V. — La Banque de France
Il se produit, depuis le commencement du mois, un fait singulier, unique jusqu'ici : les 3 milliards et demi de billets que la Banque de France est autorisée à émettre, sont tous dans la circulation, et celleci doit faire ses paiements en espèces monnayées. Dans ces conditions, le Gouvernement a présenté à la Chambre des députés, qui l'a accepté, un projet de loi tendant à porter à 4 milliards la limite d émission des billets de la Banque de France. Ce phénomène n'aurait pas été signalé ici, s'il n'avait donné lieu à un grand nombre d'observations publiées par les financiers et les économistes de profession ; ceux-ci ont dû, par ricochet, s'occuper de la situation économique, ce qui les a amenés à des réflexions qu'il est bon d'enregistrer. La plupart ont été, naguère, très durs pour la réforme douanière; ils ont crié sur tous les toits à renchérissement de toutes choses, à l'impossibilité de la vie. Et voici qu'un de leurs principaux coryphées, M. Paul Leroy-Beaulieu, constate, dans V Economiste français^ la baisse constante des matières premières des industries textiles, l'abaissement du prix des métaux, et qu'il ajoute : « Il en est de même de la plupart des denrées comestibles. » Que deviennent alors les prophéties d'antan? Peu importe, leurs auteurs les ont sans doute oubliées; mais il est agréable qu'ils en constatent eux-même l'inanité.
VL — La production séricicole en 1892.
Le Journal officiel du 1 6 janvier publie le résumé de l'enquête séricicole de 1892, faite parle Ministère de l'agriculture. Nous donnons plus loin (p. 109) les principaux éléments de cette enquête. Il convient d'en comparer les résultats généraux avec ceux des années antérieures : cette comparaison résulte du tableau suivant :
Nombre Graines mises Production totale Rendemet
des en en moyen par
éducateurs. incubation. cocons frais. once de graine.
onces. kib;ig. kilog.
1884 l'il,477 279.613 6,196,994 22.16
Les conditions climatériques dans lesquelles se sont faites les éducations des vers à soie ont été meilleures que dans les années précédentes ; le rendement a donc été plus élevé, et la production a été supérieure à celle de 1891, mais inférieure ou à peine égale à celle des années moyennes; ce fait tient à la diminution des quantités de
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graines mises en incubation. Le prix moyen des cocons de races françaises s'est un peu relevé; il a été de A fr. 25 par kilog. de cocons frais, au lieu de 3 fr. 14 en 1891 , de 4 fr. 09 en 1890, de 3 fr. ô6 en 1889, de 3 fr. 50 en 1888, de 3 fr. 71 en 1887. — On doit constater avec peine que l'industrie du grainage, qui n'avait pas cessé de se développer jusqu'ici, a subi cette année une réduction dun tiers; elle est tombée de 993,000 à 663,000 onces. La diminution a affecté tous les centres de production, à l'exception des Basses-Alpes où l'accroissement de la production a persisté; dans le département du Var, cette diminution a été de 31 6,000 onces; dans celui des Pyrénées-Orientales, de 22,000 onces; en Corse, de 8,000 onces. Il est impossible de savoir si cette réduction a eu pour cause la diminution de l'exportation; car les tableaux des douanes indiquent depuis longtemps, à l'exportation, des quantités de graines bien supérieures à celles données par le Ministère de l'agriculture pour la production. En tout cas, cette réduction ne paraît pas résulter d'un ralentissement dans l'exportation : l'excédent de celle-ci sur l'importation aurait été, en effet, pendant les onze premiers mois de 1892, de 56,152 kilog. (2,246,080 onces), contre 60,369 kilog. (2,414,760 onces) pendant la même période de 1891 , et 55,319 kilog. (2,212,760 onces) pendant celle de 1890. VIL — Questions viticoles.
Il y a quelques mois {Journal du 10 août, 1892, page 267), nous avons signalé un rapport présenté à la Société d'agriculture d'Alger sur un voyage qu'elle avait provoqué dans les vignobles reconstitués en France. Aujourd'hui, nous recevons le rapport adressé au Conseil général de Conslantine par une Commission qu'il avait déléguée pour faire une enquête sur la reconstitution du vignoble en France et sur les pkmts américains. Celle Commission était composée de MM. Boujol, Cauro et Bauguil, professeur départemental d'agriculture, qui a été chargé de la rédaction du rapport. Elle a parcouru les principaux centres dans lesquels la reconstitution est le plus avancée : les vignobles do la vallée du Rhône et du Beaujolais, ceux du Bordelais, ceux du Narbonnais, du Houssillon, du Bitterois, du Gard, et enfin ceux du Var. C'est par monographies descriptives de domaines ou de communes que procède le rapporteur, qui a su réunir un très grand nombre d'observations sur les résultats indiscutables désormais acquis et qui se multiplient d'année en année. Les mesures proposées par la Commission ont été adoptées, dans sa dernière session, par le Conseil général; ce sont les suivantes :
« P Maintonir le système actuel de défense (loi de 1883) en le modifiant à mesure que les circonstances et les expériences déjà faites en démontreront la nécessité.
« 2" Encourager les traitements culturaux au sulfure de carbone, dans les régions contaminées, par la subvention de sommes destinées à l'achat de ce liquide, par des démarches auprès du Gouvernement général, afin de faire obtenir le sulfure de carbone aux viticulteurs, sinon gratuitement, tout au moins à prix réduit.
« 3" Création de pépinières américaines dans les centres phylloxérés oià Tapplication de la loi de 1883 est abandonnée. — - Création d'une école de greffage à Philippeville.
« 4" Création d'une école d'agriculture et de viticulture.
Dans notre dernière chronique (p. 43), nous avons annoncé que
nous reviendrions sur une communication de M. de Mély à l'Académie des sciences sur son application d'un traitement des \ignes pliylloxérées d'après un procédé décrit autrefois par Strabon. Malheureusement, les comptes rendus ne donnent qu'un aperçu sommaire de cette communication ; en voici le passage principal : « La partie de la vigne phylloxérée qui a été traitée est dans un état de vigueur remarquable. Je présente à l'Académie un sarment de vigne de 3 m. 50 de longueur d'une végétation puissante, cueilli sur un cep phylloxéré et traité, ce qui prouve que le pétrole n'a nullement nui à la force de la plante. Quant au produit de la récolte, les chiffres comparatifs établissent jusqu'à présent refficacité du traitement. » D'après d'autres renseignements, le traitement opéré par M. de Mély aurait consisté à appliquer k 600 souches, dans un terrain impossible à sulfurer, 100 kilog. de chiffons hachés, imprégnés de 10 kdog. de pétrole; il aurait, en outre, par l'intermédiaire des agents consulaires, fait venir de la terre bitumeuse de Rhodes qu'il a déposée dans une cuvette circulaire autour des souches.