‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 647 sur 737 · A. Levât · texte numérisé non relu

A. Levât

peler l'attention de nos agriculteurs sur les ressources que leur ofirent, dès maintenant, l'Algérie et la Tunisie.

Tunisie. — La date de la découverte des gisements de phosphates de chaux dans la Régence de Tunis est assez récente ; un grand nombre sont encore inexploités par suite de la difficulté des communications et des transports; lorsque le réseau des voies ferrées actuellement en construction sera terminé, cette exploitation prendra un rapide développement et deviendra aussi active que celle de Tebessa, le seul centre qui soit, quant à présent, en mesure d'exporter ses minerais grâce au chemin de fer qui relie cette ville à Bône par Soukahras.

Les principaux gisements connus en Tunisie sont :

Au sud : Gafsa, Tamcrza, Djebel, Jellabia, etc.;

Au centre, en remontant du sud au nord : Tebessa, Thala, Galaat-es-Snam, Nasser-Allah, etc.;

Au nord : Soukahras, Béja, Sidi-Ayet, etc.

La zone du sud est sans conteste la plus importante; les gisements de cette région se composant de sept couches principales qui ont une puissance totale de 10 mètres sur une longueur de 60 kilomètres, et sont facilement exploitables.

Les phosphates en bancs de ces gisements sont grisâtres et grenus ; les couches sont homogènes ; leur teneur, élevée et régulière, a été déterminée d'une façon très sérieuse par le service des mines de la Régence.

Voici une analyse complète d'un échantillon moyen des phosphates du Djebel- Seldja faite par ce service ' :

Silice 6. 90

Fer el alumine 2 . 50

Chaux 10.70

Acide carbonique 8,10

Acide sulfurique 5 . 40

Phosphate tricalcique 61 . 89 = 28 . 35 Ph G»

Perte à 100 degrés 4.51

La question de la mise en exploitation de ces gisements dépend uniquement de la construction du chemin de fer de Gafsa à Sfax.

Les gisements du centre n'ont commencé à être, dans les environs de Tebessa l'objet d'une exploitation régulière qu'en 1892; et ils ne sont réellement entrés dans la période d'exploitation proprement dite que dans le second semestre de 1894; la totalité des minerais de cette région étant exportée hors de l'Algérie par le port de Bône, il est intéressant de mettre sous les yeux du lecteur le tableau suivant indiquant le mouvement d'exportation des phosphates par ce port :

1893. 1894 (9 mois).

Janvier » 1,220 tonnes.

Février 150 tonnes. 1,300

Mars 200 1,210

Avril 195 1,000

Mai 785 2,400

Juin B 5,543

Juillet 735 6,995

Août 800 5,285

Septembre 160 4,075

Octobre 860 »

Novembre 500 »

Décembre 80 »

4,465 tonnes. 29,008 tonnes.

Ces exportations de phosphates tunisiens ont reçu les destinations ci-après :

1893. 1894 (9 mois],

Angleterre 3,335 tonnes. 15,295 tonnes.

Italie 565 5.460

Autriche » 3,925

France 565 700

Autres pays » 3 , 628

4,465 tonnes. 29.008 tonnes.

Il est à remarquer combien peu importantes sont, dans ces chiffres, les exportations à destination de la France.

' 1. A. Levât. — — — — .

Trois compagnies se partagent actuellement les travaux d'exploilalion des phosphates des environs de Tébessa :

La Compagnie Crokston, qui exploite le plateau du Dyr proprement dit.

La Compagnie Jacobsen, qui exploite la continuation de ce plateau.

La Compagnie Française, qui exploite les gisements les plus rapprochés de Tebessa.

Le phosphate du plateau du Dyr est réparti dans plusieurs couches variant comme épaisseur entre deux et trois mètres; et comme richesse, après triage sur place, entre 58 et 63 pour 100 pour la qualité la plus pauvre, et 63 à 69 pour 100 pour la qualité riche. C'est sur la base de ces deux limites de teneurs que sont passés les marchés à livrer.

La nature de ces phosphates ne laisse rien à désirer au point de vue de leur transformation en superphosphates : teneur élevée permettant d'obtenir couramment sans aucune addition, un titre de 14 à 15 pour 100 d'acide phosphorique dans le superphosphate; bonne qualité du produit qui donne un superphosphate grenu, sec, facile à broyer et ne s'agglomérant pas en sacs; enfin, faible rétrogradation du titre. Aussi ces divers avantages ont-ils fait apprécier, dès leur apparition, ces phosphates sur le marché anglais qui est pour l'instant leur marché principal.

