REVISION DE LA RÉDACTION DES BAUX
Il est certain que, de temps immémorial, les bailleurs préoccupés à juste titre de conserver dans toute son intensité la fertilité de leur sol, et d'éviter que les preneurs n'appauvrissent la terre dans les dernières années de leurs baux, par des ventes exagérées de fourrages et de pailles, sans restitution équivalente en engrais, des matières exportées, ont, dans la rédaction iJe leurs baux, introduit certaines clauses préventives qui, à l'époque où les fumiers étaient les seuls engrais connus et usités, mettaient les agriculteurs dans la nécessité de laisser sur leurs exploitations des stocks importants de pailles, de fourrages, et souvent même d^ fumiers tout faits.
Ces obligations, de trois catégories différentes, se retrouvent communément dans tous les baux rédigés à l'heure actuelle.
1" Obligation de consommer toutes les pailles et fourrages pondant la durée du bail.
Aux temps où le sol était cultivé d'après l'assolement triennal, deux tiers seulement de l'exploitation étaient chargés de récoltes de céréales, le troisième tiers restait improductif en jachère, un complément de luzerne fournissait le fourrage nécessaire à l'exploitation.
Dans ces conditions la production des pailles était relativement restreinte, les avoines surtout extrêmement faibles et courtes ne donnaient que des récoltes de paille presque insignifiantes généralement consommées par les vacheries peu importantes de cette époque.
L'usage de couper les blés à la faucille, en laissant des chaumes de vingtcinq à trente centimètres de hauteur, diminuait d'autant la quantité de paille récoltée, et encore, avons-nous maintes fois entendu dire à nos ancêtres que ces pailles, avant l'introduction des mérinos, composaient la ration exclusive des moutons, qui n'en fourrageaient que les parties les plus succulentes ; l'excédent, so"S le nom d'essais, était relié, mis en longues files de petites meules qui, à la
1. Exilait d'un iap[)oit a la bociété d'agriculture de Meaux.— Voir la clironique de ce numéro.
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longue, pourrissaient et finissaient par disparaître. C'était là co qu'on appelait consommer la totalité des pailles, qui, en réalité, étaient en majeure partie perdues pour le sol qui n'y gagnait rien.
En est-il de même aujourd'hui où, grâce au.v nouveaux procédés de culture, la production des pailles a augmenté dans d'énormes proportions? Les avoines, notamment sous l'influence des labours profonds, des grosses fumures, des amendements calcaires, et surtout de l'emploi des engrais chimiques, produisent des récoltes de paille telles qu'il n'est pas rare de les voir suffire seules à la consommation de la ferme, laissant la totalité des pailles de hlé disponibles pour la vente.
L'obligation de consomoaer toutes les pailles dans l'état actuel serait, la plupart du temps, impossible à remplir et fort souvent inutile.
2° Obligation de laisser à la fin du bail une quantité de fumier destinée à garnir un chiffre déterminé d'hectares.
Cette clause présente de graves inconvénients, en ce sens qu'avec un nombre restreint de bestiaux et une grande prodigalité de litière, il est aisé de produire de grosses masses d'un fumier sans grande richesse, mais qui n'en est pas moins considéré comme tel. Il est, en outre, très difficile de s'entendre sur les quantités de fumier, si riche qu'il soit, à appliquer sur le sol, il y a là de nombreuses matières à chicane, et à certains procès retentissants dont nous avons conservé le souvenir.
3" La clause la plus généralement usitée consiste dans l'obligation imposée au preneur de laisser à la disposition de son successeur toutes les pailles de l'exploitation, qu'elles soient consommées ou non pendant un nombre d'années déterminé, ordinairem.ent deux ans.
cultivateur dont le Daii eut expi prix énormes, eût subi de ce chef un dommage considérable. Il arrive aussi fréquemment que le nouveau fermier à son entrée en jouissance, trouvant sous la main de forts stocks de paille accumulée par son prédécesseur durant les deux dernières années de son bail, s'empresse de les convertir en argent à son arrivée, et nous nous demandons quel profit en tire le propriétaire au point de vue de la fertilité de son sol.
D'ailleurs, comme le fait très judicieusement remarquer M. Grrandeau, la valeur intrinsèque de la paille comme matière fertilisante est extrêmement faible, et n'apporte au sol que fort peu d'éléments de reconstitution.
