L. DE Sardriac
Le concours régional comprenant les sept départements de l'Allier, du Cher, de l'Indre, d'Indre-et-Loire, de Loir-et-Cher, du Loiret et de la Nièvre s'est tenu comme on l'a vu, à Nevers, du 22 au 3] mai, sous la présidence de M. Lembezat, inspecteur général de l'agriculture. Dans cette contrée, presque partout fertile, riche en productions variées, sillonnée par de nombreux cours d'eau, des canaux, des chemins de fer, et située au centre de la France, chacun savait d avance qu'il y auiait une splendide exposition, mais personne ne supposait qu'elle pût être aussi considérable et aussi brillante. C'est en bestiaux et surtout en machines et en instruments qu'elle a été remarquable, tant au point de vue du nombre, qu'au point de vue des perfectionnements.. Jamais, jusqu'à ce jour, on n'avait réuni encore, sur le champ d'un concours régional, autant de locomobiles, de batteuses, de faucheuses, de moissonneuses et autres instruments de tous genres.
Durant notre séjour àNevers nous avons entendu beaucoup d'exposantsen bestiaux, ou en produits agricoles, demander pourquoi le concours de cette région a eu lieu plus tard que d'babitude, et quelqes-uns ont même regretté qu'il ne se soit pas fait plus tôt. Les motifs qui ont déterminé ce changement de date ne paraissent pas, en général, suffisamment connus des intéressés. A'ce sujet, nous pouvons leur donner quelques renseignements tout à fait exacts. Pendant plusieurs années, en effet, cette exposition s'était tenue vers la fin d'avril ou les premirs jours de mai. Cette époque était bien choisie au début de l'institution du concours, alors qu'on
n'exposait que des animaux et quelques produits agricoles conservés. Aujourd'hui, il n'en est de même, les faucheuses, les moissonneuses, les faneuses et les râteaux à cheval viennent concourir en nombre considérable. Or, pour juger et classer ces machines, il ne suffît pas d'examiner leur mécanisme, il faut de plus les voir à l'œuvre. Au commencement de mai les fourrages sont souvent trop peu développés dans cette région pour qu'ils puissent être coupés et ramassés par les appareils en question. Dans ce cas, des essais comparatifs, qui doivent avoir lieu dans des conditions normales pour être concluants, ne peuvent être faits. C'est ce qui est arrivé l'année dernière au concours de Bourges. A la réunion qui a eu lieu, lors de ce concours, dans le but de discuter les modifications à apporter au programme de l'exposition régionale de 1880, les exposants ont demandé que dorénavant l'époque du concours fût reculée. L'administration de l'agriculture n'a donc changé cette date que pour donner satisfaction aux vœux exprimés parles exposants eux-mêmes. TeUes sont les raisons qui ont décidé ce changement, et elles nous paraissent excellentes. Aussi est-il à désirer, dans l'intérêt du plus grand nombre, que l'exposition agricole de cette région n'ait plus lieu que dans la dernière quinzaine du mois de mai.
Sans nous arrêter à des détails sur la production du département de la Nièvre, arrivons immédiatement au sujet de cet article. La spéculation agricole la plus importante et la plus lucrative du département de la Nièvre est l'élevage et l'engraissement du gros bétail. La population animale est très considérable ainsi qu'on peut le constater par les chiffres qui suivent : Chevaux 19,500, mulets 550, ânes 7,000, bêtes bovines 188,730, moutons -211,800, porcs 72,200, chèvres 6,400.
Les chevaux de cette région appartiennent à des races diverses. Autrefois on y trouvait partout un cheval peu développé de taille, mais réunissant les précieuses qualités suivantes : la rusticité, la sobriété, une rare sohdité de membres et une grande vigueur lui permettant de fournir de bons et longs services. On rencontre encore dans le Nivernais, surtout dans la partie montagneuse, quelques individus de cet excellent type, connu dans le centre sous le nom de cheval du Morvan. Les animaux de l'espèce chevahne les plus répandus sont actuellement les chevaux de gros trait et de trait léger issus de croisements percherons et bourbonnais. Bien que ces animaux ne SDient pas irréprochables de forme, ils sont forts et résistent aux longues fatigues.