La Compagnie Crokston exploite en ce moment sur le pied de 200 tonnes par jour, et le gisement qu'elle exploite assure sa production pour de longues années.

La nature des phosphates exploités par la Compagnie Jacobsen est la même que celle de l'exploitation Crokston. Cette compagnie est, dès maintenant, en mesure d'exporter une quantité de phosphate au moins égale à celle de la Compagnie CroKSton, et dans des conditions très économiques; une partie de ces gisements pouvant s'exploiter à ciel ouvert, alors que l'exploitation Crokston est souterraine, et ses couches atteignent jusqu'à 6 mètres.

La Compagnie française est la plus rapprochée des voies ferrées.

L'ensemble de ces trois affaires est en mesure, depuis 1895, de produire une quantité moyenne de 500 tonnes par jour de phosphate riche, soit 150,000 tonnes pour la première année d'exploitation régulière du district de Tebessa.

On peut estimer, d'après A. Levât, comme suit le prix de revient actuel de la tonne de phosphate, pour les exploitations déjà reliées au chemin de fer :

Âbatage, boisage, roulage 3 fr. 3 fr.

Triage et sécliage 1 fr. 1 fr.

Transport à la gare, suivant distance 0 fr. 50 à 1 fr. 50

Transport à Bône, mise à quai comprise 9 fr. 9 fr.

Mise à bord 0 fr. 50 L fr. 50

Frets pour les ports de la Méditerranée 6 fr.

Frets pour les autres ports d'Europe 9 fr.

Amortissement du matériel et frais généraux 3 fr, 3 fr.

Frais de vente, escompte, etc., 6 0/0 du prix de vente 1 fr. 80 à 2 fr.

De -l'i fr. 80 à 29 fr.

Ces exploitations se heurtent encore, à l'heure actuelle, à certaines difficultés tenant : à l'insuffisance du matériel de chemin de fer, aux manutentions défectueuses et coûteuses, tant dans les gares qu'à Bône, à l'obligation d'exporter par un port algérien et de subir ainsi de longs trajets par voie ferrée, etc.; ce n'est guère que dans trois ou quatre ans qu'elles arriveront à leur prix de revient minimum.

De l'exemple que nous venons de citer, relatif à l'un des très nombreux gisements de phosphates que possède la Tunisie, se dégagent plusieurs enseignements : en premier lieu, il permet d'apprécier quelles ressources énormes cette région sera susceptible d'offrir à nos agriculteurs le jour où le réseau des voies ferrées étant terminé, l'exploitation pourra se faire partout dans les conditions où elle se fait à Tebessa, et l'exportation des phosphates s'effectuer par les ports tunisiens, au lieu d'aller chercher l'embarquement en Algérie, dans le port de Bône, après un long et coûteux trajet en chemin de fer.

En second lieu, il démontre une fois de plus que nos conquêtes coloniales profitent plus aux nations étrangères qu'à la nôtre par suite de l'indifférence des capitaux français pour tout ce qui est en dehors de la métropole. Il y a cependant dans l'exploitation des gisements de phosphates tunisiens et algériens, comme dans tant d'autres utiles affaires à créer, placements avantageux pour ces capitaux

en même temps qu'emploi fructueux du savoir et de l'énergie de notre jeunesse française de plus en plus en quête de situations laborieuses! Laisserons-nous toujours et partout les Anglais nous devancer dans cette voie et rééditer constamment à notre détriment l'histoire de Bertrand et Raton?

Espérons, en ce qui concerne la Tunisie, que lorsque s'achèvera le réseau des voies ferrées en construction nous ne laisserons pas une fois de plus l'étranger profiter des exploitations agricoles, vinicoles, minières ou autres qui devraient être pour la France la compensation des sacrifices en hommes et en argent qu'elle s'impose pour le développement de son empire colonial.

Algérie. — Des études faites par AI, Thomas, à la suite d'une mission scientifique en Tunisie, il ressort que ce géologue, en examinant les gisements des environs de Gafsa dans la Régence, avait clairement fait pressentir leur continualion dans toute la région sud-algérienne.

