DES POULES PONDEUSES
Il n'y a pas de ménage champêtre saas poules, et leurs œufs sont pour euxune précieuse ressource alimentaire. Obtient-ondes poules par les œufs tout le produit qu'on peut en obtenir? Pas toujours, surtout dans les basses -cours oi^i le nombre des poules est assez grand pour qu'on ne sache pas combien d'œufs chacune pond.
Uq journal d'agriculture allemand donne sur cette question des chiffres qui pourront être utiles à des ménagères françaises. Voici ce qu'il dit : Quel est le nombre d'œufs que peut pondre une poule ? — Une poule n'a dans son ovaire, en chiffres ronds, pas plus de 600 petits œufs, qui forment ce qu'on nomme une grappe, ils se développent et elle les pond successivement.
De ces GOO œufs, elle peut, quand cela va bien, pondre dans la première année de sa vie environ '20, dans la seconde année 135, dans la troisième 114. Dans chacune des quatre années suivantes, le nombre des œufs diminue de 20, et enfin dans la neuvième année, la poule pond au plus 10 oîufs.
Celui qui veut obtenir des poules un produit payant leur nourriture ne doit pas les laisser passer l'âge de quatre ans.
Les ménagères croient que les poules pondent en proportion de leur nourriture, est-ce une erreur? — Elles disent : les poules pondent par le bec. - Ne serait-il pas possible qu'uneabondante nourriture amenant la ponte d'un plus grand nombre d'œufs, la provision d'œufs contenus dans l'ovaire fut plus tôt épuisée? Ritter.
Le Congrès international de viticulture organisé à Lyon, sous la présidence de M. Bender, par la Société de viticulture du Rhône, a été certainement la réunion la plus importante de viticulteurs qui ait eu lieu depuis longtemps. C'est par centaine qu'ils étaient accourus de toutes les régions atteintes ou menacées par le phylloxéra, et l'on peut dire aujourd'hui que c'est la France viticole presque tout entière. En outre, le Congrès avait un caractère réellement international; des délégués de la Suisse, de l'Italie, de la Hongrie, de l'Espagne, du Portugal et des Etats-Unis d'Amérique, ont assisté aux séances et ont pris part aux discussions. Les travaux ont été dirigés par M. Bender, président, et par M. Victor Pulliat, secrétaire, avec une habileté et un tact auxquels tout le monde rendait hommage.
Ceux qui étaient venus à Lyon avec la pensée d'assister à une lutte acharnée entre les partisans des insecticides et les partisans des vignes américaines, ont été cruellement désillusionnés. Ces jours-là sont heureusement passés; les grosses épithètes qu'on n'hésitait pas jadis à se jeter à la tête sont aujourd'hui remplacées par des égards mutuels et une réelle cordialité. Car chacun comprend qu'il y a mieux à faire qu'à courir sus au voisin, et qu'il faut savoir apprécier tous les efforts poursuivis pour détruire l'ennemi commun ou restaurer malgré lui le vignoble perdu. Des concessions mutuelles ont permis de s'entendre et de marcher d'accord.
La première séance du Congrès a eu lieu le dimanche 12 septembre. M, Bender a prononcé; tout d'abord, avec une éloquence émue, l'éloge
de M. Droche, son prédécesseur, dont tous les agriculteurs connaissent le nom. Après ce discours, accueilli avec une grande faveur, les travaux du Congrès ont immédiatement commencé par un exposé, dû à M. Roche, de la situation de la viticulture dans la région, et qui peut être résumé ainsi : la viticulture est aux abois et sur la pente d'une ruine fatale, si des mesures promptes ne viennent pas arrêter cette ruine. Ensuite M. Planclion fait une véritable conférence sur l'état actuel des connaissances scientifiques relatives au phylloxéra, en appelant principalement l'attention sur ses moyens de diffusion : essaimage et œuf d'hiver, transport des plants racines, etc.; il s'élève contre les mesures trop draconiennes de la convention de Berne relativement aux produits de l'horliculture. iM. Lichtenstein insiste, à son tour, sur les métamorphoses et les transformations du phylloxéra, qu'il montre au tableau à l'aide de projections lumineuses. Après lui, M. Reich donne lecture d'une importante notice sur les moyens pratiques de faire la submersion automnale avec avantage et profit. — Ensuite, M. Oliver, M. Jaussan et M. Crolas ont successivement traité de l'emploi du sulfure de carbone; puis M. Henri Mares et M. Mouillefert ont exposé les résultats obtenus avec le sulfocarbonate de potassium. De la conférence de M. Jaussan, il faut surtout retenir la nécessité, dans une vigne, d'étendre le traitement à toute la surface sans se borner aux taches apparentes; en ne traitant que ces dernières, on déplace seulement une grande partie des pucerons. M. Mares insiste sur Turgente nécessité de doter enfin la région méridionale des canaux d'irrigation qui sont absolument indispensables à la reconstitution de sa richesse agricole.
