VI. — Etudes sur les pommes à cidre
Dans le Journal du 12 octobre 1895 (page 552), nous avons publié
un appel de M. Truelle, le savant chimiste pomologue de ïrouvillesui'-Mer (Calvados), qui désirait recevoir des échantillons de la pomme à cidre de la variété Rouge de Trêves, afin de se livrer à une étude sur sa valeur. M. Truelle nous communique, dans la note suivante, le résultat de l'analyse des échantillons qui lui ont été transmis :
Analyses rapportées à 1000 centimèlres de jus pur.
Sucre total Acidité totale
Sucres exprimé exprimée
réducteurs en Matières en acide
Donateurs Densité (interverti glucose pectiques sulfurique
et provenances à et fernien- et alhu- mono-
1895. des échantillons. -i-1d°. lévulose). Saccharose, tesciblc. Tannin, ininoïdes. hydrate.
gr. gr. gr. gr. gr,
15 oct. M. Foubert, à Ville-
dieu-les-Poèles (Manche). 1051.2 74.308 30.675 106.597 0.456 5,50 6.852 1" nov. M. Wagner. Grand-
Duclié de Luxembourg... 1064-0 ICO.OOO 38.646 140,680 0.684 5.90 8,096 24 nov. M. Poncelet, à Mou-
zon (Ardennes) 1058.0 114.634 18.664. 134,280 0.570 9.00 4.-324
29 déc. M. Gabenot, à Rieu-
ville-Drcux (Eiu-e-eH.oir). 1056.0 95.430 29.228 126.096 0.246 9.90 3.864 14 janv. 1896. M. Latour, à
Surville (Calvados) 1061.5 111.254 20.141 132. .560 1.066 10.80 4.876
Moyennes 1058.1 99.125 27.470 128.042 0.604 8.22 5.482
« Je ne relate ici que les analyses du jus de cette variété, bien que j'en aie effectué toute une série pour établir la composition centésimale de la pulpe et du jus. Mais, comme je ne saurais, sans manquer à la règle que je me suis imposée, tirer des conclusions sérieuses d'un nombre aussi restreint d'échantillons, je préfère attendre la prochaine récolte, afin de recommencer mes recherches sur les lots que m'enverront, je l'espère, en quantité suffisante, tous ceux que la solution de cette question intéresse. D'ici là, je continuerai de recueillir tout ce qui a été publié sur cette variété, particulièrement en Allemagne; puis ces documents, joints à mes différentes analyses, me permettront d'en écrire la monographie complète, de déterminer en toute connaissance de cause sa véritable valeur et, par suite, de conclure impartialement à son adoption dans les vergers français ou à son rejet, A. Truelle.
Le laboratoire pomologique que M. Truelle a créé à Trouville avec ses seules ressources a déjà rendu des services considérables ; on peut être certain que les nouvelles études qui y sont poursuivies seront, comme les précédentes, d'une très grande utilité pour l'agriculture.
VIL — Concours de pulvérisateurs.
La Société d'agriculture de la Gironde organise un concours général de pulvérisateurs, qui aura lieu à Bordeaux dans les conditions indiquées par le programme suivant :
« Ce concours ne comportera aucun prix; mais, un classement constaté par des diplômes, établira la valeur comparative de chaque instrument.
« Les appareils seront divisés en deux grandes catégories : 1° appareils à dos dltomrae; 2" appareils à bât ou à traction animale.
« Il sera procédé à trois séries de concours successifs :
« Le premier sera éliminatoire au point de vue de la consommation et de la pulvérisation et se fera sur des feuilles de papier noir.
« Le second sera éliminatoire au point de vue de la régularité du fonctionnement en terrain accidenté.
« Le troisième, qui se fera sur des vignes hautes ou basses, à espacements variables, déterminera le classement définitif.
f< Les bases du classement sont les suivantes : 1° débit; 2" quantité de travail effectué par jour; 3'' prix de revient, construction des appareils au point de vue de la facilité du nettoiement, du remplacement des organes et de leur résistance; 4° finesse de pulvérisation; 5*^ pénétration de la pulvérisation.