Depuis lors, non seulement les recherches exécutées dans les parties du territoire de la province de Gonstantine qui avoisine la Régence ont confirmé ces prévisions, mais il est admis également aujourd'hui que le phosphate éocène forme une bande allant de la Tunisie au Maroc.

C'est dans les environs de Soukharas, point de jonction des territoires tunisiens et algériens, qu'a eu lieu la première exploitation de phosphates algériens. De nombreux gisements se découvrent chaque jour en Algérie, les recherches sont poussées activement, surtout à la terminaison des hauts plateaux et dans le voisinage de la région désertique des Chotts.

Des couches ont été signalées dans les environs de Sétif et de Bordj-bou- Arreridj ; on en connaît aussi près de Guelma à l'Oued-Zenati, puis, plus au sud, sur les contre-forts des monts Aurès, vers la région des Ghotts, aux environs de Biskra, etc. Au fur et à mesure que l'on connaîtra mieux la topographie spéciale de l'éocène inférieur, les découvertes dépendant de ce niveau se multiplieront en Algérie.

Indépendamment de ces gîtes éocènes, on a exploité et on exploite encore, quoique sur une échelle assez restreinte, dans la province d'Oran, des gisements miocènes de phosphate; ces gisements sont loin toutefois d'avoir l'importance de ceux de l'éocène.

C'est dans la vallée du Cheliff que le terrain miocène présente un développement considérable ; l'exploitation des phosphates de la province d'Oran est concentrée dans les environs de la gare dinkermann, sur la ligne d'Alger à Oran; les principaux gisements connus dans cette région se trouvent dans le voisinage d'Inkermann, de Merdja, de Charou, de Relizane. de Djidionie, etc.

Il y a, en résumé, tant en Algérie qu'en Tunisie, d'énormes réserves en phosphates qui peuvent rassurer quiconque se préoccuperait de l'épuisement possible, à un moment donné, des gisements de nos départements français.

Dans notre prochain article, nous passerons rapidement en revue les ressources qu'oS'rent à nos agriculteurs les phosphates américains, et notamment ceux de la Floride dont la production, si importante et toute récente, domine aujourd'hui les marchés du monde entier et en contrôle les prix. Nay de Mézexce,

Ingénieur-agronome.

Le Comice agricole de l'arrondissement de Château-Thierry (Aisne) a tenu son concours le 31 mai à Château-Thierry, sous la direction de M. Carré, son président émérite, un des vétérans du progrès agricole dans la région.

Ce concours était très intéressant. De beaux lots de vaches laitières, de béliers et de brebis mérinos, dishley-mérinos, de la Charmoise, et quelques bons étalons et poulains de trait, formaient un ensemble, sinon très nombreux, du moins fort intéressant. Le Comice de Château-Thierry importe depuis assez longtemps des taureaux normands qu'il achète dans le Cotentin et qu'il revend aux enchères aux cultivateurs. Cette excellente méthode a donné des résultats qui s'affirment

de plus en plus ; la production laitière s'accroît au bénéfice des cultivateurs.

A la distribution des récompenses, M. Carré a présenté un tableau complet de la situation actuelle de l'agriculture dans l'arrondissement. Voici la principale partie de ce discours qui a été souligné, à maintes reprises, par les applaudissements de l'auditoire :

Tout d'abord nous constaterons ensemble, que des efforts considérables sont mis en œuvre pour combattre et tenter de surmonter les difficultés, sans cesse renaissantes, au milieu desquelles se débat notre grande industrie nationale.

Jusqu'à ces dernières années, la culture ne parvenait qu'incomplètement à équilibrer sa production animale et végétale avec les besoins d'une consommation de jour en jour plus considérable.

Pour assurer une plus complète alimentation publique il nous faut, chaque année, plus de blé, plus de viande, plus de boissons hygiéniques et dans cette marche ascendante la production ne correspondait, jusqu'à ces derniers temps, qu'en partie aux nécessités qu'imposait le besoin d'un régime plus réparateur, d'une alimentation meilleure.

Mais malgré des prix de vente très insuffisamment rémunérateurs, les rendements sous l'influence du perfectionnement des méthodes de culture, facilitées par un outillage transformé, d'un large et judicieux emploi de matières fertilisantes, importées se sont accrus dans de sérieuses proportions, de sorte que grâce en outre aux progrès réalisés dans l'élevage et l'engraissement, nous arrivons aujourd'hui à produire, à très peu près, assez de blé et assez de viande de gros bétail pour alimenter le pays.

