XI. — Vailaque d'un inconscient
Probablement très humilié, mais sans s'en rendre bien compte, du rôle peu brillant qu'il a joué pendant Ja discussion de l'enquête ouverte par la Société nationale d'agriculture sur la demande de M. le ministre de l'agriculture et du commerce, M. Lecouteux vient d'éprouver le besoin de faire croire à ses lecteurs que c'est à lui que la Société a donné raison. Il est vrai qu'elle a rejeté à une grande majorité la seule proposition qu'il ait faite ; il est vrai encore qu'il s'est rangé du côté de la minorité contre toutes les conclusions qui ont triomphé. Mais c'est un inconscient. Il a tant dit de fois sur toutes choses le pour et le contre, tour à tour, qu'il a cessé de savoiroù il en est.
Et vraiment nous le plaignons sincèrement. La compassion est le seul sentiment que peuvent nous inspirer les huit longues colonnes d'attaques personnelles qu'il dirige contre le secrétaire perpétuel de la Société d'agriculture, dans le vain espoir de se réhabiliter. Nous avons pris le parti de ne jamais nous occuper de lui, excepté quand il vient nous provoquer. Oh, pour ses provocations, nous serons toujours prêt à lui répondre. Nos observations seront brèves : elles porteront uniquement sur trois points, et ensuite nous citerons un passage écrit par M. Lecouteux, et dans lequel il dit exactement le contraire de ce qu'il est venu soutenir à la Société.
Premièrement, pour donner une idée de la manière dont raisonne M. Lecouteux, nous citerons ce fait. Il extrait quatre mots d'un discours que j'ai prononce, en supprimant ce qui précède et ce qui suit. Ces quatre mots sont : u Nous sommes aux antipodes. » Et alors il conclut, en disant : comme M. Barrai et moi sommes aux antipodes, quand je suis dans le vrai, il est dans le faux. Donc, comme moi, Lecouteux, je veux favoriser l'agriculture, nécessairement M. Barrai ne le Teut pas, etc., etc. Et ainsi pour toutes les opinions auxquelles il pourra lui plaire de se rallier.
Deuxièmement, il soutient que la Société, en admettant la demande de M. Chatin relative à un droit de 5 pour 1 00 ad valorem sur le bétail, a complètement repoussé mes propres idées et que j'ai combattu les idées qui étaient celles deM. deLavergne. Or, voici l'exacte vérité. J'ai proposé, au nom de la Commission : « Il n'y a pas de motif légitime pour qu'on n'établisse pas sur la viande d'origine étrangère un droit liscal comme sur le blé à son entrée en France. » Je croyais sage de ne pas fixer ce droit; M. Chatin a demandé qu'on indiquât 5 pour 100, et il a obtenu cette satisfaction. Mais la Société a maintenu qu'elle ne voulait qu'un droit fiscal, et non pas un droit protecteur. Or, M. Lecouteux avait proposé de voter ceci : « Dans un régime économique oii il y a des produits industriels protégés à 30 ou 40 pour 100, il n'y a pas de motif légitime pour refuser à l'agriculture le droit de 1 0 pour 1 00 -qu'elle réclame contre les bestiaux étrangers, alors surtout qu'elle renonce à toute majoration sur les droits d'entrée du blé. » C'était évidemment demander l'adoption d'un système économique protectionniste, c'est-à-dire absolument le contraire de ce que Léonce de Lavergne
cherchait à établir, comme le prouve surabondamment sa lettre que nous avons reproduite, et à laquelle M. Lecouteux cherche en vain à opposer des phrases éparses extraites des œuvres de notre illustre confrère. En résumé, notre inconscient a proposé des droits élevés contre les produits agricoles étrangers, et il n'a pas songé à demander la diminution des droits qui frappent les produits industriels; or nous avons soutenu et voté cette dernière mesure contre laquelle il a levé la main. ^^
Troisièmement, M. Lecouteux prétend que «j'ai conseillé à la Société de se renfermer dans un rôle terre à terre où la pusillanimité s'inclinerait devanttoutes les audaces..., mais que, heureusement, la Société n'a pas suivi son secrétaire perpétuel dans cette voie. » Pour le coup, c'est vraiment trop altérer la vérité; car la Société a absolument voté toutes les conclusions que je lui ai soumises, soit seul, soit avec quelques-uns de nos confrères et notamment avec M. Clavé contre lequel M. Lecouteux a voté. A la fin de ses délibérations, la Société a bien voulu adopter la proposition suivante que j'ai le droit de rappeler contre l'inqualifiable assertion de M. Lecouteux : « La Commission de l'enquête sur la situation de l'agriculture propose à la Société de voter des remercîments à M. le secrétaire perpétuel pour le zèle qu'il a montré et le travail auquel il a du se livrer afin démettre la Société à môme de répondre au questionnaire de M. le ministre de l'agriculture. » Cette proposition a été votée à l'unanimité; il est vrai que M. Lecouteux s'éLait absenté.
