‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 129 sur 752 · I. — La moisson · texte numérisé non relu

I. — La moisson

La France agricole est ea pleine moisson de céréales. Dans le Midi^ tout est déjà coupé et en partie battu; dans le Centre, les seigles sont par terre ou bien livrés aux machines à battre, aûn que la paille puisse servir à faire les liens nécessaires pour les gerbes d3 blé. Presque partout on est obligé d'attaquer les froments et les avoines à peu près en même temps; car, par l'action des dernières chaleurs, la maturation s'est faite très rapidement et pour presque toutes les céréales à la fois. Les choses ont marché tellement vite que, dans le Nord môme, on se dispose à faire la moisson. Presque partout des machines travaillent de manière à remplacer presque la moitié de la main-d'œuvre employée naguère à couper les céréales. Les machineslieuses elles-mêmes, quoique encore à leur aurore, si l'on peut parler ainsi, commencent à être appréciées. En général, la paille est pluscourte que d'ordinaire, et dans un certain nombre de champs, on se plaint qu3 les gerbes ne soient pas très nombreuses. Mais à peu près partout, l'épi est bien rempli et le grain est de belle qualité. 11 nous semble qu'on peut conclure de tous les renseignements donnés jusqu'à ce jour, et de toutes les observations faites que, pour la France^ on a une récolte moyenne pour la quantité, et généralement remarquable pour la qualité. Ce dernier point est important, parce que, sur le marché, nos grains braveront facilement la concurrence étrangère.

Ajoutons que les dernières nouvelles qui sont parvenues des autres pays d'Europe accusent une bonne récolte de blé eu Italie, en Hongrie et dans la Roumanie où la production s'est considérablement accrue depuis quelques années. Dans la Russie méridionale, au contraire, la moisson ne donne que des résultats médiocres; dans un grand nombre de districts, les intempéries et les attaques des insectes ont réduit, dans une proportion très considérable, la moisson du blé. En Allemagne, on commence à couper les diverses céréales. Quant aux régions septentrionales de l'Europe, la maturation n'est pas encore assez.: avancée pour que l'on puisse préjuger ce que donnera la moisson. ■ II. — Les orages.

Nous avons déjà signalé la série d'orages qui s'est abattue sur la partie septentrionale de la France. Ces orages ont amené, dans quelques cantons, des désastres très considérables, mais qui, quelque tristes qu'ils soient pour ceux qui n'étaient pas assurés, ne compromettront

N» 5«0. — Tome lîl de 1880. — 31 Juillet.

pas d'une manière sensible le résultat général de la moisson. Au sujet d'un de ces orages^, un de nos correspondants nous envoie la lettre suivante :

« Monsieur le Directeur, notre culture, déjà si cruellement éprouvée, vient d'être frappée^ en partie, d'un nouveau désastre.

« Durant la nuit du samedi i 7 juillet, un cyclone s'est déchaîné à l'ouest de l'arrondissement de Soissons (Aisne), et une pluie diluvienne de grêlons a détruit en quelques heures l'espoir si brillant de la'prochaine récolte.

« Voici, d'après les renseignements qui me parviennent, la nomenclature de-« localités atteintes : Ressous-le-Long ; Vie; Berny-Rivière; Sacy; Saint-Christophe; Mouftkye; Gonfrécourt; Tartiers ; Forêt; Vezaponin; Mareuil ; Epagny; Saint- Léger; Bonne-Maison; Trosly-Loire ; Moyemhrie; Crécy-au-Mont; Po'nt-Saint- Mard.

« On ignore l'étendue du désastre, mais dès maintenant les pertes connues dépassent deux millions, et le pis,, c'est que peu de cultivateurs sont assurés, n^ayant jamais vu leurs récoltes atteintes par la gpêle,

c Agréez, etc.' » A. Ferté.

Parmi les fermes qui ont' été le plus gravement atteintes, sur la commune de Moulflaye, où il faut citer la belle exploitation de M. Vallerand, sur laquelle les récoltes de blé, d'avoine et de betteraves ont été presque complètement détruites. Le gibier a été violemment atteint, et dans les champs on trouve beaucoup de cadavres d'oiseaux et de lièvres.

in. — Le phylloxéra.

Le phylloxéra continue à se développer, ainsi qu'il arrive toujours à cette époque de l'année. Aussi des demandes de traitements administratifs, soit pour extinction, soit comme mode cultural, ont dû être autorisées par la section permanente de la Commission supérieure du phylloxéra, dans sa dernière séance, pour cinq communes dans Farrondissement de Chambéry (Savoie), pour une dans le département de la Haute-Garonne, pour un assez grand nombre de petites taches dans lé département de l'Aude, et, enfin, pour Corte et Bastia, dans la Corse. Les syndicats, pour se défendre contre l'insecte nuisible, continuent d'ailleurs à se former, surtout dans la Gironde.

A l'occasion de lanote de M. Lichtenstein, publiée dans notre dernier numéro, M. Prosperde Lafitte nous envoie la réponse suivante :

« M. Lichtenstein a écrit dans \e Journal de l'agriculture, n° du 24 juillet, page 143 : « .... à propos Vœuf d'hiver du phylloxéra, je suis souvent pris à partie par l'auteur, M. Prosper de Lafitte. »

« Point du tout ! je n'ai pas pris à partie M. Lichtenstein. J'ai fait précisément le contraire, puisque j'ai invoqué ses observations, en y donnant mon plus complet assentim.ent, et qu'ainsi, où j'ai pu le faire, je me suis fait son disciple. J'aurais pu le prendre à partie pour autre chose .; c'est vrai et je fai dit. Mais j'ai formellement dit aussi que je ne voulais pas le faire. Il y a plus : pour si engag-r'anle que soit l'occasion nouvelle qui vient s'offrir, je ne veux pas le faire encore.

(c II ne m'eiit pas été désagréable, je l'avoue, de rencontrer ces mots : « discussion bysantine, » sous la plume officielle de son beau-frère; mais je regrette d'avoir donné à M. Lichtenstein la tentation de créer, en histoire naturelle, une classe de « tout petits points «^ où risquerait d'aboutir à peu près tout ce qu'il a fait luimême jusqu'à ce jour. Prosper de Lafitte, »

Nous recevons d'Autriche-Hongrie des nouvelles fâcheuses sur le développement que l'invasion y a pris. Elles sont extraites de lettres que nous a communiquées M. Laliman. A Klosterneubourg, lesefforts énergiques tentés pour détruire l'insecte n'ont pas eu de résultat complet; on cherche à vivre avec le phylloxéra, en traitant la vigne par le sulfure de carbone. En Hongrie, de nouveaux centres d'invasion ont été

constatés : à Panscova, sur 380 hectires ; àErmellek, sur 14 hectares, puis à Kaschau, Nagy Karoly, Szaltuar Nemesy. Enfin, dans Flstrie, le phylloxéra a été trouvé dans la vallée de Sizzale, non loin de Trieste. Des stations expérimentales de culture de vignes américaines ont été établies sur plusieurs points par le gouvernement austro-hongrois.

En Espagne aussi, on se préoccupe beaucoup de la marche rapide du fléau. Un congrès phylloxérique international organisé sous le patronage du gouvernement, se tiendra à Sarragosse, du l'"" au 10 octobre prochain. On y étudiera les divers moyens préconisés, soit pour enrayer la marche de l'insecte soit pour reconstituer les vignes atteintes ou détruites.

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