D'autre part, les produits de la laiterie et des basses-cours accusent une augmentation importante, d'où ce résultat satisfaisant que, pour le mouton, seulement nous restons encore en déficit.

Pour arriver, en quelques années, à de tels progrès il n'a certes pas fallu marchander la peine, ni non plus les sacrifices.

Malheureusement, vous le savez tous aussi bien que nous, la vente des produits créés n'a pas donné une récompense en rapport avec les efforts faits, les sacrifices consentis. , . . , .

Pour certaines denrées et spécialement pour le blé, les prix de revient ne sont pas atteints par suite des cours avilis régnant depuis plusieurs années. Et ils le sont d'autant moins que, dans cet arrondissement, nous n'avons pas, dans une mesure suffisante, la ressource de pouvoir cultiver la betterave industrielle crui constitue, pour ceux en situation de pouvoir s'y livrer, le meilleur et le plus pratique moyen d'abaisser, de réduire le prix de revient des récoltes qui lui

succèdent. i . i

D'un rapport d'ensemble établi lors des réunions de Laon,en décembre 1895, de représentants des six comices agricoles de l'Aisne, composant le Comité agricole départemental, il ressort que le prix de revient d'un quintal de blé peut varier de 18 à 24 francs et n'est pas, en moyenne, inférieur à 20 francs. D'où on est amené à conclure que, pour le blé, la perte, en calculant sur un prix de vente de 17 francs, n'est pas moindre, dans l'hypothèse raisonnable d'une production de 20 quintaux à l'hectare, de 60 francs, mais dans bien des cas lui est

supérieure. . . . -, , , . -,

Et comme dans cette appréciation, les blés après betteraves entrent pour une large part, il est évident que, dans notre arrondissement, la perte réelle dépasse le chiffre qui vient d'être posé. , i , , j

Il ne faut pas songer, je m'empresse de le dire, a chercher le remède dans une majoration nouvelle des droits de douane dont Tefiet, sous l'influence de nos fortes récoltes, s'atténue de plus en plus, mais bien plutôt dans le maintien, disons mieux encore dans l'accroissement des rendements et dans certaines mesures économiques que nous devons nous borner à mentionner ici, le temps nous étant strictement compté. , ^

Nous voulons parler du régime des admissions temporaires, aussi préjudiciable aux intérêts du Trésor que funeste à l'agriculture, à l'abri duquel se commettent de graves abus et se récoltent d'illicites profits allant droit à la spéculation et au mercantilisme cosmopolite.

Puis ensuite du monométallisme or, en regard du régime monétaire de l'argent déprécié, nous obligeant à soutenir une lutte à armes tout à fait inégales visà-vis de la concurrence asiatique et américaines. Lutte redoutable et ruineuse, aussi bien pour l'industrie que pour l'agriculture nationale.

Un remède presque immédiat peut être appliqué par le Gouvernement pour atténuer et bientôt supprimer les abus de l'admission temporaire.

La question du bimétallisme, beaucoup plus complexe de sa nature, ne peut être résolue qu'au moyen d'une entente commune avec l'Angleterre, l'Allemagne et les Etats-Unis. C'est dire que, bien qu'engagée dans une bonne voie, elle nécessitera pour être tranchée de nombreuses négociations et une grande persévérance. Des hommes dévoués travaillent à sa solution et l'un des apôtres convaincus de l'urgence extrême de cette réforme, M. Fougeirol, sénateur de l'Ardèche, a promis de venir en exposer les grandes lignes dans une conférence, à Soissons, pendant le prochain concours régional.

Mais, en tout état de cause, le maintien des tarifs au taux actuel s'impose et l'exemple de ce qui s'est passé, à la suite de la récolte déficitaire de 1891, commande de ce côté la plus grande circonspection.

En ce qui concerne l'industrie sucrière et la culture de la betterave, il convient de se tenir sur une prudente défensive et les mesures législatives que vient de prendre le Parlement allemand, pour favoriser l'exportation des sucres excédant les besoins de la consommation de cet empire, appellent l'attention de nos législateurs.