Dans la Nièvre, l'espèce bovine se compose de races et de croisements divers, mais la race la plus nombreuse et la plus intéressante est la charolaise, qui gagne tous les ans du terrain et chasse devant elle les autres animaux de son espèce II est inutile de faire ressortir ici les mérites du bœuf charolais; sa réputation est bien établie en France et ses quahtés ne sont pas méconnues non plus dans certains pays étrangers. On sait partout, en effet, qu'après le durham, race d'origine anglaise, le charolais, animal éminemment français, est le plus pariait au point de vue delà précocité, de l'aptitude à l'engraissement et de la qualité de la viande. Depuis quelques années, on ne l'ignore pas, les Anglais viennent acheter chez nous des durhams; mais, ce qui paraît moins connu, c'est qu'ils ne manquent pas d'emmener en même temps de beaux charolais. Les Italiens commencent aussi à rechercher cette race, ils sont venus faire au concours de Nevers l'acquisition d'un lot important de reproducteurs charolais. La vente de ces animaux aux étrangers est d'un bon augure pour les éleveurs de la Nièvre et du Cher. Et, comme le disait dans son remarquable discours M. Lembezat, commissaire général au concours de Nevers, « l'achat que viennent de faire les Italiens sera peut-être le début d'un débouché commercial que le temps ne fera que développer. »
On rencontre le charolais dans diverses contrées du centre de la France, mais c'est surtout dans les vastes et riches pâturages de la Nièvre et d'une partie du Cher qu'on en trouve de nombreux troupeaux qui, engraissés dans les herbages de ces contrées, vont ensuite alimenter le marché de La Villette.
Les moutons les plus répandus dans le Nivernais sont généralement des animaux de petite taille, néanmoins ils sont très estimés pour la délicatesse de leur chair et la finesse de leur laine. Ces moutons tendent à diminuer; dans beaucoup de fermes ils ont été remplacés par les southdown et les dishley qui y prospèrent parfaitement.
L'agriculture de la Nièvre a fait depuis quelques années des progrès considérables, grâce à l'exemple donné par des hommes actifs et éclairés que possède encore le département. Les grandes améliorations ont porté sur le sol et sur l'espèce bovine. Il est peu de pays en France où les amendements calcaires aient été aussi
largementetaussijudicieusementemployés. Cependant, si la question des amendements est bien comprise, on peut dire qu'il n'en estpas de même de celle des engrais de ferme, qui sont négligés d'une façon inconcevable.
Lesanimauxderespècebovine,au nombre de 252, se partagaient en cinq catégories. La première comprenait la race charolaise et comptait 119 bêtes appartenant à 34 exposants qui, outre les récompenses portées au catalogue, ont reçu 10 prix supplémentaires et 5 mentions honorables. Les sept premiers prix ont été obtenus par M. Michel (Nièvre), pour un taureau de 10 mois, Henri Signoret (Nièvre), pour un taureau de 12 mois; Mary-Lépine (Cher), pour un taureau de 27 mois; le comte de Bouille (Nièvre), pour une génisse de 9 mois; Clair (Nièvre], pour une génisse de 3 mois et demi; Roy de l'Ecluse (Allier), pour une génisse de 26 mois, et Doury (Nièvre), pour une vache de 38 mois. Tous ces animaux étaient fort remarquables, mais l'individu qui réunissait au plus haut degré tous les caractères d'un beau reproducteur charolais, était certainement le taureau de M.Mary- Lépine, Les produits de cet éleveur de la riche vallée de Germigny, jouissent d'une réputation bien méritée; depuis quelques années ils figurent aux premiers rangs dans les concours de reproducteurs comme dans les concours d'animaux gras. L'année dernière à Bourges et cette année à Nevers, M. Mary-Lépine a été bien près d'obtenir le prix d'ensemble. Mais qu'il ne se décourage pas, il a tous les moyens d'y arriver", ce siiccès lui est peut-être réservé pour l'année prochaine.
L'heureux concurrent qui a obtenu le prix d'ensemble dans cette catégorie est M. Jojon (Nièvre), éleveur bien connu par ses magnifiques charolais, que les concours ont déjà couronnés plusieurs fois.