Et maintenant, Fhomme qui demandait avec instance, il y a quelques mois, des droits considérables contre le bétail étranger, s'était fait inscrire, il y a deux ans, dans une association présidée par M. d'Eichtal, pour la défense de la liberté commerciale et pour le maintien et le développement des traités de commerce. A cette occasion, avant de retourner son habit, et de tirer, comme on le lui a si bien dit, dans le dos de tous'ceux avec qui il s'est successivement ran^é, il a imprimé et signé ce qui suit :
« Une vaste association s'est constituée à Paris, à l'effet de lutter pied à pied contre le protectionnisme, de mettre en relief les intérêts, trop méconnus, des consommateurs, de parler, elle aussi, au nom du travail national, au nom des producteurs qui repoussent toute idée de protection trop durable, au nom du pays qui ne croit pas que l'époque des chemins de fer puisse être organisée à l'instar des époques où les voies de communication et les moyens d'échanges étaient dans l'enfince de l'art
« L'agriculture a grandi par la liberté comnaerciale, ou du moins par l'établissement d'un régime douanier visant la réduction des tarifs. Et si, en ce mo nent, elle laite con're 1'$ excès de salaires, du fermages et d'impôts, c'est surtout parce que l'Etat a favorisé certaines industries aux dépens des autres, dépeuplé les campagnes au profit des villes, criblé certains pays de travaux publics, alors cfue d'autres étaient déshérités à cet égard. C'est aussi, ne l'oublions pas, parce que le régime de la paix armée, après nous avoiriilusionnés sur nos forC3S militaires, nous condamne, comme toute l'Europe actuelle, à persévérer dans un système défensif quiest l'un des maux nécessaires de l'époifue, en attendant que la sagesse devienne une vertu générale chez tous les peuples. Voilà les causes de nos crises agricoles. Les inipu'er à la liberté commerciale, c'est faire le jeu des coalitions qui ne recherchent notre alliance que pour conquérir la puissance sans nous la donner en partage après la victoire. »
Celui qui a écrit les lignes précédentes, parle deux ou trois fois, dans l'article auquel il nous a forcé de répondre, de la Société nationale d'agriculture en lui appliquant une épithète; dont il a naguère
abusé : celle de Sociélé officidle, comme il dis:iit aqricuUure officielle, avec un certain air de mépris. Il est inconscient de ses paroles, car il est lui-même un professeur offliel, et il sollicite sans cesse de remplir un rôle officiel lorsque le gouvernement veut bien y consentir. Encore une fois, il mérite vraiment la compassion. XII. — Erratum.
Nous devons rectifier une erreur typograpliique qui s'est glissée dans notre numéro du 7 août. A la page 2i>5, ligne 10, au lieu de: « citrate ammoniacal de magnésie », il l'aut lire simplement : « citrate ammoniacal ».
XIII. — La siluntwn de l'industrie sêricicole en 1880. Nous avons maintes fois constaté les tendances de la fabrique lyonnaise à faire entrer dans les étoffes dites .soier/ es, le moins possible de soie grège de belle qualité; d'où résulte la dépréciation des grèges des Cévennes, le bas prix des cocons, et finalement l'abstention des éleveurs de vers à soie. D'après une note publiée par M. Jeanjean, de Saiat-Hippolytedu Fort, la récolte de la France n'a été cette année que de quatre mi lions de kilogrammes de cocons, tandis qu'il y aurait des mûriers pour en produire le triple. Cette situation ne peut s'améliorer, d'après le même auteur, que par une réduction de prix des objets de consommation résultant d'un dégrèvement d'impôt sur la contribution foncière. A côté de ce moyen, qui mérite assurément attention, nous croyons qu'on peut en signaler deux autres : 1" exiger que les élofl'es vendues pour soie méritent ce titre; 2" augmenter le rendement des éducations de vers à soie par de plus grands soins apportés à la confection des graines et à leur élevage. Ce dernier moyen surtout nous semble le plus facile h réaliser, parce qu'il ne dépe.id que de l'initiative et de lintelligence des agriculteurs directement intéressés, et que les progrès de la science leur seront d'un puissant secours pour les guider sûrement dans cette voie.
