coiàieuse qu'elle pourrait le paraître au premier abord.
« Bien que j'aie indiqué dans la lettre que vous avez bien voulu publier, la façon dont je procède pour le ramassage des feuilles, je crois devoir ajouter quelques explications complémentaires et donner aussi exactement que possible le coiit des ramilles, tel qu'il s'opère chez moi.
« La cueillette des grosses branches jusqu'à une hauteur de 4 à 5 mètres se fait à la hache, l'homme monté sur une petite échelle.
« Les branches abattues sont directement chargées sur la charrette et transportées à la ferme, dont la distance moyenne est de 500 à 600 mètres. — Là elles sont déchargées et dépouillées par des fillettes ou des jeunes garçons de toutes les hranchettes secondaires feuillées, d'un diamètre inférieur à cinq millimètres. — Les dépouilles sont apportées dans les silos, et les branches dépouillées, mises en tas pour servir ultérieurement à faire des fagots de bois de feu.
« Pour exécuter ces divers travaux, j'occupe en ce moment :
14 hommes à 2 francs par |Our 28 fr.
12 femmes à 1 fr. 25 par jour Ifi fr.
10 garçons ou fillettes à 1 franc par jour 10 fr.
Par jour 54 fr.
« On fait 25 charrettes de grosses branches par jour.
« Il faut, en moyenne, 5 charretées de grosses ou moyennes branches pour produire la valeur d'une charretée de 600 kilog.de ramilles feuillées. « Par conséquent j'ai ;
20 charretées de branches dépouillées valant rendues à la ferme,
prêtes à fagoter, 1 fr. 50 l'une 30 fr.
5 charretées de ramilles feuillées de 600 kil., soit 3,000 kil., ^coûtant. 24 fr.
Somme égale 54 fr.
« C'est donc 3,000 kilog. de ramilles pour 24 francs.
« Maintenant si — ce que j'ignore — ces 3,000 kilog. de ramilles représentent la valeur nutritive de 1,500 kilog. de foin sec, ce serait 24 : 1,500 = 1 fr. 60, soit du foin à 1 fr. 60 les 100 kilog.
« Si au contraire ces 3,000 kilog. de ramilles ne représentent que l'équivalent nutritif de 800 kilog. de foin sec, on aurait : 24 : 800 = 3 francs, ce serait alors du foin sec à 3 francs les 100 kilog. Ce prix ne me paraît pas excessif, étant donné le profit qui peut en résulter pour le propriétaire, en lui évitant de sacrifier ses bestiaux.
ce En effet, si je considère que faute de fourrages, je serais obligé de vendre la majeure partie de mes bêtes à cornes au prix infime de 0 fr. 40 ou 0 fr. 50 le kilog. sur pied, je trouve qu'une bête de 350 kilog., par exemple, vendue à 0 fr. 50 le kilog., ne produirait en ce moment que 175 francs, tîindis qu'en la conservant un an, elle aura d'abord acquis une augmentation de poids de 100 kilog. minimum, et qu'ensuite je puis espérer de la vendre alors à raison de 0 fr. 75 le kilog. sur pied, prix courant et normal, j'aurais ainsi 450 kilog. à 0 fr. 75 = 335 francs; soit une plus-value de 160 francs, pour une consommation moyenne de 10 kilog. de foin sec par jour ou leur équivalent pendant 360 jours, soit 3,600 kilog. de foin vendus ou sensément vendus 160 francs.
« 160 : 3,600 = du foin à 4 fr. 41 les 100 kilog. au lieu de 3 francs les 100 kilog., prix de revient maximum de l'équivalent en feuilles.
« Telles sont, monsieur le rédacteur, les quelques observations pratiques que j'ai cru utiles de vous communiquer.
« Il est inutile d'ajouter que je suis à l'entière disposition de toutes les personnes qui désireront se rendre compte, de visu, de mes ensilages de feuilles, que je poursuivrai du reste jusqu'à fin aoiit.
« Veuillez agréer, etc. Gtaston Gormouls-Houlès.
Il est évident qu'on ne saurait se prononcer sur les résultats d'une expérience qui en est à ses débuts ; mais nous devons remercier M. Gaston C.ormouls-Houlès des intéressantes observations qu'il présente aux agriculteurs, en souhaitant que des expériences analogues à la sienne se multiplient. — A cette occasion, nous devons signaler une faute d'impression qui s'est glissée, dans sa première lettre, à la septième ligne de la page 764; au lieu de : a lUO kilog. de brindilles vertes équivalent à 500 ou 600 kilog. de foin sec », on doit lire: 1 ,000 kilog. C'est d'ailleurs une faute qu'on aura rectifiée facilement. VII. — Concours spécial des mérinos champenois.