En face de l'importation du bétail et des moutons étrangers, il convient aussi de rester en constant éveil. 11 faut sévèrement se garder de la péripneumonie, de la tuberculose, de la fièvre aphteuse, de la trichinose, que véhiculent trop souvent bœufs, moutons et porcs exotiques, sans compter la concurrence qu'ils font ou sont prêts à faire aux viandes fraîches et saines sortant de nos étables et de nos pâturages. Et ces mesures s'imposent doublement en présence de la dépréciation dont une sécheresse prolongée menace nos troupeaux. Des prix avilis, dans ces nouvelles et fâcheuses conditions constitueraient, nous ne craignons pas de le dire, un malheur public.

Mais, nous n'hésitons pas à le déclarer, la présence au Ministère de Tagricultuie et à la présidence du Conseil de notre éminent concitoyen, M. Jules Méline, est pour les agriculteurs le plus sûr garant que leurs intérêts légitimes seront pris en sérieuse considération et défendus avec autorité et conviction dans les conseils du Gouvernement et devant le Parlement.

Nous sommes certain aussi, que sous ces auspices, la représentation légale de l'agriculture, après une trop longue série d'épreuves et d'atermoiements, va enfin recevoir la sanction législative et nous placer sur un pied d'égalité avec le commerce et l'industrie, ce qui n'est certainement pas trop demander.

Enfin, nous avons le droit, disons mieux, la certitude de pouvoir compter qu'aucune mesure fiscale ne viendra augmenter ou compliquer les lourdes charges qui grèvent la propriété rurale et la production agricole.

Saluons donc, Messieurs, acclamons l'avènement d'un ministère énergiquement proctecteur de l'agriculture, de l'industrie française et du travail national sous toutes les formes qu'il revêt.

Souhaitons-lui de durer autant qu'il le mérite, car sûrement à aucune époque de notre histoire, les intérêts matériels et moraux du pays n'ont été dans de meilleures mains, n'ont été confiés à des cœurs plus dévoués au bien public et à la paix sociale.

M. Morlot, député, a présenté, à son tour, des considérations qui ont été très goûtées sur les besoins de l'agriculture : nécessité du maintien du régime douanier, réforme des admissions temporaires, retour au bimétallisme pour conjurer la baisse persistante des prix, tels sont les points principaux sur lesquels il a insisté.

11 serait trop long d'énumérer les intéressants rapports qui ont été présentés sur les concours de fermes, sur les prix de moralité, sur l'enseignement agricole, par MM. Parent, Vérette, Brunel, Dupont, etc. Mais il serait injuste d'omettre que, dans le concours des fermes et sur

un rapport très documenté de M. Parent, la principale récompense a été attribuée à M. Amédée Couesnou pour sa ferme de Lauconnoy. Celte belle ferme, située sur le plateau qui domine Château-Tbierry, a été transformée par M. C40uesnon ; les aménagements qu'il y a créés en ont fait un type très réussi de ferme parfaitement disposée pour tous les services.

La fête s'est terminée par un banquet auquel assistaient un grand nombre de cultivateurs. Après un toast chaleureux de M. Honnoré, sous-préfet, aux lauréats du concours et notamment aux agents des fermes et aux vieux serviteurs agricoles attachés au sol, M. le sénateur Sébline a, dans une allocution qui a soulevé les plus vifs applaudissements, exposé les résultats de la réforme douanière acquise à la suite des réclamations des agriculteurs dont le premier et vif écho est parti du département de l'Aisne; il a montré que si cette réforme ne s'est pas révélée comme une panacée absolue, elle a réellement sauvé l'agriculture de la ruine. C'est surtout du côté du régime monétaire qu'il faut chercher désormais les moyens de compléter la défense des intérêts de l'agriculture, comme ceux de toute la production nationale. En terminant, M. Sébline a rappelé les sentiments des agriculteurs envers M. Méline et la légitime confiance qu'il leur inspire.

Nous regrettons de ne pouvoir reproduire cette allocution vibrante qui a tenu ses auditeurs sous un charme puissant; nous devons cependant constater que les agriculteurs présents ont tenu à témoigner à M. Sébline qu'ils nont pas oublié les grands services rendus par lui à leur cause depuis quinze ans au moins. C'est sur ce sentiment qu'on s'est séparé. Henry Sagnier.

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