SUR LES CULTURES ACTUELLES DU FROMENT
de la fleur. Il y en a beaucoup d'attaqués. Dans les champs que j'ai vus, c'est encore le blé Galland qui est le plus atteint.
Enfin, sur les épis complètement verts, un certain nombre d'épillets de la base et de l'extrémité, les plus tardifs, n'ont qu'une fleur; il y a eu coulure, probablement à la suite de la sécheresse.
Dans le blé Galland, on peut compter une moyenne de 18 à 20 épillets normalement constitués, ayant chacun 2 fleurs, qui donneront ensemble de 36 à AO grains. Dans la bladette, il n'y a pas plus de 1 2 à 14 épillets bien venus à 2 fleurs.
Les rendements seront par conséquent encore assez bons, si l'évolution se fait bien ; je parle des blés de la plaine.
Toutes les tiges, vingt-quatre heures après la pluie du 15 mai, étaient entourées par l'eau qui s'était infiltrée dans l'espace qui les sépare des gaines des feuilles; les phénomènes d'imbibition pouvant se produire, sans l'intermédiaire des racines, il suffit souvent d'une averse, pour fournir l'eau nécessaire à la migration des principes immédiats. La disposition des feuilles qui maintient pendant longtemps un fourreau d'eau autour de la tige est éminemment propre à assurer la continuité de l'alimentation aqueuse, malgré la sécheresse. M. Deumié,
Professeur d'agriculture à l'École d'Ondes (Haute-Garonne).
Pamiers, le 1" juin 1893.
On ne se souvient pas d'avoir vu une sécheresse aussi longue pendant les mois d'avril et mai.
Les céréales sont restées très longtemps stationnaires dans leur croissance et, si quelques pluies n'avaient pas fini par arriver, la montée des épis n'aurait pu avoir lieu.
Naturellement, la paille sera très courte et les épis, assez longs dans les sols profonds, resteront petits dans les terres maigres.
Un quart de la récolte manquera certainement.
Les récoltes du printemps, favorisées par ces dernières pluies, se présentent bien ; mais quelque puisse être leur valeur, tout cela ne pourra compenser le déficit des récoltes d'hiver.
D'ailleurs, la situation se complique par le manque général de fourrages, et une grande partie des animaux qui ne sont pas indispensables, devront être livrés à la boucherie, à des prix inférieurs.
L'année prochaine, les bestiaux seront rares, et pour se remonter, si la récolte en fourrage est bonne, il faudra dépenser beaucoup d'argent.
Dans les grandes dernières foires qui ont eu lieu à Pamiers, à Foix, à Mirepoix, les vendeurs étaient en grand nombre, mais il n'a pu guère se traiter d'affaires, puisque personne n'a de quoi nourrir les animaux.
Néanmoins, j'ai pu constater avec satisfaction qu'à la foire de Pamiers, du 27 mai, les espagnols ont enlevé, plus rapidement que les années précédentes, les , brebis de la race de montagne, qui avaient nourri leurs agneaux. Après cela, les moutons gras, en très grand nombre, ne trouvaient pas d'acquéreurs.
A la foire de Foix, qui a eu lieu le 29 mai, les affaires relatives aux bestiaux, n'ont pas subi d'amélioration, mais les laines se sont vendues à un prix convenable.
Les vignes sont belles et chargées de raisins.
Pour suppléer le plus possible au manque de fourrages, j'ai conseillé aux agriculteurs du département, l'essai du moha de Californie, et maintenant que les pluies ontpermis d'ensemencer des maïs-fourrages dans de larges proportions, je crois devoir leur indiquer, d'une manière simple et pratique quels sont les divers modes d'ensilage, et les avantages que présente ce système de conservation du maïs. Adrien Rigal,
Président du Comice agricole de Pamiers.
J'ai insisté à maintes reprises au cours de ces dernières années, sur la nécessité, pour l'agriculteur, de n'acheter que des semences dosées, de composition garantie sur facture s'il ne veut pas s'exposer à en recevoir de mauvaise qualité'.
La lettre suivante que m'adresse M. Lagny, le zélé vice-président du Syndicat agricole de Gien (Loiret) à la date du 22 mars dernier fait ressortir une fois de plus la justesse de cette recommandation.
« Je viens vous signaler, écrit M. Lagny une fraude qui s'est pratiquée samedi dernier sur notre marché et qui se reproduira sans doute samedi prochain,
a Certains lots de trèfle violet sont mélangés dans une proportion que j'estime au tiers en volume de sable ocreux et de pierres teintes de la couleur et du volume approximatif de la graine de trèfle. Beaucoup de cultivateurs sont alléchés
f>ar le bas prix de cette marchandise. Il est du reste assez difficile de découvrir la raude pour un œil peu exercé et non prévenu.
« Vous pouvez d'ailleurs en juger par les échantillons que je vous envoie.
ce L'échantillon n" 1 consiste eu petits cristaux, de quartz sans doute, colorés artificiellement car l'humidité les décolore; il provient d'un sac qui a crevé en gare de Gien et qui avait été expédié sous le nom de sable de jardin ; il y en avait 28 balles nous a-t-on dit.
