ET FORESTIERS
Boult-ïur-Suippe, par Bay.ancourt (Marne).
Voici quelques détails sur les arbres de ma contrée atteints de la gelée l'hiver dernier :
Tous les poiriers ont été gelés jusqu'à 0".20 à 0™.30 du sol; je dis tous, car dans un jardin, ici, sur 98 poiriers pyramide de 6 à 8 mètres de haut, ui seul a poussé au printemps comme si il n'avait pas été gelé. Cependant il "est probable qu'il ne vivra pas plus de trois à quatre ans, l'écorce du tronc est uDire et les bourgeons ayant atteint une longueur d'environ 0'°.30, sont maintenant dans un arrêt de sève complet. 9 autres de. ces pyramides qui laissaient espérer un peu de rétablissement, n'ont pas été recepées, elles poussent un peu avec quelques bourgeons ayant môme une longueur de 0™.40, mais les feuilles se grillent et jaunissent et il est à présuoier qu'on sera obligé de les receper plus tard au-dessus des bourgeons du bas, sans quoi ces arbres langjiraient jusqu'à la mort complète. Sur les 88 autres de ces pyramides, une trentaine ont poussé des feuilles, même des
bourgeons, puis se sont desséchés. Tous ces 88 arbres ont été sciés à 0'". 10 ou 0"'.30 du sol au fur ot à mesure qu'il n'y avait plus d'espoir sur une reprise de végétation. La section a été unie à la serpette et recouverte de mastic Lliomme. Aujourd'hui 4 de. ces arbres ne végètent pas encore, mais tous les autres ont des bourgeons variant de 0™.30 à 1 mètre et plus ; si quelques-uns périssent par la suite, une bonne partie pourra former de beaux vases ou de belles palmettes. Je n'essayerai pas d'en reformer des pyramiiles, car il serait peut-être imprudent de restreindre la sève en une seule tige pour des troncs ayunl de 15 à 20 centimètres de diamètie.
Slu' IGO autres poiriers en espalier du même jardin, tant palmettes que cordons verticaux et obliques en U, il ny en a que 15 que j'ai laissés intacts; mais pour les pyramides restantes il y a peu d'espoir.
Tous les autres, recepés sur les quelques bons boulons du bas, ont maintenant des pousses de 1™.30 e' plus ; il y a même des fruits sur ceux qui étaient en cordons verticaux et obliques. D'ici quelques années tous ces espaliers seront complètement restaurés.
Ceux qui auront suivi le conseil de ma note du 17 janvier, n'auront qu'à s'en féliciter, car les arbres recepés sur le vif reformeront seuls de bons arbres, tandis que ceux auquels on a laissé du bois malade resteront toujours languissants. Quant aux gros arbres de hautes tiges, ils sont à peu près entièrement perdus. Il y a bien dans quelques.endroits quelques poiriers échappés par-ci par-là, mais le nombre en est très minime.
Les pommiers ont été un peu moins maltraités, mais il en reste bien peu de sains; beaucoup sont morts, principalement les vieux arbres des vergers. Un grand nombre d'autres ayant encore signe de vie ne survivront pas longtemps.
Les pêchers, abricotiers, noyers, ont le même sort que les poiriers, et comme ces derniers, les espaliers recepés repousseront bien pour la plupart.
Les vignes en treilles ont été entièrement gelées, mais repoussent avec force de la base. 1 70 palmettes ici ont des pousses de 3 à 4 mètres en ce moment.
Les pruniers et cerisiers ont été tous atteints, mais quelques-uns se sont refaits et portent même fruits; beaucoup d'autres sont bien malades et laissent peu d'espoir. Un grand nombre sont morts. Le merisier des bois, le bois de Sainte-Lucie (prunier Mohalebs) sont dans le même état que les pruniers, Saul le merisier à grappes (Cerasus padus) n'a pas souffert le moins du monde. Les groseilliers et framboisiers n'ont pas été atteints et sont chargés de fruits.
Les églantiers dans les bois et haies, et les rosiers sont complètement morts jusqu'au pied.
Je vois encore dans laplupartdes jardins et clos, beaucoup d'arbres qui auraient pu être restaurés, que l'on a conservés parcQ qu'ils ont quelques feuilles et quelques bourgeons; ces arbres-là périront infailliblement si on les abandonne à eux-mêmes; il serait peut-être encore temps de les receper à la base, au-dessus de quelques bons bourgeons que le refoulement de la sève a fait partir; mais il ne faudrait pas tarder et bien couper sur le vif, fut-ce même au-dessous de la gretïe, pour ne pas laisser la moindre partie malade sur 1 arbre. Sans doute ce ne serait pas facile de scier maintenant des arbres d'une cer-
taine force sans endommager des pousses qu'il faut conserver; mais, avec des précautions, ce n'est pas impossible.
C'est un véritable désastre que les 30 degrés de froid (thermomètre en plein champ à 0'".50 du solj du mois de décembre nous ont causé; mais le désastre est encore plus grand pour les propriétaires qui ont abattu trop tôt sans essayer une restauration; car s'il y a encore un peu de remède pour les arbres sur pied, il n'y en a plus pour ceux abattus.
Les pins et sapins, les chênes, frênes, ormes, charmes, aulnes, marronniers, noisetiers, prunelliers, aubépines, troènes, ont été partiellement très atteints et les parties gelées n'ont qu'une végétation bien mourante.