En somme, l'exhibition des charolais a été fort belle, mais il était permis d'espérer qu'elle serait plus nombreuse, au centre même du pays de cette race. Les hommes compétents (et ils ne sont pas encore rares) qui ont visité, en 1852, le premier concours de Nevers et le dernier qui s'est tenu eo cette ville, doivent évidemment trouver que le type charolais s'est considérablement modifié. Mais sans remonter à cette époque éloignée, on peut encore comparer les animaux d'alors avec ceux d'aujourd'hui, car dans beaucoup d'étables du département de Saône-et-Loire, jiremier berceau du charolais, nous trouvons cet animal tel qu'il était au temps des premiers perfectionnements, obtenus par l'habile éleveur, Louis Massé, qu'on pourrait appeler avec raison le Backwell français.
La deuxième catégorie était consacrée à la race Durham, représentée par 61 animaux appartenant à 8 exposants.
Les premiers prix ont été attribués à MM. Charles Signoret, (Nièvre), pour un taureau de 11 mois et demi ; Auclerc (Cher), pour un taureau de 20 mois; au même pour un taureau de 28 mois ; au même rappel de 1" prix pour une vache de 9 ans ; Alphonse Tiersonnier (Nièvre), pour unegénisse de 12 mois; Larzat, Elle (Cher), pour une génisse de 13 mois; au même pour une génisse de 35 mois ; au même pour une vache de 38 mois. Cette catégorie n'a pas été moins bien traitée ni moins heureuse que la précédente, au contraire. Toutes les récompenses portées au catalogue ont été décernées et tous les exposants ont obtenu plusieurs prix. Le jury a même accordé des rappels de médailles, des prix supplémentaires et des mentions honorables ; il ne saurait être taxé par conséquent de parcimonie ni encore moins de prodigalité, car ce qu'il a fait, surtout à propos des animaux durham, a reçu la sanction de l'opinion publique.
Nous avons dit que l'exhibition des charolais était fort belle : elle l'était en effet, mais celle des durham la surpassait de beaucoup. Les exposants de la deuxième catégorie sont arrivés à des résultats véritablement prodigieux. C'est peut-être pour la première fois qu'une collection d'aussi beaux durham figurait sur un concours régional. Les anglais, qui sont si forts dans l'art de produire les animaux de boucherie, nous en vient et nous achètent assez souvent les sujets que nous donne la race anglaise. Cela se comprend, quand on obtient des produits aussi parfaits que ceux de MM. Auclerc, Larzat et Massé. La réputation de ces habiles éleveurs est faite depuis de longues années. Il y a longtemps, en effet, qu'on est habitué à voir leur nom parmi les premiers lauréats des concours de cette région et même des concours généraux de Paris.
Les brillants succès obtenus par les animaux venant des étables de MM. de Massol, Salvat, Signoret- et Tiersonnier sont forts connus. A Nevers les durham de ces exposants se distinguaient surtout par une grande finesse dans la tête et les membres, ce qui indique une ossature très réduite, qualité d une grande importance pour les bêtes de boucherie.
De tous les sujets de cette catégorie, ceux qui ont le plus captivé rattention du visiteur ce sont : les 2 veaux de 8 et 13 mois, les 3 génisses de 10, 13 et 35 mois et les 3 vaches de 38, 39 et 46 mois de M. Larzat (Élie), le lauréat du prix d'ensemble attribué au meilleur lot d'unimaux des 2% 3% 4'' et 5'^ catégories. Cette récompense ne pouvait être mieux méritée que par le groupe de cet éleveur. Les produits de M. Larzat sont certainement remarquables sous tous les rapports, mais surtout par la rectitude de la ligne du dos et des reins, par la largeur de ces deux parties, par une croupe large, longue et bien musclée et par une culotte descendue et bien formée.
La troisième catégorie (croisements diirham), comptait 25 bêtes présentées par 9 exposants, Relativement au petit nombre d'animaux et de producteurs figurant dans cette catégorie, les récompenses étaient assez nombreuses. Aussi plusieurs prix sont restés non décernés faute d'animaux présentés dans certaines sections. Si parmi ces croisements qui étaient tous durham-charolais, il n'y avait pas la quantité, il y avait du moins la qualité. Tous ces produits indiquent une grande habileté de la part des éleveurs qui les ont obtenus. Les premiers prix ont été attribués à MM. le comte de Jîourg (Nièvre), Bignon père et fils (Allier), Larzat Pierre, (Alher). Ensuite viennent MM. Roy de l'Écluse (Alher) et Mary- Lépine (Cher).