Dans les deux séances du lundi 13, des communications très intéressantes ont été entendues. M. Victor Fatio a fait l'exposé des procédés par lesquels, en Suisse, on est arrivé jusqu'ici à se débarrasser des taches phylloxériques signalées sur plusieurs points. M. Bréhéret a donné lecture d'une notice de M. Meissner sur la situation des vignes aux Etats-Unis. Après avoir constaté que la viticulture y est encore dans l'enfance, M. Meissner affirme que l'on s'y inquiète peu du phylloxéra, attendu que, dans leurs pays d'origine, tous les cépages américains lui résistent; mais on s'inquiète davantage du faux oïdium ou mildew et de la rouille de la vigne, deux fléaux qu'il ne craint pas beaucoup pour l'Europe. — Après lui, M. Planchon et M. Foèx parlent tour à tour, des études faites en France sur les vignes américaines. M. Planchon s'attache surtout à la classification des nombreuses variétés de ces vignes ; M. Foëx insiste sur la texture des racines, absolument différente de celle des vignes françaises, et qui explique leur résistance à l'insecte; aucune circonstance ne paraît de nature à modifier ces caractères. — M. Prichard et M. Gaston Bazillo, ce dernier surtout, insistent sur les grands avantages que présentent le greffage des vignes françaises sur les souches américaines. — Après eux, M. de Rosavenda fait connaître les mesures prises en Italie pour combattre les invasions récentes du phylloxéra, et il montre l'importance des leçons puisées par les autres pays dans la triste expérience faite depuis quinze ans par la France. — Dans une communication qu'il fait à la fin de la séance, M. Prosper de Lafitte, sans nier la valeur des cépages américains, insiste sur la prudence qui doit guider dans leur choix.
Le troisième et dernier jour du Congrès a été très bien rempli. Citons d'abord une communication de T\L Tochon sur la situation viticole dans le département de la Savoie; on y lutte avec ardeur contre le phylloxéra, surtout par les traitements administratifs. — M. Robin traite ensuite des meilleures conditions d'établissement et d'entretien d'une vigne française greffée sur vigne résistante. Puis M. Aimé Champin expose, avec son esprit et sa verdeur bien connus, les divers modes de greffage; rien n'est plus simple que de greffer, le tout est de bien faire. A son tour, M. Dejardin présente des détails sur l'enquête viticole qu'il a faite dans le Gard ; les résultais de cette enquête ont été publiés récemment dans le Journal. Sur la demande de M. Hortolès, M. Despetis donne des renseignements sur la valeur des divers cépages américains, suivant qu'ils sont réfractaires aux atteintes du phylloxéra ou qu'ils vivent malgré ces atteintes ; il insiste principalement sur les bons résultats obtenus, ainsi que MM. Planchon et Champin l'ont constaté, avec les Riparia, les Solonis, les Rapestris et les Vialla. Après une discussion entre M. Laliman et M. Planchon, sur la valeur du Clinton, M. Douysset fait connaître les résultats qu'il a obtenus dans la culture des vignes américaines, et M. Comy donne des renseignements sur la greffe" herbacée de la vigne.
A la suite de toutes ces communications qui ont toujours été suivies par un très nombreux auditoire^ le congrès adopte les vœux dont voici le texte :
« 1" Le Congrès, considérant que l'impossibilité de trouver des phylloxéras pendant l'arrêt de la végétation sur les boutures de vignes est un fait incontestal)le pour tous ceux qui connaissent les mœurs du phylloxéra, émet le vœu que le gouvernement supprime -dans le plus bref délai les entraves qui s'opposent à la circulation des boutures américaines et à la reconstitution des vignes françaises.
« 2" Considérant qu'il résulte des expériences scientifiques pratiquées par le docteur Fatio, représentant de la Confédération suisse, que rien n'est plus facile que de désinfecter complètement les végétaux, enracinés ou non, par des procédés connus, expérimentés depuis quelque temps, le Congrès émet le vœu, que la conveiition de Berne soit revisée, de manière à faciliter la circulation de tous les produits végétaux.
« 3° Le Congrès émet le vœu que le prochain dégrèvement qui pourra être réalisé, grâce aux excédents de revenus sur les évaluations budgétaires, porte sur l'impôt foncier des propriétés rurales non bâties et spécialement sur les terrains plantés de vignes détruites ou attaquées par le pliylloxera.
« 4° Le Congrès appuie chaudement, auprès de M. le ministre de l'agriculture et du commerce, le vœu émis par plus de 20,000 chefs de famille représentant plus de 100,000 personnes, d'obtenir du gouvernement, un secours sans lequel rien n'empêchera l'émigration des vignerons de la région lyonnaise, ruinés par les ravages du phylloxéra rendus plus désastreux encore par les gelées du dernier hiver.
« 5" Le Congrès émet le vœu que le gouvernement accorde aux vignes américaines qui s'imposent dans les pays où la vigne française est détruite par le phylloxéra, les faveurs accordées aux insecticides dans les régions récemment envahies. »
Le Congrès a été clôturé par un banquet. Des toasts nombreux ont été successivement portés par MiAL Bender, Barrai, Guyot, Champin, Fatio, Peyret, de Rosavenda, Gaillard, Despetis, tous accueillis avec chaleur. La pensée du Congrès a été condensée dans le toast porté par M. Barrai à la renaissance de la viticulture française qui ne veut pas se laisser tuer par le phylloxéra.
Une exposition viticole montrait, à coté du Congrès, les engins et les résultats de tous les travaux entrepris contre le phylloxéra; elle
était accompat];née d'une très belle exposition d'horticulture. Enfin, le lendemain de la clôture des séances, une visite faite aux vignes de M. Gaillard, à Briguais, a permis de constater, au milieu de ceps tués par le puceron, la magnifique végétation de nombreux cépages américains. G. Gaudot.