C'est par le concours des mérinos champenois que s'est ouverte la série des concours spéciaux de bétail organisés pour la première fois cette année. Ce concours s'est tenu à Chalons, du 20 au 22 mai, sous la direction de M. Doutté, commissaire général; M. Lhotelain, président du Comice de Reims, était président du jury. On y comptait 246 béliers et brebis ; les animaux de Champagne ont seuls été primés, ceux du Soissonnais et du Châtillonnais envo)'és par quelques éleveurs ont été mis hors concours. La distribution des récompenses a été présidée par M. Tisserand, directeur de l'agriculture, qui a donné aux éleveurs, dans un excellent discours, des conseils judicieux aux éleveurs. Après avoir rappelé les conditions de la grande concurrence faite par le Nouveau-Monde, il a conclu comme il suit :
«En face d'une telle concurrence, les Anglais ont fait de leurs bêtes ovines de. machines perfectionnées, ils en ont développé la précocité, ils leur font rendre dans un temps très court à la fois le plus de laine et le plus de viande possibles Leurs laines se vendent aussi cher que les laines australiennes ; la viande de leurs moutons i^rime de beaucoup le prix des viandes importées; enfin, des mesures sévères de police sanitaire les préservent aujourd'hui du lourd tribut qu'ils payaient naguère aux épizooties.
« C'est par des moyens analogues que l'élevage du mouton, et nos races s'y prêtent tout aussi bien que celles de l'Angleterre, deviendra prospère en France.
« Le Parlement a donné aux éleveurs des tarifs protecteurs sur le mouton et sur la viande abattue qui doivent leur inspirer confiance.
« Le Gouvernement, d'autre part, multiplie comme vous le voyez les encouragements spéciaux destinés à les aider, et en ce moment même une commission officielle siège sous la présidence du Ministre de l'agriculture, pour rechercher •les moyens les plus propres à activer le perfectionnement de nos races à laine.
« A vous, Messieurs, d'y travailler aussi : faites de la bonne sélection pour vos reproducteurs, nourrissez-les tousbien, alimentez-les abondamment et d'excellents fourrages surtout dans le jeune âge, et vous en ferez des machines perfectionnées aussi bien pour produire de bonnes et pesantes toisons que de la viande de choix. Soignez aussi vos bergers, car d'eux dépend en grande partie la prospérité des troupeaux. »
Voici la liste des récompenses attribuées :
Mâles. — 1'° section. Béliers au-dessous de 18 mois. 1" prix, M. Cosscnet. au Pont-de-Somme- Vesle; 2% M. Chevalier^ à Braux-Sainte-Cohière ; 3°, M. Collet, à Argers ; 4°, M. Baudesson, à Saint-Etienne-sur-Suippe ; 5% M. Vigy, à Vitry-la-Ville. Prix supplémentaires, MM. Bourgeat, à Vilmorin (Aube) ; Baillot, àMuizon. — 2"= section. Béliers au-dessus de 18 mois. 1"'^ prix, M. Cossenet; 2°, M. Chevalier; 3°, M. Marcout, à Braux-Sainte-Cohière; 4=, M. Bourgeat; 5'^, M. Collet. Prix supplémentaires, MM. Baudesson; Baillot; Procquez-Brodiez, à Domniarlin-Letlrée ; Thomas-Pariset, à Saint-Remy-sur-Bussy.
Femelles. — Animaux de 18 mois au plus. 1'" section. \" prix^ M. Chevalier; 2°, M. Cossenet; 3°, M Collet; 4', M. Baudesson; 5^, M. Baillot. Prix supplémentaires, MM. Marcout; Bourgeat. — 2= section. \" prix, M. Chevalier ; 2", M Cossenet ; 3°, M. Marcout; 4% M. Baudesson; 5°, M. Baillot. Prix supplémentaires, MM, Bourgeat; Jactat; d'Ilerpont.
Bandes de .moltons. — Pas de premier prix. 2" prix, M. Thomas-Pariset; 3°, M. Poncelet, à Auve ; 4% M. Jesson, à Saint-Martin-sur-le-Pré.
Des associations agricoles ont offert, en outre, des récompenses, qui ont été décernées comme il suit : objet d'art offert par la Ligue agricole de la Marne, à M. Chevalier; — objet d'art de la Société d'encouragement à l'agriculture, M. Baillot; — médaille de vermeil de la Société des agriculteurs de France, M. Baudesson ; médaille d'argent, M. Collet. — Ceux qui connaissent les conditions de l'élevage des mérinos remarqueront que les principaux lauréats de ce concours spécial ont été, comme on devait d'ailleurs s'y attendre, les lauréats des précédents concours régionaux.
YIIL — Ecole 7iationale d' agriculture de Grignon
Les élèvesde l'Ecole nationale d'agriculture de Grignon ont donnéle 28 mai leur troisième fête annuelle. Les spectacles les plus variés ont été offerts aux visiteurs : exercices de gymnastique, courses à pied et en bicyclettes, jeux divers, où ces jeunes gens ont montré leur force et leur adresse. La musique militaire du 20" bataillon de chasseurs à pied, gracieusement accordée, n'a cessé de jouer les meilleurs morceaux de son répertoire. Le soir un bal champêtre très animé a eu lieu. Cette fête a eu un succès complet. Les élèves de l'école se proposent de la renouveler chaque année.