Il serait donc infiniment préférable de laisser au fermier la libre disposition intégrale de ses récoltes jusqu'au dernier jour de sa jouissance, en lui imposant toutefois, pour assurer le maintien de la richesse du sol, l'emploi d'une quantité de matières fertilisantes en rapport avec l'importance du domaine et qu'il serait extrêmement facile, dans l'état actuel de la science, de déterminer presque mathématiquement. . . ,,. ,
On pourrait même, sur les exploitations des environs immédiats de Pans, où les cultivateurs ont coutume de conduire leurs pailles sur les marchés ou dans les o-rands établissements de transport de la capitale, et de ramener en échange les fumiers qu'ils y trouvent, fixer par les baux, les quantités cle fumier qui devraient sans interruption être apportées sur la ferme jusqu'à expiration du baiL
Nous proposons donc à nos collègues de s'associer aux conclusions du travail de M. Grandeau, et d'admettre pour la rédaction des futurs baux, des clauses qui autoriseraient blerait, de
tien de la fertilité du sol par des impc de défécation, et même de fumiers achetés au dehors, de manière à sauvegarder leiilus éiruitablement possible les intérêts de l'agriculture et de la propriété.
A. Petit.
Séance du 26 février 1896. — Présidence de M. Risler. La correspondance imprinijée renferme les ouvrages suivants : Le iiojn on pois oléagineux deChinàet le pain des diabétiques, par M. Menu-
dier; — Les banques agricoles par la mise en commun du droit dédiasse, par M. Ducasse; — Salaires et durée du travail dans Vindustrie franraise Uome 3;. publié par l'Office du travail; — Etude sur la petite propriété rurale^ par M. de la Bouillerie.
M. Scliribaux pose sa candidature à la place de membre titulaire vacante dans la section des cultures spéciales par suite du décès de M. Pasteur.
M. Fischer remercie la Société de sa nomination comme correspondant étranger dans la section de grande culture.
M. Aimé Girard entretient la Société d'expériences faites sur la plantation des pommes de terre au moyen de tubercules fragmentés et de tubercules entiers. iSous ne résumerons pas cette communication importante que nous reproduirons in extenso, mais dès à présent nous pouvons dire qu'il résulte des expériences de M. Aimé Girard que la plantation de tubercules entiers a toujours donné des rendements supérieurs à ceux des tubercules fragmentés. Les différences sont considérables. Il a repris également les procédés recommandés par M. Allier et les résultats obtenus ne sont pas en faveur de ce procédé. La différence de récolte varie du simple au double. Aussi, termine-t-il en concluant à l'emploi des procédés qu'il a indiqués pour la plantation des pommes de terre.
x\L Duclaux présente, de la part de M. Lambert, sous-directeur de la Station séricicole de Montpellier, un rapport sur l'influence de la feuille sur la résistance des vers à soie à la maladie.
M. le comte des Cars présente des échantillons de peupliers de la vallée de TOurcq atteints par une maladie. M. Prillieux trouve une analogie entre ces chancres et ceux venant sur les oliviers et le pin d'Alep. La maladie serait due à des bactéries, mais le fait demande confirmation.
Il est procédé à l'élection d'une commission spéciale chargée de faire fonction de section pour la présentation de candidats à la place de membre étranger vacante dans la section hors cadre. Sont élus : MM. Bénard, Trasbot, Leroy-Beaulieu, Duclaux, Prillieux, Cheysson, Le Play, Mûntz et Laboulbène.
Il est ensuite procédé à l'élection d'un membre étranger dans la section hors cadre. M. \ermoloff, ministre de l'agriculture et des domaines de Russie, est élu par 35 voix contre 4 à M. le baron von Mueller. Georges Marsais.
(29 FÉVRIER 1896) I. — Situation générale.
La température s'est sensiblement refroidie depuis huit jours; la gelée est bien accueillie parles cultivateurs pour retarder la végétation trop hâtive. Nos marchés aux grains sont toujours calmes avec prix assez bien tenus. Les huiles, sucres et spiritueux ont eu un nouveau mouvement de baisse ; les fécules continuent à se vendre mieux. Les fruits et légumes ont aussi une vente meilleure. Les prix du bétail ont légèrement fléchi.