MACHINES A VAPEUR ET BATTEUSES DE M. FILOQUE
La batteuse, destinée à être mue par cette locomobile à vapeur, a figuré avec honneur aux essais faits au dernier concours régional du Mans. Le batteur est en fer, avec battes isolées; le contrebatteur, également tout en fer, est à jour. Le secouage est fait sur une double table avec mouvements excentriques à rotules, afin d'atténuer les secousses. La machine est d'ailleurs . très solidement cons-
truite; sa largeur est de I mètre
Elle peut donc battre?
les blés et les seigles les plus longs sans briser la paille. Le grain, après avoir été vanné et criblé, tombe dans un élévateur où les orges sont ébarbées; les balles sont séparées et tombent du côté opposé aux grains. Elles sont également complètement séparées de la
Fig. 3. — Grande batteuse montée sur roues, construite par M. Filoque.
paille et sortent à l'extrémité opposée de la machine. Au concours régional du Mans, dans les essais spéciaux de machines à battre, le jury- a ajouté aux prix à décerner une mention très honorable qu'il a attribuée à M. Filoque, quoique sa machine n'ait pas de double nettoyage.
M. Filoque construit aussi des machines à battre les petites graines, sur lesquelles nous aurons bientôt à revenir. G. Gaudot.
Mon cher directeur, je vous avais promis de vous tenir au courant des résolutions prises par la Société de viticulture de Lyon, dans sa séance du 12 juin, et je viens tenir ma parole, après un petit retard que je vous expliquerai tout à l'heure.
Cette réunion a eu une importance exceptionnelle à cause du grand nombre de membres qui y assistaient, des renseignements qui ont été entendus, des questions qui ont été traitées et des décisions qui ont été prises. Plus de soixante membres étaient présents, venus de tous les points de la région viticoledu Lyonnais et du Beaujolais, et même de l'Isère, de la Loire et de la Drôme. La séance était présidée par
M. Dfoche, l'infatigable donateur de prix agricoles, et c'est avec un enthousiasme sympathique que tous les membres présents se sont associés aux félicitations émues adressées par M. Bender à celui que la Société d'encouragement au bien vient de récompenser à son tour en lui décernant une couronne civique.
Comme ceci n'est point un procès-verbal, je néglige les détails. Une question importante à l'ordre du jour était celle du dégrèvement des vignes détruites par le phylloxéra. Je me suis permis de faire observer qu'une pétition de la région lyonnaise avait peu de chance d'aboutir, parce que bien d'autres régions avaient des droits au dégrèvement aussi fondés et, qui plus est, antérieurs. Mais, sur une observation fort juste de M. Pulliat que le principal mérite de la pétition serait d'appeler une fois de plus l'attention du gouvernement sur la ruine de la viticulture, il a été décidé, à l'unanimité, que cette pétition serait adressée par la Société à tous les maires pour être ensuite remise à qui de droit.
Pour justifier cette demande de dégrèvement, tous les viticulteurs présents, parmi lesquels quelques-uns des plus grands propriétaires du Beaujolais, ont fourni des renseignements tellement lamentables que je ne pouvais m'empêcber de les accuser, m petto, d'un peu d'exagération pessimiste. La moitié des 40,000 hectares qui forment le vignoble lyonnais est complètement perdue, disait l'un; c'est une perte de plus de 200 millions. Nous ne vendangerons pas cette année, disait un autre, et un troisième ajoutait : nous ne vendangerons plus.
Que je vous dise tout de suite que, pour avoir le cœur net de mes soupçons d'exagération, je suis allé, les jours suivants, faire une tournée dans le Beaujolais, et j'ai pu constater qu'il n'y avait qu'une chose d'exagérée, c'était le désastre lui-même. Eu septembre dernier, lors du Congrès de Villefranche, j'avais déjà parcouru toute la région entre cette ville , Villié - Morgon , Romanèche , Belleville , Saint- Georges, etc., et quoique de tous côtés, on aperçut de petites taches phylloxériques, je croyais qu'il faudrait bien des années avant que le fléau terminât son œuvre. Les viticulteurs du pays le croyaient aussi, et en gens intelligents et avisés, ils se préparaient à lutter pied à pied contre le fléau en se faisant de petites pépinières de vignes américaines qui leur auraient fourni chaque année de quoi remplacer les victimes du phylloxéra. Mais hélas ! la gelée, venant en aide à l'insecte, a accompli en quelques mois l'œuvre de destruction de dix années, et l'aspect de tous ces beaux coteaux du Beaujolais, naguère encore si riches et si verdoyants, est aujourd'hui aussi lugubre qus celui des vignes du bord du Rhône. J'ai vu des étendues de plusieurs hectares où pas une souche, — et il y en a 14,000 par hectare, — n'avait donné signe de vie; ailleurs, il y a eu un essai de végétation : quelques rameaux rabougris, flétris ou déjà desséchés; par-ci, par-là, quelques coins favorisés tranchent sur le fond morne par leur couleur verte et saillante; ce sont, en général, des plaatiers; car, chose étonnante et générale cette année, ce sont les vieilles vignes qui ont été le plus gravement atteintes.
