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La situation

Les allures de la saison ont pris, pendant les derniers jours du mois de mars, des proportions désordonnées. Après une période de quelques jours exceptionnellement chauds, le régime du froid et des pluies a repris le dessus. C est surtout dans les régions méridionale et centrale que le refroidissement a été vif, et qu'il s'est fait sentir avec intensité. Les arbres fruitiers précoces, dont la floraison était commencée, ont subi des dégâts, qu'on signale surtout sur le littoral méditerranéen, depuis' Perpignan jusqu'à Nice, de même que dans la Limagne en Auvergne. La neige s'est montrée en plus ou moins grande quantité dans les Pyrénées, dans les Alpes, dans les Cévennes, comme dans le Dauphiné; dans la région de l'Est, elle est tombée dans les départements du Doubs, du Jura, de la Haute-Marne, des Vosges et de Meurthe-et-Moselle. Dans la région de l'Ouest, le refroidissement s'est fait sentir également, avec de violentes tempêtes; en Bretagne, les cultures potagères du littoral paraissent en avoir souffert. Sans doute, les dégâts signalés peuvent être exagérés par la première impression; il est malheureusement certain qu'ils laisseront des traces.

Les céréales et les cultures fourragères se présentent toujours dans de bonnes conditions; les champs sont bien garnis, l'hiver ne pai^aît pas avoir fait de vides sérieux. Pour peu que le printemps se montre favorable, qu'il ne soit pas trop sec, on peut désormais prévoir que la récolte des premiers fourrages sera abondante et que les blés, comme les seigles et les avoines d'hiver, se développeront dans de bonnes conditions. Quant aux céréales de printemps, les semailles se sont faites dans des conditions normales, sur des terres bien préparées, de telle sorte que, de ce côté également, tout se prépare bien. Il en est de même en ce qui concerne les autres cultures de printemps, notamment les pommes de terre et les betteraves à sucre. Pour ces dernières, les semailles paraissent devoir s'achever assez rapidement, ce qui est d'un bon augure; il est probable que la réduction dans la culture qui s'était produite en 1895 sera regagnée et que l'on reviendra aux surfaces cultivées dans l'avant-dernière campagne; c'est la conséquence du relèvement des prix payés pour la betterave. — Le refroidissement des derniers jours n'a pas exercé d'influence sur la vigne; tout au plus peut-on redouter quelque répercussion de sève. IL • — V agriculture et l'impôt sur le revenu.

Dans notre précédente chronique, nous avons fait connaître les phases de la première partie de la discussion ouverte à la Chambre des

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députés sur le projet d'impôt global et progressif sur le revenu. Nous disions qu'après le lumineux discours de M. Méline, le projet du Gouvernement ne pouvait se maintenir. C'est, en effet, ce qui est arrivé. Après de nouvelles démonstrations apportées par M. Delombre, rapporteur, M. Cochery, président de la Commission du budget, et M. Poincaré, le Gouvernement a du battre en retraite, abandonner son projet et se rallier à une combinaison bybride qui chargeait la Commission du budget de s'entendre avec lui sur les bases d'un autre projet. Ce semblant de victoire n'a pu être obtenu que par l'appoint de ses propres voix et des suffrages des socialistes. — La question est donc loin d être tranchée. C'est pourquoi les agriculteurs et les associations agricoles ne doivent pas cesser de protester avec la même énergie contre l'établissement de tout impôt nouveau qui reposerait sur la déclaration et la taxation. Ils doivent aussi profiter des vacances parlementaires, comme de la session prochaine des Conseils généraux, pour agir sur un certain nombre d'hommes dont on s'est étonné, à bon droit, de trouver les noms parmi ceux qui ont volé en faveur des compromissions auxquelles la Chambre s'est laissé entraîner. Sous quelque formule qu'il se déguise, l'impôt sur le revenu, tel qu'il ressort de cette discussion, n'est pas autre chose qu'un impôt sur le travail et sur la famille, avec tous les caractères de l'inquisition la plus odieuse. C'en est plus qu'il ne faut pour le faire écarter absolument par tous les hommes de bon sens.

III. — Le régime des fécules et des amidons. Le Sénat a adopté, dans sa séance du 26 mars, sur le rapport de M. Dauphin, le projet de loi sur le régime des amidons et des glucoses. Aucun changement n'ayant été apporté au texte voté par la Chambre des députés, la loi est devenue définitive; elle a été promulguée au Journal officiel du 1" avril; on en trouvera le texte plus loin (p. 549). C'est à une très forte majorité que la loi a été adoptée par le Sénat. En vain M. Poirrier a essayé de prouver que l'agriculture ne tirerait aucun avantage des nouvelles mesures proposées, que la culture des pommes de terre et la féculerie ne pourraient pas lutter contre l'amidonnerie dont les progrès ont été si considérables depuis quelques années. On ne saurait accepter l'augure de cette condamnation. La loi ne pouvait avoir d'autre objet que de rétablir entre deux industries l'équilibre rompu au détriment de la féculerie; il n'est pas douteux que cette dernière saura profiter de la nouvelle situation qui lui est créée, et que l'agriculture en tirera de sérieux avantages. On ne doit pas oublier, en effet, que le prix payé par la féculerie règle, d'une manière générale, les prix payés même pour les pommes de terre destinées à la consommation humaine.

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