Le peuplier d'Italie est en bien mauvais état, et il y en a beaucoup de morts.
Beaucoup d'arbustes verts d'ornement tels que : rhododendrons, Iroëne vert, buis ordinaire, buis panaché, mahonnia, aucuba, lierre, fusain panaché, genévrier, etc., sont morts entièrement jusqu'au pied.
Le baguenaudier, cytise, tamarix, sureau commun et beaucoup d'arbustes exotiques d'ornement sont morts également jusqu'au pied.
Ceux de nos arbres et arbrisseaux indigènes qui paraissent le mieux avoir résisté, sont : le bouleau, l'érable, le plane, les peupliers Caroline, P. tremble, P. noir, le tilleul, le saule Marceau, les saules communs, et encore on ne peut pas dire que ces espèces soient tout à fait rebelles à la gelée, car on en rencontre quelquefois qui sont atteints partiellement.
Dans les espèces que j'ai indiquées plus haut comme atteintes partiellement, il n'est pas rare d'en voir des morts entièrement.
11 n'y a que le saul Marceau, le tilleul, lelilas, le seringa, sur lesuels je n'ai pas encore rencontré de parties gelées.
Après la gelée c'est un autre fléau qui s'abat sur nos malheureux arbres fruitiers restants. Des pruniers, des cerisiers, des pommiers, des grosseilliers mômes, des poiriers, sont littéralement couverts de pucerons. Encore un fléau qui, sans être aussi traître que la gelée, peut néanmoins causer de sérieux dommages ; ainsi des pruniers et des cerisiers, qui paraissaient se refaire de la gelée, sont sur le point de succomber faute depouvoirélaborer leur sève. Cène sont pas seulement les arbres malades des suites de la gelée qiii sont envahis des pucerons, mais aussi des arljres bien portants. Plusieurs de nos plantes potagères en sont aussi envahies. Les rosiers et églantiers en sont plus couverts que de coutume, et des seringages à la nicotine doivent être souvent réitérés pour en avoir raison.
Tels sont les détails succincts sur la végétation arborescente, pris en pleine campagne au milieu des jardins et des bois qui ont triste mine en maints endroits.
Agréez, etc. G.-D. Huet.
Séance du 28 juillet 1880. — Présidence de M. ChevreuL
M. le docteur Guérin-Méneville envoie le portrait de son père qui fut membre de la Société dans la Section d'histoire naturelle. Des remercîments lui seront adressés.
194 SOCIÉTÉ NATIONALJE D'AGRICULTORE DE FRANGE.
M. Edouard Morren, correspondant de la Société, envoie une notice relative aux effets de l'hiver 1879-80 sur la végétation en Belgique, et M. de Hédouville, président de la Société d'agricuLlure de Wassy (Haute-Marne), une note sur les effets de Thiver -dans cet arrondissement. Il résulte de la note publiée par M. Edouard Morren que le froid a été tout aussi intense en Belgique que dans les parties septentrionales de la France. C'est surtout sur les arbres que la gelée a exercé une action pernicieuse; M. Morren résume, à ce sujet, des observations faites avec soin et avec la rigueur scientifique; mais il est impossible d'entrer ici dans des détails.
M. le docteur Sacc adresse une lettre sur les résultats des voyages agricoles qu'il a faits dans plusieurs parties du Nouveau Monde.
M. le docteur Eugène Robert, correspondant, envoie un rapport sur les silex taillés préhistoriques et les ossements fossiles de pachydermes dans les riiêmes lieux.
M. le secrétaire perpétuel fait hommage de la brochure renfermant le compte rendu de la fête du cinquantenaire de l'Ecole de Grand- Jouan.
Le président du Comité d'organisation du congrès phylloxérique qui se tiendra à Sarragosse, invite la Société à se faire représenter à ce congrès.
M. Magae donne lecture d'un mémoire sur la production chevaline et les remontes de l'armée. Il insiste parliculiérement sur les moyens qui lui paraissent de nature à faciliter l'augmentation du nombre des chevaux disponibles chaque année pour l'armée. Ce mémoire sera imprimé pour être l'objet d'une discussion ultérieure.
M. Pluchet présente, de la part de l'auteur, M. Alfred Leroy, un volume sur l'élevage et les maladies, du mouton.
M. Barrai fait une communication sur une visite qu'il a faite dans plusieurs fermes du département de Seine-et-Marne. Il fait ressortir les bons résultats qu'on peut obtenir, même dans de mauvaises terres, quand on a à sa disposition les ressources su [Usantes. Une discussion, à laquelle prennent part MM. Chatin, Chevreul, Barrai et Pluchet, s'engage ensuite sur les meilleurs moyens de tirer parti des engrais suivant les circonstances de sol et de culture.
M. Prillieux présente plusieurs observations qu'il a faites relativement à la résine renfermée dans des pins maritimes gelés qui en contiennent plus que d'autres non gelés ; mais cette résine ne paraissait pas être de la même nature. Quslques observations sont ensuite échangées entre M. F.-R. Duval et M. Chevreul, sur les inconvénients qu'il peut y avoir à laisser sur pied les arbres gelés.
Henry Sagnier.
REYUE GOMIIERGIILE ET PRIX-COURÂNT DES DENRÉES AGRICOLES