Dans la quatrième catégorie se trouvaient les races laitières françaises ou étrangères pures, à l'exclusion de toutes les races ayant une catégorie spéciale. Ici, nous ne trouvons que 26 numéros et 10 exposants dont les principaux lauréats sont: MM. Noblet (Loiret) pour un taureau normand, Mengin Emile (Loiret), pour un taureau normand et une génisse cotentine, Brisset (Nièvre), pour une vache normande. Daas cette catégorie, nous aurions voulu trouver un plusgrand nombre de concurrents, pour se disputer les prix du catalogue. ^
La cinquième catégorie était formée des races de travail, à l'exclusion des races ayant une catégorie spéciale (Parthemise, Limousine, etc.). L'exhibition de ces animaux est trop peu importante. Il ne figure au catalogue que 26 inscriptions au nom de 6 exposants. Il est regrettable de ne pas trouver un nombre plus considérable d'animaux de travail dans un concours d'une région où la plupart des travaux agricoles sont faits par le bœuf. Citons comme premiers prix dans cette catégorie, MM. Emile Thunel (Indre), Lamy-ViUière (Indre), Prégermain (Nièvre),
L'exposition de l'espèce ovine était fort intéressante • on trouvait dans chacune de ses divisions les plus beaux spécimens que l'on puisse désirer. Dans cette partie de la production animale, l'améHoration est poussée encore plus loin que dans les races bovines. L'espèce ovine était divisée en cinq catégories, dont la première comprenait la race iSouthdown, la deuxième la race Dishley, la troisième la race de la Gharmoise, la quatrième la race mérinos et métis- mérinos, la cinquième les races françaises diverses pures, berrichonnes, solognotes et autres non dénommées et la sixième les croisements divers. Cette exhibition comptait 223 animaux présentés par seize exposants. Les deux premiers prix de la "race Southdown ont été obtenus par M. le comte de Bouille (Nièvre) ; après lui vient M. Colas (Nièvre). Pour la race Dislhey, c'est M. Signoret (Nièvre) qui remporte les deux premiers prix; après, viennent en second rang, MM. Massé (Cher) et Tiersonnier (Nièvre). Les deux premières récompenses attribuées à la race de la Gharmoise ont été accordées aux animaux de Mme la comtesse de Montalivet (Cher). Dans la quatrième catégorie, c'est M. Charles Lefebvre (Loiret), qui obtient le premier prix et le prix unique. Les principaux lauréats de la cinquième catégorie sont MM. Emile Lefebvre (Loiret), Laine (Cher), Pierre Edm (Cher), Jugand (Cher). Pour les croisements divers, MM. Chalmin (Allier) et Tabouet (Allier) obtiennent les premiers prix. Le prix d'ensemble, attribué au meilleur lot de l'espèce ovine, a été remporté par un troupeau de six bêtes southdown .appartenant à M. le comte de Bouille.
Dans la race porcine nous trouvons 42 individus répartis en trois catégories. Au nombre des premiers prix figurent les noms de MM. Emile Lefebvre (Loiret) pour des craonnais; Emile Mengin (Loiret), pour un craonnais et un essex ; Pierre Mengin (Loir-et-Cher), pour un lincolnshire ; Poisson (Cher), pour deux yorkshire-berrichons. Le prix d'ensemble offert au lot d'animaux de l'espèce porcine est obtenu par le lot de M. Emile Lefebvre.
Dans l'exposition des animaux de ba,çse-cour nous avons deux cent vingt-trois inscriptions et toujours à peu près les mêmes exposants et les mêmes expoWntes. Les plus beaux lots appartiennent à MM. Voitellier (Seine-et-Oise); Lagrange et
Barillot (Saône-et-Loire) ; Giat (Nièvre), Guillomet (Nièvre) ; à Mmes Mengin (Loir-et-Cher) et Duverne (Nièvre) et à Mlle Boyenval (Loiret). L'objet d'art attribué au plus bel ensemble de lots de basse-cour a été décerné aux animaux de Mme Mengin. Franc,
Professeur départemental d'agriculture, à Bourges.