SITUATION VITICOLEDANS LA CHARENTE-INFÉRIEURE
Si nous comparons les chiffres de 1895 avec ceux de 1893 et de 1894, il est facile de voir la marche suivie par la reconstitution du vignoble depuis deux ans.
En 1893, les vignes françaises de plus de cinq ans atteignaient le chiffre de 19.870 hectares et celui de 18,276 en 1894; cette année avec 380 hectares en plus, il arrive à 18,656 hectares; cependant ces vignes déclinent de plus en plus sur bien des points et tout fait craindre que la diminution de 1894 sur 1893 s'accroisse les années prochaines.
Les nouvelles plantations en vignes françaises de moins de cinq ans qui atteignaient le chiffre de 4,822 hectares en 1893 et celui de 4,924 en 1894, descendent à 4,583 hectares cette année. On constate que ces plantations qui dépérissent à partir de la quatrième année sont complètement abandonnées sur certains points du départemant. C'est ce qui explique la diminution des 341 hectares de 1895 sur 1894.
Les terrains profonds où dominent l'argile ou le sable sont toujours favorables à la conservation de nos vieilles vignes françaises.
La submersion pratiquée sur 4 hectares 48 en 1893 et sur 8 hectares 70 en 1894 l'a été cette année sur 6 hectares 52, d'où augmentation de 2 hect. 04 sur 1893 et diminution de 2 hect. 18 sur 1894.
Le sulfure de carbone employé sur 169 hect. 77 en 1893, 122 hectares 10 en 1894, ne l'a été cette année que sur 37 hectares. Les résultats ont été généralement satisfaisants.
L'étendue des vignes traitées en 1893 par le sulfocarbonatc de potassium s'élevait à 179 hectares 66, en 1894 à 151 hectares 85; elle n'est plus que de 109 hect. 45 celte année.
Une augmentation sensible s'est produite cette année dans l'étendue des vignes plantées avec des cépages américains producteurs directs; de 1,014 hectares
1. Extrait d'un rapport adressé au Ministre de l'agriculture au nom du Comité central d'études et de vigilance de la. Charente-Inférieure.
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qu'elle était en 1893, cette étendue s'est élevée à ],137 hectares en 1894, pour atteindre celte année 1,436 hect. 90.
L'augmentation devient encore bien plus sensible dans l'étendue des vignobles greffés sur cépages américains qui donnent presque partout des résultats satisfaisants, sinon excellents; il n'y a que dans les terrains où le calcaire est en trop grande quantité que ces plantations dépérissent.
L'étendue totale des vignobles gretfés qui n'était que de 4,970 hectares 63 en 1893 et de 5,316 liectares 85 en 1894, s'élève cette année à 6,907 hectares 57, d'où une augmentation de 1,936 hectares 94 en deux ans.
Les ravages de l'anthracnose sont peu considérables, aussi beaucoup ne prennent-ils pas la peine de la combattre par un traitement spécial, n'employant indistinctement que les sels cupriques pour toutes les maladies de la vigne; cependant certains propriétaires ont employé, les uns le sulfate de fer en badigeonnages, les autres le plâtre cuit, d'autres encore le soufre ou la chaux. Le traitement qui a donné les meilleurs résultats a été un mélange de soufre, de chaux et de sulfate de fer.
11 y a eu généralement peu de chlorose cette année. Elle aparu de mai en juillet, et dans bien des localités, elle a disparu sans traitement en août. Dans les localités où on l'a combattue, on a employé le sulfate de fer qui a donné tantôt d'assez bons, tantôt de médiocres résultats.
Le miidew qui avait sévi avec la dernière intensité en 1894 en compromettant la récolte, ne s'est pas moins montré en 1895; mais les viticulteurs plus avisés que l'an dernier ont fait les traitements cupriques généralement à temps et en nombre sulfisant; aussi les résultats ont-ils été bons ou excellents sur les trois quarts des vignes traitées. A part l'hydrocarbonate de cuivre employé dans quelques localités, c'est la bouillie bordelaise qui est le cuprique le plus employé.
Notre vignoble qui est actuellement de 31,584 hectares 36, était de 17,860 hectares en 1890, d'où une augmentation de 77 pour 100 en cinq ans avec une augmentation annuelle de 2,745 hectares.
En 1893, il était de 30,677 hectares pour descendre à 29,655 hectares en 1894 par suite d'arrachage de vieilles vignes françaises; il s'est relevé cette année de 1,929 hectares grâce aux nouveaux vignobles greffés sur les cépages américains.
L'aspect des vignes est généralement bon cette année, surtout dans les vignes américaines greffées et si la récolte de 1895 est inférieure à celle de 1893 comme quantité, elle est au moins égale eu qualité.
Résumant les faits principaux survenus en 1895, on constate :
1° Que notre vignoble s'élève actuellement à 31,584 hectares.
2" Que les vignes françaises s'affaiblissent de plus en plus, sauf celles soumises à une culture intensive.
:■," En outre une confiance beaucoup moindre dans les insecticides.
4"^ De plus, une augmentation sérieuse dans les plantations de plants américains greffés avec des cépages français et les producteurs directs américains eux-mêmes, malgré l'infériorité de leurs vins à peine vendables, gagnent du terrain.
5" Enfin, une formidable invasion de miidew, mais énergiquement combattue et avec succès, par les bouillies bordelaise et bourguignonne.
Malgré les essais très multipliés sur divers points des Gharentes, avec les hybrides franco-américains, et les hybrides américo-américains, greffés avec nos cépages français, nous avons le devoir de dire, que s'il est permis de concevoir des espérances sérieuses, on ne peut pas encore avoir la certitude du succès des plantations en lerr-es dites de Champagne
Le prix des vins jouant un rôle prépondérant dans la reconstitution de notre vignoble, il est gi-andementà regretter que la récolte de 1895, petite en quantité, mais excellente en qualité, ait été payée par le commerce à un prix si bas qu'elle laisse les producteurs sans une rémunération suffisante, par suite des frais de plus en plus coDsidérables qu'entraîne la lutte contre les maladies cryptogamiques.
D'' Menudier,
Membre de la Commission supérieure du pliylloxéra,
1" vice-président du Comité central d'études et de vigilance
de la Charente-Inférieure.