« Les concours éliminatoires auront lieu du 10 au 15 mai; — le concours définitif le l^"" juin. »
Toutes demandes de renseignements et d'admissions au concours devront être adressées à M. Maxwell, secrétaire général de la Société, 9, cours du XXX- Juillet, à Bordeaux, avant le 1" mai, dernier délai. YIII. — Société française d'encouragement à Vindustrie laitière. L'Assemblée générale de la Société française d'encouragement à l'industrie laitière s'est tenue, comme chaque année, pendant le concours général agricole, sous la présidence de M. Hardon, président de la Société. Dans le discours qu'il a prononcé, M. Hardon s'est félicité de la part prise par la Société à la préparation du projet de loi sur la répression des fraudes dans le commerce des beurres ; cette loi constitue un progrès dont les producteurs devront profiter. — Après le rapport de M. Cabaret, secrétaire général, sur les travaux de la Société, et celui sur le concours ouvert pour les monographies sur la fabrication des froma2;es, M. Martin, directeur de l'Ecole d'industrie laitière de Mamirolle, a donné des détails très intéressants sur l'exposition laitière de Lubeck, où il a pu examiner les progrès récents réalisés en Danemark et en Allemagne dans la construction des appareils de laiterie. Parmi les vœux émis par la Société, on doit signaler celui présenté par M. Martineau pour que la Société fasse les démarches nécessaires en vue d'obtenir de l'Etat et de la Compagnie des chemins de fer d'Orléans une réduction de tarif pour le transport des beurres; à l'appui de cette demande, il a fait remarquer que le trafic des beurres sur ces deux réseaux a augmenté dans des proportions considérables. IX. — L'emploi de l'alcool pour l'éclairage. Dans notre précédente chronique (p. 406), nous avons fait connaître le concours ouvert par le Syndicat de la distillerie en faveur de l'emploi de l'alcool pour l'éclairage. Dans sa dernière réunion, la Société des agriculteurs du Xord a été saisie d'une motion de M. Hector- Simon lui demandant de mettre à l'étude cette question dont l'intérêt ne saurait échapper. Voici les principales considérations qu'il a présentées sur C8 sujet :
a II s'agit de remplacer h pétrole, qui est un produit exotique, par l'alcool, qui est un produit indigène. Cette destination nouvelle de l'alcool français nous affranchirait d'un tribut de 25 à 30 millions que nous payons chaque année à l'étranger: on pourrait facilement l'employer pour l'alimentation de ces innombrables fourneaux, qui sont utilisés dans chaque ménage, là où le gaz d'éclairage fait défaut et qui servent à faire la cuisine pendant toute la période de l'été et de l'automne; il suffirait de le dénaturer, comme l'on fait actuellement pour le métylène. On pourrait l'utiliser aussi pour l'éclairage ; il remplacerait avec avantage les lampes à pétrole, toutes fumeuses et malsaines. Quel essor donné à la culture de la betterave par cet immense débouché, et la distillerie trouverait là un élément énorme de développement et de prospérité.
« Il appartient à notre vaillante Société, qui est toujours à l'ayant-garde du progrès, de donner une nouvelle preuve de son activité et de sa vigilance en tra- Yaillant en vue d'obtenir une réduction nécessaire, voire même la suppression complète des droits de consommation et d'octroi. Il faudra trouver pour l'éclairage un dénaturant augmentant le pouvoir éclairant de l'alcool. Ce n'est pas impossible. Les éolipyles des saccharimètres le prouvent. Vous considérerez que l'alcool coûte 0 fr. 32 le litre sans les droits, et que le pétrole est vendu Û fr. 35 le litre également; l'alcool renferme plus de calories que le pétrole, il est donc plus avantageux pour le chauffage, de plus il ne fume pas.
CHRONIQUE AGRICOLE (21 MARS 1896). 4i7
a L'Etat aurait grand intérêt à dégrever l'alcool servant à l'éclairage et au chauffage; Taccroissement immense de notre production, par suite du développement du travail national, aurait une répercussion immédiate sur la prospérité économique, qui se traduirait par l'augmentation des recettes du Trésor public. Ce sera le cas de donner à la distillerie, qui ne jouit d'aucune prime, une compensation aux droits exorbitants qu'elle paye. En plus, il n'y a pas d'arguments prétendus d'hygiène à invoquer; quant à l'intérêt général, toutes les régions qui produisent une matière première pour la distillation agricole, les régnons viticoles elles-mêmes, sont intéressées à voir l'alcool consommé d'une façon nouvelle utile, saine et donnant un débouché énorme et avantageux. «
Les observations présentées par 31. Hector Simon sont absolument justes ; elles concordent absolument avec le vœu émis par la Section agricole de l'Association de l'industrie et de lagrieulture françaises. X. — Les eaux de la Durance.
Les luttes que nous avons signalées durant l'été dernier entre les deux départements de VaucluseetdesBoucbes-du-Rbône, pour l'usage des eaux de la Durance, quoiqu'elles soient moins aiguës, n'en persistent pas moins. Le principal grief des concessionnaires des anciens canaux de Yaucluse, et ce ginef est légitime, c'est que le canal de Marseille prend à la rivière beaucoup plus d'eau qu'il n'en a le droit, et que cette eau n'est pas utilisée pour les besoins de la ville, mais qu'elle est revendue pour de tous autres usages. Un écho nouveau de ces plaintes s'est produit à la dernière réunion de la Société d'auriculture de Vaucluse. Sur un rapport très complet de M. ^ alayer, la"^ Société a adopté les conclusions suivantes :
« 1° Que la réglementation des eaux de la Durance, indispensable pour le bien de tous et pour éviter des calamités publiques, soit votée le plus tôt possible;
« 2"* Que la ville de Marseille soit exactement réduite à sa concession, largement suffisante, de neuf mètres cubes, attendu qu'en vendant de l'eau à qui lui en demande, elle prouve sans conteste qu'elle en prend bien au-delà de ses besoins ;
« 3" Qu'on mette, en cas de disette, tous les canaux dans l'impossibilité matérielle de prendre plus que ce que leur accordent leurs concessions : qu'on réduise équitablement et sans exception toutes les quantités d'eau non destinées à l'alimentation; ou qu'on étudie un système de roulement entre les prises, afin que l'eau qu'elles recevront leur arrive en quantité utile. «
Plusieurs propositions tendant à réglementer l'usage des eaux de la Durance ont été présentées au Parlement. Il serait à souhaiter qu'elles fussent discutées sans retard.