XLV. — Les chemins de fer portatifs en Rusn",. iNous avons déjà dit que le gouvernement russe, voulant employer des chemins de fer portatifs pour la guerre de Turkestan, a envoyé une Commission militaire visiter les ateliers qui construisent des petits chemins de fer en Allemagne, en Angleterre et en Fi-ance, et à la suite du rapport de la Commission, la j)rélerence a été donnée au système Decauville. L'essai va se faire avec cent verstes (IdG kilomètres), de voie de 0.50, 500 wagons à vivres, à liquides et à voyageurs et deux locomotives de 2 tonnes 1/2. C'est le rail de 7 kilog. à large patin en acier qui a été adopté pour ce service. Les ateliers de Petit-Bourg ont maintenant un outillage suffisant pour qu'une commande de cette importance puisse être exécutée en deux mois. XV. — Nécrologie.
Nous avons le regret d'annoncer la mort de M. Pierre Bourrel, médecin-vétérinaire à Paris. Il est mort, victime d'une morsui-e rabique qui lui a été faite par un chien de chasse qu'il avait été appelé à soigner.
XVI. — Nouvelles de l'état des récoltes. Ce sont des appréciations analogues à celles que nous avons déjà publiées que nous trouvons dans les notes que nos correspondants nous envoient.
M. Bove nous envoie de Parvillers, près Roye (Somme), à la date du 24 août, les renseignements suivants :
« La récolte de cette année est moyenne, elle est moins mauvaise qu'on aurait . pu le croire de prime abord.
« Les céréales s'engrangpnt en bon état, les betteraves végètent vigoureusement ; les fourrages sont abondants; les bestiiux se vendent sans entrain. Au total, les plaies se cicatrisent quelque peu cette année. »
D'autre part, voici la note que iM. Dubosq nous envoie de Château- Thierry (Aisne), à la date du 22 août :
« Le fauchage, la rentrée des blés et des avoines, leur mise en meules, le tout s'est opéré par un temps très beau. Il est fâcheux, que dans certaines contrées la grêle ai^ causé de grands dégâts, les cultivateurs assurés ont du faire constater leurs pertes. Le nombre des gerbes est peu satisfaisant, cela se trouve compensé par la qualité et le rendement du grain.
« Cette année sera peu favorable à la culture, pour la récolte du fourrage, la première coupe était mauvaise, la deuxième n'est pas meilleure; comme le nombre des gerbes de blé et d'avoine est très restreint, il faudra apporter un grand soin, pour ne pas se trouver en défaut, pour la nourriture des animaux; il taudra augmenter la ration d'avoine,
« M uvaise récolte de betteraves surtout pour celles destinées pour les sucreries. Quelque favorable que soit la température de fin aoiit et de septembre, la betterave ne prendra plus actuellement de développement et le producteur n'aura pas un prix rémunérateur. Les pommes de terre hâtives ont eu un rendement satisfaisant. Il n'est pas possible de se rendre compte de celles tardives, on a pas encore procédé à leur arrachage »
M. d'()unous nous envoie de Saverdun (Ariège), la note suivante à la date du 23 août :
ce Je viens de prendre des renseignements assez complets sur les récolles et leur rendement. On peut compter sur une bonne année, si nous y joignons toutes les plantes sarclées dont on peut déjà juger les produits. Les pommes de terre sont magnifiques et excellentes ainsi que les maïs de grain et fourrageux. Celle des haricots laisse à désirer; des vents du sud et des hâles ont beaucoup nuit à la garniture des siliques. L'orage du 15 juin dernier a fait perdre, au trois communes environs de Pamiers, plusieurs centaines de milliers de francs, et la rareté des fourrages nuira sans doute aux transactions si profitables ailleurs sur nos bêtes bovines, ovines et porcines.
« La vigne se présente dans les Plaines de la Basse-Ariège dans de belles et favorables conditions. Il n'en est pas de même pour nos terres fortes et sur les coteaux et plateaux où la vigne tient du reste assez peu de place. Rien de plus riche et frais que nos taillis, nos vergers et nos jardins maraîchers et fruitiers qui vont nous dédommager des trois ou quatre dernières années ».
Nous avons donné, en commençant cette chronique, des renseignements qui nous dispensent d'insister davantage ici en ce qui concerne les céréales. D'aatre part, les circonstances météorologiques continuent à être très fiivorables aux récoltes d'automne. J.-A. Barral.