Quelle est la part respective du phylloxéra et de la gelée dans cette destruction si rapide et si complète? La théorie répond que les souches atteintes et affaiblies par le fléau ont offert au gel une proie plus facile et moins résistante. Mais la constatation pratique des résultats
est compliquée par les questions fort complexes de l'exposition, de la nature du sol, de l'Iiumidité plus ou moins grande des terres, et en outre par la difficulté de reconnaître les traces du phylloxéra sur des racines décomposées par la gelée. MM. Pulliat et Bender, mes aimables et compétents com[)agnons de recherches, ont pu constater avec moi cette ditficulté sur les racines gelées des nombreuses souches qu'ils ont fait arracher et sur lesquelles nous avons eu grande peine à trouver quelques preuves bien positives du séjour du phylloxéra, même quand ces souclies étaient prises au centre d'une tache phylloxérique bien connue. Quant au phylloxéra lui-même, il va sans dire que nous ne le cherchions pas sur des racines incapables de le nourrir; car, de deux choses l'une : ou bien il n'a pas été gelé et il est allé chercher sa vie sur des racines vivantes, ou bien il a disparu parce qu il a été gelé lui aussi. Je suis tout disposé, pour faire plaisir aux gens qui tiennent à ce que le phylloxéra gèle, à leur accorder que quand la ojelée détruit les racines de la vigne, elle détruit aussi les insectes qui vivaient sur ces racines. Quant à ceux qui n'ont pas gelé, il est à craindre qu'ils soient encore bien nombreux et que leurs ravages soient d'autant plus graves que la surface des vignes sera plus restreinte et que toutes les vignes survivantes ont été plus ou moins atteintes et atîaiblies par la gelée.
De tous colés on voit des gens qui arrachent des vignes, et s'il est un spectacle tristement frappant, c'est celui de ces deux grands tas de bois noir qui s'élèvent parfois côte à côte au bout d'une vigne : l'un, des sarments dernièrement taillés qui attestent combien la vigne était encore vigoureuse l'an passé; l'autre, des souches arrachées et desséchées.
Que ceux qui écrivent de si beaux articles sur les heureux effets de l'hiver dernier et sur les magniû |ues espérances que donnent les vignobles, aillent faire une tournée dans le Beaujolais!...
La résolution définitive, prise à la réunion du i2 juin, a été l'organisation d'un grand Congrès viticole qui se tiendra à Lyon du 12 au 15 septembre prochain, et auquel seront convoqués tous les viticulteurs de la France et de l'étranger.
Des conférences seront faites, dans une grande salle bien appropriée, sur tous les moyens propres à combattre le fléau, à commencer par les insecticides qui, comme de juste, auront les premiers la parole. La submersion, malgré ses succès incontestables et toujours croissants, n'occupera pas une place aussi prépondérante que dans le Midi, car la région lyonnaise et les autres régions du Centre et de l'Est sont à la fois trop accidentées, trop élevées et peut-être trop froides pour que la submersion y soit praticable. Oa peut en dire autant de la plantation dans les sables. 11 n'y aura donc réellement en présence que les insecticides et les vignes américaines, et ce n'est pas à moi de prédire de quel côté restera la victoire.
Une exposition, à laquelle prer.dra probablement part une autre grande Société honnaise, aura lieu sur la place Morand. La surface sera assez grande pour que les insecticides puissent y apporter non seulement leurs panacées et leurs outils ingénieux, mais même les vignes qu'ils ont débarrassées à tout jamais du fléau.
11 y aura aussi une exposition de cépages et de raisins américains : les uns francs de pied et offrant cependant des produits de tous les
goûts, de toutes les grosseurs et de toutes les couleurs, les autres supportant par la greffe toutes nos variétés françaises et pouvant prouver à l'œil et au palais que ces variétés greffées n'ont perdu aucune de leurs qualités, au contraire.
Je puis vous annoncer d'avance qu'il y aura au Congrès de Lyon un énorme concours de visiteurs de tous les pays, et qu'ils ne regretteront pas leur voyage, car les organisateurs, que je ne puis nommer, parce que ce sont mes amis, et que je ne pourrais parler d'eux sans blesser leur modestie, ont tout ce qu'il faut pour bien faire les choses.... et ils les feront bien.
Si je n'avais pas le plaisir de vous voir d'ici là, je suis bien sûr de vous rencontrer à cette occasion à Lyon, et je ne connais que vous au monde qui soyez capable de convertir les Lyonnais au canal Damont. C'est un tour de force que je vous conseille d'essayer.
Agréez, etc. A. Champin.