« L'échantillon n° 2, constitué par du sable d'une forme et d'une couleur analogues à celle de la graine de navet, se trouve également mélangé au trèfle.
« Enfin, l'échantillon n° 3 a été pris sur la marché lui-même; c'est la graine de trèfle fraudée par le mélange des deux produits inertes n° 1 et n" 2.
«N'y a-t-il pas un moyen légal de mettre un terme à cette exploitation du cultivateur par certains commerçants? Quelles sont les lois à appliquer, et quelle serait la marche à suivre pour en saisir le parquet? »
Nous avons trouvé dans l'échantillon n" 3 :
Trèfle violet 75 ,78
Plantain et graines mutilées de trèfle 1 ,27
Sable quartzeux coloré artilicieliement en jaune 9,69 J ^cy qr
Sable ocreux coloré naturellement en brun 13,26 S '
Le faible échantillon dont nous disposions, ne nous a pas permis de déterminer la nature de la matière employée à la coloration du sable.
Nous venons de voir que sur 22 kil. 95 de matières minérales, il y en a 9 kil. 69 de sable coloré en jaune.
Si les 28 balles de celui-ci ont été écoulées, il a fallu en outre, pour
assurer le mélange précédent, —^ — = 38 balles 31 de sable
ocreux, soit en tout, 28 -h 38,31 = 66 balles 31.
Le trètle des prés était coté ce printemps, 200 francs environ la balle; les 66 balles ont donc rapporté aux. fraudeurs, la somme respectable de 13,000 francs environ.
Sur notre conseil, M. Lagny adressa au Parquet de Gien, les échantillons falsifiés, accompagnés du bulletin d'analyses de la Station d'essais de semences de l'Institut agronomique. Une perquisition opérée chez les négociants de Gien et à la halle de la même ville,
1. La Station de l'Institut national agronomique, 16, rue Claude-Bernard, Paris, adresse gratuitement aux agriculteurs, la liste des marchands-grainiers français garantissant sur facture la composition de leurs marchandises.
amenèrent la découverte d'une vingtaine de balles de trèfle violet et d'Antliyllide vulnéraire mélangés de sable.
De notre côté, nous avons demandé au procureur de la République, d'épuiser tous les pouvoirs que lui confère la loi, afin de remontera la source du mal, d'atteindre non seulement les marchands grainiers vendeurs de sable, mais encore les fournisseurs de cette dernière matière. Le Parquet de Gien n'est pas resté inactif; des perquisitions ont été opérées dans l'arrondissement et dans les départements voisins.
Le 24 mai, une descente de justice a eu lieu, toujours à la requête du Parquet de Gien, dans les magasins de deux importants marchands grainiers de Moulins (Allier). Ceux-ci ont reconnu avoir vendu onze mille kilog. de sable quartzeux qui leur avait été expédié d'Italie.
NouH reviendrons sur cette affaire qui aura son dénouement en police correctionnelle.
L'addition de sabJe aux graines de légumineuses se pratique depuis longtemps. Déjà, en 1884, nous avons eu l'occasion d'examiner des trèfles tirés du midi de la France et mélangés de matières minérales. Il nous fut alors impossible d'en découvrir les vendeurs.
La fraude que nous venons de signaler est bien certainement l'une des moins dangereuses auxquelles l'agriculteur soit exposé. Quand il demande des semences fourragères au commerce, on lui livre couramment de vieilles semences, des semences soufrées, colorées, etc., etc.; on le trompe tantôt sur l'origine, tantôt sur la nature, sur la quantité ou sur la qualité de la marchandise.
Et comment en serait-il autrement? Pourvu que l'apparence de la marchandise soit favorable, l'agriculteur se déclare satisfait ; la plupart des syndicats agricoles eux-mêmes ne procèdent pas autrement ! Aussi, les marchands grainiers, au courant de ces habitudes vendent-ils des semences comme ils vendraient du sucre ou du café, sans se donner la peine d'en déterminer la qualité. Dans toute la France il n'existe certainement pas dix maisons en mesure de faire connaître la composition de leurs marchandises.
Les marchands grainiers honnêtes devraient comprendre qu'il est temps de rompre avec les anciens errements et de donner désormais des garanties certaines à leur clientèle. Déjà quelques-uns à l'instigation de la Station, indiquent sur facture la pureté et la faculté germinative de leurs produits. Le jour où ce mode de transaction se généralisera, on verra disparaître les nombreux flibustiers qui sont la honte et les pires ennemis du commerce des semences. E. Schribaux,
Directeur de la Station d'essais des semences de rinstitut national agronomique.
MÉTÉOROLOGIE DU MOIS DE liiAI
Voici le résumé des observations faites au Parc de Saint-Maur, en mai 1893 :
Moyenne barométrique à midi, 7b9'^'".0l. Minimum, le 17, à 1 h. 5, 746°"". 30. Maximum, le 6, à 9 heures du matin, 767™'". 45.
Moyennes thermométrigues : des minima, 8". 53; des maxima, 20".71 ; fdu mois, 14°. 62. Moyenne vraie des 24 heures, 14M4. Minimum, le 1", vers 5 heures du matin, 2 degrés. Maximum, le 17, à 11 h. 45, 27". 5. Il y a eu 3 jours de gelée blanche.